Arnaud Desjardins : Soyez « un » pour vivre dans le monde réel


11 Oct 2011

(Question De. No 31. Juillet-Août 1979)

Deux passages du livre « Au-delà du moi » d’Arnaud Desjardins : la vigilance et le un-sans-un-second. Des extraits sortis de leur contexte peuvent toujours être mal interprétés. C’est pourquoi nous ne saurions que recommander la lecture intégrale de ces causeries.

Arnaud Desjardins (1925-2011)

Premier extrait

LA VIGILANCE

Tout le monde n’en a pas les moyens matériels et tout le monde n’a pas les qualifications requises pour une voie essentiellement contemplative. Il est possible de mener une vie active tout en faisant une large part à la conscience de soi, et cette conscience de soi vous pouvez la prendre comme synonyme de vigilance. Il n’y a pas de vigilance s’il n’y a pas une conscience de soi. Comme vous êtes amenés à vous manifester pendant la plus grande partie de votre temps, vous ne pouvez pas accepter de ne consacrer à la recherche du Royaume intérieur qu’une demi-heure par jour que vous réserveriez à la méditation. Et il se peut aussi que cette demi-heure soit stérile parce que vous êtes agités, parce que vous avez des distractions, des associations d’idées et que vous n’arrivez pas à descendre profondément en vous-même à la rencontre de ce Royaume qui est au-dedans de vous, mais qui n’est pas si facilement accessible. Il est indispensable de trouver la possibilité de conserver la conscience de soi tout en étant, en même temps, actif et conscient de ce qui se passe à l’extérieur de vous.

Tous les maîtres ont insisté sur cette vigilance

C’est la grande différence que j’ai découverte peu à peu entre des Enseignements réels et des Enseignements qui ont perdu leur valeur, comme des batteries sans courant. Bien qu’ayant reçu une éducation chrétienne, je n’avais jamais compris l’importance de cette conscience de soi. Je connaissais bien les Évangiles et ce qui est dit dans les Évangiles, que les vierges folles dormaient, que les vierges sages veillaient. Je connaissais la parole « Veillez et priez ». Je croyais que « veiller » voulait dire rester une partie de la nuit sans dormir — ce que cela peut éventuellement signifier d’ailleurs — et j’ai découvert les ouvrages sur le yoga, l’Hindouisme, le Bouddhisme. A cet égard, je dois beaucoup au premier Enseignement que j’ai connu, l’Enseignement de Gurdjieff. J’ai compris que cette présence à soi-même, ce « rappel de soi » était essentiel. Je me suis demandé pourquoi on ne m’en avait jamais parlé dans le protestantisme. On m’avait parlé de Dieu, on m’avait parlé du Christ, on m’avait parlé d’amour du prochain, on m’avait parlé de bien et de mal, de péché, on m’avait donné des notions de théologie, on m’avait dit ce qu’il fallait faire, ce qu’il ne fallait pas faire. Je me voyais illustrer magnifiquement la parole de saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas », mais Dieu était toujours recherché comme au-dehors. Il y avait moi et, au plus haut des Cieux, Dieu. Dieu est aussi au-dedans de moi peut-être, mais je ne comprenais pas comment je devais me situer. Plus tard je me suis rendu compte que, pour une partie du Christianisme, la branche proprement ascétique et mystique, cette vigilance ou cette conscience de soi était fondamentale.

Si vous êtes attentifs

Vous verrez que, du matin au soir, vous vous laissez happer par les choses extérieures ou happer par vos rêveries intérieures et que la conscience de soi, la vigilance, a complètement disparu. La grande tragédie de tous ceux qui se sont réellement engagés sur le Chemin, même si ce sont des moines, c’est le fait que notre attention se laisse prendre et se laisse distraire.

Vous ne pouvez pas être en contact avec le Royaume des Cieux si toute votre attention est tournée vers l’extérieur Et si votre existence se déroule jour après jour avec une attention tournée vers l’extérieur, sauf dix minutes par an pendant la cérémonie du port de la Coiffe Noire de Karmapa et vingt minutes de temps à autre au cours d’une tentative de silence ou de méditation, les jours, les mois, les années vont passer et vous ne progresserez pas sur le Chemin intérieur. C’est ce que je vous demande d’entendre d’abord. Conscience de Soi, vigilance, présence à soi-même, souvenir, que ce soient des termes religieux ou des termes métaphysiques, expriment la même vérité essentielle.

La vigilance permet de voir ce qui est, au lieu de vivre en aveugle

La vigilance me permet de voir ce qui est au-dehors de moi, la circonstance que je rencontre, les conditions dans lesquelles je me trouve, et de voir la façon dont je réagis. Je vois une émotion qui se lève en moi, je vois une crainte, je vois un refus, je le vois… Et ce JE qui voit n’est plus l’ego. C’est une vision tellement honnête et désintéressée qu’elle ne peut plus être une fonction de l’ego. Si nous sommes vigilants nous ne pouvons plus « penser », au sens péjoratif du mot penser. Nous éliminons tous les fonctionnements de l’ego qui nous coupent de la réalité. Cette réalité vient à nous et nous en prenons connaissance directement, par une communion, avec toutes nos facultés de perception, avec notre sensation, notre sentiment et notre intellect, de façon objective, impersonnelle, silencieuse. Si la vigilance est active, le mental fait place à la buddhi, c’est-à-dire la vraie intelligence qui voit quel acte doit être accompli, quelle décision doit être prise. C’est la nécessité même des circonstances qui vous dicte la réponse, qui décide à votre place. Sans vigilance les prétendues actions ne sont que des réactions et, comme le disait Gurdjieff, l’homme n’est qu’une machine.

La conscience de l’extérieur et de l’intérieur

Cette vigilance n’est concrètement réalisable que si vous pouvez être à la fois conscient de l’extérieur, des gens qui vous parlent, des situations existentielles dans lesquelles vous êtes inséré et conscient de vous-même en train de vivre ces situations, conscient de ce qui se passe en vous. Vous devez avoir un regard à la fois sur l’extérieur et sur vous-même afin qu’aucune de vos réactions ne vous échappe. C’est le cœur du Chemin, croyez-moi, et tout le reste n’est que des à-côtés destinés à intensifier cette conscience de soi et à diminuer la puissance du sommeil et de l’identification avec les formes.

Cette véritable présence à soi-même, c’est à cela que les moines et les disciples s’exercent, de deux façons : soit dans la vie, soit dans des moments particuliers de recueillement. Mais on ne peut pas passer douze heures sur douze en méditation et, si une fois sorti de la méditation, on est de nouveau complètement emporté, on n’a rien gagné. Cette méditation était fausse, ce n’était qu’une réaction.

Vous avez en fait deux points d’appui

Le point d’appui que vous pouvez trouver en vous-même et celui que vous trouvez hors de vous-même. Ces deux points d’appui sont utilisables et tous deux se renforcent. Certains atteindront la vigilance en prenant surtout appui sur ce qui se passe en dehors d’eux-mêmes et en le vivant de façon très consciente. D’autres prendront plutôt appui sur la conscience de soi proprement dite telle qu’elle s’affine et s’approfondit dans les moments de méditation. En ce qui concerne la vigilance en prenant appui sur soi-même, cette vigilance est active quand vous êtes conscient de ce qui se passe dans votre pensée. Vous n’êtes pas absorbé par les pensées. Vous êtes le témoin des pensées. Quand vous êtes conscient de ce qui se passe dans votre cœur : tiens voilà une tristesse, tiens voilà une peur, tiens voilà une impatience, et que vous n’êtes pas emporté. Et conscient de votre corps : j’ai un peu mal au dos, j’ai une certaine fatigue, j’ai envie de vomir, j’ai les muscles des épaules contractés. Mais vous n’êtes pas identifié. Vous êtes conscient à la fois de votre présence physique, de votre présence émotionnelle et de votre présence intellectuelle. Les trois fonctions sont mises ensemble sous le même joug, ce qui est le sens étymologique du mot yoga.

Deuxième extrait

UN-SANS-UN-SECOND

Dans la Voie que vous suivez ici, au Bost il n’y a pas un programme qui occupe vos journées à longueur d’année, comme si vous étiez dans une abbaye de Trappistes ou un monastère Zen. Il n’y a pas de rites, pas de cérémonies, de cultes, ni de liturgies, pas de techniques élaborées de méditation, de visualisation de Divinités tantriques, d’exercices respiratoires ; pas de chants, d’hymnes, de prières en commun, ni d’offices. Il n’y a même pas un grand mythe comme celui de Krishna ou de Rama ni de méditation quotidienne sur la vie du Christ. Finalement, qu’est-ce qui reste ? Et pourtant, je porte témoignage qu’après avoir connu (et souvent connu de l’intérieur et pendant des années) différents Enseignements tibétains, hindous et soufis, c’est cet Enseignement de Swâmij Prajnanpad qui a été pour moi, et de loin, le plus efficace. Mais vous comprenez bien que cette Voie ne peut pas consister simplement à écouter de temps en temps une causerie d’Arnaud ou, une fois par an, à lire un livre, ni se ramener à quelques heures d’entretien ou même de plongée dans les profondeurs de l’inconscient.

Il est impératif que vous ayez vraiment un outil à mettre en œuvre du matin au soir. Sinon, les mois passeront, les années passeront et vous ne changerez pas, vous ne découvrirez pas ce qu’il y a à découvrir.

Je pourrais le résumer en une phrase que vous avez peut-être lue dans des témoignages sur un Enseignement ou un autre, qui se trouve même dans l’Évangile de Thomas : « Faire du deux, un ». Ah ! cela fait une belle phrase. Il doit y avoir quelque chose d’ésotérique ou de métaphysique là-dedans… Eh bien, en vérité, il y a quelque chose d’éminemment pratique. La grandeur d’un Chemin réel c’est de rendre métaphysique chaque instant de la vie. La Voie ne consiste pas à accomplir des actions admirables ; la Voie consiste à accomplir de façon admirable les actions quotidiennes.

L’existence ordinaire d’un être humain se déroule dans la dualité, comme si un être humain vivait deux existences à la fois. C’est cela que je veux vous faire toucher du doigt aujourd’hui.

Vous m’avez entendu répéter une parole d’Héraclite : « Les hommes qui dorment encore vivent chacun dans un monde différent ; ceux qui se sont éveillés vivent tous dans le même monde ». Parole qui est diversement comprise par les philosophes de profession et qui, pour moi, a un sens évident parce qu’elle illustre fort bien l’Enseignement de Swâmiji. Le propre du mental — ce mental appelé à disparaître — c’est de créer un second et de vous faire vivre dans deux mondes. Si vous ramenez le « deux » à « un », vous vivrez dans un seul monde : le monde réel.

Tout l’Enseignement résumé : Ici et maintenant

Si cinquante fragments d’Enseignements vous viennent à l’esprit en même temps, vous partez dans la « pensée » et vous n’êtes plus dans la réalité immédiate. Il faudra bien qu’un jour, tout l’Enseignement sous forme d’idées ou de formules soit mis de côté et se ramène à un seul geste simple, immédiat, instantané : faire de « deux », « un ». Tout l’Enseignement peut être contenu dans cette parole, en la complétant par une autre : « ce qui est, ici et maintenant ». « This » « ceci », « here and now » — et non pas : cela (de ma fabrication), hier ou demain, et ailleurs.

Autrement dit, en prenant un exemple, je rentre chez moi, je mets la main sur la porte de l’ascenseur, elle ne s’ouvre pas, et je constate que la cabine n’est pas au rez-de-chaussée. La Réalité n’a pas d’autre forme ici, et maintenant, que : la cabine de l’ascenseur n’est pas là. C’est tout. Je ne sais même pas si elle est au premier et s’il lui faut trois secondes pour descendre ou si quelqu’un a laissé la porte palière ouverte et que l’ascenseur ne redescendra pas jusqu’à ce que j’aie monté les cinq étages à pied. Je ne sais rien. Mais le mental, lui, a immédiatement tiré un certain nombre de conclusions qui ne s’imposent pas : je vais être en retard, par conséquent le dîner va être compromis, par conséquent cette rencontre importante avec le frère de mon Directeur va être compromise, par conséquent ma vie professionnelle va être compromise, et ainsi de suite. Cela va très vite ; en un instant le mental vous a déjà proposé un monde entier dans lequel « rien ne marche » et « c’est toujours la faute des autres ».

Où est la Réalité ? Où est le ici et maintenant ?

Le mental vous a immédiatement proposé une masse visqueuse, sans contours, de peurs, d’illusions, de craintes, d’appréhension, de rancune, de reproches, d’amertume plongeant leurs racines dans un inconscient que vous n’avez pas entièrement mis à jour et maîtrisé. Qu’est-ce que vous voulez « accepter » ? A quoi voulez-vous « adhérer » ? A quoi voulez-vous « dire oui » ? Vous ne le savez même plus. Et l’émotion a eu tout le loisir de se déployer. Si vous voyez bien ce mécanisme à l’œuvre, vous comprendrez ce qui vous est possible, par conséquent, ce que la vérité vous demande. Par ce que l’Enseignement vous demande ou ce qu’Arnaud vous demande, voilà encore des paroles qui n’ont aucun sens ! Ce que la vérité vous demande. L’Enseignement ne peut être là que pour attirer votre attention sur la vérité. Ce que la vérité vous demande, c’est de ne pas créer un second, de ne pas comparer ce qui est à ce qui n’existe pas. C’est tout. Vous êtes, seconde après seconde, dans le monde réel, le seul. « Les êtres qui dorment encore vivent dans deux mondes en même temps ; ceux qui se sont éveillés vivent dans un seul monde. » La Vérité est toujours Une, sans un second.

Échapper à la fabrication du mental

Cette rigueur de l’instant et cette conviction de l’inanité du mental peuvent seules êtres mises en pratique. Sinon, vous continuerez à « penser ». Vous penserez assez souvent à l’Enseignement mais vous ne pourrez rien accomplir. Le Chemin n’existe nulle part ailleurs que dans l’instant ; et vous n’avez pas d’autre point d’appui que l’instant pour poser les pieds, faire un pas de plus, et encore un pas de plus. Là, il y a quelque chose que vous pouvez faire. Et là, il y a un effort qui ne relève pas de l’ego ; c’est le point encore que vous devez comprendre.

Puisqu’il s’agit d’atteindre la liberté, la spontanéité, de « mettre ses bagages dans le filet » comme disait Ramana Maharshi, c’est-à-dire de déposer le fardeau de son existence, comment les efforts pour obtenir des résultats pourront-ils vous conduire au-delà de la dualité, au-delà de l’ego, au-delà de la peur ? Si vous faites des efforts pour obtenir des résultats, vous restez dans la limitation, vous restez dans la causalité, vous restez dans la dualité : effort qui réussit, effort qui ne réussit pas ; résultats qui viennent, résultats qui ne viennent pas.

Qu’est-ce qui vous est demandé là ? Uniquement d’échapper à une illusion, de dissoudre une irréalité : la fabrication d’un second par le mental. C’est le seul effort absolument pur et qui peut vous conduire tout droit à la Libération. Tous les autres efforts ne peuvent être que préparatoires, parce qu’ils font encore intervenir une certaine tension vers le But à atteindre ou vers le résultat à obtenir.

Qu’est-ce que vous faites ? Vous supprimez ce qui, de toute façon, n’existe pas : ce second, que le mental n’arrête pas de créer artificiellement. C’est l’effort juste qui est toujours à votre disposition. Maintenant, c’est vous qui l’accomplirez ou vous qui ne l’accomplirez pas ; personne ne peut le faire à votre place. Vous voulez continuer à affirmer du matin au soir un monde illusoire et irréel, et exiger ensuite que le monde réel s’y conforme ? Ou vous abandonnerez cette prétention, vous en comprendrez l’inanité et vous reviendrez au monde réel ?

C’est à ce geste intérieur, à cette attitude si simple, que les autres aspects de l’Enseignement peuvent vous aider. Ils prennent leur sens et ont leur valeur par rapport à ce geste. Tant que vous n’aurez pas reconnu et admis ce que je dis aujourd’hui, les plus belles méditations ne donneront pas de résultat. Au bout de cinq ans, dix ans, vous serez obligés de reconnaître : je ne vois pas ce qui a tellement changé dans mon existence. Ah, bien sûr, si vous piétinez sur place, au bout de dix ans, vous pouvez dire : je ne vois pas ce qui a tellement changé dans le paysage autour de moi.

Ici, maintenant, qu’est-ce qui est ?

Une certaine fatigue. Bien. Une, sans un second. Une certaine émotion pénible ; reconnaissez l’émotion en tant qu’émotion. Une, sans un second. C’est tout. Quant à savoir si votre vie professionnelle est compromise, s’il n’y aura que des malheurs dans la journée qui vient — tout ceci n’a aucune réalité, c’est uniquement le fruit du mental : « penser » au lieu de « voir ».

Si vous comprenez le sens de ces deux paroles : « Un, sans un second » et « ici et maintenant », que vous avez entendu tant de fois répéter tout l’Enseignement est là, à chaque instant, à votre disposition. Mais le mental vous proposera toujours de sortir de là et vous recommencerez à penser. Il vous apparaîtra que, sur un point, l’Enseignement ne peut pas être mis en pratique, que, quelque part, Arnaud se trompe.

Ou bien vous vous en tenez strictement à ce « un, sans un second, ici et maintenant » et l’Enseignement peut être mis en pratique — tout le temps. Ou bien vous laissez le mental intervenir et l’Enseignement n’existe plus ; ce n’est même pas qu’il devient difficile à mettre en pratique, il n’existe plus.

Swamiji disait : « Comparison is falsity » : « c’est une erreur de comparer ». La comparaison est toujours fausse. Voici une vérité essentielle sur le Chemin mais difficile à saisir suffisamment bien pour pouvoir la mettre toujours en pratique. Toute l’existence ordinaire, à travers l’ego et le mental, est fondée sur la comparaison et le dépassement de l’ego et du mental, c’est l’abandon de la comparaison. Ceci est un peu délicat parce qu’il semble que la comparaison soit juste et il faut bien se mettre d’accord sur le mot « comparaison » lui-même. Il est évident que nous trouverons tout-à-fait normal de comparer les prix qui sont faits pour le même article dans deux magasins différents et de choisir ensuite le magasin qui fait les prix les plus bas. Je ne vais pas donner des exemples à l’infini, vous en trouverez aisément, où la comparaison est justifiée. Ce qui est grave, c’est la comparaison de ce qui, en vérité, ne peut pas être comparé. Vous devez être très clairs et bien distinguer les deux mécanismes.

Pour qu’il puisse y avoir comparaison, il faut qu’il y ait un point de comparaison. Et si vous comprenez que, en dehors des comparaisons pratiques, concrètes, utilitaires comme le prix des articles dans des magasins différents, toute comparaison est impossible parce qu’il n’y a pas de dénominateur commun, vous serez libérés de ce mécanisme tragique. Il n’y a pas de dénominateur commun parce qu’en vérité, chaque phénomène, chaque événement, chaque objet qui vient frapper un ou plusieurs de nos sens est unique et, par-là même, incomparable. S’il y a deux, deux sont différents. Dans le temps, chaque situation est unique, chaque instant est unique ; et dans l’espace, chaque élément de la réalité est unique. Il est l’expression originale, ici et maintenant, de la Grande Réalité, fruit d’innombrables chaînes de causes et d’effets. Il ne peut pas être autrement qu’il n’est ; il ne s’est jamais produit ; il ne se reproduira jamais ; et c’est par cette unicité que vous pourrez trouver dans chaque élément du monde relatif la porte d’accès à l’Absolu.