Jacques Michaud : Hahnemann et l’homéopathie


25 Jul 2019

(Revue Le chant de la licorne. No 29. 1989)

Cinquante ans avant Claude Bernard, Samuel Hahnemann a utilisé son expérience médicale pour élaborer un système thérapeutique efficace et non toxique : l’homéopathie. Sa démarche, tant sur le plan de la rigueur que sur celui de l’éthique, s’inspire de celle d’Hippocrate, dont il fut un fervent admirateur.

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Un étudiant surdoué

Samuel Christian Frédéric Hahnemann naît le 10 avril 1755 à Meissen, petite ville de Saxe. Le métier de son père, peintre en porcelaine, lui permet de suivre des études correctes. Dès son plus jeune âge, on repère son caractère grave et studieux et son esprit judicieux et observateur, si bien que le directeur de l’école provinciale, dans laquelle il entre à 12 ans, distingue vite en lui une intelligence vive et prompte; il lui accorde toute liberté pour le choix de ses lectures et les classes qu’il désire fréquenter. Cette atmosphère de liberté ne peut que convenir à celui qui va ouvrir une voie thérapeutique nouvelle hors de l’orthodoxie médicale d’alors.

Surdoué, à 20 ans, il maîtrise latin, grec, hébreux, anglais, français, italien, et se passionne très vite pour les sciences de la nature et la médecine. En 1775, on le retrouve à Leipzig, où pour payer ses études, il traduit déjà des ouvrages français et anglais en allemand, ne dormant qu’une nuit sur deux pour pouvoir allier études et travail. Il commence ensuite toute une série de migrations dans diverses villes (habitude qu’il gardera toute sa vie, y compris lorsqu’il sera marié et père de 10 enfants). Il soutient sa thèse de médecine en 1779.

Dans chaque ville où il séjourne, il attire le respect et la renommée par ses compétences; il travaille sans cesse; on peut signaler, comme témoignage de cette activité scientifique, un ouvrage d’environ 300 pages sur « l’empoisonnement par arsenic, son traitement et sa constatation du point de vue légal », et un « traité des maladies vénériennes » : Il y indique son « procédé personnel de fabrication d’une préparation mercurielle aussi pure que possible ». Tous ses travaux se rattachent au maintien de la santé publique, et sont effectués parallèlement à l’exercice de son art. Il rencontre Lavoisier, devient aussi chimiste et utilise déjà ses dons littéraires dans de violentes attaques contre la médecine de son temps qu’il définit comme : « un misérable gagne-pain, un dégradant commerce de prescriptions, un métier où les charlatans côtoient les vrais disciples d’Hippocrate »

Découverte d’un nouvel art

Vers 1789, il « brise » sa carrière en renonçant à la pratique de la médecine, revient à son ancienne pauvreté et au métier de traducteur, la médecine orthodoxe n’a plus ses faveurs : « L’art de guérir était chose vaine et stérile dans ses promesses et ses résultats ». Il faut dire que la grande majorité des praticiens d’alors travaille toujours avec les dogmes et principes issus de Galien. La pharmacopée brille surtout par son inefficacité. Hahnemann se livre à un impitoyable massacre de tous les systèmes, toutes les théories, de tous les dogmes qui ont dominé la médecine depuis ses origines. Seul Hippocrate échappe à ses foudres : « Tous les siècles postérieurs à Hippocrate ont dégénéré; ils se sont tous plus ou moins écartés de la voie tracée par lui ». Et Hahnemann polarise son attention, ses lectures et ses recherches sur les médicaments. Son hostilité au dogmatisme de la communauté scientifique le situe du côté des novateurs, précurseurs de la méthode expérimentale. Il s’intéresse à la chimie, aux préparations des remèdes, aux études physiologiques de Burdach et de Haller dont l’idée de l’essai des médicaments sur l’homme le frappe.

L’idée qu’il doit exister un moyen de guérir les maladies avec certitude n’abandonne plus Hahnemann : « Tu dois, pensai-je, observer la manière dont les médicaments agissent sur le corps de l’homme lorsqu’il se trouve dans l’assiette tranquille de la santé. Les changements qu’ils déterminent alors n’ont pas lieu en vain et doivent certainement signifier quelque chose. »

Alors qu’il traduit la matière médicale de Cullen, il est frappé par les hypothèses contradictoires qui tentent d’expliquer l’action du Quinquina sur certaines fièvres; volontairement, il prend pendant plusieurs jours des doses fortes de Quinquina et ressent les symptômes d’un état fébrile intermittent, analogue à celui que le quinquina guérit. D’où la première formulation de la loi : « Le quinquina qui détruit la fièvre provoque chez le sujet sain les apparences de la fièvre ».

La même expérience, qu’il répète à plusieurs reprises sur lui et quelques personnes dévouées, ne lui permet plus de douter que « si le quinquina guérit certaines fièvres, c’est qu’il peut développer sur l’homme sain des troubles artificiels entièrement semblables à ceux dont il triomphe ». Bien sûr, il confirme et généralise sa découverte en expérimentant (aux risques de sa santé) l’Ipeca, la Belladonne, le Mercure, ce qui le conduit à une deuxième formulation : « Les substances qui produisent un genre de fièvre font disparaître le type de la fièvre intermittente ».

Le développement de l’homéopathie

Hahnemann ouvre ainsi l’ère de la médecine expérimentale avec auto-expérimentation puis expérimentation sur l’homme sain, 17 ans avant la naissance de Claude Bernard. Pendant le cours de l’élaboration de la matière médicale, Hahnemann n’habite pas moins de 12 villes allemandes, toujours dans la gêne et à travers agitation, disputes et polémiques. Il critique la médecine officielle mais aussi les pharmaciens qui n’apprécient pas sa résolution de n’administrer que les remèdes qu’il a lui-même préparés.

Malgré ces pérégrinations, les bases de l’homéopathie se constituent. En 1796, il publie un « essai sur un nouveau principe pour démontrer la valeur curative des substances médicinales » avec une nouvelle formulation de la loi de similitude : « Le plus grand nombre de médicaments produisent un double effet : effet direct et effet secondaire opposé au premier… La Millefeuille, à dose modérée, est d’un excellent usage contre les hémorragies chroniques, tandis qu’employée à doses plus élevées, elle est capable d’en provoquer… Le café source d’insomnie, engendre le sommeil s’il est absorbé à petites doses ». Il en arrive ainsi à la nécessité de diminuer les doses, ce qui le conduit à l’infinitésimalité, complétant les fondements de l’homéopathie. Il souligne l’importance du choix du remède en fonction d’une SIMILITUDE EXPÉRIMENTALEMENT VÉRIFIÉE, la nécessité de tester les agents thérapeutiques sur des individus sains (à cette époque il cite déjà 55 médicaments), l’utilisation d’un seul remède pour un seul malade, la prescription à des DOSES PLUS EXIGÜES que celles utilisées pour les expérimentations. La méthode devient opérationnelle et apparaît alors la formulation définitive : « Toute substance qui produit des symptômes chez l’homme sain est susceptible, à dose infinitésimale, de faire disparaître ces mêmes symptômes chez le malade qui les présente ».

Si la plupart des observations retenues proviennent d’expériences rationnelles sur des personnes en bonne santé, il faut noter, dès cette époque, l’admission, dans la matière médicale, de symptômes provenant d’autres sources. La littérature classique de l’époque est très riche en observations toxicologiques, il n’y a qu’un pas à faire pour prendre en compte des observations faites sur des malades à la suite de prescription de médicaments à titre thérapeutique, du fait de dosages excessifs ou d’idiosyncrasies. Hahnemann a 55 ans en 1810, lorsque paraît la première édition de l’ORGANON ou « Médecine rationnelle de l’art de guérir », dans lequel il expose, avec la doctrine, ses conceptions générales de la vie, de la santé et de la maladie : la FORCE VITALE y joue un grand rôle. Pour la première fois est utilisé le mot Homéopathie. Cette époque voit naître toutes les grandes pathogénésies hahnemanniennes, regroupées dans les différents volumes de la Matière Médicale Pure qui paraissent à partir de 1811. Les symptômes y sont déjà valorisés par la typographie, en trois degrés selon leur importance; il indique fréquemment leur chronologie d’apparition, les symptômes locaux sont classés selon un ordre anatomique, puis viennent les symptômes physiques généraux et les symptômes psychiques.

En 1821, Hahnemann s’installe à Kothen où il commence à publier le fruit de nouvelles recherches résultant des échecs auxquels sa pratique l’a confronté. Ainsi, de 1828 à 1830 vont paraître les quatre volumes de la première édition des MALADIES CHRONIQUES. Il y définit les « terrains homéopathiques », le rôle des « miasmes », psore, sycose, syphilis, et fournit son explication de la chronicité. Hahnemann soigne et guérit des malades venus de l’Europe entière mais sa vie n’est pas sereine : il perd la trace de son unique fils, sa femme est morte, ainsi que quatre de ses filles. En 1834, il rencontre Marie-Mélanie d’Hervilly, 33 ans, Parisienne distinguée atteinte d’une « légère maladie pulmonaire », et l’épouse en janvier 1835 : il est alors âgé de 80 ans. Le couple s’installe à Paris. Le médecin connaît un succès fantastique auprès du « Tout Paris ». L’académie de médecine, contrariée, demande à Guizot, ministre, d’interdire à Hahnemann l’exercice de son art, mais s’attire cette réponse : « Hahnemann est un savant de grand mérite. La science doit être libre pour tous. Si l’homéopathie est une chimère, ou un système sans valeur utilitaire, elle tombera d’elle-même. Si au contraire, elle est un progrès, elle se répandra en dépit de vos mesures de préservation, et l’académie doit le désirer avant tout autre, elle qui a mission de faire avancer la science et d’encourager les découvertes ».

Le 2 Juillet 1845, âgé de 90 ans, une bronchite a raison du médecin allemand. Ses restes reposent aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise.

LES INFLUENCES D’HAHNEMANN

Comme bien d’autres médecins de génie, Hahnemann a puisé largement dans la « collection hippocratique »; il a par ailleurs subi l’influence de Haller, un des plus grands médecins du XVIIIème siècle. Hippocrate et Haller sont les deux témoins de la démarche inductive basée sur l’observation et l’expérience de Hahnemann. Il les a cités et commentés, rendant témoignage de sa dette envers eux.

Il admirait l’œuvre d’HIPPOCRATE et il est permis de penser qu’il y ait trouvé cette première formulation de la loi des semblables : « La maladie est produite par les semblables, et par les semblables que l’on fait prendre, le malade revient de la maladie à la santé. La strangurie qui n’est pas, guérit la strangurie qui est ».

« Jamais, écrit-il, on ne fut plus près de découvrir l’art de guérir qu’à l’époque d’Hippocrate… Nul médecin n’a surpassé depuis son talent pour l’observation pure. Une seule branche de la médecine lui manquait, sans quoi il aurait possédé l’art tout entier : c’est la connaissance des remèdes et de leur emploi ».

HALLER, botaniste, anatomiste, physiologiste, était considéré par Hahnemann comme un des fondateurs de la biologie expérimentale : « Aucun médecin, dit-il, à ma connaissance, autre que le grand Haller, n’a dans le cours de trente-cinq siècles, soupçonné cette méthode si naturelle, si absolument nécessaire, et si uniquement vraie, d’observer les effets purs et propres de chaque médicament, pour conclure de là quelles maladies il serait capable de guérir. Seul avant moi il a compris la nécessité de suivre cette démarche. »

Hahnemann s’est intéressé aux études physiologiques de Burdach, aux expérimentations pharmacologiques sur les animaux de Stoerk, à la chimie de Lavoisier. Et il suffit de lire dans l’avant-propos de l’Organon, parmi les critiques de l’allopathie, comment il a cherché, dans la littérature médicale, les exemples empiriques possibles de sa méthode. Il cite des « exemples de guérisons homéopathiques opérées involontairement par des médecins de l’ancienne école ».

Par contre, il a toujours refusé une quelconque filiation avec PARACELSE, homme « au charabia incompréhensible » et pourtant, ce dernier écrivait déjà : « Les noms des maladies ne servent pas pour l’indication des remèdes; c’est le semblable qui doit être comparé avec le semblable et cette comparaison sert à découvrir les arcanes pour guérir ». Goethe, qui admirait Hahnemann, l’appela « le nouveau Paracelse ». Il est certain qu’Hahnemann ait lu Paracelse puisqu’il dénigre la théorie des signatures comme celle des « trois principes ».

LES BASES DE L’HOMÉOPATHIE

La plupart des principes sur lesquels s’appuient toujours les homéopathes à travers le monde, ont été découverts par Hahnemann lui-même.

Les pathogénésies

L’expérimentation sur sujet sain constitue la base inébranlable de toute pratique homéopathique. Une substance non expérimentée par la méthode hahnemannienne ne peut en aucun cas être qualifiée de remède homéopathique, même si elle est préparée et présentée en dilution identique.

Les résultats de l’expérimentation effectuée sur l’homme sain et conduite selon une technique précise, sont regroupés sous le terme de PATHOGÉNÉSIE. On utilise des doses sub-toxiques, pondérales ou diluées, filées plusieurs jours de suite. L’expérimentation se déroule en double aveugle, pour éviter l’effet placebo, et les expérimentateurs volontaires notent toutes les modifications de leur état, physique et psychique, avec leurs circonstances et conditions détaillées d’apparition, l’heure, les aggravations ou améliorations, sous toutes les influences possibles, chaud, froid, saison, pression… Ces influences sont les MODALITÉS du symptôme (un symptôme sans modalité a une valeur faible ou nulle). Parmi les symptômes, les modifications de l’humeur et du caractère ont une grande importance. Ces symptômes sont ensuite classés par appareil et par topographie, et valorisés selon leur importance et leur originalité. L’ensemble des pathogénésies constitue la MATIÈRE MÉDICALE HOMÉOPATHIQUE Celle-ci ne fournit donc pas des noms de maladie, elle n’est pas un recueil clinique, car les groupements de symptômes d’un remède peuvent couvrir un grand nombre de maladies différentes.

Les substances utilisées

L’homéopathie utilise des produits minéraux simples (Aurum, Plumbum, Sulfur…) et complexes (sels et composés chimiques divers : Natrum muriaticum, Nitricum acidum, Hepar sulfur …), des produits végétaux (China, Belladonna, Nux vomica…), des produits animaux (Sepia : l’encre de seiche; Lachesis et Bothrops : venins de serpents; Apis : abeille entière…), des produits organiques (Folliculinum…), des excrétas, sécrétas, cultures microbiennes et autres productions pathologiques (Staphylococcinum, Colibacillinum, Medorrhinum : le pus blennorragique, Psorinum : sérosité de vésicules de gale, Tuberculinum : Tuberculine de Koch). Ce sont des biothérapiques anciennement appelés NOSODES. Des médicaments anciens ou modernes : Phenobarbital… Il n’y a aucune limite, le seul critère est de connaître les symptômes provoqués par ces substances chez l’homme sain.

La dose infinitésimale et la dynamisation

La réduction des doses s’est imposée à Hahnemann pour éviter les intoxications par les produits utilisés. C’est secondairement qu’il s’aperçut que la diminution de la quantité de remède en augmente considérablement les effets, et qu’il inventa un procédé permettant d’atteindre très vite l’infiniment petit.

Les préparations homéopathiques hahnemanniennes sont ainsi décrites par Jahr (élève préféré de Hahnemann) en 1841 : « On prépare pour chaque substance 30 petits flacons entièrement neufs, chacun d’une capacité de 150 gouttes environ. On remplit tous ces flacons d’alcool jusqu’au 2/3 de leur capacité. On prend un des flacons, on y verse une goutte de la teinture mère et on imprime à ce mélange 100 à 200 secousses assez fortes, après quoi on marque sur le flacon le chiffre I, pour indiquer que la préparation qu’il contient est la première atténuation (c’est-à-dire 1 CH ou première dilution Centésimale Hahnemannienne). De cette atténuation, on verse une goutte dans un autre flacon contenant 100 gouttes d’alcool, et après avoir soumis également ce mélange à 200 à 300 secousses, on marque ce flacon du chiffre 2 (2 CH = 2ème Centésimale Hahnemannienne) ». Seul ce type de préparation est inscrit au codex.

On constate donc les équivalences suivantes :

1 CH = 1/ 100ème

2 CH = 1 / 10000ème = 10-4

9 CH = 1/ 1000 000 000 000 000 000 = 10-18

30 CH = 10-60

Il existe aussi une échelle décimale de déconcentration utilisée en France, surtout pour les basses dilutions.

La déconcentration est donc très rapide. La matière est limitée par le nombre d’Avogadro, soit 6,23 x 1023. Ainsi, entre 11 et 12 CH, il n’y a plus qu’une seule molécule par flacon, et les dilutions supérieures peuvent être qualifiées d' »immatérielles ». Les homéopathes utilisent également les préparations korsakoviennes, préparées avec un seul flacon vidé puis rempli un nombre de fois pouvant aller jusqu’à plusieurs millions. Les travaux modernes ont montré que ce procédé conserve des traces de matière beaucoup plus longtemps, au cours des dilutions successives, que la méthode hahnemannienne. Mais elles sont difficilement comparables sur un plan théorique.

L’importance primordiale des secousses dans la conservation et le développement de l’énergie médicamenteuse du remède dilué avait très vite frappé Hahnemann. Il avait même essayé de voir si une substance peu diluée pouvait en subir l’influence : « J’ai dissous un gramme de Natron dans un demi-verre d’eau salée avec un peu d’alcool et pendant une demi-heure, j’ai secoué sans interruption le flacon rempli aux deux tiers qui contenait la liqueur : j’ai trouvé ensuite que celle-ci égalait à la trentième dilution en énergie ».

LES PREMIERS DISCIPLES

Beaucoup d’homéopathes ont apporté leur pierre à l’édifice; citons en quelques-uns des plus célèbres.

C. VON BOENNINGHAUSEN, Hollandais, un des plus fidèles élèves, dont le fils épousa la fille adoptive de Samuel et Mélanie. Il publia le tout premier répertoire homéopathique connu, dont ROGER s’est inspiré dans sa traduction anglaise.

Constantin HERING, né en 1800, fut chargé par « la Faculté » d’écrire un livre contre Hahnemann et « l’hérésie homéopathique ». Il s’y consacra avec tant de zèle qu’il fit des expérimentations sur lui-même et fut convaincu du bien-fondé de la méthode. Il devint un élève direct de Hahnemann. Il émigra aux USA et s’installa en 1833 Philadelphie. D’une activité inlassable, il fut le principal artisan de l’expansion remarquable de l’homéopathie dans ce pays au 19ème siècle. À sa mort en 1881, il existait 56 hôpitaux homéopathiques. Expérimentateur; il effectua de nombreuses pathogénésies. Il fut un des premiers à s’intéresser aux médicaments chimiques de synthèse; il devait introduire l’usage de la trinitrine en thérapeutique. Il publia une matière médicale en 10 volumes.

En 1879, T.F. ALLEN publia aux USA une magistrale « encyclopédie de matière médicale pure » en 12 volumes, résultat d’un travail d’équipe extrêmement critiqué sur les sources des pathogénésies.

Aux USA, à côté d’instituts homéopathiques strictement hahnemanniens, on vit se multiplier des écoles dites éclectiques, où l’on enseignait les sciences fondamentales et diverses thérapeutiques : allopathique, homéopathique, naturiste, chiropractique… C’est dans une de ces écoles que James Tylor KENT (1849-1916) devait apprendre la médecine. Il a poussé au maximum, dans la lignée de Hahnemann, la technique d’individualisation des symptômes. Son répertoire comprend 1424 pages de signes soigneusement valorisés d’après la riche expérience de l’école américaine du 19ème siècle.

En Angleterre, retenons le nom de CLARKE, dont le répertoire clinique se base sur son dictionnaire de matière médicale en 3 gros volumes.

En Suisse, Pierre SCHMIDT a complété le répertoire de Kent, fruit de son expérience de 50 ans de pratique

NEBEL introduisit les constitutions dans la définition des terrains.

En France, citons pour leurs matières médicales, leurs répertoires ou leurs précis de thérapeutique, Vannier (qui mit en valeur le tuberculinisme), Charette, Demarque, Fortier-Bernouville, Guermonprez, Jouanny, Latoud, Voisin, Zissu …

Le choix du remède

De par ses principes, le choix du remède est fondamental pour l’efficacité du traitement. Contrairement à l’allopathie, il n’est pas possible de se baser sur des symptômes approximatifs, ou sur des données statistiques. Le premier temps de la recherche consiste à cerner avec précision les symptômes caractéristiques de la maladie chez le malade. Chaque signe doit être accompagné de ses modalités. Tout changement survenu sur le plan général (fièvre, sensibilité thermique, aux conditions atmosphérique, fatigue…) et sur le plan psychologique doit être précieusement recueilli. En effet, dans un deuxième temps, l’homéopathe effectue une hiérarchisation des symptômes trouvés et les rubriques précitées sont les plus importantes. Les autres symptômes importants sont ceux qui sont rares et typiques de la réactivité individuelle du malade. Par exemple, il est de peu d’utilité de savoir que ce malade qui souffre d’angine a mal en avalant, car c’est ce qui arrive dans 95% des cas. Il est par contre beaucoup plus intéressant de lui faire dire qu’il tousse lorsqu’il va à la selle, ou qu’au contraire, le fait d’avaler le soulage, ce qui est fort rare et seulement provoqué par quelques remèdes. Les causes de la maladie, lorsqu’elles peuvent être précisées, sont aussi un précieux indice. Fort de cette liste de symptômes, l’homéopathe va s’efforcer de choisir le remède qui, lors des pathogénésies, a provoqué la totalité ou la majeure partie du tableau et qu’on nomme le similimum.

Les règles élémentaires de prescription

Il n’est pas toujours facile de donner des règles de prescription, car chaque malade a son propre pouvoir réactionnel, dans la fréquence comme dans la hauteur de dilution du remède. Ceci explique en partie pourquoi il y a différentes écoles homéopathiques. Cependant deux grandes règles posologiques sont admises par tous :

– PLUS L’ANALOGIE EST ÉTENDUE, PLUS IL Y A INTÉRÊT A UTILISER UNE DILUTION ÉLEVÉE ET INVERSEMENT.

– DÈS QUE L’ACTION FAVORABLE EST OBTENUE, IL CONVIENT D’ESPACER LES PRISES DU REMÈDE OU DE CESSER TOUTE MÉDICATION SUIVANT LE PLUS OU MOINS DE CHRONICITÉ DU CAS.

On peut dire que les Unicistes (école anglo-saxonne, école suisse) préfèrent donner de très hautes dilutions à de longs intervalles, selon la durée théorique d’action du remède donnée dans les Matières Médicales ou les répertoires. Hahnemann est formel quant à la nécessité d’employer un seul remède à la fois : « Il n’est dans aucun cas nécessaire d’employer plus d’un médicament simple… C’est un précepte fort sage de ne jamais chercher à faire avec plusieurs forces ce que l’on peut accomplir avec une seule. »

C’est la difficulté rencontrée dans la pratique quotidienne de déterminer avec certitude le similimum qui a poussé des médecins homéopathes à prescrire plusieurs remèdes à la fois, soit séparément : LES PLURALISTES (école française) ou groupés ensembles : les COMPLEXISTES.

Tout médecin homéopathe doit œuvrer pour déterminer avec certitude le similimum, le complexisme est peu utilisé sauf dans quelques formules dites de drainage, en très basse dilution, plus proches du domaine phytothérapique qu’homéopathique. Les pluralistes prescrivent deux à quatre remèdes différents, couvrant l’ensemble des symptômes, en séparant les remèdes les uns des autres pour permettre de suivre leur action et tout cela avec une stratégie élaborée.

Pour espérer avoir un résultat thérapeutique, il faut que certaines conditions soient respectées par le médecin prescripteur :

– Le choix judicieux du similimum, qui dépend avant tout de la compétence du praticien.

– Que la souche médicamenteuse prescrite soit de bonne qualité et que la préparation homéopathique du remède soit faite dans d’excellentes conditions.

– Que le pouvoir réactionnel du malade, à la dose infinitésimale, soit correct.

L’idéal du chercheur

Comme Hippocrate dont il se réclame, Samuel Hahnemann fait reposer l’art de guérir sur deux bases : l’expérience et l’éthique. Dans son allocution à la Société Gallicane, le 15 septembre 1835, il proclame : « Lorsqu’il s’agit d’un art sauveur de la vie, négliger d’apprendre est un crime ». Dans la préface de la première édition de l’Organon, il résume ainsi sa démarche : « Plus je gagnais de l’avant, de vérités en vérités, plus je réalisais combien les lois trouvées, dont je n’ai reconnu ni accepté aucune sans en avoir été au préalable convaincu par l’expérience, différaient de celles de l’ancienne École, ces dernières n’étant composées exclusivement que d’opinions fondées sur des probabilités, dont les bases étaient bien précaires et bien fragiles ». Il reprend aussi le célèbre adage « Primum non nocere » lorsqu’il écrit : « Le bel idéal de la guérison consiste à rétablir la santé de manière prompte, douce et durable, à enlever et détruire entièrement la maladie par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, en procédant d’après des inductions faciles à saisir ».

Il est certain qu’Hahnemann eut une démarche rationnelle car dans la critique de la médecine de son temps et des siècles précédents, il est revenu constamment sur les inconvénients des systèmes à priori, sans référence à l’expérience. Son objectivité scientifique a incité le maître à faire varier les conditions expérimentales en envisageant tour à tour le rôle de divers facteurs possibles. Après lui, ceux qui poursuivirent sur la même voie le firent dans un esprit semblable. Il est de ce fait navrant qu’une partie du corps médical, qui ne connaît rien ni d’Hahnemann ni de l’homéopathie, puisse dénigrer cette pratique en se basant sur des dogmes qui ressemblent plus à des professions de foi qu’à la démarche d’un chercheur en quête de vérité. Souhaitons qu’à la faveur de l’engouement actuel des malades qui, eux, ont pu expérimenter dans leur corps les bienfaits de cette discipline, l’homéopathie, médecine efficace et sans effets néfastes comparables à ceux des remèdes classiques, puisse être respectée dans sa forme initiale et reconnue par les milieux « bien-pensant » de la science et de la médecine.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

Duprat H. Traité de Matière médicale homéopathique, Éditions Similia

Hahnemann S. Traité de matière médicale, Éditions Similia

Exposition de la Doctrine Médicale Homéopathique ou Organon de l’art de guérir, Éditions O.E.I.L

Kent J.T. Repertory of the Homeopathic Materia Medica, B.Jain Publishers, New Delhi,

La science ou l’art de l’homéopathie, Éditions Maisonneuve

Matière médicale homéopathique, Éditions P.M.J

Lavarenne M. Pages choisies d’Homéopathie, Éditions Magnard

Vannier L. La pratique de l’Homéopathie, Éditions Doin

Précis de thérapeutique homéopathique, Éditions Doin

Vithoulkas G. Essence des remèdes homéopathiques, Éditions Similia