Vimala Thakar : Un mode de vie alternatif


14 Jan 2017

Je me demande combien d’entre nous sont sérieusement intéressés par l’acte de vivre, par la qualité de notre conscience manifestée dans cet acte, la qualité de nos relations avec la nature et avec nos semblables, les êtres humains aussi bien que non-humains. Si vous n’êtes pas intéressé par la qualité de la conscience manifestée dans la vie, alors peut-être que cette conversation n’aura pas beaucoup d’importance pour votre vie quotidienne.

Si nous sommes seulement intéressés pour provoquer un changement compartimenté et partiel de notre comportement, si nous sommes seulement intéressés pour reformer ici et là notre façon de nous comporter parce que notre comportement actuel ne nous rapporte pas ce que nous voulons comme conséquences désirées ou résultats, alors ces discussions n’auront pas beaucoup d’importance pour notre vie quotidienne. Il est question ici d’une révolution qualitative fondamentale dans le contenu de la conscience, dans la qualité de la conscience, et dans la dynamique des relations humaines.

Ainsi, espérons que nous sommes sérieusement intéressés par ce qui vit et ce qui meurt, par ce qu’est la méditation, par ce qu’est la mutation. J’espère que nous nous rendons compte que la vie est un mouvement tout comme la marche est un mouvement. Vous ne serez plus au même endroit si vous avez marché pendant une heure, une demi-heure ou même quelques minutes. La marche est un mouvement holistique. Physiquement vous vous êtes holistiquement éloigné de l’endroit où vous étiez. Vous ne pouvez pas être à deux endroits simultanément. Ainsi, la marche vous éloigne du point où vous étiez. De la même manière, dans la mutation il y a un mouvement holistique du contenu de la conscience, de la qualité de votre mouvement dans les relations, dans vos attitudes, dans vos approches. Ce n’est pas l’assimilation intellectuelle de nouvelles idées. La spiritualité est une science de la vie. Elle n’implique pas seulement un mouvement cérébral et mental, mais elle implique la vie entière. Vos relations à votre régime, à votre corps, au sommeil, à votre verbalisation, à tout. L’engagement intellectuel dans une idéologie ou dans un mode de comportement n’est sûrement pas le contenu d’une vie religieuse ou spirituelle.

Réforme et révolution

Puissions-nous nous rendre compte de la différence entre une réforme et une révolution. La religion est une révolution holistique. La spiritualité est une révolution holistique. Elle n’a pas de contenu émotionnel, pas d’attachement à des personnes ou à des théories, à des modèles, il n’y a pas à se conformer intellectuellement à quelque idéologie, théorie ou conclusion. Tout cela n’est que processus juvénile. Ainsi, en tant qu’êtres humains adultes et responsables, regardons le thème que vous avez pris, d’un angle légèrement différent ce matin.

Nous irons autour du thème, faisant « Pradakshina », sondant, creusant, explorant, de sorte que l’interrogation amène des solutions. Les solutions ne sont pas toutes faites. Elles ne sont pas stockées dans un certain livre ou un certain cerveau. Les solutions sont les conséquences d’essais et d’interaction alerte avec les défis de la vie.

Nous ne sommes pas les premiers à nous interroger, nous enquérir ou explorer. La race humaine, après avoir dépassé le tribalisme et après avoir établi une société humaine, a cherché des manières d’en finir avec les souffrances psychiques et physiques, la famine et la douleur.

Dans cette recherche, la race humaine a développé des religions organisées et institutionnalisées, des techniques, des méthodes, des recettes pour contrôler la misère, la douleur, en disciplinant le corps, le cerveau, l’esprit. Les différentes manières de faire se sont développées au Japon, en Chine, au Tibet, en Inde, au Moyen-Orient, dans les pays catholiques et ainsi de suite. Mais cela ne nous a pas aidé, nous l’espèce humaine, à en finir avec la douleur et la souffrance psychique. Le mouvement des relations a été créateur de tensions. Il a produit des conflits et des tensions intérieurs. Tous nos efforts pour théoriser au sujet du plaisir, du bonheur ou de la béatitude se sont révélés simplement futiles. La race humaine est pratiquement aussi violente qu’elle l’était à l’âge du tribalisme. Elle est avide, lascive, mesquine. Ainsi, l’agressivité, la violence, la haine, les carnages continuent-ils dans les groupes organisés mais également chez les personnes isolées non-organisées. Les manœuvres et manipulations pour les petits intérêts égocentriques, utilisant l’argent ou la puissance pour l’exploitation des autres, tout ceci continue. Nous pouvons nous tourner vers tous les pays, y compris l’Inde et nous constatons que la race humaine gémit, même dans la richesse, malheureuse à l’intérieur, même dans la richesse. Ainsi, la question d’en finir avec la misère psychique et la souffrance au beau milieu des relations, au beau milieu de la vie socio-économique, est le nœud de la question. C’est le nœud de notre thème.

Donc, regardons les faits de notre soi-disant vie. Sommes-nous si sûrs que nous sommes vivants et que nous vivons, je me demande seulement si nous vivons ! Par exemple, nous nous levons le matin et nous nettoyons le corps, puis nous prenons le petit déjeuner. Veuillez voir, ces actes ne sont-ils pas accomplis à la légère, négligemment. Nous les identifions, ceci est la manière Gujarati de les faire, la manière Marathi de les faire, la manière Hindoue de les faire, la manière Brahmine de les faire. Est-ce que nous ne suivons pas un code de conduite introduit en nous et donc de façon inattentive, lors du nettoyage des dents, du bain ou du repas ? La relation n’est pas là, parce qu’on agit en suivant des habitudes qui sont gravées dans les cellules de notre cerveau, dans notre mémoire.

Le passé se projette lui-même

Ainsi, c’est le passé qui agit. Le passé nous emploie, vous et moi, pour se projeter au niveau sensuel, au niveau verbal, au niveau mental. Quand nous parlons, quand nous parlons les uns avec les autres, nous rendons-nous compte de la manière dont nous parlons ? Nous rendons- nous compte de la façon dont nous employons les mots, l’intonation, l’accent, la prononciation, l’attaque, le volume de la voix ? Ou jetons-nous autour de nous des mots, à partir des traditions familiales, des traditions de notre caste, des traditions de notre communauté ? Nous rendons-nous compte de ce que nous voulons dire, nous ? Les mots que nous émettons sont-ils en harmonie et compatibles avec l’intention intérieure ? Sont-ils en harmonie avec nos actes, ceux qui s’expriment au niveau sensible ? Ou n’y a-t-il aucune cohérence, aucune harmonie, aucune relation entre la motivation et l’expression, et entre l’expression et l’action ? Si nous observons comment cela s’est passé tout au long de la journée, nous verrons que dans le mouvement des relations, c’est seulement le passé qui se projette par nous.

Nous avons des motivations. Nous avons été élevés de telle manière que les codes de conduite, les valeurs, même les motivations, les mécanismes de défense, tout cela a été inculqué en nous, introduit dans notre système. Nous avons accepté tout cela. Ainsi, quand nous rencontrons une autre personne, nous avons certaines motivations, nous faisons certains calculs. Les relations deviennent des lieux de négociation, de manipulation, l’occasion de manœuvrer des êtres humains. Alors évidemment, aucune relation ne se produit. Aucune relation n’a lieu. Nous nous protégeons les uns des autres, nous ne nous rencontrons pas. C’est un genre d’attitude défensive, un principe de précaution. Il n’y a là aucune spontanéité, aucune franchise, aucune réceptivité, parce que nos parents et nos professeurs nous ont dit : « Sois sur tes gardes, les gens peuvent tricher, ils peuvent te tromper. » Ainsi, même avant de se rencontrer et d’interagir, la crainte est là. Donc quand vous rencontrez une personne vous prenez d’emblée une position à votre avantage. Cela se produit même avec les proches. Est-ce cela vivre ? Nous pouvons observer ce qui se produit dans tous les domaines, et nous verrons que tout le temps, c’est le passé qui se projette. Les motivations c’est le passé, une projection du passé.

Réaction et réponse

Maintenant regardons les réactions. Nous réagissons au lieu de répondre. Dès que l’autre dit ou fait quelque chose, le mécanisme de défense est en alerte, et ce qu’on nous a dit, ce que nous avons lu et ce que nous avons entendu, monte en nous et nous réagissons aux mots, aux gestes, plutôt qu’à la situation globale.

La réponse est à la situation globale. Elle est née d’une conscience de la situation toute entière, celle qui nous a réunis. La réaction est une réplique égocentrique au comportement de l’autre. Cette réaction peut, même très modérément, très habilement contenir la vengeance. Ainsi, la réaction réplique, se venge même parfois, esquivant souvent la question, le défi. La réponse est née de la conscience de la situation toute entière. Donc, ignorant la mauvaise conduite ou le déséquilibre dans les expressions de l’autre personne, vous concentrez vos énergies sur la chose, le mot, le travail, le défi qui vous a réuni, vous et l’autre personne, et vous répondez à cela. La réaction est partielle, elle est née d’une partie de vous, mais la réponse est le mouvement de votre être tout entier, de votre vigilance, de votre attention. Ainsi, les motivations, les calculs, les négociations, qui sont les projections du passé, le plus souvent aboutissent à des réactions, qui sont également un mouvement du passé.

Donc, quand rencontrons-nous le présent ? La Vie est une communion avec le présent intemporel. La Vie est une communion avec l’éternité qui apparaît dans le soi-disant présent. À moins qu’il y ait une communion avec cela, le présent intemporel qui est éternité, comment pouvons-nous dire que nous vivons ? Nous sommes seulement des instruments, des instruments humains pour projeter et perpétuer le passé. C’est une vie d’occasion. Ce n’est pas une vie personnelle de première main. Et évidemment, une telle vie de seconde main, une telle projection, une telle répétition, cause une usure énorme dans le système nerveux, dans le cerveau. La personne est toujours fatiguée. Au lieu d’être régénérée par la rétroaction renvoyée par le présent, nous sommes fatigués. Le mouvement des relations, qui est le contenu de la vie, nous fatigue. C’est le côté pathétique de notre vie. S’il vous plaît, voyez avec moi, le contenu brut et douloureux de notre vie quotidienne. Cette attitude défensive produit des soupçons. Nous sommes méfiants les uns envers les autres. Nous avons des doutes même avec le meilleur de nos amis. Nous avons peur de la trahison. Nous avons peur des personnes qui nous quittent. Nous avons non seulement peur de perdre de l’argent et du pouvoir, mais encore plus que nos relations deviennent amères à cause des soupçons, des doutes et des craintes que nous avons au sujet des autres.

Si vous allez chez une personne, soi-disant sainte ou religieuse, et dites, « Comment faire pour commander ma colère ? » Elle vous dit, « Chantez cette incantation (ce mantra), dix fois, puis la colère sera contrôlée. » Sommes-nous intéressés par cela ? Je suis une personne très lascive et je demande : « Comment puis-je cultiver le célibat ? » Alors certaines techniques sont données pour contrôler l’énergie sexuelle, et nous sommes satisfaits de ces techniques et de cet état de célibat artificiel. Nous ne nous développons pas de façon holistique, mais nous satisfaisons de résultats et de changements partiels. Cette satisfaction avec des changements provisoires, cette satisfaction éprouvée lors de l’évolution des codes de conduite et de comportement, éprouvée lors de ces changements obtenus avec des techniques et des méthodes, cette satisfaction vous empêche d’éprouver le besoin d’une liberté totale et sans conditions. La liberté totale et sans conditions, l’amour et la compassion sans conditions, la vitalité sans conditions et la passion de vivre, nous échappent parce qu’elles exigent une transmutation, une transformation drastique, radicale, holistique de notre comportement sensoriel, de notre expression verbale, des façons de penser et des réponses données aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Comment nos propres conditionnements sont-ils créés ?

Regardons maintenant la manière dont nous vivons quotidiennement. D’un côté, nous acceptons d’être pris en otages par le passé, et de l’autre, nous continuons à créer des conditionnements. Nous continuons à nous conditionner. Nous continuons à nous limiter, nous conditionner, nous polluer, créant ainsi une nouvelle projection (Prarabdham), un nouveau destin pour nous-mêmes.

Comment faisons-nous cela ? Voyez cette drôle et très étrange manière dont nous le faisons. Nous nous rencontrons et quelque chose nous fait mal. On peut être blessé par des mots désagréables ou perçus comme insultants. Donc, il est très naturel de se sentir mal suite à un tel comportement. Mais, le mot a été dit, la phrase a été dite, et cette expression a eu lieu en une fraction de seconde. Elle est terminée. Mon observation du mal ressenti est également enregistrée en un instant, je ne la laisse pas s’en aller. Je convertis ce qui est arrivé, l’événement, en expérience, je l’évalue et forme un jugement de valeur au sujet de l’autre personne, tout ceci est converti en mémoire. Ainsi, le résidu de cette interaction douloureuse reste.

Quelqu’un est flatteur, fait des éloges. Il est très naturel et sain de se sentir heureux à son égard, comme vous aviez ressenti la douleur à propos de l’autre. Nous ne sommes pas des rochers et des pierres pour ne pas sentir ces sensations de plaisir ou de douleur. Mais après avoir vécu le plaisir complètement, je convertis l’expérience en mémoire, encore un résidu. Ainsi, la prochaine fois que nous nous retrouvons, j’ai un préjugé, un genre de retrait psychologique envers la première personne, et pour la seconde, je joue la franchise et la réceptivité. Je chercherais même la compagnie de cette personne qui m’a félicité ou flatté.

Donc, à partir de ce résidu, la substance de la mémoire, attirance et aversions se développent. J’aime telle personne, je déteste telle personne. Ce n’est pas un fait. Le plaisir et la douleur eux sont les réalités de la vie ressentie. Ils sont inévitables, et il n’est pas même souhaitable de les éviter. Ils sont la richesse de la vie. Mais nous créons des goûts et des dégoûts. Ceci ne se produit pas qu’avec une personne, mais avec toutes les personnes que vous êtes amenés à rencontrer. La civilisation, soi-disant moderne, industrialisée, orientée vers la technologie, oblige les personnes à vivre sur beaucoup de plans différents simultanément. Le père de famille, la personne religieuse, la personne économique, la personne politique, sont obligés d’avoir des contacts, des contacts d’affaires professionnelles, des contacts religieux et ainsi de suite. Ainsi, à la fin de la journée, la psyché est très lourde. Elle est chargée de tous ces résidus, des conditionnements. Ils sont quotidiennement convertis en goûts, aversions, puis en préférences et préjugés, puis en attachements et haines.

Voyez, comment l’acte de la vie commence à nous conditionner, parce que nous ne savons pas vivre. Ainsi, pris comme victime par le passé, nous créons un réseau de conditionnements dans lequel nous nous empêtrons chaque jour que nous vivons. Que l’on ait 50 ou 60 ans, il y a ce lourd réseau des préférences, des préjugés, des attachements et des haines. Est-ce cela vivre ? Nous sommes facilement satisfaits de tout ceci. Nous sommes satisfaits par les techniques et les méthodes de manipulation, utilisant et exploitant les gens de sorte qu’ils ne s’en aperçoivent même pas. Nous ne nous occupons pas de ce que nous sommes et de ce que nous faisons pendant toute la journée : les calculs, les négociations, les manipulations, manœuvrant nous-mêmes et les autres. C’est seulement si nous ne sommes pas satisfaits de cette vie, qu’alors la question de la méditation ou de la mutation devient pertinente. Autrement, ce n’est qu’un exercice intellectuel pour un petit nombre de privilégiés, ou un divertissement émotionnel pour ceux qui sont d’une nature sophistiquée.

Un mode de vie alternatif

Maintenant supposons que nous ne soyons pas satisfaits, alors la méditation est un mode de vie alternatif. La spiritualité est une culture humaine alternative basée sur l’harmonie, basée sur l’ordre. Ainsi, à supposer que nous soyons vraiment, véritablement intéressés par un mode de vie alternatif, comment nous éduquons-nous pour ce mode de vie alternatif ? Pas en acceptant les enseignements de Ramakrishna, Ramana Maharshi, Krishnamurti ou de tous les x, y ou z comme des idéologies, pas non plus en essayant de se conformer à certaines traditions, qu’elles soient vieilles, nouvelles ou ultra modernes, pas non plus en adoptant de nouveaux modes de comportement, mais en essayant de découvrir par nous-mêmes s’il y a un mode de vie alternatif. Que se produira-t-il si nous ne sommes pas désinvoltes et négligents face à chaque mouvement de notre vie ? Supposons que nous soyons vigilants et attentifs, lorsque nous nous brossons les dents ou prenons un bain, lorsque nous prenons un repas, parlons à un ami, lorsque nous nous occupons d’une vache ou d’un cheval, lorsque nous dactylographions une lettre pour répondre à un client. Qu’arrivera à la qualité de la conscience s’il y a vigilance et attention ? Quand nous agissons à partir de l’habitude, nous ne sommes pas attentifs. C’est une activité mécanique automatique. Nous parlons à notre mari, à notre épouse, à nos enfants à partir de l’habitude, à partir de la tradition. Il est très difficile d’en arriver à des relations de première main en particulier avec le mari, l’épouse et les enfants, c’est très rare d’en arriver là. Ils sont tous les objets de la conservation et de la projection du passé, ils ne sont pas liés au présent dynamique.

Ainsi, que se produira-t-il si je suis vigilant et attentif ? Je n’ai besoin d’aucune habitude, Je n’ai besoin d’aucune répétition. Je suis vigilant et attentif. Donc, je porte toute mon attention, toute ma sensibilité dans tout ce que je fais. C’est une science expérimentale. Il n’est aucunement question d’être en accord ou en désaccord avec ce qui est dit. Si on est vigilant et attentif dès le moment où l’on s’éveille jusqu’au moment où l’on va dormir, qu’est-ce que cette attention et cette vigilance feront à la qualité de ma conscience ? Évidemment, les modèles de mémoires et d’habitudes, le passé, ne seront pas nécessaires. Il n’est aucunement nécessaire de se rapporter au passé. La vigilance, l’attention vous mettent en communion avec le présent. Vous regardez la personne, vous écoutez la personne. Vous n’écoutez pas vos propres réactions, émotions, attitudes et approches. Maintenant comment est-ce que je réponds à ce qui est dit ? Les relations ne sont plus alors un champ de bataille. Rencontrer l’autre ou vivre avec l’autre n’est plus un combat. Ainsi, quand il y a vigilance et attention, alors il n’y a plus d’attitude désinvolte, de mesquinerie, de dureté, parce que vous respectez la vie. Vous respectez chaque expression de la vie.

Nous avons eu un ami très précieux en Europe, Albert Schweitzer, il est allé en Afrique. Certains de nos amis sont également allés là et ont travaillé avec lui. Un jour nous lui avions demandé : « Albert, quelle est votre religion ? » C’était une personne fantastique, intéressante, bouillonnante d’humilité et amicale. Alors il a dit : « Le respect de la Vie est ma religion. » Si vous avez du respect pour la Vie, si vous êtes reconnaissant à la Vie d’être vivant, de rencontrer des personnes, d’interagir les uns avec les autres, de relever des défis, si cette reconnaissance est là, vous ne serez jamais désinvoltes, vous ne ferez rien minablement, négligemment ou durement, que vous attachiez les lacets de vos chaussures ou que vous vous peigniez les cheveux. Cette reconnaissance, cette humilité, cette vénération, révolutionnent vos attitudes et votre façon de voir en même temps que votre comportement.

Si on est vigilant, sensible et attentif, quoi qu’on fasse, alors la référence au passé devient inutile. Dans cette vigilance, dans cette sensibilité, dans cette attention, l’intelligence commence à fonctionner parce que vous n’êtes pas alourdis par le passé, les motivations, les calculs, les normes, les jugements de valeur. Vous n’êtes alourdis par rien. Il y a de l’espace, ce libre espace intérieur dans la conscience et l’intelligence, l’intelligence organique est activée ; elle avait été balayée intentionnellement ou simplement occultée par le poids des habitudes, le passé, la structure de la pensée. Maintenant, vous regardez les personnes d’une manière tout à fait fraîche. Vous n’êtes pas écrasés sous le poids des mouvements de la pensée. La vigilance, l’attention vous ragaillardit. C’est seulement dans cette fraîcheur qu’il y a une communion avec le présent. Vos perceptions ne sont plus polluées, déformées, tordues. Vous pouvez voir le fait comme il est, vous pouvez écouter votre ami, votre épouse, votre mari, écouter leurs mots, sans y mélanger vos positionnements, votre point de vue et vos jugements de valeur. Vous savez, nous créons habituellement beaucoup de désordre à partir de toutes ces petites choses de la vie.

Un sens de la réalisation ne laisse aucun résidu

Quand l’attention et la vigilance sont là, la communion avec ce qui est, la communion instantanée avec la réalité de la vie, vous donne un sentiment de réalisation. Nous parlons d’un mode de vie alternatif. Le mouvement même de l’action, exprimant votre attention, exprimant votre sensibilité et votre reconnaissance envers la vie, vous donne un sentiment de réalisation, même si l’interaction avec des défis de la vie, avec les personnes, cause la douleur ou le plaisir, si elle cause l’honneur ou l’humiliation, si elle apporte le succès ou l’échec en termes de valeurs sociales. Il y a un sentiment de réalisation dans le plus vivant de nous-mêmes. L’acte de vivre, l’acte de répondre, l’acte de relever les défis, tout cela donne un énorme sentiment de réalisation. Vous savez, c’est une bénédiction d’être vivant. C’est une bénédiction d’avoir l’occasion de vivre, de voir, d’entendre, d’interagir les uns sur les autres. Quand il y a ce sentiment de réalisation au cœur la vie, indépendamment des conséquences de l’action ou de l’interaction, en termes de succès ou échec, richesse ou pauvreté, alors cette réalisation représente un événement vraiment fantastique. Ce sentiment de réalisation n’a aucun résidu à porter à l’actif de notre mémoire. Vous avez vécu et vous êtes mort. Le sentiment de réalisation est la mort.

Ainsi, vous avez vécu et vous êtes mort à la douleur, au plaisir. Là, il ne reste aucune mémoire à projeter vers le moment suivant, le prochain mouvement. Ainsi, l’événement ayant eu lieu à un moment « T » de votre temps psychique, il ne projette pas son ombre sur le moment suivant. Ce qui se produit pour nous habituellement, c’est que quelqu’un nous dit quelque chose le matin et la journée entière est gâchée. Nous traînons avec nous la mémoire, nous la portons de la maison au bureau, du bureau à la maison, dans le train, dans l’autobus, dans la voiture. Quelque chose qui nous ennuie, nous irrite, nous dérange, a lieu. Les êtres humains ne sont pas fabriqués sur notre commande. Ils sont ce qu’ils sont. Il y a une variété innombrable de tempéraments, d’innombrables particularités, physiques et psychologiques. Donc, quelque chose se produit et nous le portons à la mémoire, nous en prenons soin, nous le stockons dans la mémoire. Dans un mode de vie alternatif, l’occasion même de vivre et d’interagir l’un sur l’autre, l’occasion de manifester votre attention, votre intelligence organique, votre sensibilité, tout cela donne un sentiment de réalisation. Puis c’est fini.

Ainsi, c’est après l’avoir vécu que je partage cela avec vous. Ce n’est pas une théorie. C’est un mode de vie très pragmatique et pratique qui vous garde de l’encrassement. La saleté de la mémoire, l’encombrement d’un grand nombre de souvenirs rend la conscience plutôt laide.

Mais cette manière alternative de vivre la maintient propre. Cette propreté intérieure s’appelle l’innocence. Il n’y a rien à défendre, rien à projeter. Donc il y a l’extase de l’innocence contenue dans la propreté intérieure, quand les actes de votre vie ne laissent pas de cicatrices dans la mémoire. La conscience n’a aucune cicatrice en mémoire. Elle est propre et fraîche.

Il n’est pas nécessaire que j’explique qu’au niveau fonctionnel, quand vous devez agir en tant que membre de la société, que ce soit en qualité d’agriculteur, de mécanicien, d’industriel ou d’homme d’affaires, il est absolument indispensable d’avoir une mémoire fonctionnelle, cette acuité du cerveau qui est la capacité d’employer les connaissances et l’expérience passée. Nous devons distinguer le fonctionnel du psychique. C’est la partie psychologique de la mémoire qui nous épuise. C’est la partie psychologique de la vie qui cause souffrances et douleur, et ceux parmi vous qui ont étudié les Yoga Sutras de Patanjali ont pu comprendre ce fait. Au moins avez-vous pu voir le sutra : « Klesha Nivritti Kaivalyam ». Il n’y a aucune autre définition de Klesha Mukti, l’émancipation, la transformation des Klesha. Klesha Mukti c’est Klesha Nivritti. La libération de la douleur psychique, de la souffrance. La douleur physique, la souffrance physique, la maladie physique, ce sont des parties inévitables de la vie, mais la douleur et la souffrance physiques n’ont pas besoin de causer la douleur et la souffrance psychiques.

Douleur psychique et douleur physique

J’ai partagé avec beaucoup de groupes un événement très significatif et percutant de la vie de J. Krishnamurti. C’était 1982 à Ojai, en Californie. Krishnamurti avait sa session de dialogue le matin. Peut être avait-il parlé de la fin de la souffrance et de la douleur. Dès que son allocution fut terminée, une personne dans l’assemblée s’est levée. Elle a dit, « Krishnaji, vous parlez très bien de la fin de la souffrance, de ceci et de cela. Je suis en train de mourir du cancer. Comment mettre fin à ma douleur ? » Et Krishnamurti l’a regardé et lui a dit : « Monsieur, vous ne mourez pas, vous êtes debout. Asseyez-vous s’il vous plaît » Cette réponse peut sembler très dure à certains. Mais ce n’était pas une réponse dure. Il dit : « Actuellement vous êtes debout, vous vous asseyez. Et le cancer est dans le corps. Il doit être traité. Il n’y a pas besoin d’auto apitoiement. Il n’est pas nécessaire d’éveiller la pitié des autres. Si c’est une maladie irréversible alors la fin est proche. Rencontrez-la, rencontrez-la comme un homme. »

C’était sa manière de secouer les gens, les tenants par les épaules, les réveillant de leur somnolence, de leur passivité, les réveillant à la réalité de la vie. Et cette même personne, J. Krishnamurti, souffrant d’un cancer du foie et du pancréas, était dans un hôpital à Los Angeles, quelques jours avant sa séparation finale de la planète. Et il avait une douleur indescriptible dans le corps. Donc le docteur lui a dit : « Krishnaji, svp permettez- nous de vous donner un calmant. Prenez le svp. » Et Krishnaji a regardé le docteur et dit : « Monsieur, la douleur ne fait-elle pas partie de la vie ? Vivons avec elle. Voyez-vous ce qu’est la vie ? La douleur n’est-elle pas partie intégrante de la vie, Monsieur ? Traversons-la. »

La Vie exige de l’audace autant que de la vénération pour la Vie. L’audace est exigée pour relever le défi, pour ne pas l’esquiver.

Conscience du tout de la vie

Il y a donc une alternative. Il y a cette possibilité de réalisation. Il n’est pas nécessaire de convertir les expériences en résidus de mémoire. On peut être intérieurement libre, complètement. Ainsi, avec la grâce de l’innocence, on peut aller vers les prochaines relations et répondre à la douleur et au plaisir, ces bizarreries de la vie, sans faire d’effort. La bravoure exige un effort, mais l’innocence est sans effort. La vigilance, l’attention, la sensibilité vous transportent également dans une telle facilité. Vous êtes ce que vous êtes, rien à feindre, rien à chercher, rien à négocier. Donc c’est facile.

Mes amis, les relations peuvent devenir un mouvement de relaxation. S’il y a quelque méditation, c’est cela. On ne peut pas arrêter le passé, on ne peut pas arrêter de force le mouvement mental, mais on peut vivre de telle manière que le mouvement du passé devienne inutile. Vous n’avez pas à lutter contre lui. Comment pourriez-vous lutter contre le contenu de votre propre corps ? Vous n’avez pas à étrangler « l’ego », le « je », l’étouffer avec votre philosophie ou vos disciplines. Ainsi, la méditation est une manière très habile de gérer le passé, de rencontrer le présent, et donc la vivante vie. C’est ce qui est signifié par les mots : « Yogah Karmasu Kaushalam » (le yoga est l’habileté dans les œuvres).

Pour parler de l’art et de la science de mourir tandis que nous sommes vivants, cela signifie mourir au passé, mourir aux conditionnements. Il n’y a aucun massacre et il n’y a pas de perdant. Il est très important de voir les choses comme elles sont, de voir les faits en tant que tels. Et soyez avec eux, non pas de manière traditionnelle, conformiste, répétitive et mécaniste, mais d’une façon alternative et dynamique.

L’espèce humaine exige une dynamique alternative des relations humaines, une nouvelle base pour les relations humaines, non pas la mémoire comme base des relations. Elle exige une nouvelle dimension de conscience, une dimension de spontanéité et d’innocence. La physique, de la fin du 20ème siècle, nous dit qu’à moins qu’il n’y ait une conscience de l’intégralité de la Vie, de l’intégralité organique de la Vie, l’analyse de la particule de matière la plus infime ne nous révélera pas la nature de la Vie. C’est ce que David Bohm a exprimé et expliqué dans ses entretiens et ses dialogues. Sheldrake, Capra et beaucoup d’autres l’ont fait également.

Ainsi, à moins qu’il n’y ait une conscience de l’intégralité de la vie humaine, la conscience du seul particulier dans les relations, dans le mouvement des relations et toute tentative de changer simplement le particulier, n’aidera pas. La conscience de tout le panorama de la vie humaine, le panorama des conditionnements humains et de ce qu’ils nous font, si cette conscience n’est pas là, modeler, réformer ou changer seulement des détails, ne vous mènera nulle part.

QUESTION ET RÉPONSE

Question : On a observé que si une personne est vigilante, attentive et sensible dans le présent, vivant dans le présent, alors cette personne ne sera pas victime du passé et rien dans la relation ou les effets des relations ne laissera de résidu.

Il y a deux questions : Une au sujet du passé et une au sujet de l’avenir. Même si une personne est attentive, vigilante, sensible, elle a toujours des résidus de ses expériences antérieures. Dans la relation elle rencontre une personne, et la mémoire précédente est à l’origine d’une réaction. Maintenant il y a trois ou quatre manières dont ces réactions seront manifestées ou non. La plupart d’entre nous sommes inattentifs, non alertes. Ainsi, la réaction se manifeste certainement et laisse encore un résidu. Maintenant, supposez qu’une personne soit vigilante et attentive, elle sait que cette réaction a surgi ou est en train de surgir. En voyant cet homme, ou en étant encore en relation avec cette personne, la réaction, le résidu, est si fort, que malgré sa conscience que ceci ne devrait pas se produire, la réaction se manifeste et alors il y a regret, culpabilité. Ces nouveaux résidus s’accumulent encore.

Maintenant une autre personne qui a expérimenté davantage, comme vous l’avez si bien dit, vivant cette vie dans le présent, elle est consciente du fait que cette réaction a surgi mais elle n’admet pas que la réaction se manifeste, ce qui signifie que cette réaction est là mais qu’elle est supprimée. Cette suppression demeurera également comme un résidu. Maintenant nous comprenons que dans le cas d’une personne qui est vraiment très attentive, vigilante et sensible, même lorsque la mémoire passée stimule sa réaction, elle soit si attentive qu’il n’y a aucune suppression, mais qu’elle observe la réaction surgissant dans sa psyché et puis, en raison de son attention, de sa vigilance, la réaction retombe d’elle-même sans aucune suppression. Est-ce que ceci se produit ? Est-ce la façon dont le passé ne nous prend pas pour victime si nous sommes assez vigilants et attentifs ? C’est la première question.

La deuxième question se rapporte également à une telle personne qui est vigilante et attentive. Un événement a lieu dans ses relations. De cet événement ressort un sentiment de douleur ou de plaisir. Maintenant la question est : Le cerveau enregistre-t-il l’événement, parce qu’alors il restera dans la mémoire ? Le cerveau enregistre-t-il également les conséquences psychologiques de cet événement ? Si cet enregistrement, même des conséquences psychologiques, a lieu, alors les événements et les effets sont tous deux là dans la mémoire. Mais la piqûre ne sera-t-elle pas présente, de sorte que la mémoire ne stimule aucune réaction à l’avenir ? Que se produit-il ?

Vimalaji : On se développe dans l’état de vigilance et d’attention. Commençons par là. Quand vous aimez quelque chose, disons que vous aimiez la musique ou jouer au cricket ou au tennis, alors la vigilance est là sans effort. La réceptivité sensible est là sans avoir besoin de faire un effort conscient. Si vous aimez nager, alors pendant cette période d’interaction avec de l’eau de la rivière ou de l’océan, il y a de l’attention et de la vigilance sans aucun effort de volonté, sans aucun effort conscient. Ainsi il semble, n’est-ce pas, que s’il y a amour de la vie, amour pour le mouvement de la vie, alors la vigilance et l’attention pourraient être là sans faire aucun effort conscient. Deuxièmement, l’attention, la sensibilité, la vigilance, exigent que dans nos relations au corps et à la manière dont nous répondons aux besoins du corps nous soyons scientifiques. Si nous suralimentons ou sous-alimentons le corps, si nous permettons au corps de dormir trop longtemps ou pas assez, si nous ne fournissons pas au corps l’exercice qui lui est nécessaire à tous les niveaux : musculaire, glandulaire ou neurologique et bien d’autres, si nous n’oxygénons pas le sang par le Pranayama ou quelques exercices de respiration, alors le corps et ses organes, les systèmes autonomes à l’intérieur du corps deviennent lents. Ils deviennent lents non seulement dans la vieillesse, ils peuvent devenir très lents même dans la prime jeunesse. Si nous ne vivons pas scientifiquement, si nous vivons seulement en suivant les traditions avec crédulité ou si nous vivons négligemment, si nous nous livrons avec excès aux plaisirs sensuels ou plaisir sexuel, alors les systèmes autonomes à l’intérieur du corps commencent à se rigidifier. La rigidité, la rigidité physique et biologique ne permet pas à la vigilance ou à l’attention d’être mobilisée.

Nous pouvons avoir le désir d’être attentifs et pendant un instant ou deux, il peut y avoir un état d’attention, mais la vigilance et l’attention comme dimension naturelle de conscience exige un corps élastique et flexible. Il exige des relations harmonieuses entre les divers systèmes du corps. Notre demeure est un organisme très complexe. C’est le deuxième facteur. Et troisièmement, c’est quand nous ne vivons plus selon les modèles d’habitude, les modèles de la tradition, quand nous ne sommes plus dépendants d’eux ou attachés à eux, alors seulement cette vigilance ou cette attention est possible.

Maintenant nous supposons que la vigilance, l’attention, la sensibilité soient présents, mais il y a l’élan énorme des milliers d’années contenues dans le corps qui nous accable et nous oblige à dire quelque chose ou à réagir. Nous savons que c’est le passé, mais l’élan nous accable. C’est l’expérience de tous les investigateurs et explorateurs. Après ce moment de réaction, il peut y avoir un regret, peut être un repentir, mais ce qui est fait ne peut pas être défait. Ainsi, si c’est l’état dans lequel on se trouve, que peut-on faire ? Sans parler des trois facteurs précédents qui doivent être pris en compte, peut-être on pourrait passer autant d’heures que possible avec soi, autant qu’il est possible selon la situation dans laquelle on vit. On passe ce temps avec soi sans aucun projet : ni savoir, ni éprouver, ni obtenir, ni acquérir quoi que ce soit. Détendez-vous dans un état non-actif volontaire pour sensibiliser l’organisme. Une énergie autre que l’énergie de la pensée, une énergie autre que l’énergie de l’effort est nécessaire, parce que nous avons lu des livres, nous avons écouté des entretiens, nous avons contemplé, nous avons réfléchi mais le passé nous accable.

Pour réduire ou même supprimer le délai entre la conscience de l’élan et l’action, nous devons compter sur la coopération d’une autre énergie et cette énergie peut être contenue dans ce que nous appelons silence. Quand vous vous asseyez et vous détendez, permettez-vous d’être dans un état de non-connaissance, de non-faire, de non-expérimentation, alors toutes les tensions, les divisions, les conflits, les contradictions retombent d’elles-mêmes. Le silence est l’état de plénitude. Dans cet état vous n’êtes vêtu d’aucun rôle, les rôles sociaux que vous devez assumer, le rôle de mari, d’épouse, de père, d’ingénieur, d’avocat, de médecin, d’homme d’affaires. Nous devons endosser tant de rôles afin de vivre dans la société. En ces moments d’intimité, de solitude, ils tombent. Seule votre êtreté reste. Seulement votre humanité demeure. Ainsi, passer progressivement plus de temps dans cette solitude, dans cette totale non-action ou relaxation, peut sensibiliser le système tout entier.

Ainsi, avant que le passé, le contenu de la pensée, les mécanismes de défense ou le modèle de réaction éclate hors de vous à travers les mots ou les actes, c’est contenu. On note que cela surgit et que l’observation a un dynamisme pour le contenir. Supposons que cela ne soit pas contenu alors qu’arrive-t-il ? Si je suis dans cette position et que des réactions s’échappent par mes lèvres ou s’expriment par des mots ou des actes, je m’en rends compte, je vais vers la personne et lui dis : « Je suis désolée, je ne vous ai pas répondu. J’ai réagi à votre attitude. » D’une manière très modeste, d’une manière très humble, je vais faire des excuses. Il est très difficile pour les êtres humains modernes d’avoir l’humilité de faire des excuses. Mais si vous allez vers la personne et dites, « Je suis désolé pour ce qui s’est produit. Vous avez peut-être commis une erreur, mais j’en ai rajouté. » Si vous dites cela, alors il n’y a aucune trace de culpabilité. Ce peut être votre employé. Ce peut être votre enfant. Ce peut être votre voisin. Ce peut être n’importe qui dans le monde. Soit vous êtes dur et négligent à l’égard de vos façons de faire et vous vous en fichez. Soit vous notez ce qui a eu lieu, vous le reconnaissez, le regardez soigneusement, doucement et le remplacez. C’est la manière de présenter ses excuses dans la situation.

Donc, si nous sommes submergés, apprenons à demander pardon, pas comme une formalité, pas de paroles en l’air, pas comme une obligation, mais véritablement de la totalité de notre être. C’est de cette manière que l’on peut s’éduquer. Ainsi, le passé est amoindri. Il ne peut pas être jeté. Il ne peut pas être détruit. Il est là, mais il est inopérant, révolu, et après avoir demandé pardon, aucune conscience de culpabilité n’est laissée. Donc il n’est nul besoin de laisser quelque résidu. Aucun sédiment n’est laissé.

Quand quelqu’un est submergé et que les réactions se manifestent et qu’on note qu’il y a une pointe de douleur, de remords, de repentir, cette pointe de remords ou de repentir deviendra-t- elle un résidu ? C’est une question très profonde. Que se produit-il dans ce moment de repentir ou de remords ? L’amour-propre n’est-il pas blessé à ses propres yeux ? Comment puis-je faire ceci ? J’ai écouté beaucoup d’entretiens, j’ai observé, je suis resté en silence, en méditation. Comment ceci a-t-il pu m’arriver à moi ? Comment ai-je pu faire cela ? Comment cela m’est-il arrivé ? Vous savez, on focalise sur le moi et pas sur l’événement. Ainsi, nous devons analyser la nature de la piqûre. Est-ce que ce sont des remords pour ce qui s’est produit, pour le déséquilibre ? Pour le vrillage, la distorsion dans ce qui a eu lieu ? Est-ce que ce sont des remords pour la demi-vérité, le demi-mensonge, qui a eu lieu ? Sont-ce des remords ou une blessure de mon amour propre ? L’amour-propre, l’ego est hypersensible. Il a sa propre image, et il croit qu’il n’est pas capable de faire de telles choses non équilibrées. Ainsi quand il note qu’une telle chose s’est produite alors il souffre. Ce mal de l’amour-propre n’est pas la piqûre des remords. S’il vous plaît voyez bien cela avec moi. Nous devons être impitoyablement honnêtes avec nous-mêmes. Comme la loi, la vérité ne respecte aucune personne. N’est-ce pas la fierté et la vanité de l’amour-propre qui sont ainsi blessées à ses propres yeux ? N’est-ce pas de l’apitoiement ? Voyez, cela s’est encore produit, j’ai essayé tant et tant de fois et j’ai encore échoué. L’apitoiement est une autre manifestation de l’amour propre ou de la vanité. Si on se sent vraiment désolé pour ce qui s’est produit, la tristesse n’est pas centrée autour du « je ». Mais la tristesse est concentrée objectivement sur ce qui s’est produit, sur le déséquilibre, l’impureté, l’immodestie, la déformation, le vrillage.

Supposons que vous chantiez de la musique classique indienne et que vous chantiez un certain Raga, et pendant que vous chantez cela, sans le faire exprès, vous manquez une note ou vous employez une note qui ne doit pas être employée dans ce Raga ou Ragini. Au lieu de Komal Rishabh dans le Bhairav Raga, ou de Komal Nishad dans Bhairavi, supposez-vous employez Shuddha Rishabh ou Shuddha Nishad, que faites-vous ? Abandonnez-vous le chant ou le corrigez-vous ? De la même manière, quand on est submergé, piégé par le passé et que les réactions s’expriment, on doit alors regarder cet événement objectivement et pas subjectivement. Alors ces remords ou ce repentir ont encore la capacité de vous activer et de vous sensibiliser. La tristesse ou la peine ont un dynamisme énorme en eux, pas la souffrance et la douleur égocentriques, mais la peine et la tristesse oui.

Ainsi, quand il y a la piqûre des remords et que l’on vit cela, cela imprègne tout l’être et donne une limite à votre personnalité, et c’est fini. Cela ne devient pas mémoire. Cela ne laisse pas de cicatrice. Si c’est un apitoiement sur soi, si l’on est blessé, par fierté ou par vanité, alors cela deviendra sûrement une partie de notre mémoire, une mémoire supplémentaire.

Supposez qu’il y ait de la vigilance, de la sensibilité, de l’attention, alors qu’arrive-t-il dans cet état ? Les événements sont-ils enregistrés par le cerveau ? Oui, bien sûr parce que le mouvement du cerveau est un mouvement involontaire. Nous nous asseyons dans cette pièce et voyons les murs, le toit, les lumières, les fenêtres, tout cela a lieu sans volonté. L’audition des bruits qui viennent de l’extérieur est enregistrée comme la lumière dans la pièce est enregistrée. Ainsi, ces mouvements sensoriels, les mouvements involontaires continuent. Naturellement, le cerveau mémorise les événements sans les enregistrer émotionnellement.

Maintenant, quelle est la différence entre la mémorisation et l’enregistrement ? Ils sont mémorisés comme ils se sont produits. Je parle de la physique de la conscience. Je parle de la spiritualité comme science de la vie et du vivant. Et chaque science a sa propre austérité. Ainsi l’impression de l’évènement est mémorisée par le cerveau dans cette mémoire qui après 5 ans, 10 ans, 15 ans, si quelque chose le rend nécessaire, vous permet de vous rappeler l’évènement, c’est la mémoire fonctionnelle. Il n’y a aucune piqûre émotionnelle, aucun caractère émotif bruyant ou silencieux. C’est seulement un enregistrement du fait. Mais quand c’est enregistré avec émotion, nous nous impliquons dans ce fait, n’est-ce pas, c’est arrivé à « moi », cela m’a donné du plaisir ou m’a causé une certaine douleur. Quelque chose est arrivé à « moi ». Quelque chose a été fait à « moi ». Quand c’est enregistré de cette façon, alors le souvenir est accompagné d’attirance ou de répulsion. Je l’ai aimé, je ne l’ai pas aimé. Un jugement de valeur est formé instantanément. Les échelles de valeur et les jugements de valeur se sont introduits en nous. Ils sont là. Ainsi quand un évènement est enregistré, en plus du fait qu’il soit enregistré physiquement, quand il est enregistré avec émotion, alors il s’accompagne des goûts et des aversions, des préférences et des préjugés ou même des jugements de valeur. Cela devient un genre de résidu, une mémoire psychologique.

L’enregistrement n’a pas besoin d’être une mémoire psychologique. C’est la nature de notre organisme, un organisme plus sensible qu’un appareil électromagnétique. Ainsi tout est enregistré. Si un enfant est dans l’utérus de sa mère, les événements qui surviennent dans la vie de la mère sont enregistrés dans la conscience de l’enfant. La qualité de la conscience de l’enfant est déterminée jusqu’à un degré très important pendant ces neuf mois de grossesse. Ainsi l’enregistrement ne peut pas être évité, n’a pas besoin d’être évité. Ce n’est pas un mouvement volontaire. Ce n’est pas ce que vous cherchez. C’est quelque chose que vous ne pouvez pas éviter. Quand on l’enregistre ainsi simplement et pas avec émotion, cela n’entame pas le vide du silence en dedans. Cela n’affecte pas la qualité de la conscience.

Donc on doit commencer si on veut faire le voyage en soi, si on est intéressé par la méditation, qui est un retour à la maison, qui est un voyage de l’ego conceptuel vers l’essence factuelle de notre être. Si on est intéressé par cela, alors on peut commencer par le tout début, devenir conscient du corps. Nous savons beaucoup de choses sur le corps. Nous pouvons connaître la physiologie, les règles d’hygiène, l’anatomie, mais la connaissance, ce n’est pas seulement être au courant des savoirs, des informations organisées sur le corps. Pour être réellement au courant du corps, vous devez l’observer, vous devez être en contact avec lui, en communion avec lui. Comment le corps se comporte-t-il ? Que se produit-il quand on se réveille ? Le sommeil qu’a-t-il fait au métabolisme tout entier ? L’appétit que fait-il, non seulement au corps mais au cerveau ? Que se produit-il quand il y a la soif ? Qu’arrive à votre être tout entier quand la pulsion sexuelle devient puissante et veut vous emprisonner et vous tenir ? Que se produit-il ? On doit être au courant du corps, voir le genre de nourriture qui est conforme à ses besoins, ne pas lui imposer un régime qui ne lui convient pas. On doit observer comment les mots dits, entendus ou lus affectent la qualité de l’esprit. Qu’arrive-t-il quand vous lisez une fiction à suspens ? Qu’arrive-t-il quand vous lisez des romans ? Qu’arrive-t-il quand vous lisez des essais sérieux dans un traité philosophique ? Qu’arrive à la qualité de l’être quand les mots entrent dans le cerveau et que leur signification atteigne le système chimique du corps ? Que se produit-il ? L’interaction entre les mots, la signification et mon système physique, l’avons-nous jamais observé ? Nous ne sommes pas du tout au courant du corps. Nous devons nous mettre au courant de ce qui a lieu dans l’organisme. C’est la première étape. Pour cette auto-éducation, on doit découvrir la façon qui nous conviendra le mieux. Il y a beaucoup de manières dont cette éducation peut avoir lieu. Combien de prises de nourriture, solides et liquides, sont-elles nécessaires ? Quel sorte de régime est nécessaire pour le corps, et est aimé par lui ? La Vie ne consiste pas seulement en grandes théories et dogmes. Elle est faite de détails minutieux qui sont gérés avec la précision et l’exactitude d’un musicien, d’un artiste, d’un peintre, d’un sculpteur, qui finalement enrichissent l’acte de vivre.

Maintenant je me tournerai vers le niveau verbal. Comment est-ce que je parle ? Combien est-ce que je m’expose à la vibration de la parole d’autres personnes ? Qu’est-ce que parler me fait, quand je vibre toute la journée de bavardage, de félicitations de moi-même, de critiques des autres ? Qu’avons-nous l’habitude de faire ? Nous sommes dépendants de la verbalisation. Nous devons réaliser ce qu’est ce processus de verbalisation. Le corps est plein de sons comme ceux du cosmos. Tout est vibration, un grand choix de sons, et quand une pensée se réveille en vous, le son devient un mot, voyage avec votre souffle et sort par la bouche. Mais avant que le bruit soit converti en mot et avant que le mot soit articulé, c’est tout un voyage. Quelque chose a eu lieu en vous, une certaine énergie a agi en vous. Avez-vous éprouvé comment, si vous parlez pendant une demi-heure, une heure, une chaleur supplémentaire, une chaleur sèche, a été produite par le corps ? C’est une chaleur différente de celle produite par un travail physique comme marcher, courir, travailler avec ses mains dans les champs et ainsi de suite. C’est une sorte différente de chaleur. Quand vous parlez trop ou que vous êtes émotionnellement dérangé, contrarié, irrité, et que vous parlez, alors il y a une sorte de chaleur qui est produite. Si vous continuez à vous inquiéter, à ruminer le passé, à être angoissé de l’avenir, alors il y a également une chaleur artificielle dans le corps qui cause des symptômes, des maladies psychosomatiques qui peuvent ne pas devenir organiques mais peuvent être des désordres fonctionnels. Ainsi, être au courant du rapport du corps avec la verbalisation, être précis dans ce que vous dites, penser ce que vous dites et dire ce que voulez dire, c’est d’une grande beauté. L’énergie du son exprimée par des mots est une énergie très puissante.

Nous devons également prendre conscience de l’esprit. Nous employons les mots esprit, je, moi. Avons-nous jamais observé comment il agit ? Nous connaissons des théories de psychologie. Mais l’avons-nous observé ? Connaissez-vous vraiment ce qu’est l’esprit ? L’esprit est-il un organe quelque part dans le corps comme le cœur, les poumons, la moelle épinière, le foie, etc. ? Où est l’esprit ? Est-ce un organe ? Ou est-ce la somme des conditionnements imprégnant le corps entier ? Comment fonctionne-t-il ? Qu’est-ce qui pense ? Nous ne sommes pas conscients des faits, de ces processus, de ces mouvements. Nous avons un savoir sur eux, mais nous ne les avons pas vus, regardés, observés. Donc il me semble que la prise de conscience à l’aide de l’observation est une part importante de l’auto-éducation. Alors on élimine les déformations, les déséquilibres sont corrigés. Vous avez mis tous ces mouvements sur une base très scientifique. La spiritualité est une recherche holistique, pas seulement intellectuelle, pas un emballement émotionnel.

Dans une première étape, nous établissons un mode de vie scientifique. Il diffèrera d’une personne à l’autre, selon les tranches d’âge. Vous ne pouvez pas avoir un code de discipline rouleau compresseur pour la race humaine toute entière. Chacun doit découvrir son chemin intérieur et le suivre. Vous êtes le chemin et vous y marchez. Vous êtes le chercheur, l’étudiant, votre vigilance et votre attention sont les professeurs qui vous guident.

Deuxièmement, si on veut vraiment concentrer ses énergies sur l’exploration et la découverte de la nature de la réalité ultime, sur la nature de l’essence de notre être, alors on doit éviter d’avoir une vie sociale inutile, des échanges inutiles, des réunions, des entretiens, des responsabilités inutiles, que ce soit par ambition, à cause de l’insistance de soi-disant amis, ou de membres de notre famille etc. Si on veut focaliser toutes les énergies, on doit faire attention à ce que la vitalité ne soit pas dispersée dans un grand nombre de directions injustifiées. Vous gardez la dépense de l’énergie vitale au minimum, de sorte que quand vous vous asseyez pour la méditation ou le silence, là vous avez la vitalité suffisante, une énergie suffisante est à votre disposition.

Ce n’est pas une question de volonté, c’est une question qui concerne votre organisme entier. C’est une question de conservation de la vitalité, la conservation de l’énergie. Nous vivons tellement négligemment, de façon tellement irréfléchie ! Peut-être que Ramakrishna ou Ramana Maharshi, ou n’importe quel autre saint, Gnaneshwara, Nanaka ou Kabir ont eu plus de vitalité que nous n’en avons. Mais quelle que soit la vitalité et l’énergie qui était à leur disposition, elle a été focalisée sans aucune défaillance ; elle a été concentrée sur cet acte de découverte, sur l’acte de l’exploration. Ainsi, minimiser la vie sociale, minimiser les responsabilités secondaires est nécessaire. Et méfiez-vous, c’est un terrain glissant. Quand on commence à économiser l’énergie, à réduire au minimum la verbalisation et la vie sociale, les membres dans la famille commencent à être méfiants. Que se produit-il ? Il n’y a aucune démonstration d’amour. Il y a de l’amour mais il n’y a aucun attachement. Il n’y a aucun sens de la possession, de propriété. Traditionnellement nous croyons que dans une famille, les relations devraient être empreintes de dépendance et d’attachement, et que l’attachement devrait être réaffirmé maintes et maintes fois pour inciter l’autre personne à croire que lui ou elle est accepté et ainsi de suite. Vous connaissez les jeux que nous jouons.

Alors, quand il y a retenue et non suppression, et quand il y a de la vigilance et de la sensibilité, lorsqu’on est submergé, on ne supprime pas les réactions. La vigilance, l’attention est invitée à devenir si puissante qu’elle peut contenir les réactions. Cela sensibilise et donne de l’énergie à l’organisme. Les réactions ne sont pas supprimées. C’est donc une étape qui comporte beaucoup de risques et de dangers. On est susceptible d’être mal compris, ce que l’on fait ou dit est mal interprété, ce n’est pas le moment de se justifier, de se défendre ou de discuter avec les autres. Ce n’est pas une question de discussion. On prend soin de la famille et des responsabilités organisationnelles, institutionnelles, etc. On ne les ignore pas. On n’est pas indifférent. Cette retenue est telle qu’il n’y a plus d’excès ni émotionnels ni intellectuels. Il n’y a aucun exhibitionnisme non plus. Alors, cette retenue dans la vie du chercheur, sans aucune trace de suppression, ni d’indulgence, développe une puissance, une force et une vitalité. Ainsi on prend conscience du connu. La conscience devient compréhension. Et l’on se réconcilie avec ce qui est. On n’est pas pressé de changer de force. On n’est pas pressé de s’imposer des contraintes ou de prononcer des vœux. On a de la patience. On laisse la compréhension et la sensibilité fleurir, s’épanouir. C’est une chose tendre qui est survenue. Personne ne nous avait dit que la compréhension a le pouvoir de provoquer la transformation. Sans effort mental cela a lieu. Il nous appartient de percevoir et de comprendre. Cette étape de la « perception qui comprend » est la première et la dernière étape. Le repos est pris en compte par le dynamisme contenu dans la vérité du fait et dans la vérité de votre compréhension. Donc il y a plusieurs manières de s’instruire. Si par naissance, génétiquement, l’organisme d’une personne est plus fort physiquement et/ou intellectuellement, l’intensité et la vitesse avec lesquels l’éducation a lieu sera différente par rapport à une autre personne dont l’organisme aura moins d’intensité et de vitalité. Ainsi, même lorsque la personne comprend, la chaleur du système chimique, la partie émotive, la partie émotionnelle n’est pas là. Ou en tous cas beaucoup moins que dans le cas du premier. Alors, quoique ce deuxième type d’être humain perçoive la vérité et comprenne la vérité, sa vie a besoin de plus de temps, de temps chronologique. Le changement ne se produit pas instantanément.

Dans le cas de ceux dont les impulsions biologiques sont très fortes et puissantes, ceux dont la vitalité cérébrale et chimique est très puissante, la compréhension et la transformation, la compréhension et la mutation n’exigent pas de délai. Cela peut être presque instantané. Dans le cas de ceux qui n’ont pas cette intensité ni une profonde sensibilité, la compréhension est exactement la même que dans le premier cas. C’est clair, mais la sensibilité, le système chimique du corps, ne répond pas. Elle ne peut pas suivre le système neurologique. Par conséquent elle peut nécessiter un certain temps chronologique en termes de jours, de semaines ou de mois. Mais on ne devrait donner aucune importance à ce temps chronologique. Après tout, le temps de la montre ou du calendrier est une création humaine. C’est pour notre commodité que nous l’avons créé. Nous avons voulu mesurer l’éternité et nous avons créé la mesure du temps, d’où les jours, les semaines, les mois, qui dans le cadre de la maturité spirituelle n’ont aucune signification, aucune importance. On doit comprendre de quel tempérament on est physiquement et mentalement, parce qu’on peut être lent dans tout ce qu’on fait. Ainsi, il me semble extrêmement important d’avoir conscience de son tempérament pour ne pas se juger trop durement. On ne devrait pas estimer que cela se produit instantanément pour certains mais pas du tout pour moi. Ce qui stimulerait à nouveau une dynamique d’acquisition par rapport à la Vérité, la Réalité, la Divinité, qui ne peuvent être acquises. Les révélations prennent du temps. C’est tout ce que cela signifie. Nous devons donc avoir de la patience avec nous-mêmes.

J’ai approfondi ces points parce que je vois dans cette assemblée un grand nombre de visages nouveaux que je ne crois pas avoir rencontré auparavant. Pour eux, pour établir une relation entre eux et moi, j’ai pensé que faire référence à quelques étapes pratiques, dans la façon dont on peut procéder, était nécessaire. Et l’horloge nous dit assez pour aujourd’hui !

(Extrait de L’ART DE MOURIR TOUT EN VIVANT par Vimala Thakar, Dialogues ayant eu lieu à Mont Abu (Inde) en novembre 1994 Traduction libre de Patrick Delhumeau). Emprunté au site Français consacré à Vimala et son œuvre