Ulrich Mohrhoff
L’illusion de la causalité d’après l’Agenda de Mère

Commençons par écarter un malentendu : je ne parle pas de la causalité physique. Les lois de la physique existent et sont ce qu’elles sont pour une seule raison : établir le cadre de l’aventure de l’évolution. Elles dressent la scène d’une pièce, mais elles ne dirigent pas la pièce. Je ne parle pas non plus des […]

Commençons par écarter un malentendu : je ne parle pas de la causalité physique. Les lois de la physique existent et sont ce qu’elles sont pour une seule raison : établir le cadre de l’aventure de l’évolution. Elles dressent la scène d’une pièce, mais elles ne dirigent pas la pièce. Je ne parle pas non plus des lois de la physique classique qui, en tant que limites théoriques des lois de la physique quantique, pourraient être considérées comme illusoires. Je ne veux pas dire non plus qu’il serait illusoire de transformer en un état de choses évoluant de manière déterministe, ce qui n’est qu’un simple outil permettant d’établir des prédictions probabilistes, comme la fonction d’onde de la mécanique quantique.

Je parle du drame qui se joue sur cette scène. Plus précisément, je m’intéresse à la différence entre la manière dont ce drame apparaît à un être doté d’une conscience mentale et la manière dont il apparaissait à quelqu’un engagé dans un processus de transformation supramentale — quelqu’un comme la collaboratrice spirituelle et paire de Sri Aurobindo, celle qu’il appelait « la Mère ». Le 2 avril 1972, la Mère disait :

Nous voulons une race qui n’ait pas d’ego, qui ait une conscience divine à la place de l’ego. C’est cela que nous voulons : la conscience divine qui permettra à la race de se développer et au surhomme de naître. Si vous croyez que je suis ici parce que je suis liée, ce n’est pas vrai. Je ne suis pas liée. Je suis ici parce que mon corps s’est donné pour les premières tentatives de transformation. Sri Aurobindo me l’a dit ; il m’a dit : « Je ne connais que vous qui puissiez le faire ». J’ai dit : « Bien, je le fais ». Ce n’est pas… je ne souhaite à personne de le faire pour moi parce que… parce que ce n’est pas très plaisant, mais je le fais très volontiers parce que les résultats, tout le monde pourra en profiter.

La différence que j’ai à l’esprit est la suivante :

L’état de conscience habituel, c’est de faire quelque chose POUR quelque chose… Mais à n’importe quel niveau, il y a toujours un but. Nous, nous parlons de « réalisation supramentale », ce but. Mais tout dernièrement, je ne sais pas ce qui s’est passé, c’est quelque chose qui a comme pris possession de moi, je ne sais pas… l’inexistence du but. C’est comme un ressort qui existait et qui avait sa raison d’être, et c’est pour cela qu’il persistait : faire ceci pour arriver à cela, et ceci mène à cela (mais ce n’est même pas ça, c’est plus subtil que cela), et ce ressort, tout d’un coup, semble être devenu inexistant, parce que inutile. Maintenant c’est une sorte d’absoluité dans chaque seconde, chaque mouvement, depuis le mouvement le plus subtil, le plus spirituel, jusqu’au plus matériel ; c’est cet enchaînement qui a disparu. L’enchaînement a disparu : ça n’est pas la « cause » de ça ; et ça n’est pas fait « pour » ça ; on ne va pas « là » — tout cela paraît… Un absolu innombrable et perpétuel, simultané. Le sens de connexion est parti, le sens de cause à effet est parti : tout cela appartient au monde de l’espace et du temps. Il n’y a pas — ce genre de connexion comme ça (Mère fait un geste horizontal) n’existe pas : c’est comme ça (Mère fait un geste vertical qui domine et embrasse tout à la fois). N’essaye pas de comprendre ! C’est évidemment intraduisible. Mais ce qui peut se traduire, c’est cette espèce de sensation que tout l’enchaînement des causes et des effets et du purpose, du but, tout cela, ça paraît tout en bas, très loin, très loin, très… humain — c’est peut-être divin aussi (au point de vue des dieux, c’est peut-être comme cela aussi, je ne sais pas), parce que dans la conscience de la Mère universelle, c’est encore là, il y a encore cette ardeur d’amour à servir. C’est encore là, alors c’est dans les dieux aussi. (25 avril 1961)

Cette position de conscience au-delà de l’espace et du temps est également le siège de la Puissance suprême :

j’ai l’impression (pour être tout à fait explicite) que la notion de « résultat » doit disparaître totalement pour avoir le Pouvoir le plus haut et le plus pur — que le Pouvoir suprême est un Pouvoir qui n’a pas DU TOUT le sens du résultat, que ce sens de résultat est encore une dislocation entre le Pouvoir essentiel, suprême, et la conscience ; c’est-à-dire que la conscience commence à se séparer un peu [de son identité avec la Puissance Suprême] pour avoir le sens du résultat, autrement il n’y a pas ça. C’est comme si on voulait que tout… que ce soit l’Action, l’Action éternelle de chaque seconde dans la Manifestation, qui est la chose. À chaque pulsation, qui correspond au temps dans la Manifestation, c’est ça qui est la chose. Et cette idée de quelque chose qui aura un résultat est déjà une déformation… Mais ce sens de conséquence est faux ; c’est déjà une descente de la conscience… Une espèce de libération (je ne parle pas de souci ni de préoccupation, il ne s’agit pas de ça), mais même de l’IDÉE que ça a une conséquence : c’est comme ça parce que c’est comme ça ; ce doit être comme ça et c’est comme ça, voilà… et c’est cette Pulsation éternelle qui se traduit dans le temps par ces bouffées — je sens ça très fort, très fort. C’est une expérience très constante et très spontanée, très naturelle. Cette idée de ce qui est derrière, en avant, tout ça, c’est… une Vérité qui se change d’Éternité immuable en Éternité de manifestation. Et ça se change comme ça, par (Mère fait un geste de pulsation), exactement comme des bouffées — peuff ! peuff ! Peuff… On pourrait dire des bouffées aussi irresponsables que les bulles de savon d’un enfant. Pas — aucun sens des conséquences, aucun-aucun-aucun. (31 août 1962)

Et encore :

Les êtres humains font toujours quelque chose POUR quelque chose, avec un but, une raison, un mobile ; même la vie spirituelle, même l’effort spirituel, c’est POUR le progrès de la conscience, POUR arriver à la Vérité, pour… c’est une vibration qui a toujours une queue — une queue en avant. Et ces cellules se sont aperçues que si l’on arrive à avoir la vibration sans la queue, la puissance est décuplée — « décuplée » n’est rien ! parfois c’est fantastique, la différence… Alors la conclusion (naturellement, après, quand tout cela a été vu et regardé attentivement), la conclusion, c’est que le Seigneur n’a ni cause ni effets ; et tout ce qui est, est comme ces pulsations dans mon expérience [d’avril 1962], les pulsations d’Amour qui éclataient et produisaient le monde, et qui se suivaient mais qui n’avaient pas de cause et d’effet : une pulsation n’était pas le résultat de la précédente ni la cause de la suivante — pas du tout —, chacune était un tout en elle-même. (22 janvier 1964)

Notons que ce furent les cellules du corps de Mère (« ces cellules ») qui eurent la réalisation d’une augmentation « décuple » de puissance. Il faut garder à l’esprit que la force supramentale est la seule force qui existe dans le monde ; toutes les autres forces ne sont que ses manifestations fragmentées. Lorsqu’elle se manifeste en son propre droit, ces dernières sont automatiquement intégrées à leur dynamisme originel. Toutes les limitations (de conscience comme de force) sont alors abolies : les forces actives dans le corps sont libérées de leurs modes de fonctionnement automatiques, aveugles et habituels ; la conscience actuellement enfermée dans les cellules du corps est délivrée ; et la stratification familière de la conscience — une conscience mentale limitée au sommet d’une conscience vitale assiégée, elle-même au sommet d’une conscience matérielle inerte — est supprimée. Inutile de dire que, pour pouvoir libérer la force à l’œuvre dans le corps de ses automatismes,

il faut tellement que vous soyez libre de tout ce que représente maintenant la conscience physique, que c’est une bataille de chaque seconde. Tous les sentiments, toutes les sensations, toutes les pensées, tous les réflexes, toutes les attractions, toutes les répulsions, tout ce qui existe, tout ce qui est le tissu de notre vie physique doit être surmonté, transformé et libéré de toutes ses habitudes. Ça, c’est une bataille de chaque seconde contre des milliers et des millions d’adversaires. (Œuvres complètes de la Mère, vol. 5, 14 octobre 1953)

Toute l’habitude automatique des millénaires doit être changée en une action consciente et directement guidée par la Conscience suprême. (22 janvier 1966)

Telle est la ligne directrice des treize volumes de l’Agenda de Mère.

Parlons maintenant (ou plutôt laissons la Mère parler) de ces « pulsations » et de ces « bouffées ». Après un mois périlleux en 1962, la Mère vécut une expérience décisive. Voici comment elle la décrivit :

Soudain, dans la nuit [du 12 au 13 avril 1962], je me suis éveillée avec la pleine perception de ce que l’on pourrait appeler le « Yoga du Monde ». l’Amour Suprême se manifestait par de grandes pulsations, et chaque pulsation était le déroulement du monde dans sa manifestation. C’était les formidables pulsations de l’Amour éternel, prodigieux, seulement l’Amour : chaque pulsation de l’Amour emportait l’univers dans son déroulement. Et la certitude que ce qui doit être fait est fait et la Manifestation supramentale est accomplie

Pour replacer cette dernière affirmation dans son contexte : le 18 avril 1961, la Mère rappelait que « j’ai vu que l’Inde était libre trente-cinq ans avant qu’elle devienne libre (c’était fait, c’était déjà fait) ».

Le récit se poursuit :

La certitude que ce qui doit être fait est FAIT. Toutes les conséquences du Mensonge avaient disparu : la Mort était une illusion, la Maladie était une illusion, l’Ignorance était une illusion — quelque chose qui n’avait pas de réalité, pas d’existence… Seulement l’Amour et l’Amour et l’Amour et l’Amour — immense, formidable, prodigieux, emportant tout…. Ce que je dis n’est rien, rien, rien, rien que des mots, si je compare à l’expérience. (13 avril 1962)

Plusieurs fois par la suite, Mère revint sur ces pulsations :

Une chose qui a l’air de vouloir venir, c’est le pouvoir de guérir. Mais pas du tout comme on le décrit, ce n’est pas du tout cela — cela ne donne pas l’impression de « guérir », tu comprends ? C’est… remettre les choses en ordre. Mais ce n’est pas cela non plus… C’est un petit quelque chose qui disparaît, et ce petit quelque chose, c’est… c’est essentiellement le Mensonge. C’est au fond ce qui donne à la conscience humaine ordinaire le sens de la réalité. C’est cela qui doit disparaître. Ce que nous appelons « concret », « c’est une réalité concrète »… oui, ce qui vous donne vraiment le sens de l’existence réelle, c’est cela qui doit disparaître, et être remplacé par… C’est inexprimable… cet état-là, c’est ce que je sentais comme les pulsations d’Amour créateur, c’est ça, c’est Ça qui, ici, doit remplacer cette conscience de réalité concrète, qui est, qui devient irréelle : c’est comme quelque chose de sans vie ; c’est dur, c’est sec, c’est inerte, c’est sans vie ; et pour notre conscience ordinaire, c’est cela qui vous donne l’impression : « Ça, c’est concret, ça c’est réel » ; eh bien, c’est ce « ça », cette sensation-là qui doit être remplacée… Et c’est à la fois toute-lumière, toute-puissance, toute-intensité d’amour, et une PLÉNITUDE ! C’est tellement plein que… rien d’autre ne peut exister que Ça, là aussi (dans la Matière). Et quand Ça c’est là, dans le corps, dans les cellules, alors il suffit de tourner Ça sur quelqu’un ou sur quelque chose, et immédiatement cela se remet en ordre. Alors, traduit en mots ordinaires : ça guérit. Ça guérit la maladie. Mais cela ne la « guérit » pas : ça l’annule… Oui, ça l’annule. (12 juillet 1967)

Quand on a passé de la Création à la Non-création (qui ne sont pas l’une après l’autre, qui sont concomitantes), si l’on va au-delà, on rencontre ce « quelque chose » que, pour je ne sais quelle raison, j’appelle Amour… Probablement parce que la vibration d’Amour vrai (ce que j’appelle l’Amour divin qui est à l’œuvre dans le monde) est ce qui ressemble le plus à Ça… cette nuit-là dont j’ai parlé, J’ÉTAIS cette Pulsation, et chaque éclatement de pulsation créait ; eh bien, c’était la première expression de Ça dans la Manifestation ; et c’était déjà en action, c’était déjà en mouvement ; mais la Vibration qui est DERRIÈRE ça, c’est… on pourrait peut-être dire la potentialité de tout — de tout ce qui nous devient perceptible par la Manifestation ; parce que c’est tout ce qui se divise dans notre conscience en possibilités diverses, comme : vérité, amour, vie, puissance, etc. (mais tout cela n’est rien, n’est-ce pas, c’est de la poussière à côté). Et c’est tout ensemble ; non pas l’union de choses différentes : c’est TOUT — c’est tout qui est absolument UN, mais tout est là. Et Ça, c’est ce que l’on rencontre au-delà de la Manifestation et de la Non-manifestation… Cette Pulsation, c’était l’origine de la Manifestation. Et la Non-manifestation, c’est l’Immobilité béatifique — c’est plus que cela, mais c’est essentiellement cela : l’Immobilité béatifique. C’est l’essence suprême et suprêmement divine du repos. Et les deux sont ensemble (Manifestation et Non-manifestation) et ça vient de Ça. (20 mars 1965)

Il existe un autre aspect de cette unité ou de cette simultanéité fondamentale, qui nous ramène à la réalité (ou non) de la causalité.

Mais c’est l’Unité en ce sens qu’on ne peut pas distinguer la conception, de la volonté et de l’action et du résultat. C’est… Tout est un, simultané. Mais comment ? On ne peut pas expliquer ça ! On ne peut pas ! On peut avoir un aperçu de l’expérience, mais… au fond, c’est intraduisible, nous n’avons pas de moyens pour le traduire. Si nous disons « tout est simultané », c’est une platitude… Les conceptions humaines, à leur degré maximum et au sommet de leurs possibilités, peuvent TOUT AU PLUS exprimer tant bien que mal ce surmental. (6 octobre 1962)

Lorsque Mère disait que « c’est un petit quelque chose qui disparaît, et ce petit quelque chose… essentiellement, c’est le Mensonge », que voulait-elle dire par « Mensonge » ? « C’est l’inconscience de la création qui constitue le Mensonge de la création », disait-elle le 3 mars 1965, « et dès que la création redevient consciente d’ÊTRE le Seigneur, le Mensonge cessera ».

Et c’est cela, n’est-ce pas : tout est difficile, tout est laborieux, tout est pénible, tout est douloureux, parce que tout est fait en dehors de la conscience du Seigneur. Mais quand II reprendra possession de Son domaine (ou plutôt qu’on Lui laissera reprendre possession de Son domaine) et que ce sera dans Sa conscience, avec Sa conscience, que les choses seront faites, tout deviendra non seulement facile mais merveilleux, glorieux — et dans une joie inexprimable. (3 mars 1965)

Pour une conscience supramentale, la véritable causalité n’est pas une action ou une détermination qui se déploie à travers le temps, mais une causalité qui procède de l’intemporalité vers le temps. Elle n’est ni successive (bien que ses « effets » se succèdent dans le temps) ni simultanée, puisque la « simultanéité » est une relation entre des événements dans le temps. Nous pouvons donc légitimement nous demander : à quoi sert notre sentiment d’autodétermination, de prendre des décisions éclairées par l’expérience passée et motivées par nos désirs et nos peurs ? Pourquoi poursuivons-nous des objectifs ? Pourquoi agissons-nous dans le désir d’obtenir des résultats ? Parce qu’il y a un drame qui se joue sur la scène évoquée plus haut (dans un théâtre près de chez vous, pour ainsi dire). Au cœur de ce drame se trouve l’évolution de la liberté.

Supposons que vous soyez infini et tout-puissant, et que vous souhaitiez faire l’expérience de l’évolution de la liberté, en commençant par être enfermé — à la manière d’Houdini — dans la matière physique. Comment commenceriez-vous ? Évidemment, vous commenceriez par développer l’illusion de la liberté, une illusion dont même une paramécie peut faire l’expérience, puis vous retrouveriez progressivement votre liberté originelle.

À quel moment de l’évolution votre si vanté libre arbitre cesserait-il d’être entièrement illusoire ? La plupart des systèmes de philosophie indienne partagent la distinction fondamentale entre Purusha et Prakriti. Prakriti, qui englobe non seulement notre corps mais aussi notre mental, fonctionne de manière déterministe. Purusha, s’identifiant à certaines opérations physiques et mentales de Prakriti, croit qu’il choisit alors qu’en réalité c’est elle (Prakriti) qui choisit. Mais Purusha est également capable de prendre conscience de son indépendance à l’égard de Prakriti et de la dépendance de celle-ci à l’égard de son assentiment. Tout ce qui se situe entre la paramécie et « la prochaine étape, longtemps retardée mais inévitable, de notre destin évolutif » [VD, p. 886] est caractérisé par la poursuite de buts, qui relève du domaine de Prakriti.

Mais comment Prakriti nous rapproche-t-elle de cette étape ? Dans une note adressée à un disciple, la Mère parvint un jour à condenser toute la loi du karma en une seule phrase, tout en se débarrassant d’une idée aussi absurde que répandue :

Le Divin ne voit pas les choses comme les hommes… et n’a pas besoin de punir et de récompenser. Toutes les actions portent en elles-mêmes leur fruit avec leurs conséquences. Selon la nature de l’action, elle rapproche du Divin ou elle éloigne du Divin… et cela, c’est la suprême conséquence. (25 juillet 1970)

Parce qu’être plus proche du Divin est généralement un état plus heureux qu’en être éloigné, on finit tôt ou tard par fournir l’effort nécessaire.

Au fond, il n’existe qu’une seule manière pour qu’une véritable liberté soit possible : être l’unique déterminant de tout ce qui arrive ou existe dans le monde. C’est essentiellement ce que nous sommes. Potentiellement, c’est ce que nous pouvons devenir. C’est le « secret suprême » de la Bhagavad Gîtâ, dont la clé est « l’abandon de soi au Maître de l’Existence » [EG, p. 263]. Commencez par renoncer au désir des fruits de vos actions, apprenez à agir sans désir ni peur, abandonnez tous les dharmas (toutes les pressions sociales, toutes les règles mentales de ce qu’il faudrait ou ne faudrait pas faire), cherchez refuge en Lui qui vous délivrera de tout sentiment de faute, puis abandonnez-lui l’action elle-même, devenez son instrument, laissez-Le agir à travers vous.

On ne peut avoir la maîtrise des circonstances que si l’on devient le Suprême — parce que c’est seulement le Suprême qui a la maîtrise des circonstances… Si vous vous identifiez au Suprême et qu’il n’y ait plus qu’UNE volonté — la Sienne —, alors naturellement vous avez la maîtrise suprême. Autrement, tout cela, ce n’est rien, que des illusions. C’est le Suprême qui vous utilise — vous vous imaginez que, parce que vous voulez telle chose, cela changera les circonstances, mais il faut être encore dans une ignorance totale pour croire que c’est parce que VOUS le voulez que ça change. Par conséquent vous n’avez aucune maîtrise, du tout ; vous n’êtes qu’un instrument dont se sert le Suprême, c’est tout. (23 mai 1961)

Pour Mère, le « désir » signifiait bien plus que vouloir posséder quelque chose ou souhaiter qu’un événement se produise :

Et la perception du moment où cette expression de la Volonté divine est troublée, déformée (distorted) par l’introduction du désir, la vibration spéciale du désir, qui a une qualité tout à fait à elle et qui vient pour beaucoup de raisons apparentes : ce n’est pas seulement la soif de quelque chose, le besoin de quelque chose ou l’attachement à quelque chose ; cette même vibration peut être déclenchée par le fait, par exemple, que la volonté exprimée paraît être (ou en tout cas a été prise pour) l’expression de la Volonté suprême, mais il y a eu confusion entre l’action immédiate qui était évidemment l’expression de la Volonté suprême, et le résultat qui devait en découler — c’est une erreur que l’on fait très souvent. On a l’habitude de penser que quand on veut telle chose, c’est cela qui doit venir ; parce que la vision est trop courte — trop courte et trop limitée au lieu d’avoir une vision d’ensemble qui ferait voir que cette vibration-là est nécessaire pour déclencher un certain nombre d’autres vibrations et que c’est l’ENSEMBLE de tout cela qui produira un effet, qui n’est pas l’effet immédiat de la vibration émise… Je ne sais pas si c’est clair, mais c’est une expérience constante…

Par exemple, dire à quelqu’un : « Donne-moi ça », et ce quelqu’un, au lieu de donner ça, ne comprend pas et donne autre chose ; alors si l’on ne prend pas soin de garder une vision d’ensemble, il peut se produire une certaine vibration, mettons d’impatience, ou un manque de satisfaction, avec l’impression que la vibration du Seigneur n’est pas comprise et n’est pas reçue ; eh bien, c’est cette petite vibration AJOUTÉE, d’impatience (ou en fait, d’incompréhension de ce qui arrive), cette impression d’un manque de réceptivité ou de réponse, qui est de la qualité du désir — on ne peut pas appeler cela un « désir », mais c’est le même genre de vibration. Et c’est cela qui vient compliquer les choses. Si on a la vision complète, exacte, on sait que le « donne-moi ça » produira autre chose que le résultat immédiat, et que cette autre chose amènera une autre chose qui est exactement celle qui doit être. Je ne sais pas si je suis claire, c’est un peu compliqué?!…

Et il y a l’exemple, dans l’action terrestre, de choses qui ont été faites « comme cela » : personne n’a compris comment ça s’est fait, pourquoi ça s’est fait — comme cela, si simplement, tout simplement, tout s’est arrangé. Et dans d’autres cas, pour obtenir un simple visa ou un permis, il faut soulever des montagnes ! Alors, depuis la plus petite chose, le plus petit malaise physique, jusqu’à l’action la plus mondiale, c’est tout le même principe, tout se réduit au même principe. (4 novembre 1963)

Voici un autre exemple de cette « petite vibration ajoutée ». Un ami du disciple s’est suicidé. La Mère lui dit :

Tu t’attristes de ne pas avoir fait ce que tu crois que tu aurais dû faire.

Non… Et puis, c’est la souffrance que ça représente — la souffrance inutile.

Tu ajoutes ta propre souffrance inutile à toutes les autres ! — Je ne vois pas ta logique… Ce n’est pas que j’approuve la mort ! Je lutte contre elle autant que possible, c’est pour moi un mensonge — la mort et le mensonge, ça se tient. Mais… c’est une apparence. Quand on accepte le mensonge, ça vous fait souffrir. Quand on n’accepte plus, on sourit. On sourit, il n’y a pas autre chose à faire, qu’à sourire…

Justement ces jours-ci — ces jours-ci entre le 5 et le 9 [les anniversaires du départ de Sri Aurobindo et de l’ensevelissement de son corps physique, respectivement] —, je revis toujours les minutes que j’ai vécues en 1950, et je les vois toujours à la lumière de la connaissance que j’ai acquise, et j’ai vu, j’ai vu à quel point la douleur, le chagrin, le regret… surtout ce regret de ne pas avoir fait ce que l’on aurait dû faire, qui est encore une absurdité parce que NÉCESSAIREMENT on a fait ce que l’on devait faire…

On a fait ce que l’on devait faire parce que l’on ne peut pas faire autre chose que ce que le Seigneur vous fait faire, et Il vous fait faire la chose qui, à la fois, est la meilleure possible pour le tout et la meilleure possible pour votre propre progrès. Voilà. Par conséquent, tous les regrets sur le « j’aurais dû… je n’aurais pas dû… », ce sont des niaiseries… La mort telle qu’on la comprend au-dedans, c’est la perte de la conscience… Ce serait la chose la plus… la plus épouvantable, la plus horrible, si c’était possible. Mais ce n’est pas possible. Si on a la conscience, on ne peut pas la perdre… Les apparences, c’est autre chose… Et alors, tout le drame — toute la tragédie, toute l’horreur, toute l’épouvante, tout cela —, c’est de la fabrication vitale. Eh bien, ceux qui sont les guerriers de Dieu ne se laissent pas affecter par cela. On sourit : « Oui-oui ! vous pouvez nous jouer le grand jeu, ça nous est égal ; jouez le grand jeu si cela vous amuse ». Nous savons que ce n’est qu’un jeu — un vilain jeu, si vous voulez, il n’est pas joli, mais ce n’est qu’un jeu. (10 déc. 1965)


DE PLUS EN PLUS et d’une façon ABSOLUE, je VOIS — n’est-ce pas, je vois, je sens : TOUT est décidé…. Et chaque chose a une raison d’être — qui nous échappe parce que notre vision n’est pas assez large…..

Mais ce que l’on a du mal à comprendre, c’est que cette Conscience… mais est-ce qu’elle dirige tout dans le tout petit détail?…?

Dans le microscopique…. Et c’est justement ce que je voyais… La conscience individuelle, même très vaste, n’arrive pas à réaliser, c’est-à-dire à comprendre concrètement la possibilité d’être conscient de tout en même temps. Parce qu’elle n’est pas comme cela. Et alors, elle a de la difficulté justement à comprendre que LA Conscience est consciente de TOUT en même temps : dans l’ensemble, dans la totalité et dans le moindre détail. (31 janvier 1970)

Ce transfert de pouvoir que la Bhagavad Gîtâ prescrit aux niveaux mental et vital, la Mère l’a vécu au niveau des cellules.

Depuis le 15, il y a tout un travail de préparation pour la transformation…. Comment pourrais-je appeler cela??… Un transfert de pouvoir. Les cellules, toute la conscience matérielle, obéissaient auparavant à la conscience individuelle intérieure — le plus souvent à la conscience psychique, ou bien à la conscience mentale (mais le mental était silencieux depuis longtemps). Mais maintenant, ce mental matériel [1] s’organise comme les autres, ou plutôt comme les autres mentaux, comme le mental de tous les états d’être — il s’éduque…. (21 août 1965) Et tout cela, c’est ce que l’on peut appeler le « transfert de pouvoir » : c’est l’ancien pouvoir qui se retire. Et alors, avant que le corps ne s’adapte au nouveau pouvoir, il y a une période, là, qui est critique. Comme toutes les cellules sont en état d’aspiration consciente, ça va relativement vite, mais tout de même… les minutes sont longues. Mais de plus en plus, il y a une espèce de certitude dans les cellules, que tout ce qui se passe est en vue de cette transformation et de ce transfert du pouvoir directeur. (31 août 1965)

On fait la conquête de ça, ce changement formidable : que la vie physique doit être régie par la conscience supérieure et non par le monde mental. C’est le changement d’autorité… Et ça, c’est le VRAI CHANGEMENT, c’est ça qui permettra à la Conscience nouvelle de s’exprimer. Et le corps apprend, il apprend sa leçon – tous les corps, tous les corps…. C’était la vieille division faite par le mental : « Au-dessus, c’est très bien, vous pouvez avoir toutes les expériences et tout est lumineux et merveilleux ; ici, rien à faire »…..

Ça explique d’ailleurs pourquoi tous ceux qui ne prévoyaient pas la possibilité que ce soit autrement avaient dit : « Il vaut mieux en sortir, et puis… »…. Mais ce changement-là, ce fait que ce n’est plus inévitable, c’est ça la grande Victoire : ce n’est plus inévitable… Tout le commencement de l’existence jusqu’au départ de Sri Aurobindo, j’étais dans la conscience que, on peut monter, on peut savoir, on peut avoir toutes les expériences (en fait, on les avait), mais quand on revenait dans ce corps… c’étaient ces vieilles lois mentales for-mi-da-bles qui régissaient tout. Et alors, toutes ces années ont été des années pour préparer-préparer — se libérer et préparer —, et ces jours-ci, c’était… ah ! la constatation physique, faite par le corps, que c’était changé. Ça doit être worked out comme on dit, c’est à réaliser dans tous les détails, mais le changement EST FAIT. C’est-à-dire que les conditions matérielles qui ont été élaborées par le mental, FIXÉES par lui (Mère serre ses poings solidement), et qui paraissaient si inévitables, au point que ceux qui avaient une expérience vivante des mondes supérieurs pensaient qu’il fallait fuir ce monde, abandonner ce monde matériel si l’on voulait vraiment vivre dans la Vérité (c’est cela qui est la cause de toutes ces théories et de toutes ces croyances), mais maintenant, ce n’est plus comme ça. Maintenant, ce n’est plus comme ça. Le physique est CAPABLE de recevoir la Lumière supérieure, la Vérité, la vraie Conscience, et de la ma-ni-fes-ter… Naturellement, ce qui était établi s’accroche et se défend désespérément. C’est cela qui fait tout ce trouble (geste grouillant dans l’atmosphère terrestre) — il a perdu la partie. C’est fini…. Le corps SAIT que c’est fini. Ça prendra peut-être des siècles, mais c’est fini. Pour disparaître, ça peut prendre des siècles, mais c’est fini maintenant. Cette réalisation tout à fait concrète et absolue que l’on pouvait avoir seulement quand on sortait de la Matière, il est sûr, il est sûr et certain qu’on l’aura ici-même. (14 mars 1970)

L’état où l’on se trouve a été le fait d’un choix, et individuellement la liberté de choix est là, et les gens l’ont OUBLIÉ… Mais ceux qui ont attrapé cette expérience pour une raison quelconque et qui n’avaient pas toute la préparation philosophique et mentale que j’ai eue (les « saints », ou enfin tous les gens qui menaient une vie spirituelle) ont eu alors une impression très aiguë de l’irréalité de la vie et de l’illusion de la vie. Mais c’est seulement une façon étroite de voir. Ce n’est pas ça — ce n’est pas ça, c’est TOUT qui est un choix ! tout-tout. Le choix du Seigneur, mais EN NOUS ; pas là (geste là-haut) : ici. Et nous ne le savons pas, c’est tout au fond de nous-mêmes. Et quand nous le savons, nous pouvons choisir… D’habitude, ceux qui n’ont pas une préparation intellectuelle suffisante, quand ils ont une expérience comme celle-là, ils croient avoir attrapé « l’unique » vérité. Et alors avec cela, ils dogmatisent. (22 janvier 1966)

Mais comment se fait-il que tous les corps apprennent leur leçon ? De même que la force supramentale est la seule force au monde, la conscience supramentale est la seule conscience au monde. (Les deux sont en réalité inséparables.) Lorsque la conscience supramentale descend dans le corps sans être entravée par une conscience mentale limitative, elle manifeste son unité originelle.

Et tout cela, tout cela, c’était simplement LE CORPS : tout ce qu’il savait, toutes les expériences qu’il avait eues, toute la maîtrise de ce qui était dans tous les états d’être, du vital au mental et au-dessus, tout cela, parti ! et ce pauvre corps laissé à lui-même. Et alors, naturellement, petit à petit, ça s’est reconstruit. Pendant longtemps je ne pouvais plus… Je ne pouvais plus faire grand-chose (un petit peu, mais pas grand-chose), mais petit à petit, tout ça s’est reconstruit-reconstruit-reconstruit : un être conscient, purement conscient — qui bavarde beaucoup maintenant ! (il ne pouvait pas s’exprimer)… Et au lieu d’avoir à passer par tous ces états d’être comme il faisait avant par des éveils successifs (geste d’escalade de degré en degré comme le faisaient les anciens yogis), jusque tout en haut, tout en haut par-delà la forme ; maintenant ce n’est pas du tout comme cela, il n’a pas eu besoin de rien du tout de tout cela…

Il y avait quelque chose qui s’est ouvert et s’est développé au-dedans, et qui a fait que ce mental imbécile s’est organisé, a été capable d’être silencieux dans une aspiration ; et alors… alors c’était le Contact direct, sans intermédiaire — contact direct. Et ça, il l’a tout le temps maintenant. Tout le temps, tout le temps, tout le temps, le contact direct… Mais une fois que c’est fait (ça, Sri Aurobindo l’avait dit), une fois qu’UN corps l’a fait, il a la capacité de le passer aux autres… C’est contagieux. Ça, je le sais. Et c’est le seul espoir, parce que si tout le monde devait repasser par la même expérience… Eh bien, maintenant, j’ai quatre-vingt-dix ans — à quatre-vingt-dix ans, les gens sont fatigués, ils en ont assez de la vie. Il faut se sentir jeune comme un petit enfant pour faire cela. Et cela prend longtemps, je vois bien que cela a pris longtemps. Et ce n’est pas fait, n’est-ce pas, c’est EN TRAIN de se faire, mais ce n’est pas fait — il s’en faut de beaucoup. Il s’en faut de beaucoup… (22 novembre 1967)

C’est le progrès de l’impersonnalisation de la conscience physique, corporelle, qui produit des conséquences, intéressantes probablement mais qui sont inexplicables pour les gens qui ne comprennent pas. Par exemple… J’ai la conscience du corps, mais ce n’est pas la conscience du corps, de ça (Mère touche son corps) : c’est la conscience du Corps — ce peut être le corps de n’importe qui. J’ai la conscience, justement, de ces vibrations de désordre (qui viennent le plus souvent sous forme de suggestions de désordre) pour voir si ce sera reçu et si elles auront de l’effet ; mettons, par exemple, suggestion d’hémorragie… La bataille commence à se livrer (tout ça, tout en bas, dans les cellules et la conscience matérielle), entre ce que nous pouvons appeler « la volonté d’hémorragie », par exemple, et la réaction des cellules du corps. Et alors c’est tout comme une vraie bataille, un vrai combat. Mais tout d’un coup, il y a comme un général qui proclame un ordre et qui dit : « Comment ! »… N’est-ce pas, ce général est conscient des forces supérieures, des réalités supérieures et de l’intervention divine dans la Matière ; alors, après avoir essayé de se servir de la volonté, de telle réaction, de tel sentiment de paix, etc., tout d’un coup, il se sent PRIS d’une très forte détermination et il proclame un ordre, et puis voilà que l’effet commence à se produire, et petit à petit, tout rentre dans l’ordre. Tout ça se passe dans la conscience matérielle. Physiquement, ce corps a toutes les sensations — mais pas l’hémorragie, tu comprends ; mais il a les sensations, c’est-à-dire les effets : tous les effets sensoriels….

Une fois que la bataille est passée, je regarde et je me dis (je regarde tout ça, je vois mon corps, qui a été suffisamment secoué, note) et je me dis : « Qu’est-ce que ça peut bien être que tout ça ? »… Quelques jours après, je reçois une lettre de quelqu’un, qui est très proche, qui a une foi ardente et qui se cramponne à moi avec vraiment une foi presque parfaite, exceptionnelle. Et dans la lettre : toute l’histoire, de l’attaque, de l’hémorragie, et tout d’un coup de l’être PRIS, la conscience PRISE par une volonté formidable, et qui entend des mots — les mots qui ont été prononcés ICI. Et l’effet : sauvé (a failli mourir), sauvé, guéri… Je me souvenais de mon événement… et alors j’ai commencé à comprendre que mon corps, c’est partout ! N’est-ce pas, ce n’est pas une question de juste ces cellules-là : ce sont des cellules, et ma foi dans beaucoup, des centaines et peut-être des milliers de gens — tout ce qui est accroché d’une façon quelconque à la Conscience supérieure… Et ça, c’est si difficile à faire comprendre aux gens. C’est LE corps — ça (Mère touche son corps), ce n’est pas plus mon corps que les autres corps (un peu plus, dans le sens que c’est plus directement sous la concentration de la Force). (6 avril 1963)

Le corps a perdu le sens de sa personnalité, tout à fait, tout à fait, et étrangement, n’est-ce pas, étrangement. Par exemple… il arrive je ne sais combien de fois par jour : tout d’un coup, la conscience d’un désordre, d’une douleur ou d’une souffrance quelque part — quelque part dans une partie, mais pas une partie… pas enfermée là-dedans (Mère désigne son propre corps), mais comme dans un corps immense, un endroit ; et après un moment, ou après quelques heures, j’apprends que telle personne ou telle personne a eu tel mal ou tel mal, qui a été senti comme faisant partie de ce corps immense… (20 juillet 1968)

Je terminerai par une citation qui contient la clé de la transformation supramentale du monde :

Pendant un moment, tout d’un coup, j’ai vu comme… comme le Divin voit le monde, tu comprends ? Il n’y avait plus la vision humaine. Et alors, j’ai vu une chose si merveilleuse… On ne peut pas décrire tellement c’est merveilleux… Je t’avais dit que le Divin voulait que la conscience individuelle ait l’expérience du Divin, et alors c’était ça… Naturellement, ça doit commencer par la conscience, et après petit à petit, les choses deviendront telles, c’est-à-dire prendront conscience d’elles-mêmes telles que le Divin en prend conscience. (27 novembre 1971)

Texte original publié le 5 août 2026 : https://aurocafe.substack.com/p/the-illusion-of-causality

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1 Comment définis-tu ce mental physique, celui qui a fait l’objet du transfert de pouvoir ?

Ce n’est pas le mental physique… C’est le mental matériel – pas même le mental matériel : le mental de la Matière. C’est la substance mentale qui appartient à la Matière elle-même, aux cellules… Le mental physique, c’est le mental de la personnalité physique formée par le corps. Il croît avec le corps, mais ce n’est pas le mental de la Matière: c’est le mental de l’être physique. Par exemple, c’est ce mental physique qui donne le caractère: caractère corporel, caractère physique, qui est en grande partie formé par l’atavisme et par l’éducation.

Mais alors, par exemple, ce mental qui est spontanément défaitiste, qui a toutes sortes de craintes, de peurs, qui voit le pire, qui répète toujours les mêmes choses, est-ce le mental physique ou le mental matériel ?

C’est la partie la plus inconsciente du mental physique, et c’est ça qui fait le lien entre le mental physique et cette substance matérielle. Mais c’est déjà un mental organisé, tu comprends ? C’est la partie la plus matérielle, celle qui touche au mental… (comment peut-on appeler ce mental?) on ne peut même pas l’appeler le «mental corporel»: c’est le mental des cellules, c’est un mental cellulaire… Ce mental cellulaire existe dans les animaux… Tandis que ce mental physique n’a vraiment commencé à exister que dans l’homme… Non, le mental physique, dès que l’on fait un yoga intégral, il faut s’en occuper, tandis que ce mental matériel, cellulaire, je t’assure que c’est tout à fait nouveau! C’est tout à fait nouveau. (31 août 1965)