: La notion de culpabilité dans la morale indienne Par le Swâmi Siddheswarananda de l’ordre de Ramakrishna


13 Jan 2011

(Revue Psyché. N° 18 & 19. avril-mai 1948)

Extrait de http://users.skynet.be/fb125004/

JE vous remercie de cette occasion qui m’est offerte de parler au milieu de vous. Mme Choisy m’a demandé de parler de la notion de culpabilité dans la pensée indienne. Nous désignons cette notion par le terme aparâdha. Pour mieux vous faire comprendre notre position vis-à-vis de cette notion je vais essayer de dresser quelques comparaisons avec la pensée chrétienne. Il semble que la notion de culpabilité chez les chrétiens ait été d’abord une notion de culpabilité collective en relation directe avec le mythe du péché originel. Le Premier homme a commis le pèche et toutes les générations venant de lui en ont porté le poids comme si quelque chose dans le sang de l’humanité avait été souillé. De cette tache originelle, aucun homme désormais ne peut à lui seul se libérer ; pour s’en laver complètement il faut que la grâce de Dieu opère. (Tel est le rôle du sacrement du baptême sans lequel l’âme du juste est condamnée à ne pas contempler directement Dieu.)

A cette notion de culpabilité qui embrasse l’humanité entière pourrait correspondre d’une manière, très éloignée chez nous, la notion d’avidya, ou ignorance. C’est la condition originelle, état dans lequel l’homme naît vit et meurt en dehors de connaissance de la vérité.

C’est une condition universelle qui enveloppe sans exception tous les êtres qui viennent au monde. Sauf cependant, les grands êtres, c’est-à-dire les êtres qui sont nés sans avidya (ignorance), qui sont en dehors de l’avidya dès leur naissance : on dit qu’ils ont échappé au filet de maya. Avidya, comme pour le chrétien l’état de péché, constitue le terrain même où les efforts de l’homme s’exercent dans l’obscurité aussi longtemps que la Grâce ne vient pas le chercher. « L’atman se révèle à qui lui plait » disent Ies Upanisads.

L’avidya en effet, ne peut être effacé que par la Grâce c’est à dire l’apparition d’une “Force transcendante jaillissant de l’être ».

L’ignorance et, avec elle, le sentiment de culpabilité ne disparaît que lorsque la lumière de la Conscience suprême éclate (Brahma-vidya).

Cette Conscience suprême résulte d’un effort de purification de soi que la Grâce est venue couronner. Elle est acquise d’une manière imprévisible et sans aucune nécessité, dans un acte d’intuition où le sujet et l’objet disparaissent, sujet, objet et acte de conscience restant fondus tous trois dans la lumière de sat-chit-ananda. L’état d’ignorance peut donc être transcendé car, en réalité, nous n’avons jamais cessé d’être libres. Cette conscience de la réalité de notre être élimine alors toute souffrance et tout sentiment de culpabilité : le Maharshi est au delà du bien et du mal dans la paix et la sérénité.

Si nous essayons maintenant un rapprochement avec une pensée indienne d’ordre plus théologique, l’on peut dire que la tradition voit la manifestation se dérouler à l’intérieur de grandes époques ou yugas : dans le satya-yuga, ou l’âge d’or, les hommes atteignaient facilement à la connaissance parce qu’ils suivaient la loi : le dharma, aimaient et respectaient Dieu ; c’était un siècle d’innocence. Dans notre âge actuel, le kali-yuga, les lois sont bouleversées, les hommes ne comprennent plus leur dharma, il est devenu très difficile de parvenir à la connaissance.

En revanche, il suffit d’un très petit effort pour y parvenir très rapidement : la récitation du japam, (répétition du Nom du Seigneur) suffit même et les mauvaises intentions ne comptent pas.

Chaque époque aurait ainsi sa physionomie particulière, sa loi. Vivre a l’intérieur d’un de ces grands cycles cosmiques, c’est participer à une certaine aventure commune dans laquelle on se trouve engagé avec un certain karma, (poids des actes antérieurs, individuels et collectifs). L’inflexibilité de cette causalité morale et spirituelle remplace ici dans une certaine mesure la notion de péché originel.

Le sentiment de culpabilité, c’est le sens de cette aventure qui se joue avec nous, que nous le voulions ou non, c’est pour nous le sentiment de l’histoire, la mémoire de ce que nous avons fait à des époques révolues qui vient se croiser en nous avec l’éveil de l’ordre moral. Toute participation à la collectivité, consciente ou non, doit donc nécessairement faire peser sur ses membres un sentiment de culpabilité. Telle est, la destinée humaine que l’homme ne peut aspirer se délivrer seul.

Nous disons que le Bouddha entraîne la totalité des êtres dans sa délivrance et qu’il refuse le nirvana pour n’y entrer que lorsque le plus petit vermisseau sera délivré.

Le sentiment de culpabilité collective conduit, on le voit, la pensée indienne, non pas à un regret désenchanté du Paradis perdu, mais à une ferme assurance portant sur les vies successives et sur l’autorité des grands êtres qui ont ouvert le chemin de la libération par la connaissance (jnana mârga).

Le sentiment de culpabilité, et de culpabilité collective, c’est-à-dire le sentiment d’une disposition à pécher, d’une inclination permanente et congénitale vers le mal n’atteint pas l’être dans son fond qui reste libre et qui bientôt peut-être, ou longtemps après, selon la volonté de l’homme et la Grâce de Dieu se révèlera dans sa grandeur inaltérée.

Voyons maintenant comment se présente le sentiment de culpabilité chez les individus. L’enfant, dans son jeune âge, ne fait aucune discrimination entre le bien et le mal. Celle-ci se forme peu à peu avec les notions de « ceci est permis », « ceci est défendu », notions inculquées dans le mental de l’enfant par l’entourage ; la crainte, crainte de blesser, crainte d’être blessé, favorise l’acquisition de ces notions, et coopère ainsi à l’éducation.

La vie indienne entière, selon la croyance populaire, est assujettie à des règles et à des coutumes.

Par exemple, il est interdit chez nous de parler sur le seuil d’une porte ; si on le fait, cela porte malheur. L’enfant entend dire cela à quatre ou cinq ans et lorsque, par mégarde, il oublie d’observer cette règle, la peur est si grande qu’elle le réveille à la conscience de son devoir. Il existe aussi un certain nombre d’interdits relatifs à la pureté dans le sens de l’hygiène : l’homme ne doit jamais salir l’eau ; si l’on crache dans un étang on qu’on y jette des saletés, la croyance populaire vous condamne à revenir dans une existence prochaine pour épuiser toute l’eau avec une petite feuille de tamarin. Lorsque vous touchez le pied de quelqu’un, vous autres Européens, vous vous excusez et oubliez, mais pour nous c’est une faute pour laquelle il faut faire un namascar, c’est-à-dire une salutation qui consiste en un geste traditionnel de respect. Derrière tous ces interdits se trouve un sentiment religieux enveloppé de crainte.

C’est cette crainte indéfinie de « faire ce qui est mal » qui favorise l’évolution de la conscience spirituelle. L’exigence de bien agir avec laquelle on familiarise les enfants dès le plus jeune âge, n’est pas soutenue par des arguments d’ordre rationnel. La société commande à l’aide de prescriptions et d’interdits permettant à l’individu de se mouler dans des formes préalablement établies par elle selon des règles de vie impérativement imposées. L’intelligence encore endormie de l’entant et les sanctions religieuses toujours en éveil ne laissent pas de place pour le choix. C’est à la famille qu’incombe le soin de donner aux enfants la nourriture spirituelle, et il arrive parfois que la notion de culpabilité soit si puissante chez les parents que sa projection sur l’enfant paralyse celui-ci.

Un jour, cependant, un ressort moral s’éveille et l’enfant essaie d’apprécier les interdits auxquels jusqu’ici la peur l’avait assujetti.

Le sentiment de culpabilité peut se manifester alors dans deux cas : une règle a été imposée de l’extérieur à l’entant et celui-ci qui l’accepte sans la comprendre éprouve une gêne presque neurasthénique causée par cette contrainte exercée sur ses instincts. Ou bien, il sent que ces tabous sont un obstacle à son libre développement ; un complexe de révolte et d’infériorité se forme en lui.

Dans les deux cas il y a sentiment de culpabilité.

Lorsqu’il y a révolte, l’individu cesse de faire ce que jusqu’ici il faisait sous l’empire de la crainte, ou fait ce que jusqu’ici il s’abstenait de faire pour le même motif. Je parle ici d’une révolte provoquée par une pédagogie arriérée. Le sentiment de culpabilité naît alors de la peur d’avoir rompu un engagement religieux et offensé les dieux : c’est la forme que prend alors l’instinct de conservation du moi inquiété. Même si l’individu se refuse de vivre comme il vivait avant, quelque peur secrète demeure en lui : « S’il faisait mal ? » Quoique rationnellement indifférent à la règle qu’il n’a jamais comprise, il y reste affectivement soumis, et une interrogation craintive s’élève obscurément dans son cœur.

Mais le sentiment de culpabilité se manifeste surtout lorsque l’individu suit un devoir qui n’est pas le sien, rompant ainsi avec les lois de son propre développement. C’est alors le véritable conflit moral : dharma sankata, un malaise venant du tiraillement des forces contraires dont la présence est obscurément sentie en nous. La moralité jusqu’ici reposait sur la crainte du châtiment ; maintenant elle repose sur la crainte de faillir à sa propre loi d’évolution (dharma).

Le sentiment de culpabilité semblable alors à un remords révèle à l’être ce vrai conflit moral dans lequel l’individu s’oppose à lui-même.

De là jaillit une force de projection qui pousse l’individu à chercher une solution dans une direction nouvelle, originale et créatrice. L’homme doit découvrir ses propres valeurs et se les donner à lui-même.

Mais pour cela il lui faut d’abord comprendre son conflit.

Le sentiment de culpabilité disparaîtra quand il aura fait la lumière en lui-même. Le sentiment de culpabilité joue donc un double rôle : il donne à l’individu la conscience d’exister comme un moi séparé et il le fait naître à la spiritualité.

Voici comment nous envisageons cette action : l’idée de l’évolution est une des idées les plus familières à la pensée de l’Inde. Partant des organismes les plus rudimentaires, cette évolution se poursuit sans abandonner aucune des acquisitions de la vie, jusqu’à l’homme, où l’héritage animal fidèlement transmis se rencontre soudain conjugué avec de nouvelles possibilités. Dans l’homme, le contact jusque là permanent que soutenaient les sens avec la matière se fait plus lointain. Une nouvelle relation apparaît : celle de l’homme avec Dieu.

Que se passe-t-il ? Il semble que nous assistions au déploiement d’une même conscience aux prises avec un champ d’expérience graduellement élargi : « Dans le minéral la conscience sommeille ; elle commence à frémir dans le végétal ; elle s’agite dans l’animal ; c’est en l’homme qu’elle devient consciente d’elle-même.

Ainsi s’exprime selon la même idée le poète soufi Djellaloudin Roumi.

nimés d’un instinct grégaire les organismes se rassemblent à l’étage sub-humain dans des groupements qui annoncent la société humaine, telles la ruche ou la fourmilière. Là s’exprime une conscience obscure (tamas), de cette solidarité que crée l’énergie (prana) travaillant sur un plan horizontal. Un jour vient où, sous la poussée de révolution, l’individu rompt avec celle solidarité animale. La partie se détache du tout et l’individu s’éveille au sentiment de son isolement.

La courbe de la vie devient ascendante : elle débouche sur un terrain ouvert à de nouvelles conquêtes et à de nouvelles possibilités. C’est le plan on le rajas domine. L’individu cessant de faire corps avec la masse se voit doué de la faculté de commettre des erreurs et d’en être conscient. Par là il s’oppose à l’entourage qui l’avait jusqu’ici intégré et se définit plus précisément devant lui-même et devant les autres. De cette faculté qu’il a reçue d’errer naîtra enfin le troisième mouvement de révolution, celui de l’achèvement de la vie sur le plan de sattva, ou pureté spirituelle. La poussée verticale qui créa le « moi » s’épanouit de nouveau sur un plan horizontal.Là, l’individu retrouve cette solidarité avec l’ensemble de tout ce qui est, mais d’une manière consciente cette fois. (Cf. Bhagavad Gita VI/30-31.)

Le sentiment de culpabilité apparaît donc spontanément lorsque l’individu semble se séparer de ces forces biologiques qui travaillaient à maintenir la cohésion de la ruche ou de la fourmilière et qui s’exprimaient comme l’âme du groupe. Il n’est autre que la résonance dans la conscience de l’individu, de la pression exercée auparavant sur lui par l’instinct collectif. Avec la peur qui l’accompagne, il constitue le signal d’alarme lancé par la vie, devant l’apparition d’un nouveau comportement.

Que l’homme, grâce à une éducation appropriée, se rende compte de sa « situation », qu’il comprenne la nature des forces qui se contrarient en lui, et il en sera libéré.

Le sentiment de culpabilité ne semble jouer ici que sur une conscience encore plongée dans les ténèbres de ses origines. Il reste cependant l’agent indispensable pour amener l’homme sur le plan de la vraie moralité, là où il se sent l’auteur véritable des actes qu’il fait.
Le processus évolutif qui se continue éveille l’homme au sens du spirituel. La mémoire toute chargée encore d’imprégnations affectives relatives à la mort, aux maladies et aux multiples accidents de la vie, se voit obligée d’affronter des problèmes d’ordre supérieur. Pris entre sa mémoire ancienne son aspiration à réaliser une nouvel humanité, l’homme découvre le vrai conflit moral.

Le sentiment de culpabilité dénonce alors la présence en nous-mêmes d’un appel provenant d’un élan supérieur de la vie conjugué en nous avec les poussées instinctives.

Dans le Mahabharata, Duryodhana exprime cette situation à Sri Krishna : « Seigneur, ce qui est bien, je le sais, mais je ne puis le faire. Seigneur, ce qui est mal, je le sais aussi, mais je ne puis m’empêcher de le faire. »

Ce sentiment révèle ainsi les origines et le sens de la notion d’évolution ; le comprendre, c’est apporter une énergie nouvelle a la construction de notre caractère, énergie qui nous permettra de mortifier les tendances animales qui menacent de nous faire perdre le terrain gagné. « Veritas liberabit vos », comme dit l’Évangile de saint Jean.

Ainsi guidé par ce sentiment, l’homme aborde des valeurs nouvelles. Bien plus, il devient autonome et créateur de nouvelles formes de conduite. C’est en se libérant de tout ce qu’il ne considère plus comme essentiel à sa vie, qu’il trouve son véritable dharma, le chemin non encore frayé qui l’élèvera à la vérité.

Ainsi l’être dans sa course, guidé par le sentiment de culpabilité, sort du tamas, traverse le rajas, et débouche sur le plan serein du sattva ou de la vérité.

La pensée indienne est soucieuse de conserver un rapport constant entre la recherche morale et la recherche métaphysique. En rapport avec l’idée morale de révolution, elle met en présence différents plans de vérité. Seul le Réel Absolu, satyasya satyam demeure inchangé. Avant d’y accéder, l’homme doit franchir des zones successives de compréhension. Lorsqu’on parle de vérité, il faut donc considérer d’une part le Réel Absolu, d’autre part, le réel relatif à la position qu’occupe l’individu sur sa ligne propre de développement (swadharma).

En lui-même, le Réel se trouve au-dessus de toute appréhension mentale, ne pouvant pas être un objet pour un sujet. En lui, le sujet se perd ainsi que l’acte même de connaissance. Mais cette fusion même est la preuve de l’identité foncière du sujet et de l’objet, de l’atman et de Brahman. Brahman et l’atman ne faisant qu’Un. Les êtres voient une réalité uniforme et variée là où il n’y a en vérité qu’un seul Être, l’atman.

Il existe donc dans la structure sociale différents ordres de conduite morale et spirituelle correspondant aux différents aspects que prend la Réalité dans son expression empirique (vyavahara), rois, brahmines, commerçants, ouvriers, à chacun est offerte une possibilité d’agir par soi-même, une interprétation légitime quoique particulière de son varnashrama dharma. Cette position, vous le voyez, nie l’existence d’un impératif catégorique, porteur d’universalité.

En résumé, le sentiment de culpabilité doit être considéré comme l’expression d’une force régénératrice, signalant à l’individu qu’il va dépasser ce moment de révolution où la vie semblait s’arrêter sur un plan animal. Mais encore faut-il que l’individu prenne conscience de ce rôle joué. La compréhension est un devoir et une délivrance. C’est alors que nous comprenons ces paroles de prières : « Tout ce que je fais de mal, pardonnez-le moi Seigneur! »

Toute faute crée en nous comme un rassemblement d’énergie qui ne circule plus selon le rythme normal, où la vie paraît arrêtée et qui se traduit sur le plan mental par un complexe. L’idée de certaines maladies est lié chez nous à l’idée de culpabilité.)

Or la vie est impossible avec le sentiment de culpabilité.

Les moyens spontanément trouvés par elle pour se délivrer ont été très souvent la souffrance acceptée comme une expiation, la création esthétique, ou l’acte de foi.

On raconte à cet égard chez nous, l’histoire de Narayana Bhatta, né au Malabar, au XVIe siècle, de famille brahman. Il ne put s’astreindre à la vie d’ascèse qui était son lot : se lever à quatre heures, procéder à ses ablutions plusieurs fois par jour, répéter des litanies et des hymnes, etc… et il menait une vie désordonnée en fréquentant des maisons mal famées. Un jour, un homme de caste inférieure, mais pieux, lui reprocha ce qu’il faisait : « Pourquoi, vous qui êtes né brahman, n’utilisez-vous pas ce privilège pour votre progrès spirituel ? ». Foudroyé par cette observation, Narayana Batta aussitôt abandonna tout. Une conversion s’était faite en lui et il entra dans la vie spirituelle. Pour expier il écrivit un résumé en vers du Bhagavata Purana et devint un des plus grands saints de Malabar. Le Maître qu’il avait choisi après sa conversion se trouvait de caste inférieure. Instruire un brahman était sortir de ses devoirs établis. Par punition il attrapa la lèpre. Inspiré par l’idée de rachat, Narayana Bhatta demanda alors a son Maître de lui passer sa maladie ; la transfusion s’opéra et Narayana Bahatta, lépreux, habita dans le temple de Guruvayun où il composa le Narayanîyam en expiation. Le dernier verset achevé, il reçut l’illumination et fut guéri.

Nous avons tous quelque péché à expier et pour effacer tout sentiment de culpabilité en nous, nous comptons sur la grâce de Dieu. Mais il faut savoir que ne pas vouloir prendre conscience de ce que nous sommes constitue le vrai péché et que c’est dans l’acte courageux de connaissance que réside vraiment la grâce de Dieu.

Swâmi SIDDHESWARANANDA