Ce à quoi tout se résume

Agnes, mon orchidée, dans toute sa splendeur
Un bref extrait d’un livre sur lequel je travaille :
Que voudrais-je surtout transmettre dans ce livre ? Que vous êtes parfaitement bien tels que vous êtes ; que l’autoroute et la salle de bain sont aussi sacrées que le temple ; que le simple fait d’être en vie suffit ; que le chemin parfait est exactement celui sur lequel vous êtes ; que tous les chemins ne mènent nulle part (c’est-à-dire ici et maintenant) ; qu’il n’y a jamais que cela ; que rien ne pourrait être différent de ce qu’il ne l’est en cet instant ; qu’il n’y a personne aux commandes (ni Dieu, ni vous, ni moi) ; qu’il y existe une immense liberté dans le fait de ne plus avoir besoin de savoir ce que tout cela est ni pourquoi c’est là, simplement être ce que, en réalité, vous ne pouvez pas ne pas être — cet unique instant insondable, cette expérience présente, cette présence consciente, cette vivacité ici-maintenant, exactement telle qu’elle est.
Le chemin de l’éveil, tel que je le vois, consiste à découvrir l’amour, la beauté, la joie, l’émerveillement, la plénitude de la vie ici même, dans chaque instant ordinaire. Et parfois, il s’agit aussi de ressentir la douleur, le chagrin, la colère, la tristesse qui font partie de l’expérience d’être vivant. C’est également voir (dans l’instant, au moment même où cela se produit) comment la pensée, accompagnée des mouvements habituels de saisie et de résistance, engendre inutilement souffrance et confusion. Et c’est découvrir la présence elle-même : vivante, ouverte, spacieuse, libre et entière.
Cette vivacité ici, maintenant, est le cœur même de ce livre. Et elle est toujours déjà pleinement présente, attendant d’être remarquée, savourée et explorée. C’est la simplicité même. La pensée est compliquée. La présence est simple. Elle est toujours déjà ici.
— extrait de mon livre en cours d’écriture, provisoirement intitulé One Bottomless Moment (« Un seul moment insondable »)
L’essentiel
La seule réalité est ici-maintenant — cette immédiateté ou présence, cette vivacité, cette expérience en perpétuel changement du moment présent, cet unique instant insondable. C’est là que se trouve toute la substance.
La simple réalité de l’expérience présente ici et maintenant est impossible à mettre en doute, mais tout ce que nous en pensons ou croyons à son sujet peut, lui, être mis en doute. Beaucoup de personnes, dans les milieux spirituels et non dualistes, parlent avec une certitude absolue, comme si elles savaient avec certitude comment fonctionne l’univers entier. Je l’ai probablement fait moi-même à quelques occasions. Mais à mes yeux, ce genre de certitude relève de l’illusion. Cela ne peut être saisi ni fixé, et il n’en a d’ailleurs pas besoin.
Ce dont il est question ici n’a rien à voir avec le développement personnel ni avec des accomplissements futurs (ou passés). Il n’y a rien de mal à vouloir améliorer la qualité de la vie : manger sainement, faire de l’exercice, recevoir une éducation, consulter un thérapeute ou un médecin, se libérer d’une dépendance, soigner un cancer, ou encore participer à des activités pour protéger l’environnement, sauver la faune sauvage, rendre la société plus équitable et plus juste, et ainsi de suite. Tout cela fait partie du mouvement de la vie.
Mais faire la guerre, commettre des génocides et détruire les forêts tropicales fait aussi partie du mouvement de la vie. Tout cela se produit, qu’on le veuille ou non, et lorsque nous regardons de près, nous ne trouvons personne aux commandes, même si nous sommes profondément conditionnés à croire que nous avons tous un libre arbitre et que nous devrions et pourrions faire beaucoup mieux si seulement nous faisions un peu plus d’efforts. Voir à travers cette douloureuse illusion procure un grand soulagement, accompagné d’une compassion profonde pour tout e ce qui est, exactement tel que c’est (y compris nos impulsions et nos actions visant à changer ce qui est). Nous semblons encore faire des choix, mais, en réalité, ces choix et toutes nos actions se produisent simplement. Le «?décideur–penseur–acteur?» est une sorte de mirage — une pensée, une image mentale, une sensation neurologique.
En tant que bébés ou jeunes enfants nous goûtons l’émerveillement d’être simplement — les feuilles vertes scintillantes, le goût de la nourriture, le chant des oiseaux, le jeu magique des couleurs, des formes, des mouvements, des sons, des goûts et des odeurs, la pure magie d’ouvrir et fermer nos mains ou de nous retourner — le miracle de cet instant. Nous aimons jouer. En grandissant, nous perdons souvent le contact avec cette capacité d’émerveillement. Nous devenons plutôt absorbés par des histoires, des idées, des concepts et des croyances — la carte conceptuelle plutôt que le territoire vivant.
La réalité vivante est évanescente, insaisissable, changeante d’instant en instant, jamais deux fois la même. Les histoires et les concepts la rendent apparemment plus saisissable. Ils créent une sorte de monde imaginaire qui semble se diviser en parties distinctes et solides, persistantes, et notre attention se fixe sur ces apparents «?objets?» et sur les drames de leurs interactions. Nous nous imaginons être l’un de ces « objets » séparés et persistants.
Dans une certaine mesure, ce monde-carte est fonctionnellement nécessaire. Il ne disparaîtra jamais complètement, même lorsque nous commençons à percevoir une autre perspective, car la cartographie conceptuelle fait partie du fonctionnement même de la vie. Mais une partie de ce monde-carte imaginaire peut certainement devenir de moins en moins crédible, ce qui est libérateur, car une grande partie de notre souffrance et de notre confusion en découle.
Lorsque nous nous sentons séparés, petits et enfermés en nous-mêmes, la nature insaisissable de la réalité vivante nous donne l’impression d’être insécures et démunis. Et parce que la réalité contient parfois une douleur et une souffrance immenses, nous sommes naturellement enclins à adopter des idées et des croyances qui semblent offrir sécurité, contrôle, explications, et ainsi de suite. Mais toute croyance porte en elle son ombre de doute. Et la vérité est que nous n’en savons rien. Nous ne pouvons pas voir l’ensemble.
Mais nous n’avons pas besoin de le voir ! Lorsque la tentative de saisir les choses s’évanouit, c’est en réalité un immense soulagement.
Quelques citations
Dans mes livres, j’ai toujours aimé utiliser des citations en exergue. C’est pour moi une manière d’improviser et de jouer avec d’autres auteurs et orateurs, et d’offrir différentes façons de voir ce vers quoi l’on pointe. Dans mon livre que j’écris actuellement, je m’amuse à jouer avec différentes citations placées tout au début. Voici les quatre que j’ai pour l’instant, même si cela pourrait encore changer. Mais je pense que, prises ensemble, elles résument très bien ce que le livre tente d’exprimer :
Si vous voulez trouver le trésor, comme un pot rempli de joyaux au bout de l’arc-en-ciel, ne cherchez pas plus loin que votre expérience ordinaire. Cette expérience quotidienne est l’arc-en-ciel lui-même.
— Peter Brown
Si vous vous intéressez à l’éveil, je vous conseille de commencer par abandonner toutes les croyances que vous avez acquises, quelle qu’en soit l’origine. Faites table rase et menez votre propre enquête, en repartant de zéro, sans dépendre de qui ou de quoi que ce soit. Oubliez les concepts. Oubliez ce que d’autres prétendent avoir su. Oubliez ce que vous savez… Il n’y a pas de chemin d’ici à ici.
— Robert Saltzman
La libération spirituelle vous libère du fantasme douloureux de vouloir vous perfectionner. En cet instant, je suis ce que je suis ; vous êtes ce que vous êtes ; nous sommes tous deux la danse du cosmos. La libération n’est pas l’acte de s’en libérer. La libération, c’est de voir qu’il ne peut en être autrement.
— Darryl Bailey
Je ne suis pas tout à fait sûr si je rêve ou si je me souviens, si j’ai vécu ma vie ou si je l’ai rêvée. Comme les rêves, la mémoire me rend profondément conscient de l’irréalité, de l’évanescence du monde — une image fugitive dans l’eau qui s’écoule.
— Eugène Ionesco
Avec tout mon amour…
Texte original publié le 15 mars 2026 : https://joantollifson.substack.com/p/the-essentials