G. Aigrisse : Les tendances actuelles de la psychologie et de la psychanalyse


21 Oct 2010

Les tendances actuelles de la psychologie et de la psychanalyse par G. Aigrisse

(Revue Être Libre. No 145-146-147, mars-avril 1958)

On croit généralement que l’Antiquité fut superstitieuse, le Moyen-Âge religieux, le XVIIIe siècle philosophique et le XIXe rationnel. Dans cette perspective, nous pourrions appeler notre XXe siècle, l’âge psychologique ; l’homme du XXe siècle a découvert qu’aucune vérité sur le monde n’est possible, sans un observateur pour l’enregistrer ; même la physique, lorsqu’elle devient microphysique, dépend, à un moment donné, de l’expérimentateur.

La psychologie des profondeurs, ou psychologie analytique — c’est-à-dire la psychologie issue de la psychanalyse — est la première tentative d’introduire la méthode scientifique dans l’observation de la psyché.

Les psychanalystes, ou plus exactement les psychologues analytiques observent, notent, enregistrent ; ils n’affirment quelque chose qu’à partir d’un grand nombre d’observations cliniques ; la psychanalyse est avant tout une science empirique, qui laisse les « spéculations » aux philosophes ; elle tire des conclusions de faits recueillis en clinique par la méthode scientifique la plus rigoureuse. La raison n’a pas le droit de qualifier un phénomène d’insoutenable ; un phénomène est ; c’est aux concepts à changer et non pas aux faits ; c’est à la philosophie à s’adapter à la psychologie de notre époque ; elle est, d’ailleurs, en train de le faire ; mais enfin, il faut savoir quand on fait de la philosophie et quand on fait de la science.

Ce soir, nous ferons de la science, même quand nous semblerons faire de la philosophie — car nos incursions dans le domaine philosophique seront toujours rattachées à des faits contrôlables et renouvelables expérimentalement, ce qui est bien le critère de la science.

Je voudrais me défendre aussi de faire de la vulgarisation ; nous parlons d’une matière délicate (l’âme humaine) et il n’est guère possible de la vulgariser qu’en la rendant plate et vraiment vulgaire, en l’émoussant de toute acuité, en la vidant de tout nerf. Cependant, il n’est peut-être pas nécessaire d’employer l’affreux jargon technique pour se faire comprendre ; l’orgie de termes techniques, plus bizarres les uns que les autres, où se délectent tant de nos contemporains, n’est, au fond, que du pédantisme ; la vulgarisation est une espèce de malhonnêteté de l’esprit ; le pédantisme, avec son jargon, en est une autre.

J’espère donc vous épargner la vulgarisation et le pédantisme en vous parlant de la science de l’âme ; mais d’abord, « Y a-t-il une science de l’âme ? » [1]. Je viens de vous citer le titre d’un livre récent de mon maître Charles BAUDOUIN, livre qui commence et qui finit sagement par une phrase interrogative.

CLAPARÈDE soulignait autrefois ce paradoxe, que l’on est contraint de parler de psychologies au pluriel, alors qu’il n’y a et qu’il ne saurait y avoir qu’une seule physique ; cela, disait-il, n’est pas en faveur du caractère scientifique de la psychologie. Depuis lors, un autre paradoxe s’est fait jour ; on a pris l’habitude, bel et bien, d’opposer entre elles plusieurs physiques (celle de NEWTON, celle d’EINSTEIN, celle de Louis de BROGLIE, etc.) Les démarches de l’esprit humain sont imprévisibles et les plus vieilles sciences peuvent rajeunir. « Que la psychologie ne fasse donc pas trop de sentiments d’infériorité à l’occasion de son pluriel », dit BAUDOUIN.

Quelles sont donc ces psychologies avec « s » ?

Nous partirons du pôle scientifique et nous constaterons que ce sera nous placer aux confins de la physiologie. Si vous consultez un des derniers « Manuel pratique de Psychologie expérimentale » [2] qui vient de paraître, vous constaterez que la moitié en est occupée par l’étude de la motricité, des réactions émotionnelles, des processus sensoriels et de la perception ; ces deux derniers chapitres, à eux seuls, occupent 90 pages sur 300 — nous y apprenons toutes sortes de choses curieuses sur les sensibilités tactile, kinesthésique et auditive, sur les seuils, sur la mesure des illusions d’optique, etc.; les modifications de la circulation et de la respiration, la réaction psycho-galvanique sont étudiées sous le titre : réactions émotionnelles; la mémoire est ensuite abordée, mais sous l’angle de l’apprentissage; l’étude de la pensée est amorcée, mais comme un prolongement de celle des associations; un chapitre d’une trentaine de pages est consacré à la psychologie sociale; et, enfin, l’un des chapitres les plus courts (18 pages) concerne la « personnalité ».

Ce rapide aperçu renseigne assez bien sur les proportions selon lesquelles les diverses parties du champ de la psychologie sont actuellement accessibles aux méthodes du laboratoire. Il est clair que la déclaration de JUNG demeure acceptable : « Celui qui voudra connaître l’âme humaine n’apprendra rien ou presque rien par la psychologie expérimentale ».

Il ne s’agit d’ailleurs pas de parler d’une « faillite » de la psychologie expérimentale comme naguère et plus largement on paria d’une « faillite » de la science, mais il faut s’entendre sur les buts que l’on poursuit.

La psychologie scientifique a, dès le début, écarté de son vocabulaire le terme d’« âme »; ce fut, chez certains, la déclaration d’un matérialisme délibéré ; ce fut, chez d’autres, simplement un acte de méthode et de modestie ; mais il faut savoir que si c’est « l’âme humaine » qui nous intéresse, nous ne recevrons de ce côté qu’une aide fort limitée et qu’il nous faudra recourir à d’autres méthodes.

Mais lesquelles ?

Reconnaissons que la psychologie a deux pôles : la vie et le laboratoire. Si nous quittons les méthodes du laboratoire, à l’autre bout de la chaîne nous allons trouver les méthodes de la vie, Une école américaine — le behaviorisme — (WATSON) a tenu la gageure de cette position extrême, et prétendu réduire la psychologie à une étude du comportement, c’est-à-dire des seules réactions extérieurement observables. Remarquez que c’est l’unique point de vue dont nous disposons pour construire une psychologie valable de l’animal.

Peut-on aborder selon les mêmes règles la psychologie humaine ? Il est vrai que nos faits et gestes en savent parfois plus sur nous que nous-mêmes ; demandez à des artistes de la danse ou à des sculpteurs ce qu’ils en pensent — et ils vous diront tout ce qui s’exprime d’intérieur dans le seul jeu des muscles et du moindre orteil. Mais l’homme n’est pas muet ; un behavioriste absolu commet vraiment un excès de zèle en feignant de l’oublier, comme ces médecins si férus d’objectivité qu’ils ne veulent plus conclure que d’après leurs appareils, en passant ainsi à côté de l’homme vivant et souffrant. Il n’est pas toujours scientifique de répudier le bon sens.

Une autre école psychologique, celle de PAVLOV, voudrait réduire toute la vie psychologique à un système de réflexes conditionnés ; (même l’homme de la rue, aujourd’hui, sait ce que sont les réflexes conditionnés ; on lui a parlé de Laïka dans le Spoutnik conditionnée à la vie qu’elle devait y mener). Un stimulus externe et sa réponse réflexe, c’est donc, pour PAVLOV, toute la psychologie ; et certes, la possibilité d’une cybernétique, la construction de « cerveaux électroniques » abondent dans le sens de la réflexologie. Il est certain qu’on peut obtenir des résultats prodigieux par la combinaison délicate d’automatismes ; mais s’agit-il bien de pensée ?

Ainsi, nous sommes amenés par plusieurs voies à une double conclusion :

1) d’une part, fécondité des méthodes de la psychologie objective, même là où elles se heurtent d’abord à certains préjugés solides ;

2) d’autre part, légitimité des réserves qu’appelleraient ses prétentions au-delà de certaines limites.

Nous avons parlé jusqu’à présent des méthodes qui ont introduit en psychologie la mesure ; de cette investigation expérimentale est solidaire la méthode des tests.

Les applications pratiques de cette méthode — la psychotechnique — couvrent maintenant un domaine appréciable : on évalue les capacités des écoliers, on oriente l’activité professionnelle, on sélectionne le personnel. Au début, la vie affective dans sa profondeur, le caractère dans sa complexité, l’intimité personnelle se montraient réfractaires à cette espèce d’investigation ; mais récemment, on a introduit les tests dits « projectifs » où le sujet est invité à « projeter », à « extérioriser » son monde intérieur, soit en interprétant librement des figures qui lui sont présentées (RORSCHACH), soit en choisissant parmi elles (SZONDI), soit en en produisant lui-même, ou en organisant librement un matériel qui est mis à sa disposition.

Que faut-il en penser ?

Il faut, à ce sujet, rester « humaniste » ; il ne faut se représenter aucun test comme un moyen mécanique d’obtenir des renseignements express. Tous les bons observateurs ont insisté sur la nécessité d’une approche humaine, sur l’attitude compréhensive de l’expérimentateur, sur la nécessité de gagner la confiance du sujet — gagner ne suffit d’ailleurs pas, il faut la mériter.

En somme, il faut savoir, tout en appliquant ces méthodes avec soin, les envisager avec relativité. Il faut :

conserver un peu d’humanisme dans l’emploi des méthodes objectives et statistiques ;

se méfier de la fausse précision et se garder d’appliquer des méthodes mathématiques délicates et complexes à des données confuses ;

se souvenir de ce paradoxe apparent qui recouvre une vérité réelle : la méthode directement objective est souvent la plus subjective de toutes ; parce qu’elle ne corrige pas les déformations personnelles ;

ne jamais oublier que l’étude d’autrui est toujours une relation entre deux êtres, même quand l’intervention du psychologue s’est durcie en procédé.

Il existe une autre discipline qui projette sur la psychologie un éclairage singulier faisant ressortir nettement les reliefs et les ombres. C’est la pathologie. Il ne faut l’aborder qu’avec ce même « bon sens », ce même « humanisme » qui a été nécessaire pour parler des tests.

Les maîtres qui ont fait faire à la psychologie, depuis la fin du XIXe siècle, les progrès les plus décisifs, ceux qui ont constitué cette psychologie moderne qui paraît sans commune mesure avec ce qu’on entendait par là autrefois, se trouvent être en majorité des médecins : Pierre JANET, CLAPARÈDE, CHARCOT, LIEBEAULT, BERNHEIM, FREUD, ADLER et JUNG.

Le point de vue du pathologiste s’est montré l’un des plus féconds qui soient pour la connaissance scientifique de l’homme normal. La science réclame l’expérience, c’est-à-dire la possibilité de faire varier les facteurs pour voir varier les résultats ; les laboratoires de psychologie ont été créés pour cela, mais les faits qu’on s’ingénie à y faire varier ont souvent un petit air anodin et artificiel de physique amusante. Les tests eux-mêmes ont souvent un air de jeux ; les étudiants qui ont le sens de la psychologie vraie sont souvent déçus par cette forme d’enseignement.

Cependant, à l’hôpital voisin, la nature institue cette autre expérience qui se nomme la maladie et où la pathologie fait varier, de tragique manière, au-delà ou en deçà de la norme, les facteurs de la conduite humaine. Il faut admettre pour le moral le grand principe admis pour le physique depuis Claude BERNARD : les lois de la maladie sont les mêmes que celles de la santé ; il n’y a dans la maladie que l’exagération ou la diminution de certains phénomènes qui se trouvaient déjà dans la santé.

Entre le domaine franchement pathologique des psychoses et celui du normal, il existe un vaste territoire où les distinctions ne sont pas nettement tranchées ; les troubles dits « nerveux » sont presque toujours « psychologiques » et recouvrent des conflits de la vie dont ils sont l’expression symbolique. On voit ainsi un refus des aliments (anorexie) recouvrir un refus tout autre (notamment sexuel) ; on voit une contracture des muscles de la face signifier une révolte contre l’âge ; une contracture de la main concrétiser la punition infligée à cette main réputée coupable, etc.

Ces significations psychologiques du symptôme l’emportent parfois tellement sur leurs conditions physiologiques que l’intervention psychologique s’est montrée souvent plus décisive pour la guérison de ces troubles, que l’intervention médicale. Ainsi s’est constitué, sous le nom de psychothérapie, une discipline originale, ou, mieux, une série de disciplines qui tendent à agir sur diverses espèces de troubles par des moyens purement psychologiques.

On conçoit que la délimitation des domaines soit délicate et qu’elle ait suscité bien des débats ; si l’on y apporte du bon sens et de la bonne volonté, il n’est pourtant pas difficile de s’entendre. Une distinction fort simple en pratique est celle qui considère comme non-médicale toute intervention qui n’utilise que la parole. Autrement, on arriverait, à la limite, à cette absurdité qui consisterait à considérer la direction de conscience, ou la confession religieuse, comme une pratique de médecine illégale. Il est simplement raisonnable de maintenir qu’il n’est pas nécessaire au psychothérapeute d’être médecin, mais qu’il doit étant donné les interconnexions étroites et constantes du corps et de l’esprit, agir en liaison avec le médecin lorsqu’il s’agit de psychosomatique.

L’idée qui s’impose aussi désormais en médecine psychosomatique, ce n’est pas seulement un rapport vague et global entre conflit et maladie, mais une affinité marquée entre certains conflits et certaines maladies. On ne peut plus guère contester les rapports entre l’ulcère d’estomac, par exemple, et un certain caractère lui-même « ulcéré », volontiers sarcastique, lié à son tour à un conflit affectif précoce avec la mère. On voit si bien la relation entre certaines hypertensions artérielles et les agacements de la vie quotidienne créant une agressivité toujours « rentrée » que les sociétés d’assurance, en Amérique, en sont venues à faire des enquêtes poussées sur la vie familiale et professionnelle de leurs futurs clients hypertendus.

Vous savez tous que c’est FREUD qui est le père de la psychanalyse ; or FREUD, que l’on a si volontiers taxé d’extrémisme, occupe une position médiane entre les deux pôles de la vie psychologique dont nous parlions tantôt. PAVLOV, et sa réflexologie, qui s’en tient au stimulus externe et à sa réponse réflexe, nie toute intériorité de l’être ; JUNG, à l’autre pôle, étudie surtout cette intériorité, explore ces structures fondamentales qui se nomment dans son vocabulaire l’inconscient collectif et les archétypes. Avec lui, « l’âme » fait sa rentrée en psychologie. Si l’inconscient de FREUD est l’enfant qui survit dans l’adulte, l’inconscient collectif de JUNG est l’homme primitif qui survit dans le civilisé. L’infantile n’est pas tout. Les mythes, les images, qui se raniment dans notre tréfonds obscur sont le précipité de l’expérience de nos ancêtres. Ces images représentent de véritables « organes psychiques » qui se sont constitués par l’interaction de l’être psychique avec l’univers, comme nos organes corporels se sont formés par l’interaction de notre corps et des forces physiques.

Vous voyez par quel biais très concret des notions comme celles d’âme, d’intuition, d’intériorité reprennent dans la psychologie de JUNG une importance capitale. Pour lui, toute analyse réductive doit être couronnée par un travail reconstructif. Celui-ci n’est pas, comme des freudiens mal informés semblent le croire, une vague entreprise de moralisation. Un analyste junguien n’est pas plus « interventionniste » qu’un analyste freudien ; il s’efforce, simplement, de mettre le patient en rapport avec les éléments énergétiques de l’inconscient collectif (qui est le réservoir d’une énergie considérable) en les faisant remonter à la surface et en les laissant ensuite agir selon leur autonomie. Car cette énergie n’est pas seulement considérable, elle est aussi orientée ; elle est, semble-t-il, attirée vers un but.

C’est ainsi que s’engage un processus qui pourrait être défini comme une quête de l’unité, de la totalité, BAUDOUIN dit de la « personne ». Le processus est suivi à travers les rêves et les productions spontanées de l’imagination du sujet. Nous avons ainsi la garantie de saisir aussi près de la source qu’il est possible, des expériences véritables. La garantie augmente lorsque nous voyons que, chez un grand nombre de sujets, ce processus s’accomplit à travers des expressions et des images de rêves singulièrement semblables. Tout le monde rêve de son Double, de son Anima ou Animus, de son Automate, etc. Il est aussi frappant d’apprendre que les étapes de ce processus ont de grandes analogies avec celles de certains systèmes d’entraînement spirituel, de certains systèmes initiatiques, alors même que les sujets ignoraient tout de ces systèmes.

Il faut admettre qu’il y a là un processus humain, qui peut apparaître chez chacun, que divers systèmes, dans tous pays et dans différentes époques ont codifié et encombré de superstitions variées, mais que l’on peut dégager dans sa simplicité essentielle. Il faut admettre qu’il s’agit bien là d’une science de l’âme occupant l’autre extrémité de la chaîne qui va jusqu’à PAVLOV à l’autre bout. C’est l’expérience, c’est le souci thérapeutique qui ont conduit JUNG, BAUDOUIN et leurs disciples à poursuivre un processus clinique jusqu’au point où il se résout en une discipline spirituelle. C’est d’ailleurs une expérience plus lourde de conséquence qu’il ne semblerait, car c’est par là que la science moderne renoue avec la sagesse séculaire,

(À suivre.)

Les tendances actuelles de la psychologie et de la psychanalyse par G. AIGRISSE

(Revue Être Libre. No 149-151. Mai-Juillet 1958)

(Suite.)

La psychologie des instances (des degrés) — qui est celle que BAUDOUIN enseigne actuellement à l’Université de Genève — est née ainsi d’une confrontation de FREUD et de JUNG. Situant les instances les unes par rapport aux autres, BAUDOUIN arrive à une véritable construction de la conduite objective que je vais vous résumer en vous présentant les étapes de la personnalité humaine en croissance. Cette psychologie tend à être une synthèse confrontant les psychologies.

Ce qui commande en nous les conduites les plus stéréotypées, les plus monotones, c’est l’automate; il s’agit vraiment là d’une assise de la conduite, c’est l’instance de base, par laquelle il convient de commencer la description. C’est le pantin, le guignol, le robot terriblement actuel, toutes ces images qui hantent les rêves et les rêveries des enfants et des hommes. Elles représentent l’appréhension, par le sujet, de son propre automate. Elles sont comme le jeu d’un miroir qui lui renvoie ce simulacre caricatural de lui-même.

L’enfant très jeune est sensible aux « rites » qui commandent la vie quotidienne; les primitifs sont « misonéistes », (ils n’aiment pas les nouveautés) et ce misonéisme comporte des motivations morales : rompre la tradition, agir autrement qu’on a toujours agi dans la tribu, ce n’est pas seulement dangereux, c’est coupable. La règle, la coutume, le rituel quotidien sont investis de moralité, définis comme des obligations de conscience; l’habitude devient une loi morale.

Le comportement humain, jusque dans ses assises premières, a ainsi une structure profondément morale et il existe déjà une morale de l’automate qui reste reconnaissable, dans toute l’histoire de la moralité, partout où celle-ci se présente sous la forme d’une règle rigide, d’un « légalisme ». (On ne peut s’empêcher de penser que KANT, qui posa l’impératif catégorique, fut, dans la vie, un vieux garçon aux habitudes légendaires.)

Le deuxième étage est celui des instincts; BAUDOUIN le nomme le primitif, d’après l’imagerie spontanée par laquelle les sujets, dans leurs rêves, le représentent; c’est bien souvent, en effet, un homme fruste ou un sauvage, un primitif; c’est le gorille, l’idiot du village, le cambrioleur, le mauvais garçon ou la folle fille, la flore exubérante et tropicale, le fleuve débordant, les éléments déchaînés. Beaucoup de ces images ont un aspect nettement agressif.

Pourquoi l’agressivité, qui n’est qu’un instinct parmi les autres, paraît-elle marquer de son signe toute la vie instinctive ?

L’analyse a découvert un cheminement à deux étapes :

1) Le sentiment de frustration qui résulte de toute insatisfaction rencontrée par les pulsions, quelles qu’elles soient, dans la poursuite de leurs buts;

2) L’agressivité qui résulte de toute frustration.

Ainsi on conçoit que là où existe une nature fortement instinctive risque d’apparaître une vive agressivité; et nous voici au type impétueux qu’une ancienne caractérologie appelait « martien ».

Ces pulsions qui aspirent à se décharger peuvent consentir à abandonner leurs buts sous la pression d’autres forces (morales, sociales), procédant d’instances supérieures. Il existe en somme un conflit de la morale et de l’instinct; c’est toujours d’ailleurs pour résoudre un conflit que l’instance supérieure apparaît. Elles émergent ainsi les unes des autres de manière à résoudre les problèmes posés tour à tour.

Ce fut un problème, ce conflit de l’automate avec la nouveauté, que nous avons entrevu au premier stade; pour le résoudre apparut le primitif, qui pousse vers la vie, c’est-à-dire vers la nouveauté.

C’est un nouveau problème ce conflit de l’instinct avec la morale. Pour le résoudre, apparaît notre troisième stade, la persona. JUNG a donné ce nom — qui désignait le masque de l’acteur antique — à l’ensemble des réactions de l’individu à la contrainte sociale. La persona apparaît généralement dans nos rêves sous les traits de personnes possédant les qualités et les défauts du type « persona » : les personnes très « adaptées », très « en dehors », très « aimables », fort soucieuses de l’effet qu’elles produisent, de leurs toilettes, etc., les charmeurs, les séducteurs, les types Vénusiens.

Cette conduite sociale est commandée par un conformisme qui prolonge tout naturellement celui que nous avons constaté au niveau de la répétition automatique, mais l’accent se déplace d’une contrainte des choses qui doivent être ce qu’elles furent toujours, sur une contrainte des personnes dont l’opinion compte d’abord et aux yeux de qui il importe d’être ce qu’elles attendent que vous soyez. C’est la dictature du « on ». L’obéissance à la tradition cède le pas devant une obéissance à la mode.

Ne pas être habillé, chaussé, coiffé « comme les autres », ne pas porter ce qui se porte, crée un malaise intolérable et qui est de la nature de la honte. Nous sommes ici au niveau du snobisme. Les sujets dominés par leur persona sont sensibles aux « distinctions », mais ils tiennent aux distinctions qui ont cours dans leurs groupes et ils ne se distinguent en somme que selon les règles d’un conformisme.

Nouveau problème que l’opposition de l’être social ainsi développé et de l’être instinctif, nouveau conflit que celui du primitif et de la persona. Pour le résoudre apparaît le « moi », la quatrième instance, qui va opérer une synthèse entre les divers éléments déjà formés.

Les psychanalystes assignent au Moi les fonctions de synthèse, d’intelligence, de cohérence, de réalité. La maîtrise du langage est atteinte chez l’enfant parallèlement à la conscience du Moi; donc, la mémoire peut être dite une fonction du Moi et — presque — une fonction du langage. Ceci permet de croire qu’il ne peut y avoir de souvenirs avant le langage et la cohérence du Moi (il ne peut y avoir que des îlots de mémoire). FREUD admet d’ailleurs que les contenus de l’inconscient vrai sont étrangers au langage et que pour qu’ils soient intégrés au Moi, il faut qu’ils soient liés à une expression verbale; d’où l’interprétation de la cure psychanalytique en tant que talking cure — moins comme une prise de conscience que comme une mise en paroles (disons que les deux vont de pair et sont loin d’épuiser les processus qui interviennent dans la cure).

Le Moi s’efforce donc de résoudre, par sa synthèse propre, l’opposition du primitif et de la persona; mais cette synthèse est-elle facile ? Le primitif et la persona ne sont pas, pour le Moi naissant, des matériaux équivalents. Le « primitif » est souvent battu par la persona qui était déjà un premier essai de construction, hypocrite, si l’on veut, puisqu’il s’agit de se construire selon les exigences du On et non selon les exigences instinctives réelles.

Dès que le Moi commence à se construire, on conçoit que les éléments inassimilables à la flatteuse image de soi, que le sujet s’efforce de garder soient rejetées dans l’inconscient et y constituent ce double, cette Ombre, dont RANK, JUNG et BAUDOUIN ont parlé de façon si pénétrante. Il n’y a pas d’instance plus concrète, plus éloignée d’un schéma intellectuel que cette Ombre, malgré son air de fantôme (BAUDOUIN a présenté une vaste fresque de l’Homme et son Double à travers les âges dans un chapitre de « Découverte de la Personne »)3.

Dans nos rêves, c’est le personnage noir, ou sombre, ou basané, un nègre, un mulâtre, « un étranger vêtu de noir qui nous ressemble comme un frère ». C’est parfois l’ombre, au sens propre du mot, la nuit, le monde lunaire.

Cette Ombre est souvent projetée. (La projection est ce phénomène psychologique qui consiste à voir à l’extérieur de nous-mêmes ce que nous ne voulons pas voir en nous-mêmes.) Ce « frère » ou cette « sœur » symbolique notre « double » est donc projeté sur le frère ou la sœur réels, que le sujet voit alors beaucoup plus « noirs » qu’ils ne le sont en réalité; il est projeté sur la nuit « redoutable » ; sur l’étranger; pour le blanc, sur le nègre; pour le chrétien, sur le juif; pour nous tous, sur la jeunesse actuelle.

Ces « projections » rendent compte de bien des injustices et de bien des incompréhensions.

Pourquoi cette ombre est-elle si facilement projetée ? Parce que nous avons peur de la regarder en face; elle contient ce que nous avons rejeté et nous avons horreur de penser que cet alter ego, c’est ego; nous préférons penser que c’est alter (et ceci, c’est la projection).

Et cependant, l’Ombre, ce n’est pas le mal; sa formation est antérieure à la distinction même du bien et du mal qui se fait au niveau du « Surmoi » (et nous n’avons pas encore parlé de cette instance). Le sujet qui refoule, manque de discernement; aussi, l’Ombre contient des éléments fort valables, dont la reprise est nécessaire à la formation de la personnalité.

Le conflit est ici celui de l’ambivalence, d’une insincérité, d’un mensonge entre le Moi qui s’est élaboré et le Moi qui aurait dû être.

Comment échapper à ce dilemme ? Que peut faire le Moi pour faire front aux assauts de l’Ombre et de l’angoisse qu’elle suscite ? Ce que font certains partis dans les guerres civiles; avoir recours à une puissance étrangère pour venir à bout de leurs frères ennemis, même s’il faut se livrer pieds et poings liés à cette puissance; cette puissance étrangère, pour le petit d’homme ce sont essentiellement les parents, les éducateurs, une autorité qui, acceptée par l’enfant parce qu’elle est aimée, aura dans le psychisme intérieur un représentant, que FREUD a nommé « Surmoi ». Ici seulement, nous sommes dans le domaine moral.

Le moraliste, le pédagogue se scandalisent souvent de ce que l’enfant obéisse mal; le psychologue doit s’étonner de ce qu’il obéisse si bien. Comment se fait-il que, gêné par les consignes, il en arrive un jour à les entendre comme la voix intérieure de sa conscience ? Parce que, justement, le Surmoi le défend contre son Ombre. La contrainte sociale (de la Persona) s’incarne ici dans des personnes chères — et la conscience morale est née.

L’imagerie curise et archétypique décrite par JUNG, sous les noms d’Anima et d’Animus, se rapproche de celle du Surmoi de FREUD, lorsque ce Surmoi a évolué jusqu’à devenir le guide, l’idéal du Moi. Chez JUNG, il s’agirait plutôt de l’Idéal de l’autre sexe.

Ces notions sont fort complexes; Ania TEILLARD en a parlé lors de sa récente conférence à cette tribune. Vous savez qu’il s’agit d’un sujet extrêmement séduisant : la représentation la plus spontanée que l’homme se fasse de son âme. Je ne m’attarderai donc pas sur ce sujet et je reviens… à la morale, car il s’agit de passer maintenant à l’autonomie.

Comment s’obtient-elle ? Par un jeu de projections et d’introjections; les différentes figures idéales successivement élues s’usent l’une l’autre, déçoivent tour à tour, forcent à chercher ailleurs; c’est à travers ce jeu alterné que se forme l’éthique adulte, relative puisqu’elle est liée à des guides, mais d’une relativité qui décroît à mesure que la multiplicité des guides oblige le Moi à choisir.

Ici, nous sommes dans la zone du respect et il est bien nécessaire d’en dire un mot à l’époque actuelle. On a dit beaucoup de mal du Surmoi dans la littérature psychanalytique et cependant, il faut bien marquer que le passage des parents au Surmoi est une condition préliminaire à l’acquisition de l’indépendance. Le respect des consignes procède toujours d’un respect des personnes et ce principe d’imitation que nous suivons depuis ses humbles débuts se présente sous des formes de plus en plus pures.

Cette imitation de guides choisis est un moyen de nous délivrer de la morale inférieure de la persona et de l’opinion. « Nous pourrions jouir d’une grande paix, si nous voulions ne point nous occuper de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce dont nous ne sommes point chargés ». Si nous avons bien choisi nos guides, le Surmoi peut nous conduire jusque-là.

La morale du Surmoi freudien est donc bien une morale, mais elle ne correspondra jamais qu’à la « morale close » de BERGSON. Le Surmoi est venu prêter main-forte au Moi; l’ordre est rétabli et… l’Ombre passe à la clandestinité; les guérillas vont se déclencher, le conflit subsiste.

Pour le résoudre, le Moi, devenu fort, va proclamer une large amnistie; les éléments autrefois refusés par la persona et ensuite refoulée par le Surmoi, vont être recherchés. Ils constituent un réservoir d’énergies fraîches parce qu’ils n’ont pas été utilisés dans la vie. La « pierre rejetée » va peut-être devenir « pierre angulaire », parce que le Moi, d’après le Surmoi, est plus fort que le Moi d’avant le Surmoi; c’est le Moi plus l’Idéal du Moi.

Le Moi de la quatrième instance, dominé par ses fonctions intellectuelles et son « principe de réalité » n’était guère capable que d’une morale de l’intérêt bien entendu; or, il existe une morale plus haute; au-delà du recours aux modèles et aux guides, l’homme est capable de s’élever à une autonomie morale. JUNG nomme cette septième instance le Soi.

C’est seulement avec le Soi que nous rencontrons une réalité psychologique correspondant franchement à la « morale ouverte », celle de l’aspiration pure. BAUDOUIN dit que le Soi est au Moi ce que, dans le langage de la philosophie personnaliste, la personne est à l’individu; c’est un concept-limite, nous ne cessons de tendre vers lui plutôt que nous ne l’atteignons.

Le Soi est donc une notion métaphysique, en tant que concept-limite; mais il relève de l’expérience et donc de la psychologie, dans sa réalisation progressive, qui se développe au gré d’un processus observable; c’est ce processus que JUNG appelle processus d’individuation et qu’il serait plus conforme au vocabulaire philosophique traditionnel d’appeler processus de personnalisation.

Ce fameux processus d’individuation a éveillé bien des inquiétudes et suscité bien des critiques. Les êtres dominés par les conformismes de la persona et du Surmoi — c’est-à-dire presque tout le monde — le voient sous un jour inquiétant, suspect et on va jusqu’à écrire que JUNG nous proposerait une simple réédition de la doctrine des alchimistes. Or, JUNG, ici comme partout et toujours, est d’abord empiriste; il décrit ce qu’il a observé; et il a observé aussi cette région de l’esprit humain où se développent les philosophies, les métaphysiques, les ésotérismes, les mystiques de toute espèce. Sur ce terrain poussent des végétations de valeur contestable ou excellente, depuis celles des alchimistes jusqu’à celles des plus purs spiritualistes. JUNG n’est nullement responsable de la médiocre valeur de certaines de ces végétations, il ne fait que décrire le terrain; de même, autrefois, on reprochait à FREUD d’être irrationnel parce qu’il décrivait une partie irrationnelle de notre psychisme.

Un processus de personnalisation se développant sans guide et sans contrôle — c’est-à-dire sans recours au Surmoi — risque fort de se transformer en révolte contre la morale. « Par-delà le bien et le mal », on peut trouver la source de la morale la plus haute, mais on risque parfois de se retourner vers l’Ombre. Pensez aux grandes aventures spirituelles qui se développèrent en révolte contre une certaine conception de la morale c’est-à-dire contre les conformismes de la persona et du Surmoi. C’est l’aventure de NIETZSCHE « par delà le bien et le mal ». C’est l’aventure de tous les « immoralistes » pour autant qu’ils aspirent à une certaine authenticité dans le dépassement, celle d’un GIDE, par exemple. C’est l’aventure aussi, dit BAUDOUIN, de certains mystiques incontrôlés.

Lorsqu’on prétend s’engager sur le chemin de cette réalisation tout intime et personnelle que représente le Soi, il est utile de ne pas dédaigner les valeurs de communauté. Quel que soit le prix de ce registre du Soi, de la Personne, ce serait une erreur de croire qu’on peut nier l’importance massive des facteurs sociaux de la moralité. Ce sont ces facteurs que représente la présence du psychothérapeute au cours du processus de personnalisation de nos sujets. Elle est discrète, elle est effacée autant que l’on voudra, mais elle est « présence » et, par elle, les Autres sont tous là.

Je vous parle décidément beaucoup de morale, mais il faut bien voir que la psychanalyse, même la plus sobre, la plus positive, assigne comme direction à l’évolution affective le passage du « captatif » à « l’oblatif », soit de l’égoïsme au don de soi. Mais il faut bien voir aussi quel est le rôle du thérapeute devant cette personnalité en reconstruction que nous présentent nos sujets.

Il s’agit surtout pour nous de remettre de l’ordre dans la maison de la culpabilité, d’empêcher l’accessoire de masquer l’essentiel, de remettre chaque « faute » à son niveau, de lui attribuer sa juste valeur, ce qui, parfois, la fera disparaître, parfois, forcera le sujet â la reconsidérer, pour prendre courageusement des responsabilités qu’il évitait. Mais, encore une fois, il ne s’agit pas de « moralisation », il s’agit d’une évolution à travers les images des rêves ou des associations libres — ou des productions spontanées de l’imagination — et par elles.

Le « nerveux » n’est pas capable d’obéir aux exhortations qui le poussent vers la voie des sublimations; il n’est pas capable d’employer la « volonté » dont il ne manque pas par ailleurs; il est « lié », il faut d’abord délier les nœuds qui l’entravent.

Maintenant, qu’est-ce que le Soi pratiquement ? Une réalisation qui se confond avec une vocation. BAUDOUIN donne une définition originale de la « vocation » : la voix du Soi se faisant entendre au Moi. L’« être » ne peut se réaliser complètement que dans un « agir »; ici, tous les opposés doivent être réconciliés, aucun conflit ne doit exister, la totalité de l’énergie doit se diriger dans le même sens. Le Soi dont parlent JUNG et BAUDOUIN est loin d’être fermé sur lui-même, comme on le leur a reproché parfois; il est généreusement ouvert de toutes parts; il harmonise les quatre fonctions nécessaires de la psyché humaine, il est intuition, pensée, sentiment, sensation; il est aussi extraverti qu’introverti; il est l’accord avec le monde et l’accord avec soi. Le Soi en action dans le monde, c’est la Vocation; elle incite bien le sujet à une activité de don au monde, mais elle veut ce don conforme à la personnalité originale du sujet.

Vous vous apercevrez que, depuis notre départ, nous avons totalement changé de climat. D’une région objective où règnent le laboratoire et les mathématiques, nous sommes passés à une zone intérieure où le pur intérêt est moins satisfait, mais où l’« âme » naguère répudiée par la philosophie « scientifique », ose à nouveau dire son nom; de l’une à l’autre, c’est la psychanalyse qui a marqué le tournant.

Dans la région objective, on risque de sauver la science en perdant la psychologie; dans l’autre, on risque de perdre la science en sauvant la psychologie. Les esprits soucieux d’une connaissance mesurable sont sans doute moins disposés à explorer la seconde — et cependant, c’est alors que l’on approche de la connaissance de ce qui importe vraiment, de cette « science de l’âme » dont parlait déjà PASCAL en l’opposant à la « science des choses extérieures ».

Faut-il les opposer vraiment ? Non, du moment que l’on pense que le « composé humain » est un; le mépris de certains scientifiques pour toute connaissance qui n’est pas chiffrée est parfaitement étriqué mais rien n’est plus déplacé que le dédain de certains « idéalistes » pour le travail patient des laboratoires. Il faut reconnaître que ces deux prises sur le réel sont l’une et l’autre indispensable et que les informations recueillies grâce à l’une et à l’autre attitude sont appelées à se compléter et à se rejoindre. Il faudrait aussi y penser un peu lorsqu’on aborde le problème très pratique de la formation des psychologues. Les calculs de percentiles et les opérations de psychologie factorielle, si intéressantes qu’elles puissent être, à leur place, ne sont pas les connaissances les plus importantes pour qui est soucieux de se pencher sur l’« âme » humaine. Une forte culture générale et philosophique, des connaissances en mythologie, en poésie, en histoire des religions sont parfois beaucoup plus nécessaires — mais ce qui devrait surtout être donné aux psychologues, c’est une certaine souplesse dans l’attitude intellectuelle, qui leur permettrait de passer de l’une à l’autre position au lieu de se raidir, comme ils le font si souvent, dans leur attitude caractérologique personnelle.

La psychanalyse, aujourd’hui, médite sur ses expériences cliniques qui couvrent plus d’un demi-siècle.

En s’élargissant, elle a donné naissance à une psychologie des instances capable de relier les deux pôles opposés, dont nous avons parlé, par l’échelonnement d’une perspective gradualiste. Partis de l’automate, nous atteignons l’épanouissement du Soi; avons-nous trouvé l’ « âme » au cours de notre ascension par degrés ? BAUDOUIN répond, à la fin de son petit livre si substantiel

« Y a-t-il une science de l’âme ? » :

« Certes, nulle part l’analyste ne trouve l’âme sous son scalpel; mais n’est-ce pas elle qui est toujours présente dans le dynamisme même et l’élan qui anime toute l’ascension par degrés — dans l’intention constante d’un être qui, affrontant et ordonnant les forces contraires, ne cesse de se réaliser, de se construire, de tendre, à travers les tâtonnements et les luttes de l’existence, vers la pureté de son essence ? »

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1 Y a-t-il une science de l’âme, par Charles Baudouin. (Fayard, Paris, 1957.)

2 Paul FRAISSE. P. U. F. 1956.

3 Découverte de la Personne. Charles Baudouin. Éditions H. Messeiller, Neufchâtel.