Roland de Miller : Vers la spiritualité cosmique : une approche de l’être


01 Feb 2012

(Revue CoÉvolution. No 13. Été 1983)

Notre civilisation judéo-chrétienne s’effondre-t-elle parce que ses fondements n’ont pas été éclairés ?

Depuis les origines, nous sommes dans une civilisation de puissance (qui dispose maintenant des armes de la science et de la technique). Depuis les origines, le message de paix et d’amour de Jésus-Christ a été incompris, voilé, occulté. D’où les bouleversements actuels. La violence ne cessera pas de déferler sur le monde occidental tant que nous n’aurons pas trouvé ou retrouvé en nous-mêmes et dans l’univers les figures éternelles du Sacré, c’est-à-dire les archétypes religieux fondamentaux : la Mère divine, les dévas, le Christ Cosmique, etc…

Dieu est alors perçu comme le champ d’énergie total de l’univers, comme il l’a toujours été dans les mythologies et les religions de l’Antiquité. Je ne dis pas que Dieu soit seulement énergie cosmique — et non pas une « personne » comme dans la religion chrétienne — mais qu’elle en est sa manifestation tangible, le pouvoir de Dieu qui s’échelonne selon les hiérarchies sublimes des mondes spirituels.

La fonction primordiale des religions a toujours été de nous relier avec les courants telluriques et célestes de l’énergie divine qui existent, quels que soient les opinions des hommes. Dans les systèmes païens il n’y a pas de dualisme du corps opposé à l’esprit dont nous souffrons tant mais une unité plurielle : les dieux, dont les hommes, flammèches divines incarnées, ont perdu et peuvent retrouver la sagesse. La dimension païenne transcende la diversité des cultures et constitue un réservoir auquel les grands monothéismes ont puisé mais en se desséchant eux-mêmes.

Les gens de pouvoir, dans les Églises comme ailleurs, prennent une part du cosmique et la récupèrent pour une prise de pouvoir sur les autres. Toutes les religions qui ont exclu la Nature et la Femme ont été des religions de conquête du pouvoir par la terreur et sont finalement déchues dans le dogmatisme. Dans les sociétés archaïques restées proches de la nature, le prêtre était un voyant, un guérisseur et un médium qui connaissait la collaboration avec l’« au-delà ». Jésus lui-même était un guérisseur vivant sobrement près de la nature. Mais aujourd’hui, dans l’église catholique, quand le prêtre célèbre la messe avec l’ostie et le vin, il ne se passe rien sur le plan spirituel : il n’est qu’un profane revêtu d’une soutane noire qui parle tourné vers ses « fidèles ». Par l’emploi de paroles, de gestes, d’encens, etc… une messe devrait être un rituel magique en accord avec les saisons, la nature, la vie de la terre.

Ce sont des choses que l’on n’apprend ni à l’école, ni au catéchisme, ni à l’université, hélas. Mais l’ouverture à la transcendance est l’une des constantes des recherches individuelles vers le Nouvel Age. L’apprentissage du regard du cœur, le dépassement des limitations du Moi, le développement d’une recherche intérieure sont la source du jaillissement d’une dimension plus vaste dans la vie personnelle et collective.

La spiritualité est un sous-produit du bonheur et non l’inverse : c’est quand je suis heureux, bien dans mon corps et dans mon environnement que je puis célébrer la présence du divin en toutes choses. Je ne dois pas me faire violence pour parvenir à une ascèse spirituelle. Le seul « dogme » est d’être ouvert, souple, présent, ici et maintenant. La croissance intérieure ne doit pas être forcée mais elle doit se développer graduellement dans la joie.

Je ne me réclame pas d’une religion particulière et me méfie des étiquettes. Tout être humain, à un moment ou à un autre de sa vie reçoit des puissances célestes et terrestres, un appel, si ténu soit-il, pour l’amener à comprendre la voie spirituelle de l’existence. Il ne dépend que de nous d’étouffer cette voix ou d’y prêter l’oreille. Au-delà des différences entre les religions, tous les êtres sont appelés par une seule et même voix.

La réalisation spirituelle authentique est possible. Elle intègre l’essence de toutes les religions. Elle permet à chacun de connaître directement la réalité absolue qui est en nous. Elle éveille en nous le processus spontané de la Réalisation du Soi personnel relié au Soi suprême.

La foi est pour moi beaucoup moins affaire de moralité qu’un émerveillement dionysiaque devant la beauté magique de la Nature : ainsi je me sens relié à l’Energie Cosmique, à la Mère Divine ou si vous voulez à Dieu. Mais mon élan mystique étouffe dans le cadre rigide et moralisateur des Églises.

Ce sont des questions théologiques essentielles et vitales à chaque individu même s’il les ignore, et l’on devrait pouvoir en débattre en public sans fanatisme mais avec la sincérité du cœur de celui qui recherche authentiquement.