Ma Suryananda Lakshmi : La révélation de Dieu en l’homme


20 Apr 2010

Le titre est de 3e Millénaire

(Revue Panharmonie. No 187. Juillet 1981)

Compte rendu de la conférence du 18.11.1980 à Panharmonie

Ma, en ce dimanche 18 Novembre, ouvre ce qu’elle appelle « Une semaine de Dieu », une semaine durant laquelle, dit-elle, nous nous occuperons un peu moins de ce qui nous embarrasse habituellement, et un peu plus de ce qui est l’Invisible, la Lumière en nous, ce qui est la Vérité et que l’on appelle « DIEU ».

L’homme a besoin de s’enthousiasmer, de s’émerveiller, de sentir qu’il pose ses mains sur quelque chose de solide et de vrai qui bien souvent semble lui échapper. Nous avons besoin de sentir que ce sol sur lequel nous marchons, a une consistance un peu plus vraie que les éternels changements, les éternelles oppositions, les éternelles remises en question qui nous remplissent d’angoisse, d’incertitude, de tristesse.

Pour nous donner des témoignages provenant d’êtres qui se sont vraiment consacrés à l’amour de Dieu, Ma nous lit quelques poèmes de Rabindranath Tagore. Nous nous excusons de ne pas les publier faute de place. Mais nos lecteurs pourront facilement se les procurer.

Dans le premier de ces poèmes, Ma relève la phrases suivante qu’elle commente : « Je sais que comme un chanteur seulement, je suis admis dans Ta présence… » « Comme un chanteur… » dit-elle, parce que le chant comporte l’amour, l’adoration, dont la conséquence est la joie.

Et, plus loin : « Voici l’heure de la quiétude et de chanter face à face avec Toi, la consécration de ma vie dans le silence de ce surabondant loisir. »

Ce loisir de Dieu, commente Ma, se trouve à toutes les pages de la Bible, comme il se trouve dans les Védas, dans les Upanishad, comme dans tous les textes sacrés que nous possédons. « Tu m’as fait infini » continue le poète, « tel est Ton plaisir ». Nous oublions que nous sommes infinis, que nous sommes éternels, nous sommes nés de l’infini, faits de l’éternité lumineuse. Le grand éducateur Pestalozzi qui vivait en Suisse à une période très troublée comme la nôtre et qui s’est tellement occupé des enfants pauvres et des orphelins, disait : « Pour permettre à l’humanité de se sortir de ses problèmes, il faut ennoblir l’homme ». Or, ce « surabondant loisir », c’est un de ces moments où l’homme a la possibilité de s’ennoblir intérieurement, de retrouver son origine, de savoir qui il est en réalité et d’essayer de le devenir, chacun à sa manière. Car notre nature humaine est à la fois unique, absolue et tellement diverse. Pour être unique, il ne s’agit pas de supprimer ce qui dépasse les théories, il n’y a rien qui soit de trop dans l’éternité, tout est en nous. Il faut seulement avoir assez de patience, assez d’amour, assez d’esprit de réalité et jamais lâcher prise. Yehudi Menuhin écrit dans sa biographie : « Je crois que le secret de la vie, c’est de n’avoir jamais renoncé ! »

Après ce préambule, Ma reprend l’étude de l’Apocalypse et nous répétant encore que le mot Apocalypse vient du mot grec Apokalupos qui signifie « révélation de ce qui est caché » et non catastrophe. C’est une révélation divine vécue par un « saddhu », si vous voulez, par l’Apôtre Jean à Patmos. Par un disciple, un yogin qui lui-même a conquis l’union avec Dieu et qui a eu une illumination qui comporte vingt-deux chapitres, révélant un chemin merveilleusement tracé de notre élévation dans la vision de la Réalité.

« Vous allez voir, continue Ma, la précision, la clarté, la beauté du passage que j’ai choisi pour aujourd’hui. Moi, qui me penche depuis tant d’années sur ces textes, je n’ai pas fini de découvrir, je n’ai surtout pas fini de m’émerveiller d’une part de la logique du texte, de son déroulement tellement prévisible lorsqu’on est vraiment engagé dans sa démarche, que de tout ce qu’il y a à apprendre à n’importe quel niveau que nous soyons, pour faire simplement un pas de plus. Ce qu’il nous est demandé de faire, c’est tout simplement un pas de plus, un pas après l’autre que tout le monde peut faire, le plus petit enfant comme le vieillard.

Avant d’aborder le texte même, Ma tient à nous spécifier que les commentaires qu’elle nous en fait et qui « sont très différents de ce que nous entendons généralement », ne constituent pas leur seule explication, ni la meilleure, ni la plus haute. C’est une explication à partir de laquelle chacun d’entre nous peut faire son propre pas, son pas qui est Dieu en lui, le Dharma des Hindous, la Loi juste de la Bhagavad Gîta dans laquelle le bienheureux Seigneur Krishna dit que le Dharma de l’un est un péché pour l’autre. Ce que je souhaite, poursuit Ma, c’est qu’il y ait dans ce qui sera dit, dans ce qui sera lu, pour chacun de nous, un moment, une parole qui soit comme une flèche qui nous touche en plein cœur, comme une semence qui nous féconde et avec laquelle nous allons pouvoir faire ce pas.

On raconte que ce qu’il y a de plus étonnant dans l’œuvre de Sœur Theresa, par certains côtés aberrants, c’est qu’elle donne aux moribonds qu’elle va chercher dans la rue et qu’elle fait amener dans son dispensaire afin qu’ils meurent là ; une mort décente après une vie souvent épouvantablement indécente à cause de la misère, de la faim et surtout, elle leur donne la certitude que chaque vie humaine est précieuse aux yeux de l’Eternel.

Ainsi chacun de nos pas est également précieux. Nous sommes tous des héritiers divins. La noblesse qui permet à l’homme de devenir ce qu’il est, de donner sa mesure, nous veut divinement parfaits, comme la Mère Divine qui est parfaite, comme le Christ est parfait. La perfection, la sainteté ne sont pas des vertus, elles ne sont pas le contraire du péché, elles sont notre vraie nature. C’est cela que nous dit l’Apocalypse. Voici le début du chapitre III :

« Quand l’Ange ouvrit le septième sceau, il y eut dans le Ciel un silence d’environ une demi-heure… » L’Ange est un élément de notre conscience lumineuse, de notre âme qui est la Lumière et, quand l’Ange parait, c’est en réalité notre âme qui naît à sa lumière. Dans le début du Livre nous avons eu les Lettres aux Sept Églises, ce sont les sept plans de la conscience et de la vie qui sont UN dans leur plénitude « le chandelier à sept branches est fait d’une seule pièce d’or… » Ces sept messages aux Sept Églises sont une ascension vers déjà une certaine vision, une certaine révélation intérieure. Maintenant, après beaucoup de purifications nécessaires, après beaucoup de chapitres difficiles à comprendre parce qu’ils ont l’air horribles, mais qui sont le combat réel pour arriver à la vision de l’Unité, on en arrive au septième sceau.

Les six premiers sceaux ont été ouverts par l’Agneau sans défaut, donc par le moi individuel, purifié, rendu à sa Réalité divine qui est le Christ pour l’Apocalypse et pour les Chrétiens et qui est la Mère Divine dans l’Inde. La Mère Divine et le Christ sont les deux pendants d’une même Réalité. Et là je ne compare pas intellectuellement, j’apporte la certitude de la réalisation de l’Unité des deux : la Mère Divine et le Christ ne s’opposent nullement, ils sont en tous points pareils, l’un et l’autre Premier-né de l’Absolu en qui, par qui, pour qui toutes choses sont créées et subsistent. La Mère ne se met pas seulement dans le monde par ses pouvoirs, mais elle se met elle-même dans le monde. Elle est elle-même la création, elle est elle-même l’homme et Jésus est lui-même la création, il est lui-même l’homme. Essayez de comprendre cela, de le vivre, c’est résoudre tous les problèmes du monde et tous les problèmes de la vie.

« L’Ange ouvrit le septième sceau et il y eut un silence d’environ une demi-heure… » Le Ciel, dans la Bible c’est toujours le domaine de la vision supra-consciente, supra-mentale de l’Esprit, l’espace dans lequel l’Esprit se manifeste avec plus de puissance. Et cette ouverture du septième sceau qui va commencer son travail jusqu’à l’accomplissement total — encore sept étapes impose un silence d’une demi-heure. Le mental se tait parce que la conscience humaine est subjuguée par la lumière, parce que pour un moment elle EST seulement, elle ne pense plus, elle ne parle plus, elle ne discute plus, elle EST. C’est Dieu en nous qui se tait, parce que quand Il parle, son langage est le Verbe d’Unité et non pas le langage dans les dualités qui est le nôtre. Quand Dieu crie : « Que la lumière soit » la lumière fût. Il crée ce qu’Il dit et nous sommes ce qu’Il crée et ce qu’Il dit. Le silence, c’est cette joie, ce recueillement où l’être en nous est en même temps connaissance et béatitude.

L’Apocalypse c’est la révélation de Dieu en l’homme, comme la venue du Christ à Noël, et pas autre chose. Et c’est à force de vouloir y voir autre chose qu’on déforme tout, même l’Évangile. La Bonne Nouvelle de la connaissance et de la miséricorde devient source de disputes et même de mort.

« Et je vis les sept Anges qui se tiennent devant Dieu et des Trompettes leur furent données… » Toujours sept ! mais ici ce sont les Anges du septième sceau, les sept plans de la purification, de la transfiguration et de l’accomplissement dans la plénitude du septième sceau, de la révélation et de la connaissance du sommet du crâne. Or Golgotha c’est le lieu du crâne. Golgotha, Vendredi saint, c’est le triomphe de l’Esprit dans l’incarnation, c’est la révélation faite à l’homme dans le spectacle de la Croix, de l’homme qui doit mourir à soi, à son apparence humaine, pour naître à la connaissance de ce qu’il est, c’est-à-dire l’infini, l’éternité lumineuse.

Les Anges avec leurs trompettes, ce sont les sept voix du Verbe de Vérité. Et comme toujours dans la vision mystique, vous avez les deux éléments inséparables de toute réalisation spirituelle : voir et entendre. C’est un apaisement qui comble notre intelligence, notre cœur et notre être entier, parce que nous avons besoin de comprendre. Alors il y a vision, le silence de la vision, ce silence révélateur et les sept trompettes qui sont là, mais qui ne chantent pas encore.

« Et un autre Ange vint et il se tint sur l’autel ayant un encensoir d’or. On lui donna beaucoup de parfums afin qu’il les offrit avec les prières de tous les Saints sur l’autel d’or qui est devant le trône. » Pourquoi tant d’or ? Parce que l’or, c’est l’incorruptibilité de la matière, l’incorruptibilité de la lumière. L’or de la vision bienheureuse, c’est la lumière divine, la lumière de l’Esprit qui est un fait et non pas une idée et même un fait concret, parce que la véritable révélation mystique va jusque dans le corps, jusque dans la matière, elle ne reste pas suspendue dans l’Esprit. L’or de la révélation, l’encensoir d’or, c’est la pureté parfaite de la consécration de soi, dans ce surabondant loisir qui est Dieu visitant l’homme, Dieu se révélant à l’intérieur de l’homme.

Cet Ange nouveau ne vient pas de quelque part, il jaillit de la vision elle-même. Il jaillit de cette surabondance spirituelle qui en ce moment habite l’Apôtre. Il voit, il entend, il sait, il comprend, il est dans ce silence divin qui révèle tout. Cet Ange nouveau, c’est une lumière de plus qui jaillit dans la conscience du fond d’elle-même, du haut d’elle-même. Tout est UN, tout est contenu dans la vision. Cet Ange nouveau vient apporter son instruction : le travail de la première trompette au septième plan de la conscience. Sept, encore une fois sept ! Les sept branches, les sept chandeliers d’or, les sept Églises, les sept messages, les sept Anges, sept fois sept, fois sept, cela donne la dimension de l’infini.

Que le travail est long ! Même lorsqu’on arrive à l’ouverture du septième plan il faut encore sept étages, sept purifications, sept réalisations. Quand l’Apôtre demandait à Jésus au chapitre XXII de l’Évangile selon Saint Mathieu : « Combien de fois pardonnerai-je à mes frères ? » Jésus répond : « Jusqu’à septante fois sept fois ». Dans l’Apocalypse le travail est long, le travail est lent, mais le travail est merveilleux et les étapes sont articulées divinement, elles ne vont pas au hasard. Sept et puis encore sept, sept étant le chiffre de la purification qui n’est pas une somme, mais une nature d’être.

L’autel c’est l’immolation du moi individuel à sa vérité qui est l’éternité. C’est l’autel des Vedas, il n’y a pas de sacrifice sanglant, mais une progression dans la lumière, c’est une augmentation du soi. Ce qu’il y a de merveilleux, c’est que ce travail là est infini, cette progression dans la lumière qui conduit aux Upanishad qui sont la révélation de l’Absolu, qui conduit à la fin de l’Apocalypse qui est la révélation de l’Absolu.

« Je ne vis point de temple dans la ville », dit la fin de l’Apocalypse, « car le Seigneur Dieu, Tout-Puissant, est son temple ». La lumière n’a pas besoin ni de la Lune, ni du Soleil pour l’éclairer, car le Seigneur-Dieu l’éclaire. Il n’y a plus rien, plus de forme, seulement la lumière, seulement la connaissance de la Vérité, donc la paix et la félicité parfaite.

Cet autre Ange, c’est l’immolation nécessaire et la fameuse victoire à celui qui vaincra des sept Lettres de l’Apocalypse, c’est la victoire sur le moi individuel, ce moi qui est notre seul ennemi, qui est notre seule embûche et qui se tare de toutes les vertus, de tant d’importance, jusqu’à nos bonnes actions entachées d’égoïsme, jusqu’à nos bonnes pensées encore collées à ce moi individuel, alors que la vraie délivrance, c’est Toi, Seigneur, seulement Toi. C’est si merveilleux de n’être plus personne, d’être le serviteur, seulement « Que celui qui veut être grand parmi vous, dit Jésus, qu’il soit le serviteur de tous ». La plus belle, la plus grande authenticité de l’homme, c’est son anonymat dans l’éternité où il est pleinement, où il est tout.

C’est si beau ce passage où on est déjà si loin, si haut dans cette lumière du septième sceau avec le silence dans le Ciel. Le nouvel Ange apporte l’indication : l’autel, l’immolation de soi. Et alors c’est merveilleux parce qu’il a un encensoir d’or : l’offrande parfaite, totalement lumineuse où l’homme lui-même n’est plus que la lumière et n’offre que la lumière à Dieu, parce qu’il est la lumière. C’est Dieu en lui qui s’offre à Dieu. L’Ange met le doigt sur l’autel, il est debout sur l’autel et il a un encensoir d’or, la purification de l’offrande radieuse en l’homme.

« On lui donna beaucoup de parfums » … dans le texte c’est en réalité : « il lui est donné… » c’est impersonnel, c’est-à-dire que dans la vision à ce degré là, quand le moi individuel lui-même est déjà devenu l’offrande lumineuse de soi, les parfums de l’adoration, de l’offrande, naissent d’eux-mêmes abondamment dans la conscience de l’homme qui s’est totalement oublié en Dieu, dirigé par l’Ange qui est debout sur l’autel avec son encensoir d’or.

« … afin qu’il les offrit, avec les prières de tous les Saints, sur l’autel d’or qui est devant le trône… » Le trône de Dieu ! Depuis le chapitre IV, il est le centre de la vision. Il n’est jamais dit que Dieu est sur son trône, Dieu est l’Inconnu. Le plus grand des Yogin qui est entré en samadhi des centaines et des centaines de fois, pourrait vous dire, comme Ramakrishna : jamais la vision de Dieu est deux fois la même, elle est toujours la première, l’unique, spontanée, originale. Dieu reste l’inconnu, le trône, le centre de la vision vers qui tout converge, devant lequel est l’autel d’or qui doit « offrir les parfums d’adoration avec les prières de tous les Saints. »

Et ici, plus qu’ailleurs, il ne faut pas voir des individus. Ces Saints sont tous les éléments de la sainteté en nous. La sainteté n’est pas une vertu, c’est notre nature et même le subconscient, et même le conscient sont habités par la sainteté.

C’est extraordinairement précis et vrai, même concrètement. Dans l’extase où l’homme s’oublie en Dieu qu’il voit d’une certaine manière, et chacun à sa manière dans la lumière où sa conscience est vraiment une avec l’Esprit, les énergies puissantes de la sainteté s’éveillent en lui et deviennent la prière authentique qui permet l’accomplissement. Quand tout est Dieu, il n’y a plus que Lui et toutes les différences disparaissent. Il n’y a pas de réalisation plus grande ou plus petite, nous arrivons tous au même moment au même but. Ceci est une chose que l’on peut sentir dans une certaine vision, c’est qu’au moment où Dieu seul est là, ce n’est pas l’individu, c’est toute l’humanité toute entière devant le trône de Dieu, devant ce centre dans lequel on prie et on répand des parfums, devant lequel on s’accomplit et dont on ne pourra jamais dire quelle forme il a. Il l’a dit au début de l’Exode, chapitre III : « Je suis, tel est mon nom ».

« … La fumée des parfums monte avec les prières des Saints, de la main de l’Ange devant Dieu… » la main divine qui offre. Et nous retrouvons la Bhagavad Gîte, chapitre III, où tout doit être franc et vécu comme une offrande. « La fumée des parfums monte… » Les Védas sont plus précis encore, la conscience grandit et elle monte dans sa vision de Vérité, dans sa connaissance de Dieu.

Nous sommes au septième plan de la conscience, à l’ouverture du septième sceau, donc à l’accomplissement de la plénitude et, pour le moment, il n’est question que d’offrandes, que d’immolation du moi individuel. Cela rappelle le chapitre IV dans les Évangiles de Mathieu et de Luc, la tentation du Christ dans le désert. C’est précisément l’accomplissement de ce septième sceau, le Christ réalisant qu’Il est Dieu, parce que Lui aussi, dans son incarnation, Il a dû faire ce chemin. Satan, qui est le moi individuel, vient et Le tente : « Tu as faim, ordonne que ces pierres deviennent du pain… jette-toi du haut de cette montagne et Dieu enverra ses Anges pour te porter. Si tu t’inclines devant moi, je te ferai le Prince de ce monde ». L’épreuve suprême ! L’autel de l’immolation avec l’encensoir d’or pour que la purification soit totale. Et Jésus, qui est Dieu, répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée et tu Le serviras, Lui seul ». Si, à ce moment-là cette suprême immolation n’avait pas lieu, le Fils de Dieu, incarné sur la Terre, deviendrait un démon dangereux parce que l’ego a vaincu.

« … Et l’Ange prit l’encensoir, le remplit du feu de l’autel et le jeta sur la terre… » Qui disait : « Seigneur, allume une grande conflagration et détruis tout cet ego et ces impuretés ». C’est bien cela ! L’Ange prend du feu de l’autel, de l’immolation divine du moi individuel, il remplit l’encensoir et il jette ce feu sur la terre…, c’est-à-dire sur les autres plans de conscience et de la vie en l’individu et dans le monde pour les purifier, pour que la purification descende jusque tout en bas de notre être et pas seulement sur les plans supérieurs de notre intelligence, de notre cœur, de notre âme.

Sri Aurobindo répétait lui aussi : après chaque vision, après chaque pas accompli dans la lumière, il faut revenir en arrière et chercher les plans inférieurs de la conscience et de la vie pour les accomplir ; pour les purifier. L’Ange le fait, il jette ces parfums, le feu de l’autel sur la terre pour que les plans inférieurs de la conscience soient aussi purifiés. Si cela ne se fait pas, il n’y a pas de vrai progrès.

« … Et il y eut des voix, des tonnerres, des éclairs et un tremblement de terre… » Effroi que ces mots-là ? Pas le moins du monde. Les voix sont le Verbe révélateur qui vient de Dieu. Le tonnerre, c’est la puissance qui subjugue la conscience, qui l’immerge dans sa vérité contre laquelle elle ne peut plus se regimber. Les éclairs sont les sillonnements de la lumière révélatrice et les tremblements de terre, ce sont les bouleversements de la conscience dans laquelle l’échelle des valeurs est renversée. Le visible qui était plus important au profit de l’invisible. Il faut qu’il y ait un renversement des valeurs car, comme dit Saint Jean de la Croix : « Quand l’homme revient de là, il ouvre les yeux sur la terre, car il n’y voit plus que Dieu ». C’est Dieu, l’invisible, l’inconnu qui domine.

Voici la fin de ce passage du chapitre VIII de l’Apocalypse. Le chapitre IX développe longuement, d’une façon haute en couleur, assez cruelle même, toute la purification encore nécessaire, parce que le moi individuel se défend longtemps en nous. Je saute donc ce passage et reprends au chapitre X où nous sommes encore avant l’ouverture du septième sceau. Nous en aurons quand même le sens, je vous le donnerai.

(A suivre)

(Revue Panharmonie. No 188. Octobre 1981)

(suite)

Le chapitre X apporte encore un élément nouveau, un enseignement nouveau dans la richesse de l’extase. En général, on croit que l’extase est une espèce d’état de quiétude. Non ! il s’y passe des foules de choses. C’est dans le silence de l’esprit, une activité extraordinaire qui fait dire au prophète « qu’un jour est comme mille ans pour le Seigneur, une minute est comme dix minutes pour le Seigneur. » C’est vrai, des mondes s’écoulent, des mondes naissent.

« … Je vis un autre Ange… », encore un jaillissement de la lumière intérieure qui, comme par vagues, par éclairs, apporte les indications nécessaires. « … Un Ange puissant qui descendait du Ciel… » De nouveau du haut de la vision, parce que tout se fait du haut de Dieu, c’est Dieu qui fait, ce n’est pas l’homme. « … enveloppé d’une nuée… » La nuée, dans la Bible, c’est toujours la descente de l’Esprit : Moïse sur le Mont Sinaï est pendant quarante jours dans la nuée. L’Archange Gabriel dit à Marie « L’Esprit te couvrira de sa nuée, de son ombre, tu enfanteras un Fils de « Dieu ». Et ici, voilà un Ange puissant qui descend du haut de la supra-conscience — pour employer un mot de Sri Aurobindo — enveloppé d’une nuée. La révélation qui n’est pas encore le Soleil qui brille dans sa gloire.

« … Au-dessus de sa tête (donc au dessus de son sommet) était un arc-en-ciel (le signe de l’union entre le Ciel et la Terre) et son visage était comme un Soleil… » Le visage de l’Ange est l’intensité de la vision, la plénitude de la lumière. Il a quelque chose d’important à révéler.

« Et ses pieds, comme des colonnes de feu… » Les colonnes l’ardeur de l’holocauste, de l’offrande de soi, de l’ardeur de l’offrande en nous.

« … Il tenait dans sa main un petit livre ouvert… » Le livre scellé de sept sceaux que personne n’est digne d’ouvrir, ni dans le Ciel, ni sur la Terre, comme il est dit au chapitre V de l’Apocalypse, et dont maintenant le septième sceau est ouvert. « … un petit livre ouvert… », donc une révélation directe et non plus un secret scellé de sept sceaux.

« … Il posa son pied droit sur la mer et son pied gauche sur la terre… » Or la mer, dans l’Apocalypse, c’est le domaine de l’inconscient d’où sort la bête, d’où sort le dragon qui contient tous les instincts, toutes les passions, toutes les puissances incontrôlées qui font l’homme ici-bas, mais aussi la sainteté. Dieu est aussi dans notre inconscient. L’Ange, d’un pied, domine l’inconscient positif et négatif et, de son autre pied, il domine la terre qui est le domaine de la conscience relative. Alors l’Ange dans la vision qui va enfanter l’Apôtre, la conscience de l’homme à une vision plus juste, plus haute et plus vraie, apporte la révélation, et quelle révélation !

« Dépassez la chair et le sang », la parole est du Christ, « tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les Cieux ». C’est l’Esprit qui va parler : « … Il posa son pied droit sur la mer et son pied gauche sur la terre et il cria d’une voix forte, comme rugit un lion… » La voix forte dans la vision de l’Apocalypse, c’est la puissance, la puissance de la vision spirituelle qui subjugue et qui rugit comme un lion. L’image concrète n’est pas oubliée, la matière elle-même est Esprit et doit se connaître dans l’Esprit. Et cette voix forte de l’Ange qui crie, c’est la puissance de la vision qui domine complètement la conscience de l’homme en extase et annule toute autre possibilité de réaction inconsciente ou de pensées venues de la raison.

« … Quand il cria, les sept tonnerres firent entendre leur voix… » Les sept tonnerres sont aussi ces éléments, non pas effrayants, mais plénitude de la révélation où il n’y a place pour aucun mot, aucune autre voix que cette voix des tonnerres, que cette voix de l’Ange.

« …Et quand les sept tonnerres eurent fait entendre leur voix, j’allais écrire, mais j’entendis du Ciel une voix qui disait :  » Scelle ce qu’ont dit les sept tonnerres, et ne l’écris pas !  » » Détail que cela ? Phrase sibylline ? Non, phrase très importante, primordiale : les sept tonnerres qui subjuguent la conscience de leur voix de vérité, révèlent quelque chose et ce qu’ils révèlent, c’est justement l’Ineffable qui ne doit pas être formulé dans le langage mental. Avant les sept Lettres, il avait été dit à l’Apôtre : « Écris ! », mais là, une voix du Ciel, donc encore une voix qui vient de Dieu et non de l’homme, lui dit : « N’écris pas, car ce que t’ont révélé les sept tonnerres doit demeuré scellé ». C’est l’Ineffable. Et c’est pour ne pas se souvenir d’un avertissement comme celui-là que constamment, siècle après siècle, les hommes se trompent et se fourvoient, même à partir des révélations les plus claires, comme celle du Christ, comme celle des Védas, comme celle des Upanishads, comme celle de la Bagavad Gîta.

C’est grave, parce qu’ils mentalisent et ils disent « Dieu est ceci, Dieu est cela », « Dieu n’est pas ceci, Dieu n’est pas cela ». Et nous voilà emprisonnés dans une notion de Dieu qui n’est pas la nature de Dieu en nous, infini, éternel, ineffable.

« … J’allais écrire et j’entendis du Ciel (donc du haut de Dieu) une voix qui disait :  » Scelle ce qu’ont dit les sept tonnerres et n’écris pas !  » ». Il ne s’agit pas là de noter mentalement, mais de devenir, car la vision de Dieu ne peut être qu’incarnée. Nous devons témoigner par ce que nous sommes et pas autrement.

« … Et l’Ange que je voyais debout sur la mer et sur la terre (donc dominant l’inconscient et la conscience relative) leva sa main droite vers le Ciel (la droite, d’un bout à l’autre de la Bible, c’est l’accomplissement « divin » et jura par Celui qui vit aux siècles des siècles… » Celui qui vit aux siècles des siècles — CELA, dit l’Inde. Il n’y a même pas le nom de Dieu comme au début de l’Apocalypse.

« … Je vis Celui qui ressemblait à un Fils de l’Homme… », jamais le nom. Et Jésus, à un moment donné à la fin du chapitre III, dira dans la Lettre à la Sixième Église : « Je lui donnerai un nom nouveau que nul ne connaîtra, si ce n’est celui qui le reçoit ». Pas de nom particulier, mais la révélation de l’Ineffable qui doit s’incarner en nous. « … Et jura par Celui qui vit aux siècles des siècles, qui a créé le Ciel et les choses qui y sont, la mer et les choses qui y sont, il jura qu’il n’y aurait plus de temps… » Dans l’Inde, les Sages vous expliquent que dans l’accomplissement du sommet de la tête, du septième plan de conscience et de la vie, l’espace et le temps disparaissent.

Tout est dans la Bible, tout le chemin du Yoga, parce que Yoga veut dire relier le fini et l’infini, le temporel à l’éternel, l’homme à Dieu.

« … Jura par Celui qui vit aux siècles des siècles, qui a créé le Ciel et toutes les choses qui y sont, la terre et toutes les choses qui y sont, qu’il n’y aurait plus de temps. » La conscience incarnée qui rentre dans l’éternité. « Tu m’as fait infini, tel est Ton plaisir… » La joie de Dieu, c’est que nous soyons Lui, l’Éternel.

« … Qu’il n’y aurait plus de temps » ; mais qu’au jour de la voix du septième Ange, quand il sonnerait de la trompette, le mystère de Dieu s’accomplirait comme Il l’a annoncé à ses serviteurs, les prophètes, ceux qui parlent au nom de Dieu et non pas qui annoncent l’avenir. Le prophète dit ce qui est au nom de Dieu, pas dans le temps, parce qu’il parle déjà dans et hors du temps dont il est question ici. « …Mais qui au jour de la voix du septième Ange… », donc à l’accomplissement de la septième trompette, du septième plan de conscience, après tout ce travail de purification des six autres trompettes, le mystère de Dieu s’accomplit.

Et quel est ce mystère de Dieu ? Il est au chapitre XI, verset 15 : « Le septième Ange sonna de la trompette. Et il y eut dans le Ciel de fortes voix qui clamèrent :  » Le royaume du Monde est remis à notre Seigneur     et à son Christ ; et il régnera aux siècles des siècles  » », c’est-à-dire tout est UN et tout est Dieu. « Le royaume du Monde est remis à notre Seigneur et à Son Fils et I1 régnera aux siècles des siècles », tout est UN, tout est Dieu.

C’est cela la révélation totale du septième plan de la conscience, quand il n’y a plus d’ego, qu’il n’y a plus que Dieu, que Dieu seul. L’Esprit qui est toute lumière, qui est UN, dans lequel tout est UN, tout est Dieu, tous les hommes depuis le commencement de la Création, jusqu’à la fin des temps, l’Univers, la Création entière. Voilà la révélation du septième sceau.

Et pour terminer, je vais encore vous apporter une indication précise qui se trouve dans la seconde partie, au chapitre X : « La voix que j’avais            entendue du Ciel (donc de l’Ange puissant qui est debout avec un pied sur l’inconscient et l’autre sur la conscience relative) me parla de nouveau et il me dit :  » Va, prends le livre ouvert dans la main de l’Ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre  » (va le prendre, ce livre ouvert qui est une révélation, va, tu peux maintenant) . Et j’allais vers l’Ange en lui disant de me donner ce petit livre, et il me dit :  » Prends-le et avale-le !  » ». Ce n’est pas une connaissance mentale, c’est une naissance. Et c’est cela la conséquence de tout authentique contact avec Dieu, qu’il s’appelle extase ou autre chose, ce qui finalement est sans grande importance. Ici, nous sommes dans les sommets.

Mais ce ne sont pas toujours les sommets, il y a contact avec Dieu même sur des plans qui ont l’air plus modestes, qui ont l’air moins complets, moins resplendissants. Nous nous nourrissons de quelque chose et nous grandissons avec l’aide de cette nourriture. Mais il a fallu que l’Ange dise : « Va ! », que la conscience humaine dans sa vision accepte, aille vers l’Ange, monte vers lui et puis entende ensuite l’ordre : « Prends le petit livre et avale-le ! ». Donc deviens la révélation et ne la proclame pas.

Dans notre prochaine rencontre, il sera question du mental qui doit se taire : « Qu’il n’y ait pas trop d’hommes parmi vous, mes frères, qui prennent la parole ! »

L’Ange dit à l’Apôtre : « Nourris-toi de la révélation, tais-toi et deviens. »

« Il m’a dit : il sera amer à tes entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. »

« … Je pris le petit livre de la main de l’Ange et je l’avalais. Il fut dans ma bouche doux comme du miel. Mais quand je l’eus avalé, mes entrailles furent remplies d’amertume. »

Qu’est-ce que cela veut dire ? La bouche, dans l’extase, c’est l’organe du Verbe de Vérité, le centre de la gorge, car dans les chakra de l’Inde il y a un centre de la gorge qui est la conquête en l’homme du Verbe de Vérité. C’est-à-dire que ce n’est plus le mental qui parle en lui, mais c’est l’unité de l’Esprit. Le Verbe de Vérité est encore le miel, le miel du pays de Canaan, la fécondité, l’Esprit qui coule en abondance, les vaches laitières des Védas, ces rayons lumineux de la vision qui rejaillissent constamment ; le Verbe de Vérité qui crée la bonté, la perfection, la saveur merveilleuse de la vie toute entière. Mais, dans les entrailles, il sera amer, parce que dans les entrailles il y a encore le combat avec l’ego, avec le moi individuel qui ne rend pas les armes facilement et qui souffre de devoir renoncer à soi.

Vous voyez, dans ces deux passages peu connus de l’Apocalypse, si beaux, si importants, il y a tout : l’immensité lumineuse de la vision, l’enseignement précis de l’immolation du moi sur l’autel de Vérité, l’encensoir d’or pur. Il y a les trompettes, les tonnerres de la révélation et puis, pour finir, il y a encore cette lucidité divine qui sait que sur le plan humain le combat est difficile. Et, en effet, l’Apôtre le concède : « Dans ma bouche, il fut doux comme le miel, mais quand il entra en moi dans mes entrailles, il devint amer ».

J’aimerais vous dire en terminant, que cela peut être différent. La lutte n’a pas besoin d’être amère. Il faut le dire, parce qu’aujourd’hui la lutte dans le monde est plus qu’amère. La lutte n’a pas besoin d’être amère, elle peut être faite d’amour, de cet amour dont Mère Theresa a dit, comme je l’ai souvent dit moi-même, qu’il n’est pas un sentiment, mais une force créatrice et révélatrice. L’amour-sentiment est dans la dualité, il a toujours son contraire. Certes, dans les entrailles la lutte est amère, mais nous pouvons faire un pas de plus afin qu’elle soit l’amour seulement.

« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée et tu Le serviras Lui tout seul. Et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Parce que, en vérité, le prochain, c’est toi-même, tous les prochains sont nous-mêmes.

Voilà, mes amis, un des tous grands moments de la vie mystique du monde qui a à peu près vingt siècles et qui est actuel, présent, éternel, en chacun de nous, pour chacun à sa manière.