le professeur L.J. Delpech : Visite au Docteur Calligaris


10 Jan 2011

(Revue Psi International. No 4. Mars-Avril 1978)

Né dans les années 1870 en Italie, le Dr Calligaris, qui fut, à Rome, professeur de neuropsychiatrie, est sans doute l’un des chercheurs en parapsychologie parmi les plus méconnus. Ayant refusé, à l’avènement de Mussolini, de prêter le serment d’allégeance au fascisme, qui était exigé de tous les médecins titulaires d’un emploi officiel, il reprit la clinique de son père, médecin comme lui, où il poursuivit d’étonnantes recherches : faire apparaître, en particulier, sur la peau d’un malade l’image du microbe responsable de la maladie. Dans cet article, le professeur Delpech nous relate sa passionnante rencontre avec le Dr Calligaris.

J’ai entendu parler pour la première fois du docteur Calligaris à Tours en 1935 en lisant un livre de l’ingénieur Givelet sur les travaux de Lakovsky. L’auteur y présentait la traduction de la préface d’un ouvrage de Calligaris intitulé « la formation des sentiments dans le corps de l’homme », paru en 1934 en Italie. Dans ces deux pages le professeur italien exposait des idées extrêmement intéressantes et précises sur les rapports du corps et de l’esprit. En particulier, il admettait une correspondance entre chaque organe et une catégorie de sentiments, d’une part et d’autre part entre les sentiments et la stimulation d’une zone déterminée de la peau d’un sujet. En somme, il s’agissait d’une approche expérimentale d’un problème métaphysique bien connu, celui des rapports du corps et de l’esprit.

J’avais été préoccupé par ce problème et je m’étais intéressé passionnément à l’acupuncture. D’où une correspondance avec Soulier de Morand qui fut un de ceux qui introduisirent l’acupuncture en France durant l’entre-deux guerres. Mais dans l’acupuncture le psychisme n’intervenait pas, c’était simplement un rapport entre la stimulation d’un point de la peau et un organe interne, de façon soit à le stimuler, soit à l’inhiber. Je devais retrouver plus tard des traces de l’œuvre de Calligaris dans une petite revue médicale publiée à Toulon par le docteur Jules Regnault, « La côte d’azur médicale ». Un article signé Pharec, pseudonyme d’un kinésithérapeute, racontait un voyage que ce dernier avait fait à Udine, où le docteur Calligaris, professeur de neurologie à Rome, avait une clinique où il expérimentait. Pharec racontait que par la stimulation de points de la peau, Calligaris lui avait fait voir mentalement les pyramides d’Égypte et une autre fois, un village nègre situé en Afrique occidentale, village où habitait un de ses parents qui était missionnaire. Ces expériences me parurent à la fois extraordinaires et extrêmement intéressantes. Le problème était d’entrer en rapport avec le docteur Calligaris. J’écrivis au docteur Regnault qui me répondit très aimablement par retour du courrier. Le docteur Calligaris me répondit lui aussi longuement à deux ou trois questions que je lui avais posées et m’envoya un de ses articles sur « les chaînes linéaires du corps et de l’esprit ». Il était en italien et j’ignorais cette langue. Heureusement, grâce au latin, j’arrivai rapidement à la comprendre et je décidai de me rendre en Italie. J’étais alors professeur de philosophie au lycée de Gap. Après mûres réflexions et malgré les avertissements de beaucoup de mes amis, j’entrepris mon voyage durant les vacances de Noël 38-39. A ce moment la tension internationale était extrêmement grave, mais je me dis, poussé par une force intérieure, que je devais voir Calligaris.

Calligaris, ou la parapsychologie à l’italienne

Je pris donc à Marseille le Bordeaux-Milan un jour de décembre 38 et après un long parcours, j’arrivai à dix heures à Milan qui était sous la neige. Une heure après, je reprenais le train pour Venise d’où je repartis pour Udine, où j’arrivai à vingt heures. Calligaris m’avait dit qu’on viendrait me chercher, mais nous n’avions pas convenu d’un signe de reconnaissance. J’avançais lentement vers la sortie quand un grand chauffeur en livrée se présenta devant moi en me disant « Professeur Delpech ». Je lui dis « Comment savez-vous qui je suis ? » Il me répondit « le professeur Calligaris a fait surgir votre image dans mon cerveau ». Là-dessus il prend ma valise, nous sortons, il me fait monter dans une grande voiture américaine et nous voilà partis. Nous traversons la ville et dans les faubourgs, nous nous trouvons en face d’un immense immeuble entouré par un fossé rempli d’eau. Nous pénétrons dans la cour intérieure. Je suis dans la clinique du docteur Calligaris. Celui-ci s’avance vers moi. Il est petit, il a une moustache relevée en pointes comme celle illustrée par l’ex-empereur d’Allemagne Guillaume II, son âge oscille entre 60 et 65 ans. Sa vivacité d’esprit est remarquable, il ne parle pas le français mais le comprend. Il en est de même pour moi à propos de l’italien. Nous allons donc dialoguer lui en italien et moi en français. Comme il est vingt heures trente, il m’entraîne rapidement vers la salle à manger où nous allons dîner avec sa secrétaire Nucci Toppani et deux ou trois personnes qui s’occupent de la clinique.

Calligaris a en effet une clinique pour les maladies nerveuses. Elle avait été fondée par son père, cinquante ans avant, et à la suite de ses démêlés avec le fascisme (il n’a pas voulu prêter le serment d’allégeance au fascisme) il a dû quitter sa chaire de l’université de Rome pour revenir à Udine où il a considérablement agrandi la petite clinique que lui avait laissée son père. Après le repas, nous allons dans son cabinet de travail et il me raconte le point de départ de ses recherches. Il travaillait alors comme chef de clinique du professeur Mingazzini sur les anesthésies consécutives à des troubles cérébraux. Mais un jour où il stimulait une zone cutanée, il fut dérangé par le téléphone et dut abandonner momentanément son malade. Comme la stimulation était faible, il n’y eut pas de dégâts organiques, par contre le sujet lui raconta que son esprit avait été envahi par toutes sortes d’images ; cela le conduisit à admettre une relation entre la stimulation de la peau et le psychisme — mais le problème était de trouver un sujet qui soit capable de faire un vide relatif dans son esprit. C’est alors qu’il rencontra parmi ses malades une religieuse qui était chez lui non pour un trouble mental, mais pour une faiblesse organique. — Celle-ci était habituée à la méditation et donc dans une certaine mesure, à diriger son mental —. Il lui demanda si elle accepterait de se soumettre à certaines expériences, ce qu’elle fit très volontiers. C’est à la suite de ces expériences qu’il découvrit des rapports entre des lignes médiatrices de chaque doigt de la main et des états mentaux. — Plus tard, il continua ces lignes tout le long du bras, puis il en décela des parcours sur tout le corps humain —. Je connaissais ces lignes, car il m’avait envoyé un petit opuscule qui était le développement d’une conférence faite à l’académie royale de médecine de Rome et que j’avais traduit de l’italien.

Calligaris avait donc découvert une sorte d’acupuncture psychique. En effet il y avait non seulement une relation entre la peau et le psychisme, mais aussi entre la stimulation et l’inhibition des organes. Il en était arrivé à une double conclusion : premièrement, tous les organes se projettent sur la peau, deuxièmement tout l’univers se projette sur la peau. Et moyennant une stimulation appropriée d’un point, d’une ligne ou d’une surface cutanée on peut faire surgir dans le mental des sentiments déterminés, des images autoscopiques (de l’intérieur du corps du sujet) et hétéroscopiques (de l’intérieur du corps d’un autre sujet), enfin des représentations du monde extérieur, englobant non seulement toute la terre, mais encore en principe tout le cosmos. Il retrouvait expérimentalement la formule des présocratiques, le microcosme (l’homme) reproduit le macrocosme (l’univers). Là-dessus Calligaris me fit conduire à ma chambre, car j’étais fatigué par mon trajet et lui-même avait l’habitude de se lever à quatre heures du matin pour écrire ses livres de quatre à sept.

Précognition à la fenêtre

Le lendemain, Calligaris me proposa une expérience de prévision dans le temps. Tous ceux qui ont fait de la parapsychologie savent que d’une part si le temps est un facteur intéressant, par contre toute prévision est en général indéterminée. Or, Calligaris avait mis au point une méthode qui permettait de maîtriser la prospection dans le temps. Nous étions dans une pièce dont la baie vitrée s’ouvrait sur une place d’Udine et on voyait défiler les autos, les camions, les passants. Au-dessus de la baie était une horloge incrustée dans le mur. La secrétaire de Calligaris, Nucci Toppani qui devait servir de sujet, était assise dans un fauteuil face à la baie. Elle avait le bras nu. Calligaris fit descendre un rideau qui masquait complètement le paysage, puis avec un petit appareil électrique, il stimula un point du bras de sa secrétaire. En même temps il m’invita à regarder l’heure et à m’installer à un bureau pour noter tout ce qu’allait dire pendant vingt minutes Nucci. Il faut préciser qu’elle n’était pas dans un état médiumnique, mais simplement qu’elle faisait le vide dans son esprit pour accueillir les images qui y surgissaient. Pendant vingt minutes, elle énonça ses visions et comme je tenais à être rigoureux, je lui demandai, à l’invitation du docteur Calligaris, des détails précis et minutieux. Par exemple, m’ayant dit qu’elle voyait un camion qui portait des tonneaux, je lui demandai la couleur du camion, la dimension approximative des tonneaux, la façon dont ils étaient disposés, s’il y avait une bâche, si le camion avait une certaine anomalie. C’est ainsi qu’elle me précisa que l’aile droite avait été emboutie probablement à la suite d’un choc. Pendant vingt minutes, elle vit une quinzaine de spectacles concernant des autos, deux voitures à chevaux et une vingtaine de passants dont elle me précisa approximativement le vêtement, l’âge, le sexe, les couleurs des cheveux, la couleur des souliers, etc. ; il fallait éviter qu’elle ne décrivît des habitués qui passaient ordinairement — mais étant donné l’heure, il ne pouvait s’agir de gens allant ou revenant d’un travail quotidien. Je notai tout ce qu’avait dit Nucci avec le plus de minutie possible. De son côté, une jeune collaboratrice de Calligaris en avait fait autant. Les vingt minutes étant écoulées, Calligaris cessa sa stimulation et releva le rideau qui masquait la vue. Je me mis à la fenêtre avec la collaboratrice, Calligaris et Nucci et nous vérifiâmes pendant vingt minutes, montre en main, les passants de la place. Je me rappelle que nous eûmes deux ou trois surprises : par exemple un camion tourna à droite au lieu de tourner à gauche, et une femme au lieu de traverser la place pénétra dans une maison, etc. Il n’en demeure pas moins que les prévisions dûment vérifiées furent de l’ordre de 87 %. Calligaris et Nucci n’étaient nullement étonnés. Ils considéraient cela comme naturel. Cette expérience ne me semblait pas, malgré son succès apparent, tout à fait satisfaisante. Je devais d’ailleurs prendre conscience de certaines difficultés à la lecture des œuvres du professeur Kammerer.

Une étonnante expérience de filiation

En effet, à cette même époque, Kammerer a établi un système qu’il appela loi de sérialité. Pendant des années ce physicien avait mené une enquête aussi étrange qu’originale. Il avait relevé par exemple le nombre de personnes passant chaque jour à la même heure par un endroit précis. Il dressa aussi d’innombrables statistiques, compte tenu de toutes les causes naturelles (lieu, climat, profession, etc.), car Kammerer crut déceler un élément non-causal qui gouvernait certains rythmes et certaines fréquences. Ces conceptions pouvaient dans une certaine mesure expliquer les résultats de notre expérience, mais elles étaient plus statistiques qu’individuelles. Je déclarai donc à Calligaris : « J’aimerais que l’on reprenne cette expérience dans d’autres conditions » ; il accepta avec un sourire. Vers onze heures et demie il arrive un prince italien, le prince X, qui venait poser au professeur un problème. Il avait eu plusieurs enfants naturels, en avait adopté un (sa femme étant stérile) et il comptait en faire son héritier, mais il voulait savoir si cet enfant était bien de lui. Calligaris lui répondit que c’était possible et qu’on allait expérimenter dans l’après-midi.

Vers quinze heures, nous nous retrouvons dans une salle d’expérience de la clinique. Le prince a apporté la photographie de son fils adoptif. Calligaris la mélange avec un certain nombre d’autres photographies du même format. Le prince est assis sur un tabouret, il est en bras de chemise. Il a enlevé sa cravate et ouvert sa chemise de façon qu’on puisse mettre une photo dans son dos à même la peau. Calligaris lui stimule un point de l’avant-bras gauche, glisse une photo dans le dos, il pose la question : que ressentez-vous ? L’autre répond : rien. Les dix photos sont passées successivement et quand celle du fils est mise en contact avec la peau, le prince a une impression particulière, à la fois physique et psychique. Calligaris sort la photo, c’est celle du fils adoptif. « Je peux vous affirmer, dit-il, qu’il descend bien de vous ». Le prince est ravi. Calligaris nous parle alors des problèmes d’identification d’amnésiques auxquels il a été mêlé et qu’il a résolus grâce aux chaînes linéaires du corps et de l’esprit. Ces chaînes constituent en effet une structure subtile qui relie les êtres non seulement avec le cosmos mais aussi avec l’humanité. Je lui dis en riant « ne pourrions-nous pas remonter jusqu’à Adam ? ». Il sourit et me dit : « ce n’est pas impossible ».

L’image de son microbe apparaît sur la peau du malade

Le lendemain, Calligaris me propose de nouvelles expériences. A la suite de la lecture de l’ouvrage de Sollier sur l’autoscopie (vision interne des organes), il s’est aperçu qu’il pouvait la provoquer facilement par la stimulation de certaines lignes ou points de la peau — et cela sur des êtres (paysans du Frioul) qui ignoraient tout de l’anatomie. Il a voulu aller plus loin, c’est-à-dire projeter ses visions sur la peau du sujet. Il a ainsi déterminé certains champs en général de quatre sur six centimètres, où ses expériences étaient possibles. Puis il a perfectionné sa méthode, de façon que la projection subisse un effet que j’appellerai microscopique, c’est-à-dire soit reproduite avec un grossissement pouvant agrandir plus de mille fois l’organe ou l’être qu’on observait. En effet il appliqua ce dispositif aux microbes et c’est ce qu’il allait expérimenter devant nous. Son chauffeur était allé chercher à l’hôpital de la ville, un syphilitique, un cancéreux et un tuberculeux. Calligaris en met deux dans la salle d’attente, il prend le syphilitique avec lui et nous sommes bientôt dans un cabinet d’expérience. L’homme est assis, son bras est dénudé. Calligaris au moyen d’un stylet électrisé et d’un crayon dermographique précise le champ sur lequel va apparaître le microbe. Il dessine au crayon les frontières de ce champ, puis il frotte la peau avec la pommade détergente. Il stimule ensuite un point du corps situé, je crois, sur l’épaule. Nous attendons quelques minutes et nous voyons apparaître en rouge la silhouette du microbe classique de la syphilis. La vision est si nette qu’on peut la photographier. — Le même processus a lieu pour les deux autres malades et dans chaque cas le microbe apparaît —. Dans son livre « les merveilles de la métapsychie » (en italien), Calligaris a reproduit ces photos. Je lui pose alors une question, à savoir si on peut trouver ainsi des microbes ou des virus inconnus et si par un moyen réflexif on ne peut pas les éliminer. « J’ai pu, me répond Calligaris, dans certains cas, traiter les maladies mentales en excitant des zones antagonistes, car chaque point ou chaque trait a un point ou un trait qui produit des phénomènes antagonistes. C’est une des propriétés de ce que j’appelle les chaînes vitales ». Je lui rapporte qu’un philosophe français d’origine roumaine, Stéphane Lupasco, avait basé toute une philosophie sur le dualisme antagoniste à la fois des parties du corps et des conceptions de l’esprit. Cette philosophie semble intéresser Calligaris et je lui promets de lui envoyer la thèse de Lupasco. C’est ce que je fis, il me répondit en me remerciant et en me disant tout l’intérêt qu’il avait pris à cette lecture qui sur certains points recoupait ses propres recherches. Ce qu’il y a de remarquable et qui a été mis en lumière depuis longtemps, c’est la concordance dans l’émergence d’idées nouvelles. On sait par exemple que la théorie des mutations a été découverte à la fois par trois chercheurs dans les environs des années 1900. En 1904, au congrès de philosophie de Genève, F. Mentré fit une communication sur les découvertes simultanées et en énonça plus de cinquante.

Clairvoyance en automobile

Le lendemain, après le repas, Calligaris me propose de fixer un point sur une carte des environs d’Udine. Il s’agit de choisir à mon gré un embranchement de routes dans ces environs pour y répéter l’expérience de la place, mais cette fois-ci au lieu d’agir dans une pièce, nous nous situerions à l’intérieur de son auto, c’est ce que nous fîmes l’après-midi même à quatorze heures. Nous nous rendîmes à un embranchement que j’avais choisi à une vingtaine de kilomètres de la ville. On tire les rideaux de l’auto et Calligaris stimule le point de la clairvoyance sur le bras de Nucci, je prends mon chronomètre et je note pendant vingt minutes tout ce qu’elle dit. Nous relevons les rideaux et nous observons l’embranchement de routes où nous voyons passer successivement des paysans avec des habits nettement caractérisés, des voitures traînées par des chevaux, et sept ou huit autos ; un avion de tourisme, etc. ; le pourcentage des résultats dépassant 80 % confirme la première expérience.

Calligaris est arrivé à maîtriser la clairvoyance dans le temps, c’est là un résultat extraordinaire qui n’avait jamais été réalisé jusqu’alors.

Le lendemain, c’est dimanche, et je pense me reposer. Vers huit heures et demie je descends de ma chambre pour prendre le petit déjeuner dans la salle de réception. Je rencontre Calligaris et je lui demande à quelle heure il s’est levé, il me répond comme d’habitude à quatre heures et je suis plein d’admiration pour cet homme. Il me précise qu’il a encore beaucoup d’ouvrages à terminer et que le temps imparti est restreint. En effet, il a pu déterminer l’âge de sa mort et, me dit-il, « il me reste au maximum six ans à vivre et je voudrais terminer dix volumes ». Il me fait entrer dans une petite pièce où sur des étagères sont des piles de feuilles manuscrites, chacune est l’ébauche d’un livre en préparation. Calligaris avait vu juste. Il est mort le 31 mars 1944.

Durant la guerre, Calligaris se décida à publier un ouvrage consacré à la lune (1943). Je réussis, grâce à un de ses amis, à avoir un correspondant à la commission d’armistice franco-italienne à Rome auquel le livre fut envoyé. Cette personne bienveillante, à un de ses retours en France, me l’expédia — et je me souviens encore de l’immense joie que j’ai eue en le recevant.

Dans la première partie de cet ouvrage, Calligaris apporte cinquante preuves pouvant justifier la véracité de ses expériences. Dans la seconde partie, il en donne les résultats. Il n’y a pas d’êtres vivants dans la lune, sinon des formes corallifères, mais on peut y trouver des vestiges d’une certaine civilisation. Le problème est de savoir s’il y a eu à un moment une atmosphère sur cette planète. Un autre volume était prêt, consacré à Mars et Vénus. Il y soutenait qu’il y avait des habitants sur Mars et que ceux-ci voyageaient sur des vaisseaux aériens de forme sphérique. Cela me revint à l’esprit quand une dizaine d’années plus tard le monde commença à découvrir les soucoupes volantes.

On peut être sceptique sur certaines découvertes de Calligaris. Ce n’est pas mon cas, mais il y a un point sur lequel je tiens à attirer l’attention. Tout d’abord les expériences doivent être pratiquées sur des sujets ayant des aptitudes paranormales. Or, il faut le dire, il y en a très peu. C’est une démagogie honteuse et intéressée qui répand l’idée que toute personne est un médium en puissance. Après cinquante ans d’études psychologiques, trente-cinq ans d’enseignement supérieur de psychologie, trente ans de psychologie pratique (sélection, orientation, psychothérapies diverses) après quarante-cinq ans d’études de parapsychologie, je puis bien affirmer le nombre très restreint de sujets capables d’expérimenter en parapsychologie. Or les découvertes de Calligaris ont été vulgarisées par un homme de bonne volonté, mais qui manquait d’esprit rigoureux, le docteur Leprince. Il s’en est suivi qu’autour des années 40, beaucoup de gens ont expérimenté sans aboutir à des résultats. D’où un scepticisme pour ces recherches. Je tiens à dire que personnellement mon estime pour Calligaris n’a pas changé et que je le considère comme un des plus grands parapsychologues ayant jamais existé.