le Dr Thérèse Brosse : La conscience, apanage de la totalité des règnes de la nature


01 Aug 2012

(Revue 3e Millénaire. No8 ancienne série. Mai-Juin 1983)

 

Nous sommes en présence d’une conscience de la

« totalité » diversifiée au travers de ses différents

processus  de manifestation.

 

Si seuls les humains semblent avoir conscience de la conscience, celle-ci n’est pas réservée aux seuls humains. Le Dr Thérèse Brosse analyse ici un large panorama des travaux qui ont été menés sur la conscience. Et, on le sait maintenant de façon formelle, la conscience est l’apanage de la totalité des règnes de la nature. Des métaux, des minéraux, des végétaux, des animaux. Plus loin dans l’infiniment petit des particules, la conscience existe-t-elle ? Oui, n’hésitent pas à proclamer des savants comme David Bohm ou Brian Josephson. Alors, c’est un coin du voile qui recouvre la vie intérieure, que le Dr Thérèse Brosse soulève ici. Et la présence de conscience partout et tout autour de nous ne doit-elle pas modifier notre manière de vivre et notre mode de penser ?

 

« Une évolution spirituelle, une évolution de Conscience dans la Matière, revêtant des formes en constant développement jusqu’à ce que la forme puisse révéler l’Esprit qui l’habite, telle est la note dominante, le mobile central significatif de l’existence terrestre. »

(Sri Aurobindo, The Life Divine, Cent Ed., Vol.

19, p. 824 in : « La Mère ». Entretiens 1957-58, 23 octobre 1957, p. 237. Sri Aurobindo Ashram Pondichéry)

Le sujet dont traite cet article aurait pu, semble-t-il, être présenté dans le cadre de l’« intelligence » aussi bien que de la « Conscience ». C’eût été là un travail essentiellement descriptif ; mais alors même qu’il fût assorti de commentaires, il n’aurait posé que des questions sans les résoudre. La signification dynamique d’un processus évolutif au cours de l’évolution des espèces ne pouvait apparaître que dans le cadre d’une science « holistique » : la « Conscience » seule répondait à ces exigences.

 Il est aisé de comprendre la prédilection des psychologues pour les termes abstraits (esprit, âme, intelligence) dans la psychologie occidentale, la notion de conscience est en effet associée à la pensée, à la possibilité d’objectiver et de mentaliser les choses. Sa nature demeure inexpliquée ; il ne pouvait être question d’en exposer une étude différentielle dans les règnes pré-humains.

La conscience apparaît sur l’Échiquier scientifique. Sa nature se découvre dans la  physique quantique. Elle se reconnaît dans la mystique orientale et devient la clef de la Manifestation Evolutive.

Paradoxalement, ce sont les sciences de la Matière, et partant la physique quantique dans certains de ses représentants, qui assumèrent la tâche de préciser la « nature » de la Conscience en l’assimilant aux processus quantiques ; ce fut une étape capitale. Citons à cet égard le professeur Wigner, prix Nobel de physique, l’équipe neuro-physique de l’Institut Méru en Suisse, et l’énergéticien Stéphane Lupasco qui la définit en tant que réalité énergétique potentielle à tous les niveaux de la structure humaine.

Par ailleurs, le professeur Fritjof Capra et Brian Josephson, prix Nobel de physique, établissent un parallèle entre ces données énergétiques et les expériences subjectives des mystiques en Orient. Le professeur David Bohm, de son côté, reconnaît l’unité de la Conscience et de la Matière. Le neurophysiologiste Karl Pribram, en accordant à la Conscience le qualificatif d’« hologramme », lui confère ce caractère d’universalité qui est le fait de la « Science holistique ».

Ce nouveau paradigme de la science, en ce qui concerne la Conscience elle-même, illumine harmonieusement le déroulement des états de conscience qui affecteront tous les règnes de la nature. Nous serons toujours en présence d’une conscience de la « totalité » diversifiée au travers de ses différents processus de manifestation.

Signalons ici cette boutade prémonitoire de Sir Woodroffe, initié tantrique, au milieu de ce siècle » « Si les découvertes de la physique moderne et les enseignements du Shakta Védanta ne sont pas encore totalement superposables, ce n’est pas la Tradition qui se trouve prise en défaut, mais la Science qui n’a pas atteint le développement suffisant. » Voilà qui est fait maintenant.

L’auteur rappelle en effet : « La différence fondamentale entre la psychologie occidentale et la psychologie orientale, c’est que la première ne dissocie pas l’activité mentale de la Conscience alors que la deuxième les distingue rigoureusement. »

Toutes les philosophies de l’Inde sans exception attachent une importance capitale à la Conscience, « réalité suprême » éternelle universelle, transcendante mais aussi immanente dans les êtres auxquels elle confère la vie. Puissance créatrice de la Manifestation Cosmique, elle intègre et subordonne tous les niveaux auxquels elle a donné naissance. Sa nature est énergie et pouvoir. Sir Woodroffe résume cet aspect dans une triple déclaration : « l’Energie est le Réel, l’Univers est Energie, l’Energie est la Conscience. »

La compréhension des règnes  extrahumains conditionnée par le degré évolutif de la Conscience humaine.  L’homme, être de transition.  L’homme après l’homme.

A côté des Sages traditionnels de l’Inde, le message de Sri Aurobindo va éclairer notre compréhension en ce qui concerne les manifestations conscientes des règnes extrahumains ; en effet, l’être mental de transition que nous sommes est dans l’impossibilité de les interpréter sans erreur.

Sri Aurobindo nous offre la perspective d’un dépassement évolutif, une espèce nouvelle qui exigera des corps énergétiquement rénovés, substituant à notre conscience limitée et mensongère une conscience de Vérité capable d’exprimer le Divin.

Sri Aurobindo et Mère, sa compagne, (une même conscience en deux corps) sont venus promouvoir dans leur propre corps cette transmutation biologique. Il s’ensuit l’acquisition d’une connaissance infaillible par identité que Mère nous dispense. Puisse cette connaissance modifier notre comportement vis-à-vis des règnes extrahumains si douloureusement incompris.

Cet « animal humain », tel que nous le connaissons, s’est soustrait à la Conscience Universelle pour acquérir par son Mental une individualité « soi-consciente » dans un ego appelé à disparaître pour universaliser l’individualité durement acquise. Actuellement, handicapé par cet ego présomptueux, l’être humain ne possède « ni la tranquillité du minéral, ni l’harmonie du végétal, ni la force de l’animal ». Bien que plus évolué que ce dernier, il n’a pas sa pureté ni sa transparence divine. Avec le mental surgit la douloureuse prérogative de se tromper alors que les autres règnes sont infaillibles lorsqu’ils ne sont pas encore pervertis par l’homme. Toutefois, à ce degré d’évolution et si nous en ressentons le besoin, nous possédons aussi l’inestimable privilège de coopérer avec la Conscience Supérieure au processus de notre évolution.

Abordons maintenant les différentes étapes de ce mécanisme évolutif.

La Conscience dans la Matière

« La matière est une forme du pouvoir Suprême » (Shakta Védanta).

Au XIVe siècle, Maître Eckart écrivait lui aussi que même « une pierre est Dieu » et que c’est cette « non-connaissance de soi » qui en fait une pierre.

Si la Conscience dans la Matière n’a pas encore obtenu le consensus de tous les physiciens, il nous semble suffisant que certains d’entre eux, nous l’avons vu, aient acquis cette certitude pour trouver là les réponses pertinentes à nombre de questions encore en suspens dans la physique quantique. L’équipe de l’Institut Méru ne dit-elle pas que les Rishis, dans leur subjectivité, ont fait l’expérience de l’état de vide d’un champ quantique relativiste d’entropie nulle ?

En Inde, l’absence supposée de sensation dans la Matière dite « inanimée » fut depuis longtemps démentie par les expériences de Sir Jagadis Chunder Bose (1858–1937), directeur de l’Institut qui, à Calcutta, porte son nom.

Etude expérimentale de la « Conscience Une » dans les métaux et l’Institut Bose de Calcutta.

C’est dans le premier quart de siècle que ce grand savant expérimenta scientifiquement la similitude des effets produits par un excitant sur les substances inorganiques aussi bien que sur les substances vivantes végétales.

Les réactions des métaux à divers excitants montrent un parallélisme rigoureux avec les réactions des tissus animaux ou végétaux. Les mêmes appareils et les mêmes excitants ont été employés pour les règnes inorganiques et pour les deux autres ; seule une tige de métal (l’étain par exemple) a été substituée à la tige végétale. Les excitants électriques donnent des réactions identiques pour les deux règnes.

Des agents chimiques stimulants (carbonate de sodium) ou déprimants (acide oxalique) agissent sur les métaux comme sur les plantes. De même les toxiques (potasse) qui abolissent les réactions. Un excitant lumineux provoque, sur une cellule photosensible inorganique, des réactions en tous points semblables à celles d’une rétine.

Cette unité de réactions dans les trois règnes indique bien qu’une même vie, qu’une même Conscience, est à l’œuvre à tous les niveaux de la manifestation. De même, ces travaux, entrepris aussi précocement, sont un témoignage vivant de l’inspiration que peut susciter, pour la science expérimentale, l’essentiel de la tradition Védique.

En exergue, en effet, à l’ouvrage intitulé « Réactions de la matière vivante et non-vivante », on peut lire cet aphorisme du Rig Véda : « Le Réel est UN, même si les Sages lui donnent des noms divers. »

Devant les questions sans réponse, la  Conscience explique :

Devant une action « intelligente et organisée » des éléments qui en réalité sont des « événements », les savants constatent mais avouent parfois être dans l’impossibilité de comprendre. Prenons par exemple, le principe de Pauli : « il explique tout », mais « on ne l’explique pas ».

Il s’agit là, pour la matière dont le propre système engendre l’homogénéité, de participer elle-même à la lutte pour la vie, qui ressortit normalement au système biologique, pourvoyeur d’hétérogénéité. Lorsque, contre toute attente, les photons vont concourir eux aussi au risque d’engendrer la mort (dans la lumière), la matière élabore cette bienfaisante loi compensatrice (le principe d’exclusion de Pauli), interdisant aux électrons une pernicieuse accumulation, et sauvant ainsi la néguentropie et la vie.

Il nous paraît tout indiqué de détecter ici l’action du système microphysique dont Stéphane Lupasco décrit le rôle équilibrant par sa présence au sein des trois autres systèmes (macrophysique, biologique et psychique) avec une puissance qui s’impose. Et puisque ce système qui subordonne les autres serait également à leur source, voilà bien l’intervention de la « conscience pure » qui, en tant que « créatrice », vient organiser intelligemment l’activité de ses niveaux manifestés.

Il en est de même pour le paradoxe EPR (Einstein, Podolsky et Rosen) dont la plupart des physiciens discutent encore avec beaucoup de chaleur : une molécule possède deux atomes dont les spins, de sens contraire, ont une somme égale à zéro. Le partage de la molécule isole chacun des deux atomes sans aucune interaction possible. La somme des spins isolés demeure égale à zéro. Aucun physicien classique ne s’en étonnerait, mais il en va tout autrement dans la physique des quanta puisque c’est la « mesure qui engendre le phénomène ». Or, un « changement d’intention au cours de l’une des mesures répercute ce changement dans l’autre système isolé ». Comment l’un des atomes s’y prend-t-il pour « télégraphier » à l’autre qu’il doit changer de spin ? Magie… Parapsychologie… ?

Le modèle du « bootstrap » de Geoffroy Chew ne parle-t-il pas d’interconnections généralisées ? Le théorème de Bell ne prouvait-il pas, mathématiquement, que les parties distinctes de l’Univers sont, au niveau fondamental, reliées de façon ultime et immédiate ?

Pour David Bohm, la conscience est active et peut transformer le cerveau, puisqu’on ne peut pas séparer la matière de la conscience.

Parallélisme entre les états nobles de la  matière et la Conscience  pure chez  l’être humain.

Les physiciens de l’Institut Méru ont mis les états de conscience « démentalisée » en parallèle avec les états « nobles » de la matière.

A cet égard, trois considérations nous sont présentées en ce qui concerne cet état noble, obtenu automatiquement par réfrigération au zéro absolu (373°16 au dessous du zéro centigrade).

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1) Leur efficacité fonctionnelle sous la forme de supraconducteurs, tel « l’effet tunnel » de Brian Josephson ; l’onde propagée au travers d’un supraconducteur possède une énergie qui, en termes de physique classique, serait insuffisante pour traverser une barrière isolante ; en mécanique quantique, l’aspect non manifesté de l’onde pénètre l’obstacle en vertu de sa cohérence.

Chez le méditant, c’est la cohérence spatiale des ondes de l’électro-encéphalogramme qui se joue de l’obstacle mental pour manifester la conscience pure.

2) L’effet Mesmer dans la matière est lui aussi significatif : les états nobles ne se laissent pas pénétrer par un champ magnétique, alors que la matière ordinaire n’y offre aucune résistance.

De même, notre conscience à l’état pur nous protège automatiquement des états vibratoires agressifs.

3) Le processus de purification de la matière nous est donné par la troisième loi de la thermodynamique : l’obtention de l’ordre parfait à l’activité zéro. Or, il existe une relation entre l’activité et l’entropie. En physique, l’activité des particules est réduite à néant, au zéro absolu. Toute impureté matérielle ou structurelle dans une substance se trouve automatiquement éliminée. Chez l’être humain nous retrouvons des concordances analogues : l’abaissement de l’activité mentale à zéro libère la conscience pure de la dualité et du conflit.

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Conscience supra-mentale et exploration de la matière.

La possibilité pour la conscience d’engendrer une transformation du cerveau, ainsi que l’affirme David Bohm, authentifie la « transmutation biologique » qui, d’après le message de Sri Aurobindo et l’expérience de Mère, sera essentiellement la tâche de la conscience supramentale. Nous ne sommes concernés ici que par les conséquences pragmatiques de cette nouvelle conscience, donnant à l’être qui l’utilise la possibilité de vivre par identité à la fois le double quantique et l’aspect macrophysique de la matière.

Mère, en possession de la Conscience supramentale qui sera celle de la prochaine espèce, avec un corps en voie de transformation, put, au cours de vingt années d’expériences dont Satprem nous donne le récit, s’identifier aux autres règnes de la nature, dont la matière, sous l’un et l’autre de ses aspects. Ecoutons-la plutôt :

Tantôt en pleine physique quantique, avec ses événements corpusculaires, ses ondes et ses paradoxes : « Une immensité sans limites, sans formes, toute puissante… Un poudroiement d’or chaud… Des ondes sinusoïdales de toute éternité… Une immobilité parfaite avec une intensité de mouvement et de vie incroyables… Un silence, un calme, un pouvoir capable de tout, un pouvoir de transformation. »

D’autres fois, en pleine manifestation macrophysique, qui livre quelques-uns de ses secrets intimes « C’est inimaginable, je  suis une rivière, une forêt, une montagne… les cristaux qui s’assemblent obéissent déjà à un mouvement d’amour… Il y a quelque chose qui sent dans le caillou ; il n’y a plus de temps, chaque seconde a sa loi, sa vérité, son éternité ».

Nous avons dans ces réalisations un voile qui se soulève, non seulement pour l’exploration des innombrables manifestations de la Conscience Universelle, l’homme y compris, mais aussi l’apparition et la promesse d’une espèce nouvelle « l’homme après l’homme », qui doit être aussi différent de nous que nous le sommes actuellement du singe.

La matière vit, la matière agit avec intelligence, son pouvoir est immense, sa conscience exprime le Divin, lorsqu’elle n’est pas asservie aux impositions restrictives d’un ego humain.

La Conscience dans le règne végétal

« Dis-moi comment tu fréquentes les fleurs et je te dirai qui tu es. »

Est-ce pour en faire un herbier assorti d’interminables et fastidieuses classifications et pour participer avec un plaisir inconscient aux holocaustes qui les assassinent sous prétexte de les fêter ? Ou bien contemples-tu avec émerveillement cette grandiose épopée de l’évolution végétale qui, tant de millions d’années avant nous, a élaboré les mécanismes les plus spectaculaires de la vie et de la reproduction, collaborant avec les insectes, surmontant tous les obstacles par de prodigieuses inventions, organisant des sociétés, créant des architectures de plus en plus complexes dont l’orchidée nous donne un exemple particulièrement sophistiqué ?

Nous pouvons appliquer à la compréhension du règne végétal le leitmotiv de cet exposé : « C’est le degré évolutif de la vie et de la conscience en soi-même qui permet de ressentir en dehors de soi la qualité de cette même vie et de cette même conscience. »

Si elles ne sont pas « soi-conscientes », ces espèces, elles sont du moins conscientes, d’une conscience naïve qui transmet sans erreur et sans défaillance la « pensée supérieure » qui, à notre insu, dirige et active la stratégie évolutive de toute la manifestation.

Etudes expérimentales de Sir Chunder Bose.

Après avoir mis en évidence les réactions aux excitations de la matière inorganique et avoir détecté leur identité avec celles des végétaux et des animaux, Sir Chunder Bose poursuivit des études plus approfondies sur les plantes.

Divers moyens d’amplification ont permis de faire apparaître les réactions motrices des plantes. Le fait le plus important de cette recherche fut la découverte du caractère nerveux de la propagation à distance, au sein des tissus, de la perturbation engendrée en eux par l’excitant. La polarité de l’action d’un courant électrique et le caractère de la propagation dans les tissus montrent que la conduction de l’excitation chez les plantes est fondamentalement la même que la conduction dans un nerf animal. Pour une longue série de variations parallèles, les réactions d’un nerf végétal isolé ne diffèrent en rien de celles d’un animal. La similitude est telle que, si l’on découvre une caractéristique réactionnelle dans l’un des domaines, on peut être certain de la rencontrer chez l’autre.

Grâce à un enregistreur à résonnance, la vitesse de propagation de l’influx végétal a pu être mesurée. L’ignorance dans laquelle on était de la physiologie végétale évoquait l’idée que la propagation des excitations chez la sensitive « mimosa pudica » était due aux mouvements de la sève dans le courant de la transpiration. La détection simultanée des deux phénomènes a révélé que la vitesse de l’influx nerveux dans les pétioles était deux cents fois plus rapide que celle du mouvement de la sève. Le dépôt d’une goutte d’acide à l’extrémité de la feuille supérieure d’un mimosa ne laisse aucun doute quant au phénomène observé. La découverte de la transformation d’un influx afférent (sensoriel) en influx efférent (moteur) constitue dans son pulvinus un véritable arc réflexe. Des troncs nerveux séparés ont pu être mis en évidence pour la conduction des influx afférents et efférents, témoignant d’un haut degré de différenciation et de l’identité du mécanisme physiologique de la plante avec celui de l’animal.

Contrairement à ce que l’on pensait, la sensibilité de la plante est extrême. La moindre sollicitation provoque une réaction, et un traumatisme trop violent, tel qu’une incision, entraîne d’importantes perturbations. Des chocs ou des toxiques, appliqués à doses progressives, laissent apparaître des temps de récupération de plus en plus lents. Un enregistrement continu permet de noter, lorsque la mort va survenir, un spasme violent, ainsi que chez l’animal, bien que l’aspect de la plante ne change qu’un peu plus tard.

Fonctions biologiques de la Conscience végétale. Entretien de la vie.  Transmutation.

Notre dette de reconnaissance est sans limites pour cette magicienne à laquelle nous devons l’apparition et l’entretien de la vie. La soupe primitive, qui, voilà trois milliards d’années, réunissait terre et océans, ne comportait pas une trace d’oxygène ; des êtres microscopiques y dégagèrent, par fermentation, du gaz carbonique, puis cette molécule miraculeuse qu’est la chlorophylle, filtre vert qui allait utiliser la lumière pour transformer en sucre l’eau et le gaz carbonique, donnant naissance à une algue unicellulaire dont la chair vivante est faite de sucre. Cette photosynthèse, exploitée par des milliards d’organismes, dégageait dans sa production, sous forme de déchets, l’oxygène qui permit l’apparition du règne animal, restituant aux anaérobies, par la respiration, le gaz carbonique qui leur était nécessaire.

Cette fonction chlorophyllienne qu’est la photosynthèse, exploit du règne végétal en ce qui concerne son propre organisme, est aussi dans les processus biologiques le phénomène vital quantativement le plus important du monde. Parce qu’elle exprime la vie universelle, non limitée par un ego, la Conscience végétale nous dispense généreusement cette vie dont nous faisons à son égard un si cruel usage.

Les éléments de la Matière ne livrent pas seulement le secret de la vie qui les anime au savant qui les leur arrache avec une maîtrise toujours croissante. Ils offrent aussi, spontanément, à l’observateur souvent sceptique, le spectacle de leurs exploits fonctionnels, qu’ils soient intégrés dans des formes organiques différemment évoluées, végétales, animales, voire même humaines. Nous faisons ici allusion aux phénomènes spontanés de transmutation biologique qui, sur une échelle grandissante, font l’objet des observations les plus minutieuses. En voici chez les végétaux les éléments essentiels :

Frappé par l’augmentation insolite du soufre en rapport avec la croissante du cresson, Von Herzeele étudie les phénomènes de transmutation des éléments (potassium, sodium, phosphore, calcium, magnésium) au cours de la végétation, et affirme cette incroyable possibilité.

En 1959, le professeur Baranger décèle une diminution du taux de phosphore au profit d’une augmentation du taux de potassium si l’on ajoute du chlorure de calcium au milieu de germination des graines de vesces.

Une telle alchimie ne s’opère que dans les bombes ou dans les piles atomiques. La cohésion des éléments constitutifs de l’atome développe, pour se traduire par une masse, une énergie considérable qui sera utilisée de façon appropriée.

Peut-on imaginer un exemple plus saisissant d’intervention consciente pour assumer une tâche aussi prodigieuse ?

Réaction des  plantes à la pensée  humaine.

L’« accueil » des plantes à la pensée humaine a fait l’objet d’expérimentation en France et en Angleterre, sans qu’il s’agisse d’un vulgaire procédé de magnétisme. Cette influence psychique s’exerce sur le phénomène de « croissance » aussi bien que sur celui de germination. Un quart d’heure de pensée chaque jour, pour le blé, le persil, le lin rouge, était suffisant pour donner un résultat au bout d’une semaine. L’entourage de l’expérimentateur n’était jamais au courant.

Ce dernier faisait une image mentale du résultat à obtenir pour les graines qu’il désirait aider, imaginant de la même façon que les graines ne pousseraient pas pour une contre-expérimentation. De plus, il parlait à ses « sujets » en des termes affectifs tout à fait opposés : « vous êtes belles, vous me plaisez, vous grossissez » ou bien la déclaration contraire pour le retard à la germination. Parfois, des efforts musculaires (montée d’une côte à bicyclette) étaient joints au traitement.

Tous les expérimentateurs ne donnaient pas des résultats satisfaisants, et, parmi eux, même des guérisseurs. La qualité de l’influence psychique était donc plus importante qu’un magnétisme puissant peut-être, mais indifférencié.

En Angleterre, un laboratoire spécialement équipé renforçait la pensée par un appareil et prodiguait au terrain de plantation, les mêmes soins mentaux. Des choux, des brocolis furent mis en terre à 10 mètres d’un plan témoin ; la différence de croissance apparaissait au bout de trois semaines. Les fèves, la moutarde, le gazon, l’avoine, donnèrent également des résultats positifs.

Le même laboratoire observa, sans intervention de la pensée humaine, la puissance de ce qu’il dénomme « instinct maternel » chez les plantes. L’influence de la mère, non seulement sur la croissance, mais aussi sur la vie de ses rejetons est considérable. Une plante se développe de façon entièrement satisfaisante si la mère est vivante, alors même qu’elle serait sur un autre continent. Si elle est morte, au contraire, les filles ont tendance à dépérir et peuvent même mourir. Des expériences de contrôle furent très nombreuses.

La protection maternelle et infantile est d’ailleurs la hantise des plantes qui, soucieuses semble-t-il d’assumer l’entretien de la vie dans un milieu de prédateurs innombrables, perfectionnent depuis 100 millions d’années des moyens de défense avec une imagination sans cesse renouvelée et pleine de sagacité. Après avoir protégé la cellule femelle par un ovule, puis l’ovule par un ovaire, de véritables constructions furent élaborées : berceaux, places fortes, donjons, tranchées pour déjouer les initiatives des mâles indésirables tout en donnant à l’élu, spécialement invité, les moyens hormonaux nécessaires pour se jouer des pièges et assurer la fécondation « ordonnée » par la femelle. Cette « prodigieuse aventure des plantes », récemment racontée avec l’humour le plus attrayant, n’excuse plus maintenant une ignorance ou une indifférence qui se doivent de faire place à la découverte enthousiasmée de ce règne bienfaiteur de l’humanité.

Car l’affectivité des plantes porteuses d’une sensibilité raffinée est proprement émouvante et digne d’être ressentie par des êtres qu’elle aidera, en retour, à franchir un échelon évolutif.

Nul ne peut se sentir étranger à l’expérimentation de Clève Backster, rapporté par Lyal Watson : Backster, policier spécialisé dans les interrogatoires, décide d’essayer sur la plante ce qu’on nomme « le principe de menace du bien-être ». Il s’agissait de torturer la plante.

La plongée de l’une des feuilles dans une tasse de café chaud n’ayant donné aucune réaction, il prit une allumette pour la brûler. A l’instant de cette décision, à treize minutes cinquante secondes du temps d’enregistrement, il se produisit une modification spectaculaire dans la courbe du tracé sous forme d’un tournant vers le haut, abrupt et prolongé, et cependant la plante n’avait été ni touchée ni même approchée. Tout semblait indiquer que la réaction était due à la seule pensée du mal que l’expérimentateur avait l’intention d’infliger à la plante.

C’est alors que Backster laissa tomber près de celle-ci des crevettes vivantes dans de l’eau bouillante. Chaque fois que mourait une crevette, le traceur attaché à la plante inscrivait un violent sursaut. Pour éviter toute cause d’erreur tenant à ses propres émotions, l’expérience fut automatisée avec un appareil électronique créateur de « hasards » ; les mêmes réactions furent enregistrées chaque fois qu’une crevette trouvait la mort dans ce supplice, mais non pas lorsqu’une crevette morte était plongée dans le récipient. C’était là une émouvante constatation de la réaction des plantes à la souffrance.

Backster avait un philodendron qui lui était particulièrement attaché : alors qu’une courbe enregistrait les réactions douloureuses de la plante chaque fois que l’assistant entrait dans la pièce, elle paraissait se détendre lorsque son « ami » s’approchait ou parlait, même dans une pièce voisine. Les fruits et légumes frais, les cultures, les moisissures, le sang, la levure manifestaient cette même sensibilité à la détresse d’une autre vie.

Comme le souligne le docteur Watson qui renonça à tondre ses pelouses, de telles réactions posent de véritables problèmes mentaux dans le cadre de l’alimentation. L’auteur poursuit : « Si les cellules en train de mourir émettent un signal auquel répond une autre vie, pourquoi le font-elles ? Et pourquoi de pareils signaux seraient-ils plus importants pour une plante que pour nous ? »

Nous pensons personnellement que ces signaux ne sont pas plus importants pour une plante que pour nous mais qu’elle les perçoit alors qu’ils ne nous atteignent pas pour une raison qui nous paraît évidente, toujours la même : notre concentration mentale au service de l’ego découpe un centre d’intérêt dans les énergies environnantes et l’isole dans une prison imperméable à toute la vie qui nous entoure. Lorsqu’au cours de l’évolution l’ego desserre son étreinte, les signaux sont à nouveau perçus et la détresse des règnes infrahumains douloureusement ressentis. Un être dont la Conscience est au niveau cosmique évite de cueillir une fleur ; il lui devient totalement impossible de plonger une crevette dans l’eau bouillante.

La réponse de la plante à l’affectivité humaine nous est donnée d’une façon prodigieuse dans le cadre de la Fondation de Findhorn, devenue « centre planétaire » de travail spirituel pour le « nouvel âge » et basée sur la perception aigüe de l’unité de la Vie et de l’Intelligence, en chaque créature, qu’elle soit humaine, animale ou végétale :

Au nord de l’Écosse, sur un terrain qui n’était que dunes stériles, comme l’affirment les expertises chimiques, de merveilleux jardins naquirent d’une coopération avec la Nature, empreinte d’un amour profond des Fondateurs, vivant en communion spirituelle avec cette végétation à laquelle ils donnaient naissance. Non seulement toutes les plantes, gorgées de sève, avaient une brillance et une vitalité incroyables, mais dans un potager où poussaient « soixante-cinq espèces de légumes, vingt-et-une de fruits et quarante-deux autres de plantes variées… on avait vu des choux de dix-neuf kilos et des brocolis de presque trente mille grammes ». Le secrétaire de la Fondation entrait en contact avec la Conscience des plantes.

On fit régresser le gigantisme afin que les visiteurs ne concentrent pas leur attention sur ce côté spectaculaire, car Findhorn devint une véritable « Université de Conscience », rayonnant sur les continents qui envoient des représentants de nombreuses nationalités. Et tout cela parce qu’il « suffit d’être branché sur la Vie, en prise directe, pour sentir sa présence en chaque brin de thym, en chaque minuscule habitant des mousses ou des sables, en chaque arbre… »

Mère comprend, dialogue, et… devient même le Règne Végétal.

Les expériences de Findhorn nous préparent à accueillir sans objection les récits de Mère lorsqu’elle s’entretient avec les légumes du potager en vue d’obtenir leur coopération amicale et volontaire : « Tous les matins… je me promenais pour choisir les légumes que j’allais prendre pour manger. Eh bien, figurez-vous, il y en avait qui me disaient : « non, non, non » et puis il y en avait d’autres qui appelaient ; je les voyais de loin et ils me disaient : « prends moi, prends moi » ; alors c’était très simple, j’allais chercher ceux qui voulaient être pris et jamais je ne touchais à ceux qui ne voulaient pas. J’aimais beaucoup mes plantes… J’avais mis beaucoup de conscience dedans en les arrosant.

« Les plantes, les arbres comprennent très bien la façon dont vous les considérez, dit Mère. Il y a des arbres dont l’amitié avec des hommes devient très intime. Ils ont une affection très grande ; leur générosité pour donner protection est peut être beaucoup plus grande que celle de l’homme. Si vous leur êtes sympathique, vous pouvez très bien sentir les vibrations de leur force vitale.

« Les fleurs sont très réceptives à la réalité des êtres humains et surtout à la « qualité » de cette vitalité. Quand certaines personnes tiennent une fleur, elle se fane immédiatement ; quand d’autres la tiennent, elle s’ouvre. J’ai vu plusieurs fois Sri Aurobindo prendre une fleur à moitié fanée dans sa main et elle se remettait tout à fait ; elle était toute contente. Les roses n’aiment pas du tout être à côté d’une autre fleur dans un vase… elles ont un esprit de caste. »

Méditant sur cette déclaration de Mère, j’ai pensé que les roses ayant été traitées par les hommes à partir de l’églantier, et sans cesse améliorées pour être plus belles, avaient sans doute été imprégnées par cette pensée toute humaine de prestige et de supériorité.

Mère poursuit : « Il m’est arrivé des histoires très amusantes avec les fleurs. J’avais choisi des roses pour donner aux gens et en ai sorti une qui s’était ouverte trop tôt ; j’ai pensé : est-ce qu’elle est assez bien pour être donnée ? … Je la tenais sans la serrer… Devant mes yeux elle s’est retournée et m’a enfoncé son épine dans le doigt. Un autre exemple : deux fleurs étaient dans un vase sous la lampe ; un très bel ibiscus est placé auprès d’elle ; immédiatement, l’une des deux s’est jetée par terre ; la jalousie est fréquente entre les fleurs. La forme d’amour que nous donne les fleurs c’est l’épanouissement, le don de leur beauté et de leur senteur dans un épanouissement amoureux ; c’est un mouvement spontané, et non pas une Soi-Conscience. Une grande Force agit à travers tout cela, la grande Conscience Universelle et la grande Force d’Amour universel qui font que toutes les choses s’épanouissent dans la beauté.

« Je suis arrivée à cet état où je peux voir l’effort vers le Divin, même dans un tout petit être inconscient : des petits chiens, des petits chats, des petits enfants, un arbre ; c’est visible. Et ça, c’est cette immense sadhana de la Terre… qui se prépare à recevoir le Divin. »

On ne saurait mieux clore ce travail cosmique de Mère qu’en prenant connaissance de l’incarnation de sa Conscience dans le cerisier. Aussi me permettrai-je de le faire in-extenso :

Le 7 avril 1917

« Une grande concentration s’est emparée de moi et je me suis aperçue que je m’identifiais avec une fleur de cerisier puis, à travers cette fleur, avec toutes les fleurs de cerisier, puis descendant plus profondément dans la Conscience, en suivant un courant de force bleutée je devins tout à coup le cerisier lui-même, dressant vers le ciel comme autant de bras ses innombrables branches chargées de leur offrande fleurie. J’entendis alors distinctement la phrase suivante : « Ainsi tu t’es unie à l’âme des cerisiers et tu as pu de la sorte constater que c’est le Divin qui fait au ciel l’offrande de cette prière de fleurs. »

Lorsque je l’eus écrit, tout s’effaça ; mais maintenant le sang du cerisier coule dans mes veines et, avec lui, une paix et une force incomparables ; quelle différence y a-t-il entre le corps humain et le corps d’un arbre ? Aucune vraiment, et la conscience qui les anime est bien identiquement la même.

 

Puis le cerisier m’a glissé à l’oreille : « C’est dans la fleur de cerisier qu’est le remède des maladies de printemps. »

La Conscience dans le règne animal

« Si les animaux pouvaient parler ils réclameraient leur égalité avec vous et  soutiendraient leurs revendications avec la même énergie que les humains. »

Sri Ramana Maharshi

L’animal est un vivant laboratoire dans lequel, dit-on, la nature a élaboré l’homme. De même que la plante contient en soi l’obscure possibilité de l’animal conscient, le mental animal est déjà agité de sentiments et mu par des perceptions et des concepts rudimentaires qui fournissent une première base à l’homme penseur qui lui-même sera sublimé par la tentative que fait l’Energie évolutive pour le transformer en homme spirituel.

Dans le règne animal comme chez la plante, la Conscience se révèle sur toute une échelle hiérarchique aux formes multiples depuis l’être microscopique jusqu’aux structures complexes culminant dans le cerveau cortical des mammifères supérieurs.

Quelques  particularités de l’intelligence animale

L’être animal a, de son existence vitale et physique, une vision sensorielle « mentalisée » dont il tire toute la valeur sensorielle possible avec une intelligence pratique susceptible de faire face aux exigences des circonstances ambiantes. En voici deux exemples :

— Dans un chemin étroit, une personne voit, à hauteur de son visage, une grosse toile tendue entre les deux haies et au centre, une superbe araignée ; le chemin était barré. En « s’excusant », elle prend, du bout d’un bâton, un bord de la toile et l’accroche plus haut à un arbuste. Ce manège dure trois jours, le matin du quatrième jour, elle voit, émerveillée, la toile tissée et pendue quatre-vingts centimètres plus haut.

— Le « chat de Schrödinger » fournit à la physique quantique son deuxième paradoxe : enfermé dans une boîte réfrigérée dans laquelle se trouve une lampe qu’un générateur allume de temps à autre, en même temps qu’une lampe témoin à l’extérieur, l’animal rompt la synchronicité au profit de la boîte qui se trouve ainsi réchauffée. La « conscience de l’observateur » a modifié les contingences, mais l’« observateur » était un chat.

A propos de l’instinct

Lorsque, dans la spirale de l’évolution, on se trouve en présence de la « conscience d’espèce », cette dernière est immédiatement qualifiée d’« instinct » avec tout ce que ce terme comporte de joutes oratoires sans issue. Il nous paraît opportun d’en proposer ici une définition dans le sillage de l’interprétation de Sri Aurobindo (car Mère dit avoir eu l’identification à la vie animale comme cela s’est produit pour le règne végétal, éliminant ainsi les interprétations hasardeuses du mental).

L’instinct, c’est l’obéissance à l’esprit de l’espèce qui sait toujours ce qu’il faut faire ou ne pas faire ; c’est la présence du Divin dans le génie de l’espèce, c’est la spiritualité des animaux, une spiritualité collective. » Si vous laissez un animal loin de l’homme, il obéit à l’esprit de l’espèce et ne fera jamais de bêtises. Auprès de vous, il perd son instinct, c’est vous alors qui devrez veiller sur lui. Une vache laissée à elle-même dans un pré est incapable de manger une herbe toxique ; enfermée dans une étable, elle mange indifféremment ce que l’homme lui présente.

— Un chien de berger ne voit que rarement son maître. S’il est mordu par un serpent il se lèchera jusqu’à la guérison. S’il est mordu dans la maison, il meurt, comme l’homme.

L’homme est l’intermédiaire déformant entre la pureté inconsciente de l’animal et la pureté consciente du dieu. L’animal est moins évolué mais est plus près du Divin. Toutes les œuvres de la Nature sont imprégnées d’une intelligence absolue. Les fourmis, les abeilles, font exactement ce qu’elles doivent faire ; toute leur organisation évoque la perfection mais elles ne sont pas conscientes de cette intelligence présente.

Les animaux, comme les plantes, nous l’avons vu, peuvent avoir de la vanité. Lorsqu’on les flatte, ils sont très sensibles à la voix articulée qui les adule. J’avais une chatte qui donnait la patte lorsqu’on le lui demandait. Alors qu’elle la refusait un jour à un visiteur, j’ai dit simplement à la personne intéressée, sans même m’adresser à la chatte : « C’est dommage qu’elle ne veuille pas car elle est très belle lorsqu’elle donne la patte. » A l’instant même, elle s’exécutait.

Une chatte jolie mais avec une queue misérable était à la fenêtre lorsqu’arriva une angora voisine, tricolore, avec une queue merveilleuse. Je dis à la mienne : « Oh, regarde comme elle est belle. » Et je voyais qu’elle regardait… dans la portée suivante, il y en avait une semblable : trois couleurs et une queue magnifique ; sans doute l’avait-elle voulu intensément… par vanité.

Relations entre les hommes et les animaux

L’amour des animaux pour les hommes, dit Mère, est à peu près le même que celui des hommes peu intellectuels pour le Divin : une admiration venant du cœur avec confiance : une sorte de respect (que l’on pourrait appeler illégitime) pour la supériorité de l’homme qui, cependant, l’induit en erreur. Cette admiration pleine de dévotion pour l’être qui peut subvenir à leurs besoins se substitue à leur instinct. Lorsqu’il s’y mêle de la crainte, c’est la faute des hommes ; sinon, c’est un sentiment d’émerveillement, dans une totale sécurité. Dans leur mentalité rudimentaire, les animaux ont une gratitude spontanée pour un acte de bonté à leur égard, un attachement très fort, un besoin irrésistible d’être auprès de vous ; un échange de forces psychiques et vitales est pour eux une chose merveilleuse, donnant une joie intense ; ils vibrent intérieurement.

« J’ai rencontré des animaux que j’ai considérés comme supérieurs à un grand nombre d’hommes », dit Mère. Ce que font la plupart des gens, c’est d’abîmer leur conscience ou plutôt leur instinct ; ils tentent parfois de les pervertir.

La perversion est rare chez les animaux et ne peut être que la contamination par la perversion de l’homme. Des officiers ayant adopté un singe eurent l’idée grotesque de lui faire boire de l’alcool. Ayant accepté pour copier ses maîtres, l’animal faillit mourir empoisonné, donnant l’exemple de l’effet de l’alcool lorsque la nature physique n’a pas encore été pervertie. Il guérit, mais lorsqu’un nouveau verre de vin lui fut présenté, il le jeta à la tête du tentateur, dans une rage épouvantable, beaucoup plus sage en cela que les hommes.

Les animaux ne nous comprennent pas, nous leur échappons presque totalement. Mère a connu, cependant, des animaux familiers — des chats et des chiens — mais surtout des chats qui faisaient un effort de conscience presque yoguique pour nous rejoindre. Généralement, ils ne nous voient pas tels que nous sommes et souffrent par nous ; nous sommes une énigme constante. Seule une partie très infime de leur conscience a un lien avec nous. Il en est de même pour nous lorsque nous essayons de regarder le monde supramental.

L’influence de l’homme peut également être bénéfique pour l’évolution de l’animal, s’il prend au sérieux ses responsabilités. Mère vérifiait si l’état évolutif de ses chats pouvait être leur dernière incarnation comme animal et s’ils étaient prêts à entrer dans un corps humain dans une vie prochaine. L’expérience réussit dans trois cas. Un de ses chats assistait à ses méditations et entrait dans une transe profonde, refusait de manger au réveil, pressé de reprendre la même place et d’y revivre une nouvelle transe.

A bord d’un bâtiment faisant du cabotage, un gros matou ne manquait jamais d’assister sur le pont au service religieux du dimanche. Lors de la suppression de ce service, le chat dépérit, semblant voué à une mort inéluctable. Le drame psychosomatique de l’animal étant soupçonné, contre toute vraisemblance, le service religieux fut repris ; on y transporta le malheureux chat à bout de force ; il se réalimenta et guérit.

Une optique nouvelle sur les migrations saisonnières

L’étude des migrations génétiques des poissons et des oiseaux incite les spécialistes à les attribuer à des tropismes, des pathies avec un guidage par des réactions perceptives. L’orientation en cours de route des oiseaux migrateurs pose un problème très discuté où il est question, pour l’orientation mnémotechnique, de corriger en outre les angles de marche en tenant compte des variations de position du soleil. Ces considérations sont normales lorsqu’elles expriment les qualités analytiques du « cerveau gauche » du savant qui situe l’être dans l’univers. Satprem, le confident de Mère, nous fait remarquer que, dans le monde animal, il n’y a pas de là-bas, le monde est en lui et s’y déroule à chaque seconde. Cette optique du problème correspond à la qualité du cerveau droit, qui chez l’homme nous met en rapport avec le cosmos lorsque l’ego nous a libéré de ses limitations. Point n’est alors besoin de savantes corrections.

Nous avons essayé de lever un coin du voile sur la « vie intérieure » des êtres et des choses qui partagent notre Univers. Nous dirons alors, comme Roger Godel : « Un biologiste a le droit de voir, dans le monde vivant, une immense mécanique… Mais il n’aura garde d’oublier qu’une vie subjective infuse la Conscience dans ce vaste ordonnancement d’êtres. »

 

Bibliographie

— Dr Thérèse Brosse. La « Conscience-Energie », Structure de l’homme et de l’univers. Ed. Présence 1978.

Science et Conscience. Les deux lectures de l’Univers. France Culture/colloque de Cordoue. Stock 1978.

— Jean-Marie Pelt et Jean-Pierre Cuny. La prodigieuse aventure des plantes. Fayard 1981.

— Stéphane Lupasco. Les Trois Matières. Julliard 1960.

— La Mère. Prières et Méditations. Sri Aurobindo Ashram Pondichéry 1980.

— La Mère. Pensées et Aphorismes de Sri Aurobindo. Sri Aurobindo Ashram Pondichéry 1979. — Sri Aurobindo. La Synthèse des Yoga. I. Le Yoga des Œuvres. Sri Aurobindo Ashram Trust 1970.

— Satprem. Mère. Le Matérialisme Divin. Robert Laffont 1976.

— L’Agenda de Mère. I. 1950-1960. Institut de Recherches Evolutives 1978.

— La Mère. Entretiens : (1950-51) Ed. 67 ; (1956) Ed. 78 ; (1957-58) Ed. 78 ; (1953) Ed. 75.