Robert Linssen : Voies spirituelles progressives et abruptes


31 Oct 2010

LES REVOLUTIONS DU XXème SIECLE

INTRODUCTION

Au seuil du IIIème millénaire, le spectacle de l’ampleur des révolutions scientifiques du XXème siècle s’offre à nos regards stupéfaits.

Les bouleversements de l’ancienne physique newtonienne, la progressive dématérialisation de la matière, les révélations de la nature quantique de l’univers changent notre vision du monde et la nature des liens qui nous unissent à lui.

Le physicien David Bohm (1917-1992) nous a présenté le monde intérieur des variables cachées, jugé audacieux en 1960 mais actuellement prise au sérieux par plusieurs.

Les œuvres de David Bohm reflètent une vision de la nature spirituelle de la matière. L’univers révèle la non séparabilité de ses constituants ultimes. Il se présente comme une réalité monobloc d’un seul tenant : il est, en fait, le corps unique d’un seul et même vivant en perpétuelle recréation.

L’essor soudain d’un christianisme rénové se présente dès les environs de 1960 avec Teilhard de Chardin (1891-1955). Dans  » Le Phénomène humain « , il expose sa perception de l’univers comme  » Totalité-Une  » englobant les humains comme agents coparticipants à l’évolution. L’ère du christianisme sclérosé appartient au passé.

La libre pensée spirituelle de Krishnamurti (1895-1986) évoque une solidarité parallèle. Il déclare  » le monde est vous-même et vous-même êtes le monde « .

L’essor soudain des œuvres non-dualistes de Sri Nisargadatta (1897-1981) et de son disciple Ramesh Balsekar né en 1918 sont des évènements méritant notre attention. Ils préparent l’extraordinaire mutation spirituelle du XXIème siècle.

Les erreurs du passé engendrent une crise grave, à la fois individuelle et collective. Elle frappe les domaines sociaux, politiques, économiques, psychologiques, religieux. Elle se manifeste par des violences, des cruautés, des signes d’autodestruction évidents.

Le prestige des anciennes autorités s’est effondré et  laisse l’être humain désespérément seul. Mais cette solitude est un facteur de maturité et de prise de conscience nécessaire.

Entre un Krishnamurti qui intitule son livre  » La réalité sans voie  » (Pathless Reality) et notre contemporain Placide Gaboury, auteur d’un essai intitulé  » Comment traverser le Nouvel Age sans se perdre “, l’appel obscur de Voies nouvelles se perçoit.

De nombreux chercheurs sincères s’éveillent à la spiritualité renaissante que leur suggère une force vive de conscience et d’amour. Beaucoup s’orientent vers l’écoute d’un monde intérieur dont les témoignages d’antiques sagesses perdues leur donnent une saine nostalgie.

Mais une foule bigarrée d’aventuriers et de drogués, victimes de difficultés matérielles mettent à profit le manque de sens critique de gens simples pour fonder de plus en plus de sectes étranges. Les activités démentielles de celles-ci illustrent dramatiquement l’histoire contemporaine.

 » La maison brûle  » déclare Krishnamurti. L’acuité des crises actuelles appelle la réalisation d’une spiritualité authentique pleinement réceptive aux lumières du monde intérieur. C’est ce que nous apporte la pratique des  » Voies spirituelles  » non duelles.

BREVE HISTOIRE DES VOIES SPIRITUELLES NON DUELLES

L’origine des Voies spirituelles Non Duelles se situe dans l’antiquité lointaine de l’Inde. Parmi les textes les plus connus, il importe de mentionner le « Yoga Vashishta » attribué, selon la tradition indienne, au maître indien Vashishta précepteur du roi Daratha.

Le « Yoga Vashishta » était la source d’inspiration préférée du célèbre maître indien Ramana Maharshi (1870-1950) de Tirunamavalai. Celui-ci est considéré comme l’un des représentants les plus purs de la sagesse indienne « non duelle”. Il en était une incarnation vivante.

Ramana Maharshi a été le maître de plusieurs instructeurs contemporains tels Sri Nisargadatta (1897-1981), Sri Poonaji (1911-1998) et Ramesh Balsekar. Ce dernier, encore vivant en 1998 est né en 1918. Ils sont tous les auteurs de nombreux ouvrages traduits en plusieurs langues. Ramesh Balsekar dirige des réunions d’études spirituelles aux U.S.A., en Europe et en Inde.

Nous devons citer le maître indien Sankaracharya né en Inde aux environs du IIème siècle av. J.C. Il est considéré comme le maître incontestable de la Voie Spirituelle Non Duelle.

Le sage indien contemporain Krishna Menon décédé dans les années 1940, également connu sous le pseudonyme d’Atmananda fut l’instructeur de notre vénéré ami et collaborateur le docteur Roger Godel. Ce savant et sage authentique a consacré à Krishna Menon un ouvrage remarquable intitulé  » Socrate et le Sage indien  » ou la portée spirituelle de l’œuvre de Socrate se trouve admirablement exposée. L’essentiel d’une « maïeutique » socratique s’y trouve développé sous l’aspect d’une « science de l’accouchement spirituel “. C’est ici qu’il importe de souligner Plotin qui, dans ses célèbres « Ennéades » exprime le sens profond de la spiritualité non-duelle.

Je m’en voudrais de ne pas signaler l’importante diffusion de des enseignements « non-duels » réalisés par mes estimés amis et collaborateurs, Alexandra David-Neel et le maître japonais D.T. Suzuki qui ont honoré la tribune de notre institut entre 1947 et 1960.

Durant quarante années de conférences et d’écrits publiés dans le monde entier, ils ont donné un rayonnement considérable aux Voies Spirituelles non-duelles. Le maître D.T. Suzuki dans son livre le « Non Mental » et Madame David Neel dans son « Bouddhisme » publié à Monaco en 1947 nous ont donné une foule d’informations sur la sagesse non-duelle encore peu connue en Occident.

QU’EST CE QU’UNE « VOIE SPIRITUELLE ?

Tant que vous n’avez pas découvert que

VOUS ETES ce que vous cherchez, vous ne serez pas pacifié.

Sri Nisargadatta

Une « Voie spirituelle » est un enseignement présentant une façon de vivre ouverte aux richesses de l’esprit. Ces richesses se manifestent par une attitude de coopération et d’ouverture relationnelle au monde concret.

Le climat d’une voie spirituelle peut être précisé par une déclaration de Krishna Menon, un des maîtres contemporains de la spiritualité orientale. Il fait appel à l’équilibre de la pensée qui doit tenir compte du cœur et doit s’ouvrir à lui. Dans la mesure où la pensée s’ouvre au cœur, elle lui cède finalement la place de priorité.

De son côté, Krishnamurti déclare fréquemment qu’il existe une intelligence de l’amour. Une telle déclaration reflète le caractère spécifique des  » Voies spirituelles “.

Wei Wu Wei (1897-1986), considéré comme Eveillé contemporain, représentait un aspect apparemment sévère d’une Voie spirituelle non-duelle, celle du Ch’an taoïsme.

Dans sa préface à la traduction française du livre de Wei Wu Wei intitulé  » La voie négative « , Michel Waldberg écrit :  » Ce que nous croyons obtenir à la fin-, nous le possédons à l’origine; ce que nous nous efforçons de saisir en dehors de nous-même, nous n’avons aucun moyen de l’appréhender, car ce ne peut être autre chose que NOUS même ».

Là se trouve la surprise qu’attend le lecteur, lorsque pour la première fois il lit un ouvrage consacré à la Voie spirituelle non-duelle. Il apprend que NOUS SOMMES l’Etre non manifesté, le « noumène » dans SA plénitude mais les déformations d’une éducation fausse et le poids des mémoires du passé masquent notre nature véritable

Par « Voie spirituelle » nous désignons une prise de conscience non dogmatique consacrée à l’étude du monde intérieur, de la mémoire. L’exploration des couches multiples de la vie intérieure et des niveaux de la conscience s’effectue librement soit sous les conseils d’un guide éclairé, soit par chacun en s’inspirant d’un processus d’attention et d’honnêteté rigoureuse.

La recherche intérieure est aidée par la pratique de diverses techniques d’expressions corporelles inspirées par une rééducation créatrice considérant l’unité du corps et de l’esprit.

La spiritualité implique la prise de conscience du rôle destructeur de notre égoïsme et nécessite son dépassement. Elle comporte l’harmonie entre le cerveau, le cœur et les mains, mais elle attire l’attention sur les limitations qu’impose l’activité neuronale du cerveau dans la fabrication des images et de l’égo.

La « Voie spirituelle  » implique l’honnêteté, la non-violence, le détachement, l’art de voir et d’écouter… Elle exclut la violence, la colère, la cruauté, l’exploitation, les abus alimentaires et sexuels, l’avarice, l’orgueil, le mensonge.

La qualité de l’enseignant ou guide est le facteur le plus important de la relation enseignant/élève. Les signes distinctifs de l’authenticité d’un guide sont la pureté, le désintéressement, l’humilité, la pleine connaissance de lui-même et surtout l’ouverture au monde intérieur.

Au cours du début, la. Voie spirituelle est simple. Elle le sera toujours. L’élève est informé de l’erreur d’une identification excessive au corps physique. Ce dernier n’est qu’un instrument dont une approche correcte ouvre des possibilités de conscience et d’amour. L’univers a plusieurs dimensions ou niveaux d’énergie : le physique, le psychique et surtout le spirituel. Celui-ci est le plus réel. Le psychique est principalement formé par les champs de mémoires.

L’aboutissement des voies spirituelles nous ouvre à la priorité de la lumière fondamentale et impersonnelle. En elle se révèle 1’intelligence d’un amour infini. La vision ne passe pas par le cerveau. A certains égards nous LA sommes mais  nous l’ignorons encore suite à l’agitation mentale.

Les voies spirituelles sont réparties sous de multiples formes organisées ou libres. Les Yogas comme le Yoga-Zen de May Char à Montréal, le Tai Chi, les techniques du Zen ou des Arts martiaux répondent aux suggestions d’un centre psychique de la région ombilicale appelé le  » Hara  » Le Comte Von Durckheim y a consacré un ouvrage.

Rappelons que les instructeurs Zen déclarent « qu’un mouvement pensé est un mouvement raté”. La pratique de l’attention non-mentale aide le Hara à se libérer des automatismes corrompus de la pensée. Ceux-ci sont responsables de nos erreurs de jugement et de nos maladresses.

Les médiations individuelles ou collectives telles la méditation transcendantale, le Japa ou répétition de « mantras » à heures fixes, telles que le « Aum » figurent parmi un ensemble de techniques proposé par les voies spirituelles ordinaires. Celles-ci font également appel à la pratique de la respiration complète, l’omnipnétration de la lumière, la perception intuitive de l’Unité universelle.

Les « Voies spirituelles  » enseignent le caractère illusoire de notre isolement physique ainsi que la non-séparabilité des êtres et des choses. La peau n’est qu’une séparation optique dont le mental crée de fausses identifications.

Finalement, les énergies psychiques et physiques n’ont pas la réalité que notre vision surfacielle leur accorde. L’apparente substantialité des modes psychiques et physiques résulte de l’interaction réciproque des observateurs et des phénomènes observés dans un processus anthropique d’interaction mutuelle évoqué par la J.A. Wheeler[1].

Krishnamurti désigne le noumène comme une « autreté » (en anglais otherness). Aux yeux de l’Eveillé, la réalité nouménale est libérée de tous les attributs familiers que lui confèrent les concepts. Elle est une plénitude d’un autre Amour et d’une autre conscience qui sont autres que les mémoires résiduelles du passé. Telles sont les raisons pour lesquels il est déclaré que l’Eveil est l’Etat Vierge- par excellence.

ILLUSION DE L’EGO

Les découvertes récentes de la neurophysiologie du cerveau prouvent irréfutablement les limitations de l’activité neuronale président à la construction de l’image de l’égo et démontrent son caractère illusoire :

Dans une étude, basée sur une documentation scientifique récente, lé sémanticien Gérard Tiry déclare :  » Les formes avec lesquelles nous construisons notre monde sont celles avec lesquelles nous construisons notre égo dont la position peut paraître intenable au regard de notre nouvelle compréhension… Il nous a été permis d’échapper à 1’’illusion; il était nécessaire que cette faculté de conscience existe et se développe chez l’homme, qui dispose d’un appareil neuronal prodigieux, pour lui rappeler que les images de soi et du monde sont des interprétations de son égo. Il nous a été ainsi réservé la possibilité de ne pas être trompés par les facultés dont nous disposons et de contempler au-delà de la projection de notre ombre sur le soi « 

Dans l’esprit des voies nouvelles, l’immensité universelle emprunte son existence à un  » noumène « , ou « réalité en soi  » Il est le suprême Sujet, intemporel, non-né et omnipénétrant. Il englobe la multiplicité des phénomènes’. Ceux-ci sont considérés comme un jeu (Lila) formant les milliards d’objets que les ignorants croient séparés. Les activités du Jeu cosmique englobent le monde des êtres humains, les animaux, les végétaux, les objets inanimés, rochers, océans, planètes, galaxies, énergie des espaces interplanétaires et intergalactiques.

Cette totalité est une plénitude « monobloc » d’un seul tenant. La nouvelle astrophysique et la récente cosmobiologie la considèrent comme le « corps d’un seul vivant”. Sa réalité essentielle est le noumène dans toutes ses dimensions, ainsi que le déclare Ramesh Balsekar dans « Experiencing the teachings ».

Les énergies de conscience, quoiqu’indissociables et consubstantielles à la plénitude du « noumène » expriment spontanément leurs potentiels de division et d’expansion. Le  » Jeu divin  » s’exprime sans intention ni but, sous l’aspect de millions et de milliards d’êtres humains. Ceux-ci naissent, s’épanouissent et meurent. L’univers apparent est né. Les humains engendrent des champs d’énergies indestructibles et cumulatives.

Les mémoires sont constamment enregistrées sous formes de champs constituant l’inconscient collectif de l’humanité évoqué par Jung.

Dans cet océan psychique le psychisme des humains capte le contenu des échos du passé. Krishnamurti l’appelle l’égo de l’humanité. Il en dénonce l’action paralysante d’une force qui fut une aide partielle. Cependant, la pesanteur de celle ci finit par bloquer la mutation créatrice entraînant le dépassement de l’égo.

Afin d’éviter une confusion inévitable dans le domaine préalable à l’Eveil; nous suggérons la division arbitraire de deux étapes dans le cheminement vers l’Eveil intérieur. Nous les proposons en dépit du fait que pour l’Eveillé, il n’existe aucune étape. La technique d’expression utilisée doit provisoirement tenir compte des, limites du langage verbal et de l’ouverture de l’état d’écoute que réalise l’étudiant débutant. Nous utilisons pour lui le terme d’ouverture et pour l’humain réalisé le terme d’Eveillé. Cet Eveil implique une absence totale d’égo.

Aucun problème actuel, aussi brûlant soit-il dans les domaines matériels ou psychologiques, n’atteint pour être résolu l’intensité d’attention requise pour résoudre adéquatement le « lâcher-prise » intérieur.

Ainsi que l’écrit Ken Wilber :  » La pratique spirituelle réelle n’est pas quelque chose que nous faisons une demi-heure par jour. Ce n’est pas quelque chose que nous faisons une matinée ou une fois par semaine le samedi. La pratique spirituelle n’est pas une activité parmi d’autres activités. Elle est le fondement de toutes les autres activités, leur source et leur mise en valeur. C’est une consécration prioritaire à la Réalité Transcendantale, vécue, respirée, intuitionnée et pratiquée 24 heures sur 24 quotidiennement « . ( NO Boundary, p. 160, éd. Shambhala U.S.A.)

Pour être révélateurs de leur lumière, les textes de cet essai doivent être écoutés par l’intelligence du cœur. Celle-ci libèrent le méditant des chaînes de son égo.

En un instant inattendu surgira l’éclair d’une présence ineffable qu’il est sacrilège de commenter. Seul, le Silence est éloquence adéquate à cet évènement.

Ainsi que le déclare Ramana Maharshi  » l’Etre est hors d’atteinte de la pensée ; il est saisi par le cœur. Mieux encore : il est le cœur : l’essence intime du cœur. Concevoir l’Etre, ce n’est pas le chercher hors de soi, c’est être par le cœur, c’est demeurer tel dans le cœur  » (Etudes sur Ramana Maharshi, ed. A. Maisonneuve, Paris, 1942).

Le transfert de la conscience dans le cœur révèle l’intelligence secrète de l’amour. Cette intelligence opère spontanément une radiographie du monde matériel transpénétrant l’apparente impénétrabilité des surfaces extérieures. Elle pénètre dans les profondeurs du monde intérieur qui en forme la substance.

La vision du monde intérieur est plus réelle et complète que celle de mille yeux physiques. Cette vue pénétrante nous révèle que, sans le savoir, nous avons toujours vu le monde à l’envers. Tous les sages ont, de tous temps, déclaré que la vision intérieure ne passe pas par le cerveau.

Le physicien David Bohm a fait une grande révolution en déclarant en 1980 qu’un « renversement complet de la procédure habituelle doit se faire : au lieu de dériver le subtil comme une force abstraite du tangible, nous dérivons le tangible comme une force abstraite du subtil .

Cette déclaration revêt une importance fondamentale pour l’avenir de la nouvelle physique.

Le plus surprenant consiste à découvrir que le monde intérieur est formé de champs dont l’espace quasiment nul est de l’ordre du milliardième du milliardième de mm. Ceci confère à la matière qui nous constitue une impression de volume énorme. Il en résulte que nous serions artificiellement gonflés par rapport à la source d’où nous émanons. Les maîtres bouddhistes de la  » Vue Juste  » l’ont toujours enseigné. Les Eveillés de l’Advaîta également.

La tradition déclare  » la forme est le vide et le vide est la forme « . Ce vide désigne l’absence de toute qualité connue mais non un néant. Au contraire, lui seul est substantiel.

Là se trouve le grand renversement de la nouvelle physique.

Il est confirmé de façon inattendue par la relation d’une expérience de Krishnamurti. Celui-ci écrit dans « Carnets  » p. 59 et 115 ed. du Rocher : « Tout à coup, dans ce vaste silence, survient ce qui était l’être solide, inépuisable. Solide, sans poids, sans dimension, il était là et plus rien d’autre n’existait… Ces mots-là, ni aucun autre, ne pourraient communiquer cette présence… Elle était elle-même totalement et rien d’autre, la somme de toutes choses, l’essence « .

Cette force qui était une bénédiction était avec nous. Elle était d’une solidité énorme, impénétrable. Aucune matière ne pourrait être d’une telle solidité « .

Signalons ici la fréquence des déclarations d’Eveillés évoquant également la solidité ou l’aspect de roc monobloc du noumène contrastant avec celui de rêve attribué au monde matériel.

PROGRESSION OU REALISATION SOUDAINE

S’agit-il d’un processus horizontal de progression par étapes ou bien de la verticalité intemporelle de l’Eveil authentique commentées par les sages ?

Nul ne peut l’affirmer à priori. Seul le méditant peut le savoir avec certitude. Et nul ne peut ni ne doit le juger

Le désir de juger indique un désordre conceptuel de l’égo avide d’évaluations ou de comparaisons insensées dans un tel domaine.

Néanmoins, il est clair que si le corps n’est pas seulement entretenu par obéissance à ses niveaux biologiques mais s’il est alimenté par les sources psychologiques suivantes : désirs de continuité et volontés diverses de l’égo, suggestions d’affirmation de la personnalité en vue d’acquisition ou d’expansion dans le temps, si les processus habituels de la mémoire et d’autoprotection ne sont pas éteints, si des traces de l’égo sont encore actives, le méditant est encore enfermé dans l’horizontalité d’une ouverture  progressive dans le temps. Il peut encore osciller entre des périodes d’angoisses et des joies de transes extatiques mais les premières diminueront progressivement pour laisser la place aux secondes.

En revanche, s’il ne subsiste plus la moindre trace de l’égo et que l’impersonnalité est complète l’Eveil explose  instantanément dans une verticalité intemporelle et lumineuse. Cette réalisation ne résulte pas d’un acte du méditant mais la priorité absolue du noumène ou Sujet suprême.

Le passage de l’horizontalité à la plénitude de la verticalité ne peut être que soudain et instantané. Krishnamurti déclare que les éléments connus de l’horizontalité n’ont aucun lien ni contact avec l’Inconnu de la verticalité, celui-ci étant dans la plénitude de l’état vierge. L’énergie avec laquelle il s’exprime ici n’a d’autre but que d’arracher l’endormissement des foules.

Ainsi que l’enseignent les maîtres tels Ramesh Balsekar, lors de l’Eveil le corps joue le rôle d’un témoin impersonnel. ou s’exprime le plus haut sommet de sa fonction d’instrument. Balsekar ajoute avec une pointe d’humour qu’en prenant la parole au nom du noumène et s’adressant à son « moi-phénoménal » il lui déclarait : « sois calme et sache que Je suis divin. Ce n’est que lorsque le « moi » phénoménal est absent que le « je nouménal peut être présent.

Ayant renoncé à l’univers extérieur et à ce corps, j’expérimente le MOI SUPREME,

à travers une soudaine sagesse, qui s’est éveillée spontanément.

Comme les vagues, l’eau et l’écume ne diffèrent pas de l’eau qu’elles forment, ainsi l’univers a surgi spontanément du MOI SUPREME qui n’est pas différent de LUI)

(Roi Janaka trad. R. Balsekar)

Je suis dans la béatitude d’une immensité sans limite, solide comme un roc

Je ne suis jamais sorti de CELA

Shri Nisargadatta

Bibliographie

R. Balsekar Experiencing the Teachings, Advaita Press 90277

G. Bateson Vers une écologie de l’esprit éd. Seuil, Paris, 1984

D. Bohm La plénitude de l’Univers, éd. Le Rocher Paris 1985

Briggs et Peat L’univers miroir, Laffont – Paris 1986.

F. Capra Le tao de la physique, Tchou Paris 1979

L. Dossey Space, Time and Medecine Boston, Shambala 1982

R. Fouéré Krishnamurti, Courrier du Livre 1986

Hsi-Yun Le mental Cosmique, Adyar Paris 1951

Krishnamurti Carnets, éd. Le Rocher

Nicolescu Nous, la particule et le monde. éd. Mail, Paris 1985

R. Linssen Spiritualité quantique, éd. Mortagne, Montréal 1994

Univers corps d’un seul Vivant, éd. Altess Paris 1995

R. Sheldrake La mémoire de l’univers. éd. Rocher Paris 1988

D.T. Suzuki     Le NON-MENTAL, Courrier du Livre, Paris 1970

G. Tiry Apprentissage du Réel, éd. L’Harmattan, 1998

D. Zohar Le moi quantique, éd. Rocher Paris 1994

Wei Wu Wei All else is bondage, University Press, Hong-Kong, 1961


[1] Cité par Zohar dans le  » Moi quantique  » Ed. du Rocher.