Wei Wu Wei : Suivant le Soufisme


28 Jan 2009

(Revue Être Libre, Numéro 199-201, Juillet-Août 1962)

(Nous prions les lecteurs de vouloir excuser la forme française particulière de ce texte traduit de l’anglais et de l’arabe.)

« Tu ne vois rien dans le monde sauf Moi » ne veut pas dire seulement, dans son sens général, que tout ce que vous pouvez percevoir est « Dieu ». En effet, ceci est parfaitement dualiste (besoin de la dualité de celui-qui-voit et une chose vue, l’homme et Dieu).

Al Alawi veut faire comprendre que tout ce que vous voyez comme divinité vous le créez dans l’acte-de-le-voir. Je crée chaque objet à travers l’acte-de-l’apercevoir, comme vous le faites vous-même — parce que vous et moi sommes Un, comme divinité. —N’importe quel objet perçu par n’importe quel être sensible est toujours divinité, parce que l’acte-de-percevoir, et n’importe quel objet perçu, sont tout ce que cet être sensible peut ETRE.

Ni l’être sensible ni « Dieu » n’existent comme un objet, mais uniquement comme la Fonction subjective en fonctionnement.

C’est-à-dire : « Il n’y a rien dans le monde sauf ceci que je SUIS ou ceci que vous êtes, parce que tout ce que NOUS SOMMES est divinité.

* * *

« Occupe-toi de Moi, pas de toi » ne veut pas seulement dire, dans son sens général, que vous devez vous occuper de « Dieu », et pas de vous-même, parce que cela aussi est parfaitement dualiste.

Il veut faire comprendre que c’est seulement comme divinité que vous ETES, et que comme un objet — « toi » — tu n’es pas. C’est-à-dire : « Reconnais-toi comme ceci que tu es ».

* * *

« Quand l’Infini apparaît, à cela tu t’évanouis. Parce que « tu » n’as jamais été, depuis le commencement jusqu’à la fin. Tu ne vois pas qui tu es; car tu es; pourtant tu n’es pas « toi ».

* * *

C’est-à-dire : « Tu es l’Infini et rien que cela — parce qu‘il n’y a pas d’objet appelé « toi ».
« Je suis donc Absolu dans l’Essence, Infini.
Mon seul « où » (ma seule demeure) est « par Moi-même JE SUIS ».

* * *

« Etant donné qu’il n’y a aucune place dans l’Infini même pour le néant, je ne peux pas être néant; et étant donné que l’Infini n’a pas de parts, je suis donc le TOUT » (note de Martin Lings, dans « A Moslem Saint », p. 202, citations de Shaik Ahmed al Alawi (1870-1932), ibid. pp. 200-210).

Même le « Néant » est un objet et « je » ne peux pas être cela. Ceci qui est, n’importe quelle apparence phénoménale doit être la totalité-une qui est infinie.

C’est la pure doctrine en termes musulmans, plus près du Védanta que du Ch’an.

* * *

« De même l’anéantissement est l’un de tes attributs. Tu es déjà éteint, mon frère, avant que tu ne sois éteint, et tu n’es rien déjà avant que tu ne sois anéanti. Tu es une illusion dans une illusion et un néant dans un néant. Depuis quand as-tu existé pour que tu puisses être anéanti ?

Tu es comme un mirage dans le désert. L’homme assoiffé le prend pour de l’eau jusqu’au moment où il y arrive et où il se rend compte qu’il n’y a rien — et là où il croyait que l’eau se trouvait, là il trouve Dieu. (Shaikh de nos Shaikhs Mawlay Al Arabi ad Darqawa (circa 1809, op. cit. p. 137).

Quand l’homme assoiffé est arrivé à l’eau apparente, c’est-à-dire au mirage appelé « toi », tout ce qu’il trouva fut Divinité. Mais, en effet, il ne « trouva » pas même cela : il « l’amena » — lui-même le fut.