Marylin Ferguson : Les nouvelles frontières de la science


01 Jan 2011

(Revue Être Libre. No 290. Janvier-Mars 1982)

Extraits présentés par S. DEVOLDRE

Marylin Ferguson dans un chapitre remarquable consacré aux « nouvelles frontières de la science » (Livre Les enfants du verseau), met en évidence le rôle rétrécissant joué par la science jusqu’il y a peu, mais aussi l’énorme bond de la science nouvelle et en particulier l’étude des mystères de notre corps, de ses potentialités intérieures et la vue élargie de savants tels Prigogine, Capra, Wigner, Pribam, etc…. qui jettent sur la conception de la science les lumières d’une nouvelle dimension de la conscience. Un exposé particulièrement documenté nous fournit l’occasion d’examiner à la lueur de l’évolution des concepts scientifiques, l’étendue des pas franchis ces dernières années.

Marylin Ferguson nous invite donc à percevoir l’évolution scientifique comme une approche de la REALITE profonde du MYSTERE de la VIE, une évolution qui nous mène à une autre dimension.

Et tout d’abord quels sont les mystères propres à être explorés ?

La réponse est simple : Ces mystères qui sont nous-mêmes ! Que ce soit… le cerveau, le corps, le code génétique, la nature du changement, la faculté d’expansion ou de contraction de l’expérience consciente, le potentiel de l’imagination et de l’intuition, la nature malléable de l’intelligence et de la perception.

Mais il est bon de se rendre compte que « selon notre conception du monde nous agirons différemment : « Si on se le représente comme un océan d’indifférence, on se comportera tout autrement que si on le considère comme un tout indivisible. »

Quel est le rôle joué par la science jusqu’à présent ?

« Le rôle de la science a été de confirmer les paradoxes et les intuitions que l’humanité a découvert par hasard au cours des siècles. Nous constatons que les découvertes scientifiques telles les recherches sur le cerveau, la physique, la biologie moléculaire, l’étude de l’apprentissage de la conscience, l’anthropologie, la psychophysiologie… CONVERGENT.

Marylin Ferguson ne manque pas de déplorer l’étroitesse de l’enseignement scolaire : « L’enfant découvre la gravité, fouine sous les pierres, regarde les motifs sous les étoiles, mais hélas la conception réductionniste du type cerveau gauche et de plus axée sur la productivité gomme le romantisme de la science et rétrécit celle-ci en spécialités ».

« En attendant la science qui a rétréci toutes choses en spécialités et sous-spécialités est devenue un tissu ésotérique, et une tour de Babel, un jargon d’îlots particuliers. »

Mais en 1980 Prigogine déclare que « la science qui a conduit à un désenchantement du monde n’est plus notre science ! La signification profonde de la science est de communiquer avec la nature pour apprendre à son contact qui nous sommes et à quel titre nous participons à son évolution ».

Il ajoute avec lucidité : « La, synthèse théorique universelle ne nous attend pas au détour d’un progrès, dans aucun des domaines de la physique. Nous ne verrons pas la fin de l’incertitude et du risque. »

Le sémanticien KORZYBSKI nous avertit : « Les langues indo-européennes nous apportent un modèle fragmenté de la vie. Elles négligent la relation, conçoivent tout en termes de causes à effets, alors que certaines langues comme le hopi ou le chinois sont structurées différemment et peuvent exprimer plus facilement des idées non linéaires. »

Et Korzybski de conclure : « Nous ne saisirons pas la nature de la réalité tant que nous n’aurons pas réalisé la limitation qu’imposent les mots. »

Tandis qu’Einstein mettait en évidence cette vue élargie qui est celle d’une autre connaissance : « Bâtir une nouvelle théorie c’est ériger une montagne d’où nous verrons les choses y compris le point de départ d’une vision élargie, nous y verrons également les relations entre le point de départ et l’environnement. »

Marylin Ferguson ne manque pas de rappeler cette rencontre qui eut lieu à New York en 1978 entre Eugène Wigner et Fritjoff Capra, Jean Houston et le neurophysiologiste Karl Pribam, et le swami RAMA… la rencontre avait pour thème : les nouvelles dimensions de la conscience.

Nouvelles dimensions de la conscience dans une saisie non linéaire qui CONSISTE PLUS A SE METTRE A L’ÉCOUTE qu’à voyager d’un point à un autre; c’est alors que nous verrons le nouveau monde…

Il est donc grandement temps de l’élaborer, ce nouveau monde : car celui qui existe actuellement est sérieusement menacé, que ce soit l’écologie, les relations, la lutte pour la santé, notre avenir collectif…

Mais de toute façon, l’évolution est en route, et c’est ainsi que l’on a la surprise de constater que si certains se sont intéressés à la science c’est qu’ils voulaient comprendre la dimension physique des expériences intérieures qu’ils avaient vécues grâce aux psychotechniques.

Parmi les psychotechniques il est intéressant de citer le biofeedback qui permet de s’entraîner à accélérer ou à ralentir le rythme cardiaque ou l’activité électrique à la surface de la peau, et qui peut faire passer les ondes cérébrales du rythme bêta au rythme alpha ou thêta. Ceci reflète donc la capacité physiologique que possède l’esprit de modifier chaque système physiologique, chaque cellule du corps.

Ces constatations nous amènent à conclure que la conscience est plus vaste et plus profonde, l’intuition plus puissante qu’on ne le croyait.

Les recherches pratiquées sur les individus au cerveau clivé ont prouvé qu’il y a en l’être humain deux « esprits » : celui de l’hémisphère gauche quantifiant, analysant, morcelant et celui de l’hémisphère droit, intuitif, global, synthétisant, unifiant.

Mais il faut noter aussi que « notre attention se montre extrêmement sélective selon nos croyances ou nos émotions; une information peut être acheminée en même temps par plusieurs canaux parallèles. »

«Mais les transmetteurs chimiques agissent selon le mode linéaire… tandis que d’autres substances telles les endorphines modulent les cellules du  cerveau en bloc… elles peuvent affecter la sexualité, l’appétit, la douleur, la vigilance, les attaques, la psychose…

Ces transmetteurs seraient impliqués dans le fameux effet placebo, ou dans le système que nous induisons dans notre cerveau lorsque nous « refusons » de sentir ou de penser ».

Ainsi nos pensées-intentions, peurs, suggestions, images modifient la chimie du cerveau.

Marylin Ferguson met ensuite en évidence certaines théories de systèmes :

1. « La science a toujours essayé de comprendre la nature en morcelant les objets, mais les totalités ne peuvent pas être comprises par l’analyse.

2. « La totalité est une caractéristique de l’univers. L’holisme est autocréateur et l’évolution présente une dimension intérieure et spirituelle qui va en s’approfondissant (selon J. SMUTS Holisme et Evolution). »

3. « La théorie générale moderne affirme que toute variable d’un système intérieur agit si la cause de l’effet. L’essentiel c’est la relation. »

Cette théorie générale des systèmes (Ludwig Von Bertalanffy) a des applications qui vont des processus cellulaires a la dynamique des populations, des problèmes de physique à la psychiatrie, de la politique à l’unité culturelle.

Et nous voici arrivés à la notion de paradigme : L’évolution se fait comme l’escalade régulière d’une échelle, tel était l’ancien paradigme… mais à présent il faudrait plutôt parler des ramifications des différentes branches d’un même arbre, le système de valeurs est modifié.

Ainsi par exemple les nouvelles conceptions résultent d’observations telles que celles-ci concernant les gènes : Il y aurait dans les molécules d’ADN des parties de gènes qui peuvent les quitter ou les intégrer, ce qui impliquerait que les divergences des espèces seraient plutôt dues à des réarrangements du flux du matériel génétique.

Ainsi l’évolution en général nécessite un véritable réarrangement des structures de base et non une simple addition.

Voilà donc un exemple de l’optique toute nouvelle à laquelle la science se trouve confrontée.

Le physicien John PLATT a émis l’hypothèse que l’humanité est en train de vivre un choc évolutionnaire frontal et pourrait très rapidement émerger sous des formes coordonnées telles qu’elle n’en a jamais connues… Implicites dans le matériel biologique depuis toujours, comme le papillon est implicite dans la chenille, prête à la transformation.

VOYONS LA « SCIENCE DE LA TRANSFORMATION » : Et pour commencer en particulier, les STRUCTURES DISSIPATIVES DE PRIGOGINE.

Ilya Prigogine reçut le prix Nobel de Chimie en 1977. Sa théorie jette un pont entre la biologie et la physique, et offre un modèle scientifique de la transformation à tous les niveaux

Marylin Ferguson nous fait part de deux remarques avant d’expliquer cette théorie :

1. Il nous faut mettre de côté le sens habituel donné aux mots complexité, dissipation, cohérence, stabilité.

2. Il nous faut être sensibles au fait que la nature est saturée de schèmes : les fleurs, les insectes, les interactions cellulaires, les étoiles, le code génétique, les horloges biologiques, les échanges symétriques, les collisions de particules subatomiques.

Au niveau le plus profond les structures de la nature sont constamment animées d’une danse d’électrons.

Venons-en à présent aux structures dissipatives : Dans la nature un système est dit ouvert lorsqu’il y a échange d’énergie avec l’environnement. Un système est « fermé » s’il n’y a pas de transformation d’énergie interne.

Une « structure dissipative » est un système ouvert, la forme, la structure est maintenue par une dissipation (consommation) continue d’énergie.

« Complexe » signifie entrelacés ensemble. Une structure complexe présente de nombreux points de liaison et de multiples façons.

Plus une structure dissipative est complexe, plus grande est l’énergie nécessaire pour maintenir ensemble toutes les connexions.

Nous arrivons ici au paradoxe, ce qui est le plus intéressant : Plus la structure est cohérente, faite d’une plus grande intrication de connexions et plus elle est instable.

C’est précisément cette instabilité qui permet la transformation Au sein de la structure, il y a donc des mouvements, des fluctuations. Si elles sont réduites, le système les amortit, mais si elles deviennent trop importantes, elles perturbent le système, qui va se réorganiser en un nouveau tout. Le système s’échappe en un ordre plus élevé.

Pour résumer ceci, on peut dire qu’un système ouvert dissipe ou consomme l’énergie, que ses fluctuations internes au sein de nombreuses interconnexions sont maintenues dans la structure initiale jusqu’à un niveau critique, où les parties se réorganisent en un nouveau tout, en une nouvelle structure d’un ordre plus élevé.

Ce modèle est-il vraiment valable à tous les niveaux ? Prenons quelques exemples :

OUI en chimie : La nature peut créer des motifs dans l’espace et le temps, telles ces huiles chauffées qui présentent des motifs d’autant plus complexes qu’elles sont chauffées; ces changements se faisant de façon non linéaire.

OUI dans la société humaine : Où des crises renforcent le sens critique des individus, où les perturbations critiques dans un petit groupe peuvent influencer le groupe entier.

Et n’est-on pas quelquefois mûri par la souffrance ? dans un petit groupe peuvent influencer le groupe entier.

OUI dans la nouvelle physique humaine où la vie s’ouvre à des innovations sans limite.

OUI aussi pour le cas particulier du cerveau : En effet, les ondes cérébrales reflètent des fluctuations d’énergie.

Si nous sommes en état « normal », les ondes bêta prédominent, en cet état nous sommes plus occupés de l’extérieur…

Mais si nous sommes en état de méditation, rêverie, alors des ondes plus longues apparaissent, ce sont les ondes alpha ou thêta… et finalement dans les états « non ordinaires » de conscience, les fluctuations peuvent atteindre un niveau critique suffisamment important pour provoquer le saut vers un niveau d’organisation plus élevé.

Ainsi la théorie de Prigogine nous aide à nous rendre compte que les libérations soudaines de problèmes psychiques peuvent avoir lieu dans un état méditatif.

La perturbation qui provoque le changement de l’ordre au sein de la structure dissipative est comparable à la crise qui provoque le changement de paradigme.

Cette évolution dont il a été question est un mouvement continuel de dégradation et de reconstitution produisant de nouveaux tous plus riches.

La morale à en tirer, est que si nous essayons de vivre comme des systèmes fermés, nous sommes condamnés à régresser.

Selon la physique moderne, la matière a tendance à exister. Il y a seulement des interactions.

L’étude du cerveau qui est très complexe (forme, flux, interaction avec l’environnement, changements brusques et sensibilité aux perturbations), consommant de l’énergie, mène, nous venons de le voir, à la conclusion que le cerveau est une structure dissipative.

Cette étude de la dynamique du cerveau permet d’éclairer les transitions de l’esprit, les sauts perceptifs.

C’est ainsi que KATCHALSKY (physicien, chimiste 1972) nous apprend que la « restructuration d’une personnalité individuelle peut s’effectuer soudainement comme lors d’une prise de conscience par l’acquisition de nouvelles techniques ou lors d’un coup de foudre… »

« En physique quantique, il n’y a pas d’objet, mais des interactions… il est important de le souligner encore une fois…

« La prééminence est donnée à l’incertitude.

« Le défi (paradoxe d’Einstein Podolsky Rosen) devient acceptable grâce au théorème de Bell : « Les expériences ont montré que si on sépare une paire de particules (qui sont jumelles identiques quant à leur polarité) et que la polarité de l’une est modifiée par un expérimentateur, celle de l’autre change instantanément. Les deux particules sont restées mystérieusement en relation ».

C’est pourquoi BERNARD D’ESPAGNAT parle de non séparabilité en mécanique quantique, qui est celle des atomes, atomes dont nous sommes formés.

Inutile d’insister ! Dans des conditions pareilles, la non séparabilité nous concerne tous.

Ainsi donc la physique de pointe nous donne la possibilité d’aller plus loin que les anciennes méthodes réductionnistes et de rejoindre l’explication d’un monde perçu par ceux qui sont dans un état méditatif, un monde ayant des dimensions supérieures.

Le physicien NICK HERBERT considère à juste titre sans doute que la non séparabilité n’est pas le fait d’un transfert d’information mais « résulte de l’unité d’objets apparemment séparés.

Finalement il semble pour certains physiciens tels SCHRÖDINGER que « la relation entre le cerveau et l’esprit soit la seule tâche importante de la science »

John Wheeler déclare « L’univers serait-il par quelque faculté étrange, « amené » à l’existence par l’acte vital de participation ? »

Et Paul DIRAC dit que « toute matière est créée à partir de quelque substrat imperceptible »

La science va-t-elle lever le mystère de la création ? La preuve est faite que les phénomènes psi existent : Que ce soit la clairvoyance, la télépathie, la précognition, la psychocinèse…

L’intention de l’homme interagit avec la matière : « L’esprit de l’homme est un circuit invisible nous liant tous ensemble ».

Marylin Ferguson après ces nombreuses références ajoute que les transformations ont lieu sous forme de hiatus, sous forme de sauts : Un hiatus dans le changement psychologique dans le biofeedback, entre la suggestion et l’analgésique dans l’effet placebo, le saut de la perception soudaine et intuitive d’une solution, des « gènes » « sauteurs » en biologie moléculaire et les apparitions des nouvelles formes de vie au cours de l’évolution, les « sauts » quantiques en physique, la saisie d’une information PSI, le passage d’une structure dissipative à un ordre plus élevé.

Hélas il semble que « si dans la vie de tous les jours on ait abordé les qualités avec des outils faits pour évaluer les quantités et il nous faut le reconnaître : Où est la volonté de vivre dans l’arsenal médical ? Quelle est la taille d’une intention ? Le poids d’un chagrin ?

La profondeur de l’amour ?

Ainsi donc rien dans la méthode scientifique « ne nous aide à prendre en main la richesse des changements qualitatifs ».