Joan Tollifson
Ouverture

L’attention peut être absorbée par des pensées et des récits concernant le passé et le futur, et la conscience peut s’identifier au personnage de l’histoire de ma vie, le « moi » qui semble aux commandes, pensant mes pensées, faisant mes choix, accomplissant mes actions, vivant ma vie, et subissant la frustration, la douleur et toutes sortes de sentiments et de circonstances indésirables. Toute cette activité mentale est comme un nuage qui voile et obscurcit, temporairement, la pleine expérience de cette présence ici-maintenant.

Jouir de la danse

Ouverture

Il y a ici une ouverture, une immensité

Pouvez-vous la sentir ?

Ouverte, spacieuse, chaleureuse, radieuse, aimante, tout-inclusive, pleine de tout et pourtant totalement libre et vide — sans forme, informe, illimitée — dansant sous des apparences infiniment variées.

Cette présence consciente ouverte est notre nature la plus fondamentale, le fondement de l’être, le sans-fond au cœur de toute chose, l’immédiateté de l’ici et maintenant, le vide et la plénitude de toute chose.

Ouverte, claire, sans bornes, insaisissable et pourtant la plus intime, plus proche que proche.

Je ne pointe pas vers des idées abstraites ni des philosophies à penser ou à raisonner. Je pointe vers quelque chose d’expérientiel, de vivant, juste ici, tout de suite.

Certains d’entre vous pensent peut-être ne pas comprendre et ressentent alors de la frustration. Alors, commençons simplement par permettre à la frustration d’être là et explorons ce qu’est réellement cet événement en perpétuel changement que nous appelons « frustration ». Tout ce qui se présente est l’endroit parfait pour commencer. Ainsi, au lieu de penser à quel point nous sommes frustrés, nous pouvons explorer les sensations mêmes de cette prétendue frustration comme de simples sensations étonnantes, ainsi que tout le reste qui est ici — le bruit du réfrigérateur, la lumière sur le mur, la douleur au genou, les odeurs du dîner qui cuit, les bruits de la circulation, tout ce qui se manifeste. Est-il possible d’écouter pleinement ces sons ordinaires, d’explorer la soi-disant « frustration » comme une danse étonnante d’énergie, de tout contempler de la même manière que l’on contemple un nouveau-né ou le visage de l’être aimé, avec amour et émerveillement, sans jugement ?

Le chemin de l’éveil, tel que je le vois, consiste à découvrir l’amour, la beauté, la joie, l’émerveillement, la plénitude de la vie ici même, dans chaque instant ordinaire. Et parfois, il s’agit de ressentir la douleur, le chagrin, la colère, la tristesse qui font partie du fait d’être vivant. Il s’agit aussi de voir (dans l’instant même, au moment où cela se produit) comment la pensée, accompagnée des mouvements habituels de saisie et de résistance, crée une souffrance et une confusion inutiles. Et il s’agit de découvrir l’ouverture, la spaciosité, la vivacité sans bornes et la plénitude de la présence elle-même.

Cette vitalité ici et maintenant est toujours déjà pleinement présente, attendant d’être remarquée, appréciée et explorée. C’est la simplicité même. La pensée est compliquée, abstraite, toujours à un pas de la réalité, toujours dualiste. La présence est simple, immédiate, non-duelle, inconcevable et pourtant incontournable. La présence consciente est toujours déjà ici, qu’on la remarque ou non.

L’attention peut être absorbée par des pensées et des récits concernant le passé et le futur, et la conscience peut s’identifier au personnage de l’histoire de ma vie, le « moi » qui semble aux commandes, pensant mes pensées, faisant mes choix, accomplissant mes actions, vivant ma vie, et subissant la frustration, la douleur et toutes sortes de sentiments et de circonstances indésirables. Toute cette activité mentale est comme un nuage qui voile et obscurcit, temporairement, la pleine expérience de cette présence ici-maintenant. (Bien sûr, penser et s’identifier au petit « moi » sont aussi des formes impersonnelles que cette présence indivise prend momentanément, mais, lorsque ces histoires sont crues comme réelles, la souffrance et la confusion s’ensuivent).

Nous ne pouvons pas faire disparaître cette couverture nuageuse, et tous ces efforts ne sont que des couches supplémentaires de nuages. À la place, pouvons-nous simplement voir la couverture nuageuse, lui permettre d’être telle qu’elle est, la contempler avec amour plutôt qu’avec résistance, peut-être en être curieux (de quoi est-elle faite ? comment se manifeste-t-elle dans le corps ? Quelles pensées la génèrent ?), et permettre qu’elle se dissolve naturellement en son temps. On pourrait découvrir que, sans nos pensées et nos histoires sur des nuages, leur pouvoir sur nous diminue, et ils ne sont que des événements passagers.

Ce type de conscience aimante, d’attention ouverte et d’investigation intelligente sont des pouvoirs transformateurs qui, progressivement (et toujours seulement maintenant), ont le potentiel de dénouer les nœuds de la confusion, de dissoudre des problèmes imaginaires, de voir à travers les illusions, d’éclairer la manière dont une souffrance inutile est créée, et de nous éveiller au miracle toujours présent, mais souvent négligé.

La conscience est non moralisatrice. Elle n’est pas orientée vers un résultat. Elle permet à tout d’être tel qu’il est. Elle ne résiste à rien et ne s’attache à rien. Elle est ouverte. Libre. Elle offre l’espace pour que tout soit tel quel, et l’espace pour que du nouveau puisse émerger. On pourrait l’appeler amour inconditionnel.

La conscience est plénitude. Elle voit tout depuis la plénitude, comme plénitude. Voir depuis la plénitude apporte une compassion totale pour tout ce qui est tel quel, et offre simultanément l’espace pour que tout change et pour que quelque chose de nouveau apparaisse. Lorsque nous voyons pleinement quelqu’un, nous l’aimons naturellement, même si nous avons horreur de ce qu’il fait. Et même si certaines choses nous semblent abjectes, la conscience reconnaît tout comme un tout fluide qui ne peut être séparé, sachant que tout s’assemble de manière que nous ne pouvons concevoir, que tout a sa place. Rien ne pourrait, en cet instant, être autrement que ce qu’il est, et déjà cela s’est dissous et est passé à autre chose.

La danse de la lumière et de l’ombre, de l’oubli et du souvenir, lorsqu’elle est vue depuis un contexte plus vaste, révèle à la fois la plénitude indivisible et la nature évanescente, onirique, de tout ce qui semble d’abord si solide, substantiel et réel. Des choses qui semblaient autrefois personnelles et insupportables, comme le sentiment de frustration, se volatilisent. Et si elles ne se volatilisent pas, qu’importe ? Sans ce gardien fantôme (le « moi »), le problème n’est plus un problème.

Cette conscience lumineuse et radieuse qui est ici maintenant en train de lire ces mots est véritablement un miracle. Ce n’est pas une chose. Elle est vide de substance. On ne peut pas la cerner. Elle n’a ni couleur ni forme. Elle est plus proche que proche, totalement immédiate, et pourtant infinie et sans limites. Elle est la lumière qui illumine et contemple (qui est et qui tient) toute chose.

Il n’est pas nécessaire de la chercher. Elle est juste ici. Elle est ce qu’est l’Ici-Maintenant. C’est notre nature fondamentale, le fondement sans fond toujours présent. Indivise et entière, apparaissant comme ce déploiement magique infiniment varié, puis disparaissant dans l’obscurité germinale d’où elle émerge.

N’essayez pas de saisir tout cela par la pensée. Laissez la pensée se relâcher, juste un instant. Sentez la respiration. Remarquez les couleurs et les formes ici et maintenant comme de pures sensations visuelles, laissez tomber les étiquettes et les récits, entendez les sons comme de simples sons, écoutez comme vous écouteriez de la musique, plongez dans les sensations brutes elles-mêmes, sentez les textures, goûtez les saveurs, appréciez tout cela, et remarquez la vaste présence consciente que vous êtes et que tout est. Ressentez la vivacité de toute cette expérience présente.

Si l’esprit demande : « Et alors ? Qu’est-ce que cela m’apporte ? À quoi bon ? » ou s’il insiste : « Ça ne marche pas, je suis toujours frustré », remarquez que ce sont des pensées. De telles pensées surgissent-elles lorsque vous écoutez de la musique, dansez, faites l’amour, riez devant un film drôle, vous promenez dans un lieu de nature que vous aimez ? Je suppose que non. Si elles surgissent dans la quête spirituelle, vous pourrez vous demander : où essayez-vous d’aller ? Quel résultat imaginezvous et pour qui ? Peut-être que cette destination future imaginaire et celui qui se sent déficient ici et maintenant, celui qui pense que « ça ne peut pas être ça », sont tous deux des créations mirage de la pensée. Des illusions. Des nuages passagers. Est-il possible de simplement aimer danser et d’être la danse, même lorsque parfois elle se déploie d’une manière inconfortable ou désagréable ?

Les êtres humains veulent désespérément décrire l’existence et, historiquement, ils parlent de matière, d’énergie, de conscience, d’esprit, d’unité et de mystère. Mais les descriptions ne sont que des interprétations limitées. Toutes. Elles ne peuvent jamais nous dire ce qu’est réellement la vie…

Même le sentiment d’exister disparaît chaque nuit, pour réapparaître ensuite. C’est comme une lumière qui s’éteint et se rallume.

Lorsqu’elle est allumée, notre soi-disant vie apparaît dans son flux. Corps, besoins, intérêts, préoccupations, impulsions et actions — situations familiales, événements nationaux, événements internationaux — tout cela surgi et s’évanouit comme des apparences passagères dans un événement sans forme…

Ces formes n’existent pas réellement ; elles sont comme des ondulations dans l’eau qui coule…

Notre apparence, notre direction et nos actions se produisent simplement. Cette réalisation est la liberté…

À un certain moment, le cœur peut s’ouvrir au mouvement totalement indéfinissable, imprévisible et souvent non désiré qu’est la vie. L’amour est cette ouverture du cœur…

Darryl Bailey

Texte original publié le 8 février 2026 : https://joantollifson.substack.com/p/openness