Jean Néaumet : Les sources de l’enseignement de Gurdjieff


27 Mar 2011

Une des nombreuses thèses sur les origines de l’enseignement de Gurdjieff et une vision « romantique » des confréries et maitres spirituels…

(Revue Question De. No 23. Mars-Avril 1978)

Gurdjieff était indéniablement un homme hors du commun. Né en 1878, Kars, à la frontière russo-turque, de père grec et de mère arménienne, il est mort à Paris en 1949, après une vie entière consacrée très tôt à la recherche de la « connaissance cachée » puis à sa transmission. Sa pensée, ses méthodes influencèrent des hommes et des femmes aussi différents que René Daumal, Luc Dietrich, K. Mansfield, F.L. Wright, M. Nicoll, J. Bennet, sans parler des nombreux élèves anonymes qui ont bénéficié de l’« enseignement inconnu ».

Certains de ses proches élèves, fascinés par la formidable personnalité du maître, dont la stature humaine finit par éclipser pour eux le message, crurent bon, après sa mort, de continuer à transmettre son enseignement — sans le transmetteur —, fondant l’instruction prodiguée aux nouveaux élèves « sur ce que Gurdjieff a fait et dit, et non sur ce qu’il savait », comme le souligne dans les Maîtres de Gurdjieff un de ses anciens condisciples [R. Lefort : les Maîtres de Gurdjieff (le Courrier du Livre, 1978), p. 104]. Quiconque veut se familiariser avec la pensée de Gurdjieff peut lire Récits de Belzébuth à son petit-fils, Rencontres avec des hommes remarquables, et le livre d’Ouspensky, Fragments d’un enseignement inconnu. Bien vite une conclusion s’impose. Gurdjieff n’a pas puisé dans les livres ou fabriqué son système à partir des éléments qu’il avait pu rassembler au cours de ses voyages. Il n’est pas non plus un penseur, un philosophe inspiré à la façon, par exemple, de Rudolf Steiner. Les sources qu’il indiqua lui-même à Ouspensky sont pour la plupart, à l’exception du mont Athos, inconnues. C’est bien d’un enseignement inconnu qu’il s’agit. Ce n’est ni de l’hindouisme, ni du bouddhisme, ni du christianisme au sens ordinaire du terme [1].

Pourquoi la connaissance est-elle venue secrète ?

D’ailleurs Gurdjieff l’affirmait lui-même à Moscou, en 1916, comme le rapporte Ouspensky : « L’enseignement dont nous exposons ici la théorie est complètement autonome, indépendant de toutes les autres voies, et jusqu’à ce jour il était demeuré entièrement inconnu [2]. »

Dans le même livre, Gurdjieff parle en ces termes de la connaissance, en réponse à la question : « Pourquoi la connaissance est-elle si soigneusement tenue secrète ? Si l’ancienne connaissance a été préservée, pourquoi ne devient-elle pas propriété commune ? », il dit : « … Comme toute chose au monde, la connaissance est matérielle. Elle est matérielle — cela signifie qu’elle possède tous les caractères de la matérialité. Or l’un des premiers caractères de la matérialité est d’impliquer une limitation de la matière… Par conséquent, dire que la connaissance est matérielle, c’est dire qu’il y en a une quantité définie en un lieu et en un temps donnés. Si […] de grandes quantités de connaissance peuvent être concentrées par un petit nombre, alors cette connaissance donnera de grands résultats. De ce point de vue, il est beaucoup plus avantageux que la connaissance soit préservée par un petit nombre et non pas diffusée parmi les masses…

« … L’accumulation de la connaissance par les uns dépend du rejet de la connaissance par les autres. Il y a, dans la vie de l’humanité, des périodes qui coïncident généralement avec le commencement du déclin des civilisations, où les masses perdent irrémédiablement la raison… De telles périodes démentielles, concordant souvent avec des cataclysmes géologiques, des perturbations climatiques, et autres phénomènes de caractère planétaire, libèrent une très grande quantité de cette matière de la connaissance. Ce qui nécessite un travail de récupération, faute de quoi, elle serait perdue. » (C’est nous qui soulignons)

Les Sarmoun et le symbole de l’ennéagramme

Gurdjieff parlait de la connaissance comme d’une substance matérielle idée neuve et qui va à l’encontre de nos manières de penser. Cette idée centrale de l’« enseignement inconnu », Gurdjieff l’avait reçue, comme on le verra plus loin, de ceux qu’il appelle, dans Rencontres avec des hommes remarquables, les « Sarmoun ». Il a été le premier en Occident à les citer nommément. Le symbole fondamental de l’enseignement est l’ennéagramme [3] — symbole lui aussi inconnu et que l’on ne trouve nulle part dans la littérature occultiste, alchimique rosicrucienne, etc., comme le souligne Gurdjieff lui-même [4]. Or ce symbole, où tout l’enseignement se trouve d’une certaine manière concentré et dont Gurdjieff disait qu’il constituait « l’un des symboles principaux [5] de cet enseignement demeuré jusqu’à ce jour entièrement inconnu » (et aussi que sa signification « était estimée d’une telle importance par ceux qui la connaissaient qu’ils ne voulurent jamais la divulguer [6] »), ce symbole, nous le savons maintenant par différents travaux publiés ces dernières années, est un des symboles fondamentaux des Sarmoun. Gurdjieff fut le premier en Occident à mentionner les Sarmoun [7] et à révéler le symbole de l’ennéagramme. De tous ceux qui ont écrit sur Gurdjieff et qui reçurent son enseignement, J.G. Bennet est le seul à avoir donné toute son importance à la question des sources de Gurdjieff et plus précisément aux Sarman, ou Sarmoun. Il est le seul, parmi les élèves de Gurdjieff, à insister sur ce point, capital si l’on veut comprendre le sens de l’œuvre de l’auteur des Récits de Belzébuth et dépasser la fascination ou la répulsion que sa personnalité a exercée sur beaucoup de ceux qui l’approchèrent. Gurdjieff a transmis ce qu’il avait puisé à une source et ce n’est pas parce que le maître est mort que la source est tarie pour autant.

L’ennéagramme, symbole fondamental des Sarmoun.

Bennet remarque dans son Gurdjieff Making a New World [8] : « Gurdjieff manifeste une rupture avec les concepts du passé et une compréhension à l’égard des aspirations de l’avenir. De plus, il n’est pas considéré comme un « loup solitaire », mais comme le représentant d’une tradition atemporelle qui n’est donc pas affectée par les modes transitoires et peut éclairer notre monde en constante transformation. […] En écrivant ce livre, j’ai particulièrement pour but l’examen de cet aspect de la vie et de l’œuvre de Gurdjieff, à savoir s’il doit être considéré comme un phénomène isolé ou bien s’il représente une tradition culturelle ayant existé, et existant encore, et s’intéressant aux besoins actuels et futurs de l’humanité. »

Cette croyance en une ancienne tradition, toujours vivante, est particulièrement puissante dans les régions de l’Asie centrale où Gurdjieff concentra la plupart de ses recherches. On appelait les maîtres d’Asie centrale les Khwajagan [9]. Bennet remarque. « Une partie importante de leur héritage fut transmise à la confrérie soufi naqshbandi, mais il est probable que le noyau le plus intérieur de la confrérie se rallia à une société connue depuis trois mille ans sous le nom de Sarman, ou Sarmoun [10]. »

LES TROIS SENS DU MOT SARMOUN

Ce mot vient de l’ancien persan et il a trois sens. Premièrement, il signifie abeille — ce qui a toujours été le symbole de ceux qui recueillent le miel précieux de la sagesse traditionnelle en le préservant pour les générations futures. « Une traduction plus évidente, note Bennet, considère man dans son sens persan de qualité transmise héréditairement, distinguant par conséquent une famille ou une race [11]… Le mot sar signifie tête, au sens propre ou au sens figuré de principe ou de chef. La locution Sarman évoquerait donc le principal dépositaire de la tradition transmise de génération en génération par des « initiés », ainsi que Gurdjieff le décrit. Le troisième sens possible du nom Sarman est « ceux qui ont été éclairés ». Dans le chapitre consacré à « l’opinion de Belzébuth sur la guerre », allusion est faite à une ancienne confrérie d’Asie centrale, connue sous le nom d’ »Assemblée des Eclairés » … Cette allusion est ce qui pourrait le plus ressembler, dans tous les écrits de Gurdjieff, à une mention spécifique d’un groupe correspondant à l’idée de « cercle intérieur de l’humanité [12]« . »

Les travaux de D. Martin sur la confrérie « la Cour des Abeilles »

Bennet conclut de ses propres recherches : « Il est probable que les gardiens originels de la tradition furent membres de la confrérie sarmoun [13]. »

Depuis Gurdjieff, d’autres chercheurs et voyageurs ont rapporté des preuves de l’existence et de l’activité d’une telle confrérie. Citons par exemple Desmond R. Martin qui publia en 1965, dans la revue anglaise The Lady [14], un compte rendu de ses contacts en Afghanistan avec la « Cour des Abeilles ». Ce texte a été repris par la suite dans les Documents en Contemporary Dervish Communities. Il donne plus d’informations sur les Sarmoun que n’en donnait Gurdjieff lui-même dans Rencontres avec des hommes remarquables : « Etablie dans le nord de l’Afghanistan depuis des siècles, la confrérie maintient ce centre comme une sorte de lieu de retraite où les aspirants sont instruits dans les arts anciens du service et de la discipline de soi… Les Sarmouni (le mot signifie « Abeilles ») ont souvent été accusés d’être des chrétiens déguisés, des bouddhistes ou d’être les gardiens de traditions encore plus anciennes, originaires de Babylone [15]. »

D. Martin peut voir dans le « monastère » : « … un arbre articulé composé d’or et d’autres métaux. Il servait à indiquer les postures que prenaient les derviches pendant leurs exercices, exécutés en même temps qu’une musique spéciale était jouée — exercices pour le développement de soi. Un haut pilier de lapis-lazuli, de neuf pieds de haut sur deux pieds de diamètre, était utilisé pour le Daur, un mouvement tournant durant lequel les participants faisaient cercle, une main posée sur le pilier dans le but de parvenir à un certain état de conscience [16]. Sur un des murs revêtus de marbre blanc rayonnait le symbole de la communauté, tracé avec des rubis polis incrustés. C’est le No-Koonja, le Naqsh aux neuf points un emblème qui « atteint, me dit-on, le secret le plus profond de l’homme » [17]. »

On reconnaîtra là l’ennéagramme de Gurdjieff.

« Il existe de nombreuses légendes sur la « Cour des Abeilles » (Sarmoun-Dargauh), poursuit D.R. Martin, et voici l’une d’entre elles : la connaissance véritable est une sorte de substance matérielle, comme le miel produit par l’abeille. Comme le miel, elle peut être accumulée. A certains moments de l’histoire humaine, cependant, elle reste inutilisée et commence à se détériorer. Alors, les Sarmouni et leurs associés dans le monde entier la recueillent et l’accumulent dans un réceptacle spécial. Puis, quand le temps est mûr, ils la relâchent à nouveau dans le monde, par le canal d’émissaires spécialement instruits. »

« Les Sarmouni, note Bennet, ont dû s’établir sur le Syr-Daria, région où d’innombrables cavernes de grès sont habitées depuis dix mille ans. Il est probable que la légende rapportée par Helena Blavatsky [18] sur les maîtres cachés qui vivent dans les grandes cavernes d’Asie centrale a pu trouver son origine dans des récits concernant la confrérie sarmoun [19]. »

Gurdjieff instruit dans un monastère soufi par un derviche

C’est à Boukhara (En Asie centrale soviétique près de la routière de l’Afghanistan) que Gurdjieff apprit l’existence du monastère sarmoun par un derviche du nom de Bogga Eddin. Or, Gurdjieff transformait invariablement la lettre h par un g (le h n’existant ni en russe, ni en arménien, ni en grec). Par conséquent, Bogga Eddin serait l’équivalent de Bahauddin, nom du fondateur des derviches naqshbandi, né à Boukhara. Dans les Récits de Belzébuth, un autre derviche porte le nom de Hodje Zafir Bogga Eddin.

Or nous pouvons lire ceci dans le livre que Peter King a publié en 1966 [20], après un voyage en Afghanistan qui le conduisit jusqu’au Nouristan (ou Kafiristan [21]) sur les traces de Gurdjieff : « … La légende de l’Homme des Neiges n’est pas le seul mystère du Nouristan. Quelque part dans ces montagnes se trouvent les monastères cachés ou les centres d’entraînement de ceux auxquels les Afghans font allusion comme étant le « Peuple de la Tradition ». On pense que ces gens, sur lesquels il n’est pas possible d’apprendre beaucoup plus, sont les gardiens des traditions secrètes qui sont les bases mêmes de la religion et du développement de l’homme. C’est dans le lieu le plus inaccessible de tous que se trouve, dit-on, le Markaz, la « centrale d’énergie », de ce peuple. Les soufis, en Afghanistan, sont étroitement associés à ces « gens », mais aucun ne dira rien de plus, à l’ »étranger », que d’affirmer que ces monastères et la « centrale d’énergie » existent. Ils disent que le seul étranger qui ait pénétré dans le cercle extérieur des monastères était un Russe, d’origine grecque, un certain Georges Gurdjieff, qui dut à ses contacts d’avoir été accepté comme élève. Instruit, dit-on, par Bahauddin Nakhsband, un des « maîtres extérieurs », Gurdjieff maîtrisa certains des enseignements et tenta de les transmettre en Occident. Cet enseignement ne réussit pas vraiment et, après sa mort, ses adeptes continuèrent de façon décousue et introduisirent certains éléments pour rehausser l’image de l’enseignement de Gurdjieff. Ce n’est, semble-t-il, qu’aux environs de 1960 qu’un groupe de ses anciens élèves rétablit le contact avec la source originelle de l’enseignement. Ce fut pour eux à la fois un choc et une expérience bouleversante de découvrir que les derviches n’acceptaient pas tous les importants successeurs de Gurdjieff comme étant dignes d’être enseignés, et encore moins d’enseigner. »

Les maîtres et les condisciples de Gurdjieff que Rafaël Lefort parvint à rencontrer au cours de sa quête lui confirment, de façon très nette, le fait que Gurdjieff fut formé par des soufis et instruit dans certains secrets du soufisme afin de préparer en Occident un climat propice à une manifestation ultérieure et cette fois non plus seulement « fragmentaire » et indirecte de la Tradition primordiale [22].

UNE PREUVE DE PLUS : CE QUE DIT LE SUFI ABDUL-HAMID-KHAN

Un autre chercheur, L. Lewin, décrit dans le recueil The Diffusion of the Sufi Ideas in the West [23] sa quête des sources de l’enseignement de Gurdjieff. Se servant des indices donnés par Gurdjieff lui-même dans ses écrits, il rencontre finalement à Kaboul un Afghan du nom de Sufi Abdul-Hamid Khan, originaire de Kandahar. Directeur de la Monnaie afghane, Abdul-Hamid Khan est mort en 1962. C’était un derviche et un savant qui possédait une connaissance étendue de la technologie occidentale. (On peut trouver dans The Elephant in the Dark un important texte de lui sur le « Travail » et les nécessités auxquelles obéissent ses manifestations cycliques.)

Les techniques de Gurdjieff sont les règles d’un ordre derviche

L’auteur de l’article l’interroge sur différents points de l’enseignement de Gurdjieff — entre autres : l’ennéagramme, l’exercice du « stop », le « rappel de soi », les différents « moi » qui composent chacun de nous, l’importance de la conscience. Non seulement le Khan reconnaît l’ennéagramme — « symbole de la connaissance intérieure » —, mais il indique à son interlocuteur que le « stop » est une des onze règles de l’ordre Naqshbandi, appelée l’« Arrêt du Temps ». Le « rappel de soi » est la traduction littérale de Yad-Kun, une autre des règles de l’ordre. Le mot Naqshbandi lui-même signifie littéralement « Ceux qui créent les impressions ». Ce qui renvoie encore à l’enseignement de Gurdjieff, où la « nourriture des impressions » tient une grande place.

Gurdjieff répondait aux « ondes soufiques »…

Dans un livre extrêmement intéressant, riche d’informations de première main, Among the Dervishes [24], récit de voyages au Moyen-Orient et en Asie centrale et des séjours que fit l’auteur au sein des communautés soufi, on retrouve les Sarmouni, et Abdul-Hamid Khan :

« Sufi Abdul-Hamid Khan, écrit Burke, directeur de la Monnaie royale afghane était en même temps ingénieur militaire, calligraphe, expert en sciences » rythmiques — et considéré partout comme un sage. Il devait avoir dépassé les quatre-vingt-dix ans quand je le rencontrai. […] Il avait fait dans sa jeunesse de fréquents séjours au monastère soufi de Kunji Zagh et passé de nombreuses années à Boukhara, et c’est là qu’il avait rencontré le redoutable G. Gurdjieff. »

« Bien que les gens de Kunji Zagh appelaient Gurdjieff le « Tartare russe » Abdul-Hamid me dit qu’il était en fait d’origine grecque et russe. Selon lui Jurjizada (fils de Georges) avait été pendant un temps théosophe et avait aussi étudié dans un séminaire orthodoxe. Gurdjieff « répondait » aux « ondes soufiques », me précisa-t-il, c’est ainsi qu’il put entrer en contact avec l’énergie qui émanait du « travail » des derviches. Ce fait, couplé avec une grande curiosité pour tout ce qui était occulte, l’amena finalement jusqu’au tombeau de Bahauddin El-Shah, le maître naqshbandi de Boukhara (mort en 1389).

Là, un autre Bahauddin, connu sous le nom de Dervish Baba, lui apprit certains « secrets », parmi lesquels les « danses sacrées », ou mouvements exécutés par les derviches, les règles de l’ordre et la manière d’interpréter intérieurement les textes soufis. Puis il envoya Gurdjieff séjourner dans des centres dont certains se trouvaient en Egypte, d’autres en Syrie, d’autres encore en Inde. […] Gurdjieff et les amis qui l’accompagnaient rassemblèrent autant de matériaux qu’ils purent, au cours de leurs contacts avec l’ordre, puis retournèrent en Occident.

« Malheureusement, poursuivit Abdul-Hamid, Gurdjieff n’était pas lui-même parvenu encore au stade où il aurait pu utiliser ce matériel d’une façon décisive et rigoureuse. Il n’avait pas encore appris, par exemple, que les exercices devaient être exécutés — et la musique, jouée — à des moments bien spécifiques, avec des participants rigoureusement déterminés, et dans un ordre spécial. En conséquence de quoi, il proposa la théorie de l’homme complet sans être capable de la mettre en pratique.

« Par la suite, Gurdjieff tenta de mettre la méthode en œuvre, la soumettant à l’épreuve sur un grand nombre d’élèves. Le résultat ? Ici, en Afghanistan, nous recevons encore, comme des messages radio à peine perceptibles, l’influence des esprits des élèves de Gurdjieff, comme venant de très loin. Ils doivent encore continuer à faire les exercices, mais ils ne savent pas comment, quand, et avec qui. » »

La planète inconnue Karatas

Hakim Abdul Qader [25], qui avait enseigné à Gurdjieff « la science du tissage, les différentes techniques et le commerce des tapis », révèle à son interlocuteur qu’il a agi sur ordre d’une loge qui se trouvait à l’époque à Karatas, en Turquie. Karatas se trouve près de la ville d’Izmir (Smyrne). Or, Karatas est le nom de la planète dont Belzébuth, dans les Récits, est originaire. Dans Tales of the Dervishes [26], Idries Shah note à propos de l’histoire des Trois Poissons « qu’elle a été transmise par Hussein, le petit-fils du prophète Mohammed, aux Khwajagan [les « maîtres »] qui, au XIVe siècle, changèrent leur nom en celui de Naqshbandi. […] Quelquefois l’action [décrite dans cette histoire] se déroule dans un « monde » connu sous le nom de Karatas, le Pays de la Pierre noire ».

Hussein est le nom du petit-fils de Mohammed et c’est à travers lui et ses descendants, les Imams et les maîtres soufis qui s’y rattachent, que s’est transmis l’enseignement intérieur de l’Islam et — puisque l’Islam est la somme des paroles prophétiques — des deux autres religions du Livre [27]. En choisissant le nom de Hussein pour le petit-fils de Belzébuth (qu’un maître soufi identifie à Mohammed, dans le livre de R. Lefort ; « Mahomet » n’a-t-il pas été longtemps, en Europe, considéré comme le diable et traité comme tel ?), Gurdjieff a voulu, semble-t-il, souligner l’importance de la transmission, à travers une lignée qui a donné au soufisme ses plus grands maîtres, d’une connaissance et d’une énergie substantielles et transformatrices. L’écrivain américain Fritz Peter, qui a consacré deux livres à Gurdjieff, Boyhood with Gurdjieff et Gurdjieff Remembered, rapporte une conversation de celui-ci : « Gurdjieff poursuivit en disant qu’il venait d’une planète inconnue, inconnue à quiconque de la planète Terre, et que cette planète s’appelait « Karatas ». […] Gurdjieff expliqua combien il était difficile pour les habitants de la planète Karatas de vivre sur la planète Terre. Une des difficultés majeures pour des êtres comme lui, Gurdjieff, était la question de la nourriture, puisque aussi bien la plus grande part de la nourriture produite sur la Terre était absolument inadéquate pour des organismes provenant d’autres planètes. Pour cette raison, il lui était nécessaire et cela représentait pour lui de gros frais et d’énormes difficultés de faire venir chaque jour cette nourriture spéciale de la planète Karatas [28]. »

Cette nourriture spéciale est précisément la baraka dont Idries Shah dit, dans The Sufis [29], qu’elle est « essentiellement une unité et le combustible aussi bien que la substance de la réalité objective ». Idries Shah cite dans ce même livre Bahauddin Naqshband, le grand maitre soufi du XIVe siècle : « Il y a une nourriture autre que la nourriture ordinaire. C’est la nourriture des impressions (naqsh-ha). […] Seuls les élus savent ce que sont ces impressions et seuls ils peuvent les diriger. »

Toujours dans le même ouvrage, Idries Shah note que « l’exercice du « stop » est employé par les maîtres de l’ordre Naqshbandi il constitue la neuvième règle secrète de l’ordre : c’est une méthode qui s’est avérée efficace pour faire une brèche à travers le filet du penser associatif et permettre la transmission de la baraka ».

Gurdjieff fait donc ici très précisément allusion à la source d’où il recevait cette nourriture substantielle qui lui permettait à la fois de poursuivre son propre développement et de mener à bien la tâche qu’il s’était fixé [30].

Notons, à ce propos, que le maître calligraphe que R. Lefort rencontre à Bagdad lui confie que « le Sheikh ul Mashaikh a déclaré que la baraka qui imprégnait l’enseignement de Gurdjieff s’en est retirée au début de la dernière année de la première moitié de votre vingtième siècle [31] ». Gurdjieff étant mort en octobre 1949, cela implique que le contact de Gurdjieff avec le centre auquel il est fait allusion dans ce livre prit fin dès avant sa mort et que, par là même, sa « mission » était terminée [32].

On retrouve la planète Karatas dans le livre de Michaël Burke. En 1965, les contacts qu’il avait établis au cours de ses voyages au Moyen-Orient lui permirent d’assister à une assemblée qui réunit les chefs de tous les ordres Soufi du monde entier. Cette réunion eut lieu à Karatas, près d’Izmir. « C’était la première fois depuis mille ans et plus, raconte Burke, qu’une réunion de cet ordre se tenait sous cette forme Ils étaient venus en Turquie afin de recueillir et d’ »emmagasiner » la force spirituelle accumulée dans certains centres et qui avait été déposée là par les saints et les maîtres du passé qui y avaient vécu et enseigné. A les entendre parler, on aurait cru avoir affaire à des techniciens ou à des savants discutant d’une force inconnue avec laquelle ils pouvaient communiquer [33].

Le livre déjà cité, The Diffusion of Sufi Ideas in the West, nous en dit plus long sur cette assemblée : « … Cent cinquante-cinq délégués des ordres religieux de l’Islam se trouvaient réunis là, à Karatas, pour élire leur Guide suprême, le « roi » des soufis, dans une vaste salle souterraine… Les soufis affirment être les héritiers de la connaissance secrète originelle oubliée, qui peut apprendre à l’homme d’où il vient et où il va. Des exercices spéciaux et la pratique de certaines disciplines permettent de rétablir l’homme dans son état originel… En 1865, lorsque fut fixée — un siècle à l’avance — l’année de cette assemblée, une prophétie fut faite qui devait permettre aux chefs de tous les ordres de se réunir à Izmir : ce devait être après la mort de l’Aga Khan, après l’invasion du Tibet, après une guerre au Yémen et pendant l’été de l’année où deux hommes redescendraient des cieux, après avoir quitté l’atmosphère terrestre. En effet, certains parmi les soufis croyaient que la « sagesse secrète » avait été divisée en quatre parts : celle que détenaient les soufis eux-mêmes, celle qui était à la garde du chef des ismaïliens, une autre qui était dans les mains du Dalaï Lama et du Panchen Lama, le dernier fragment étant conservé par l’Iman du Yémen. Certains troubles planétaires devaient forcer ces « gardiens » à relâcher leur baraka — cette part de la connaissance substantielle qu’ils détenaient — pour qu’elle soit mise à la disposition du roi des soufis, qui l’utiliserait pour le bien de l’humanité. »

GURDJIEFF A PARIS

En 1922, Georges Ivanovitch Gurdjieff se fixe en France, près de Fontainebleau, à Avon. Il est accompagné d’un petit groupe d’hommes et de femmes qui l’ont connu à Moscou et à Saint-Pétersbourg et l’ont suivi au Caucase, pendant la Révolution, puis à Constantinople et en Allemagne. A Avon, Gurdjieff achète le château du Prieuré (ancienne demeure de Mme de Maintenon) à la veuve de maître Laborit, l’avocat de Dreyfus. C’est là qu’il va jeter les bases de l’Institut pour le développement harmonique de l’homme. Des Anglais, dont Orage, le directeur du New Age, des Américains viendront y rejoindre les émigrés russes qui avaient constitué le premier noyau des Philosophes de la Forêt.

En octobre 1923, Gurdjieff et ses élèves organisent au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, une présentation d’exercices rythmiques. Ces exercices sont présentés à la fois comme une restitution de danses derviches et de cérémonies sacrées (dont Gurdjieff avait été le témoin au cours de ses séjours dans des monastères soufi d’Asie centrale) et comme une méthode d’éducation. Le texte qui fut distribué aux spectateurs parisiens annonçait : « Le programme de ce soir sera principalement consacré aux mouvements du corps humain dans l’art de l’Antiquité orientale, et particulièrement dans la gymnastique sacrée et les cérémonies religieuses perpétuées dans certains temples du Turkestan, du Tibet, de l’Afghanistan, du Kafiristan et du Chitral. » Le programme s’achevait avec une présentation de l’important exercice du « stop » soufi — au cours duquel l’élève doit s’arrêter complètement au mot « stop » (quiff) lancé par le maître, quels que soient le moment, le lieu et la position du corps.

Un très grave accident de voiture, survenu en 1924, oblige Gurdjieff à cesser toute activité. Il ferme partiellement l’Institut et se fait écrivain afin de « transmettre ses idées sous une forme accessible à tous ». Il écrit ainsi pendant une dizaine d’années. Il compose, sous le titre Du tout et de tout, trois gros ouvrages* dont l’apparente diversité répond à son intention de transmettre ses idées en trois étapes et sous trois formes différentes. En 1935, il ferme définitivement l’Institut. La même année, il se rend en Asie, « en Perse », déclare-t-il, pour prendre conseil de ses maîtres. A partir de 1936, Gurdjieff vit presque continuellement à Paris au 6, rue des Colonels-Renard, où il va habiter jusqu’à sa mort. Il y reprend, avec un cercle d’élèves, français cette fois, l’enseignement direct, capable de prendre bien des formes diverses et inattendues, dont il a le secret.

Il se rend souvent aux Etats-Unis pendant cette période, à l’exception des années de guerre, qu’il passe tout entières en France.

Il meurt à Paris le 29 octobre 1949.

* Récits de Belzébuth à son petit-fils (Denoël) ; Rencontres avec des hommes remarquables (Julliard); la Vie n’est réelle que lorsque je suis (édition privée).

LE RAPPEL DE SOI

Le « rappel de soi » est l’une des pratiques essentielles enseignées par Gurdjieff. Mais plus qu’une recette c’est un acte de conscience de soi, pour sortir du sommeil, pour s’éveiller.

« Je parle du rappel de soi en tant que division de l’attention : c’en est le trait caractéristique.

« Lorsque j’observe quelque chose, mon attention est dirigée sur ce que j’observe.

« Moi ——–> le phénomène observé.

« Lorsque, en même temps, j’essaie de me rappeler moi-même, mon attention » est dirigée à la fois vers l’objet observé et vers moi-même.

« Moi < ——— > le phénomène observé.

« Cela étant défini, je vis que le problème consistait à diriger l’attention sur soi-même sans laisser faiblir ou s’éclipser l’attention portée sur le phénomène observé. De plus, ce « phénomène » peut aussi bien être en moi qu’en dehors de moi.

« Les premières tentatives que je fis pour obtenir une telle division de l’attention me montrèrent sa possibilité. En même temps, je fis deux autres constatations.

« En premier lieu, je vis que le « rappel de soi » obtenu de cette façon n’avait rien de commun avec l’ »introspection » ou avec l’ »analyse ». Il s’agissait d’un état nouveau et très prenant dont la saveur était étrangement familière.

« Et, en second lieu, je comprenais que des moments de rappel de soi apparaissaient en fait dans la vie, mais rarement, et que seule la production délibérée de ces moments créait la sensation de nouveauté » (P.D. Ouspensky, Fragments d’un enseignement inconnu, p. 177).

Gurdjieff avait-il eu connaissance d’un Ordre supérieur ?

On retrouve là encore cette conception de la connaissance comme substance matérielle, et l’idée d’un Ordre supérieur recueillant, produisant et transmettant des énergies supérieures. Gurdjieff était-il dans le secret ? C’est ce que semblait penser J.G. Bennet. Il parle dans son livre « d’une très intéressante conversation qu’il eut avec Gurdjieff, quelques mois avant sa mort : « … Gurdjieff disait qu’à cette époque (1949) se constituait dans le monde l’organisation d’un Ordre supérieur qui n’accepterait pour membres que ceux qui auraient atteint un développement spirituel nécessaire et suffisant pour produire des énergies supérieures — et que ceux qui devraient entrer en contact avec cette organisation pour y puiser de l’énergie devraient être capables de participer par eux-mêmes à ce travail de production et de transmission d’énergies supérieures. Il ne mentionna certes pas cette organisation comme étant sa propre création. Il en parla de façon concrète, comme de quelque chose qui se faisait, dont il était conscient et auquel il était associé ; mais non comme s’il en était le centre, ou le chef, ou le fondateur. Je crois qu’il voulait nous faire comprendre que, si nous étions prêts et capables de travailler comme il le fallait, nous pourrions, après sa mort, avoir l’occasion d’entrer en contact nous-mêmes avec cette source et devenir à notre tour des canaux de transmission pour cette énergie supérieure destinée à ceux qui en ont besoin. » (Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau, p. 102)

L’idée de la Quatrième Voie

Gurdjieff donnait un sens spécial au mot « Voie » : il l’entendait dans le sens d’une transformation menant l’homme du « cercle extérieur » au « cercle intérieur ». Ce passage est ce qui donne son sens à la « Quatrième Voie ».

« … L’idée selon laquelle la Quatrième Voie serait alternativement ouverte ou fermée en activité et en repos par la décision du « cercle intérieur » et en fonction des besoins de l’humanité, est très importante, note Bennet [34]. Et il conclut le chapitre : « Existe-t-il un cercle intérieur de l’humanité ? » en affirmant : « Je crois que l’on peut dire qu’il existe des preuves du fait que Gurdjieff croyait en l’existence d’un « cercle intérieur » au sens le plus fort du terme [35].

Les quelques indications que nous avons rassemblées dans cet article il en existe bien d’autres vont dans le sens de cette affirmation. Gurdjieff n’était pas seul. Il n’était que le maillon d’une chaîne. Il n’était que la partie apparente d’un iceberg dont nous n’avons fait ici qu’entrevoir les contours visibles de même que les hommes que l’on peut rencontrer aujourd’hui et qui ont accès aux mêmes sources ne sont eux aussi, après tout, que le signe de l’existence parmi nous d’une connaissance à l’œuvre, d’une tradition vivante qui a précédé les temps historiques et qui nous précède aussi dans le temps qui est en avant de « notre » présent puisqu’elle doit répondre aux besoins de la Terre.

J. Néaumet

TROIS INDICES

1. Le « peuple de la Cour intérieure

Dans le symposium Documents on Contemporary Dervish Communities (op. cit.) il est question du « monastère » Aabshar (la Cascade) en Afghanistan, un des centres du « Peuple de la Cour intérieure » :

« … Ces gens ne se considéraient pas comme essentiellement « religieux » mais plutôt comme les gardiens et les transmetteurs d’une ancienne connaissance secrète d’où toutes les aspirations supérieures de l’homme sont — par des voies qui nous sont peu familières — ultimement dérivées. Ils diffusent cette connaissance, semble-t-il, par intervalles à travers le monde et observent sa progression continuant à jouer leur rôle à la place qui est la leur dans ce processus —, cependant que l’impulsion qu’ils ont la responsabilité de donner fait son chemin à travers les générations. »

2. Le maître des Naqshbandi

« L’Ecole appelée les Maîtres (al-Khwajagan) se tient à l’arrière-plan de toutes les manifestations soufies. Elle a donné naissance, dans les temps historiques, à des organisations qu’on a appelées ordres. L’un de grands maîtres de cette Ecole fut Bahauddin Naqshband de Boukhara. Il mourut en 1389. Ce fut lui qui rétablit l’enseignement fondamental basé sur « Zaman, Makan, Ikhwan » (le Moment juste, le Lieu juste, l’Assemblée juste). Après sa mort, la partie visible de l’Ecole des Maîtres prit le nom de Naqshbandi, d’après le surnom de Bahauddin » (Idem, p. 153).

3. Le groupe des Adeptes Suprêmes

« … Ithnen me dit alors que le soufisme était appelé « Tasawwuf » par ses pratiquants. C’est un mot code qui, déchiffré, donne un autre mot signifiant « sagesse divine » : Hikmet al-ilahi. C’est le nom qui a été donné à l’ancienne science dont l’origine se trouve au-delà de l’espace-temps tel que nous le concevons. Cette science est « opérée » par un groupe fondamental d’Adeptes Suprêmes. Ils ont toujours existé, d’une certaine manière. Leurs représentants existent encore et existeront toujours.

« Leur tâche est d’exercer une sorte de contrôle sur les courants psychiques de l’homme. Selon que ces courants croissent ou décroissent, ils les alimentent plus ou moins à partir d’une source dont ils ont la maîtrise… En exerçant une sorte de contrôle à distance, ils intensifient ou, au contraire, font baisser le flux d’énergie. C’est cette action qui a donné naissance à ce que nous appelons « religions » elles ne constituent qu’une manifestation secondaire.

« Voulait-il dire par là que toutes les formes religieuses extérieures n’étaient en fait que des projections d’un sens plus profond qui était d’origine terrestre?

« C’était exactement ce qu’il voulait dire.

« Il existait donc des intermédiaires, des gens qui ne jouaient dans les événements aucun rôle visible mais qui, en fait, avaient été les inspirateurs des maîtres religieux qui s’étaient manifestés sur terre

« C’est cela, me répondit-il » (Among the Dervishes, p. 164).


[1] Et si Gurdjieff parle de « christianisme ésotérique », c’est au sens où les soufis se désignent parfois eux-mêmes, par le terme masihi batini (« chrétiens ésotériques »).

[2] Fragments d’un enseignement inconnu (Stock), p. 64. C’est nous qui soulignons.

[3] Voir Fragments d’un enseignement inconnu, p. 404.

[4] Idem, p. 405.

[5] Idem, p. 404.

[6] Fragments, p. 405.

[7] Rencontres, p. 119 et 190 et suiv.

[8] Edition française : J.G. Bennet : Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau (le Courrier du Livre, Paris, 1978).

[9] Voir le livre que J.G. Bennet a consacré aux Khwajagan, ou Maîtres de Sagesse, édition Le Courrier du Livre 1978.

[10] Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau, p. 71.

[11] Voir, à ce sujet, dans les Sociétés secrètes d’Arkon Daraul, le chapitre consacré à la « Voie des soufis » où cette famille les Saadat, ou Sayeds est nommément désignée comme étant celle des Khans de Paghman, en Afghanistan — chefs héréditaires des Naqshbandis et chefs des Sarmoun. Dans Documents or Contemporary Dervish Communities (Londres, Octagon Press, 1966), le chef actuel des Sarmoun est appelé le Sarkar (le chef ou la tête du « Travail »).

[12] Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau, p. 79.

[13] Idem, p. 81.

[14] L’écrivain Doris Lessing remarque, dans le symposium consacré au soufisme, The Elephant in the Dark (L. Lewin, Dutton, New York, 1976) : « La réintroduction récente, visible, du soufisme en Angleterre, sous forme écrite, ne s’est pas faite dans les revues spécialisées, mais dans le Times, Blackwood Magazine, The Lady, etc., et ces articles ne furent pas « reconnus » par la plupart des orientalistes et des soi-disant experts. Ceux qui sont susceptibles de reconnaître un courant soufi sont ceux qui savent humer le neuf et le vivant. »

[15] « Sarmoung : le nom d’une célèbre école ésotérique qui, selon la tradition, fut fondée à Babylone, 2500 ans avant le Christ » ; (G.I. Gurdjieff, Rencontre avec des Hommes remarquables, p. 119).

[16] On trouve aussi dans le livre de Rafaël Lefort, les Maîtres de Gurdjieff, une description de cet arbre et de son utilisation. Gurdjeff en fait une description différente dans Rencontres.

[17] Je crois qu’on peut raisonnablement supposer que, pendant son séjour au monastère Sarmoun, Gurdjieff fut mis en contact avec le système de pensée extraordinaire que représente le symbole de l’ennéagramme (J.G. Bennet, Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau, p. 90).

[18] Voir aussi à ce sujet Bêtes, Hommes et Dieux de F. Ossendowsky ; Mission de l’Inde en Europe de Saint-Yves d’Alveydre ; le Roi du Monde de R. Guénon.

[19] Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau, p. 96.

[20] Peter King: Afghanistan, Cockpit in High Asia (Londres, Geoffrey Bles, 1966), p. 177.

[21] « Le Kafiristan, selon les Soufis, était le foyer de l’école ésotérique appelée Sarmoun, la branche occulte de l’ordre Naqshbandi » (Michaël Burke, Among the Dervishes, Londres, Octagon Press, 1973, p. 92).

[22] « L’enseignement originel est toujours là. Nous nous y rattachons solidement et nous n’avons jamais perdu le contact avec lui », déclare à M. Burke le Murshid du « monastère soufi de Kunji-Zagh, au Pakistan (Among the Dervishes, p. 104).

[23] L. Lewin : The Diffusion of Sufi Ideas in the West : Keysign Press, Boulder, Colorado, 1972. Certains textes de ce livre sont repris dans L. Lewin : The Elephant in the Dark (Dutton, New York, 1976).

[24] Michaël Burke : Among the Dervishes (Londres, The Octagon Press, 1973), p. 109.

[25] Voir les Maître, de Gurdjieff de R. Lefort, p. 9.

[26] Jonathan Cape, Londres, p. 14.

[27] — Le Grand Sheikh est-il le Grand Maître de tous les ordres ?

Oui, et le gardien de la Tradition.

— La Tradition islamique ?

— Non, la Tradition manifestée à l’origine à travers Moïse, Jésus et Mohammed. (Rafaël Lefort, les Maîtres de Gurdjieff, chapitre III).

[28] Fritz Peters : Gurdjieff Remembered (Londres, Gollanez. 1965), p. 102-103.

[29] The Sufis (Londres, J. Cape), p. 66, 300 et 326.

[30] « Gurdjieff prétendait être une source d’énergie supérieure dans laquelle on pouvait puiser. De façon moins précise, il mentionna qu’il puisait lui-même à une source supérieure et que, par ce fait, le travai3l dont il était responsable pouvait se répandre et se fortifier dans le monde » (Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau, p. 102).

[31] Les Maîtres de Gurdjieff, chapitre II.

[32] Le Sheikh Daud Yusuf déclare à l’auteur des Maîtres de Gurdjieff : « Gurdjieff n’a transmis son autorité à personne. Son message est mort avec lui… Ce qu’il a dit avait une valeur au moment où il l’a projeté et dans le lieu où il l’a projeté. Ce n’était qu’un pas dans la direction de la manifestation plénière du message complet. Un pas pour préparer un certain climat. Il n’a chargé personne de porter les cendres mortes dans l’avenir, sous le nom d’un feu ardent » (chapitre III).

[33] Among the Dervishes, p. 68.

[34] Gurdjieff, artisan d’un monde nouveau p. 103

[35] Idem, p. 103.