Robert Adams : Il n’y a ni souffrance, ni mort


27 Nov 2019

Traduction Libre

R : C’est bon d’être de nouveau avec vous. Je vous souhaite la bienvenue de tout mon cœur.

Quelqu’un du groupe m’a demandé de parler de la souffrance. Je ne sais pas s’ils veulent que je vous dise comment souffrir… [Rires] ou comment se débarrasser de la souffrance. Une personne dit : « Nous sommes des experts de la souffrance ! » [Rires] Ils ont demandé que je dise quelques mots sur la souffrance.

Il n’y a que quelques mots à dire : Qui souffre ? Je sais que certains diront que l’égo souffre. Mais ce n’est pas vrai. Qu’est-ce que l’égo ? L’égo est la pensée-Je. Ce Je n’est qu’une pensée. Le je n’existe pas. Par conséquent, l’égo n’existe pas. Alors, qui souffre ?

Votre vraie nature est la Réalité Absolue – la Conscience. Qui reste à souffrir ? La conscience est omniprésente. Il n’y a pas la Conscience et autre chose. Il n’y a que la Conscience. Alors comment pouvez-vous souffrir ?

Ce que vous entendez par souffrance, c’est que le monde ne tourne pas comme vous le souhaitez. Les choses ne vont pas dans votre sens. Est-ce qu’un animal souffre ? Même lorsqu’un animal est malade ou meurt, c’est juste une expérience dans la Conscience. Donc personne ne souffre.

Nous avons tous subi un lavage de cerveau dès notre plus jeune âge pour croire que certaines choses nous rendaient heureux, et que d’autres nous faisaient souffrir. C’est une croyance, comme l’hypnose, qui vous fait penser que vous allez souffrir.

Si vous pensez que vous souffrez parce que vous mourez, c’est une erreur. Personne ne meurt. La mort n’existe pas. Il n’y a que la vie éternelle, et vous êtes Cela. Par conséquent, la souffrance n’existe pas. Elle n’a jamais existé et elle ne peut exister. Si vous vivez dans le présent, que vous êtes spontané et que vous ne réagissez pas aux circonstances, comment pouvez-vous souffrir ? Ce n’est que lorsque vous réagissez aux évènements qui se présentent que vous souffrez. Tant que vous croyez être le corps, vous devrez faire face à des conditions. Quand vous réalisez que vous n’êtes pas l’auteur, que vous n’êtes pas le corps, que vous n’êtes pas l’esprit, il n’y a plus personne pour souffrir. Il n’y a plus personne pour être malheureux.

Par conséquent, vous devez vous identifier à la Réalité, puis perdre votre identité dans la Réalité. Alors vous ne souffrirez jamais. Tant que vous croyez que vous êtes le corps, alors le monde est réel, l’univers aussi est réel, et Dieu également est réel.

Et vous devez alors prier pour vaincre votre souffrance. Si vous priez correctement, Dieu pourrait avoir pitié de vous et ôter votre souffrance. Mais quel genre de Dieu est-ce ? Si Dieu peut supprimer la souffrance, il peut la donner aussi. Un tel Dieu n’existe pas. Dieu, le Gourou et le Soi ne font qu’un. Vous l’êtes vous-même. Si vous ne pouvez pas accepter cela, vous devez faire face au monde. Traiter avec le monde conduit toujours à ce qu’on appelle la souffrance. C’est ainsi que cela se présente.

La pensée-Je vous a fait croire qu’il y a un égo, un esprit, un corps, un monde, un univers et un Dieu. Vous devez supporter toutes ces choses car que vous n’avez pas suivi la pensée-Je jusqu’au cœur. Voyez-vous ce que je veux dire ? Vous ne suivez pas la pensée-Je jusqu’au centre du cœur. Si vous ne tracez pas l’origine du Je, vous allez toujours souffrir. Le je s’identifie avec les phénomènes mondains.

Quand vous souffrez, vous cherchez quelqu’un pour vous soulager de la souffrance. Vous cherchez donc un gourou ou un guérisseur, ou quelqu’un qui pourra supprimer votre misère. Mais si vous adoptez cette approche, quand une misère disparaît, une autre survient. Il n’y a pas de fin à cela.

Les Samskaras des vies passées vous attaqueront. Toutes sortes de choses vous attaqueront et de toutes parts. Vous ne saurez jamais ce qui va se passer. Si vous essayez d’alléger la souffrance, vous faites le mauvais choix, parce que vous essayez d’alléger quelque chose qui n’a jamais existé ! Vous créez les situations du problème.

C’est comme si vous aviez une tumeur au bras, et le médecin, au lieu d’en chercher la cause, découpe la tumeur. Le mois prochain, elle repoussera sur l’autre bras. Puis le docteur vous coupera le bras. Ça pousse sur la jambe. Le docteur vous amputera la jambe. Ça pousse sur la tête. [Rires] Et vous n’êtes plus. Le docteur vous a rendu service. [Rires]

Ça se passe ainsi dès qu’on cherche à soulager ses problèmes. Vous jouez à des jeux. Tout cela fait partie de la grande Leela, la Maya. Vous vous emmêlez avec Maya, et vous jouez avec vous-même.

Comment devrions-nous nous y prendre ? Nous devrions ignorer la douleur, la souffrance, les problèmes. Ne traitez pas directement avec eux. Cherchez plutôt le Soi, ce que vous êtes vraiment. Dès que le Soi est découvert, les soi-disant problèmes et souffrances ne sont plus là. Vous ne pouvez pas réaliser le Soi, qui est omniprésent, et avoir des problèmes. Il n’y a pas de place pour les deux. C’est l’un ou l’autre ! Soit vous vous identifiez à la douleur, à la souffrance et à l’illusion, en essayant de contrôler les choses par des canaux externes, soit vous oubliez ces choses et vous vous tournez vers l’intérieur, plongeant profondément au centre du cœur où règne la paix. C’est à vous de choisir. Vous avez toujours le choix.

Quand nous entendons parler de guérisseurs, comme Jésus ou d’autres, nous ne savons jamais ce qui est arrivé aux personnes qu’ils ont guéries. Combien de temps sont-ils restés guéris ? D’après ce que j’ai compris, après quelques mois, leur état a empiré.

La guérison est une activité de la maternelle. Tout le monde veut guérir de quelque chose. Pourquoi ? Nous pensons que nous ne pouvons pas le supporter. Nous pensons que c’est insupportable. Qui pense que c’est insupportable ? Ce que vous devez vraiment faire, c’est vous débarrasser du penseur, pas du problème, mais du penseur ! [Note de la rédaction : Robert donne cette Satsang dans une région vallonnée, boisée et très sauvage. Ce jour-là, plusieurs petits oiseaux se sont fait entendre par leurs chants magnifiques, ajoutant beaucoup de douceur à ses paroles].

Il faut être formé dès l’enfance pour croire que certaines choses sont insupportables, et à moins que votre vie ne se déroule d’une certaine façon, rien n’est juste. Pensez un instant à ce qui se passerait si un enfant était élevé en croyant que le cancer est une bonne chose, que c’est une bénédiction. Efforcez d’avoir un cancer. Si cet enfant le croyait, il ne souffrirait jamais, même s’il attirait le cancer. L’esprit a exclu la souffrance.

Il en est de même avec toutes vos douleurs et tous vos problèmes. Ce sont des situations mentales qui semblent s’être attachées à votre corps. Mais il n’y a personne qui souffre vraiment. En fin de compte, vous fonctionnerez toujours, sans corps ou avec un corps – cela ne fait aucune différence, et vous serez libre.

En attendant, vous gaspillez votre énergie en essayant d’atténuer vos problèmes. Par vos activités, vous vous dites que les problèmes existent vraiment. Il faut donc trouver un moyen de s’en débarrasser. Réalisez que le problème est le fruit de votre imagination, même s’il semble réel. Si vous pensez qu’il s’agit d’un rêve dans lequel vous mourez d’un cancer et que je vous dis : « Vous n’avez pas de cancer, vous en rêvez. Ne vous identifiez pas avec le cancer, identifiez-vous avec la Conscience, avec le Soi. Réveillez-vous à la Réalité. » Vous me direz : « Vous êtes fou, Robert. Regardez les tumeurs sur mon corps. Le docteur m’a dit qu’il me restait cinq jours à vivre, et vous essayez de me dire que je vais être bien ? » Je réponds : « Je ne vous dis pas que vous allez être bien, je vous dis que vous allez vous réveiller. » Quand on se réveille, il n’y a rien de tel : ni bonne santé ni maladie. Mais vous ne comprenez pas ce que je vous dis, et vous allez chez différents médecins, vous faites des lavages d’intestins, vous allez chez des guérisseurs partout dans le monde. Ce que vous devriez faire, c’est chercher le Soi. Puis vous vous réveillez. Tout n’était qu’un rêve. Le cancer n’existait pas. La recherche du soulagement n’existait pas. Les médecins n’existaient pas. Je n’existais pas. Vous êtes libre.

Ainsi en est-il actuellement de votre vie. Tout ce qui se passe dans votre vie vient de votre esprit. Votre esprit a créé le monde extérieur comme dans un rêve : le rêve se poursuit en vous, tout en paraissant extérieur à vous. Vous vous demandez peut-être : « Comment le monde entier dont je rêve peut-il être en moi ? Comment puis-je créer le rêve ? » Vous le savez bien, mais pourtant vous ne le mettrez pas en doute.

Mais quand je vous dis que vous créez le monde tel qu’il apparait dans votre esprit, vous êtes prêts à argumenter en disant : « Comment puis-je créer le monde ? Je ne peux pas faire ça, le monde est là – je le vois ! » Quand vous rêvez, ne voyez-vous pas aussi le monde ? Vous voyez le monde tel que vous le créer. Vous en faites l’expérience tel que vous le créer. Il n’y a pas de début à votre rêve et il n’y a pas de fin, n’est-ce pas ? On ne commence pas son rêve avec Adam et Eve. Vous commencez juste à rêver. Il en est de même pour ce rêve. Vous vous êtes attaché à une illusion. Le monde semble réel. Vous rendez l’illusion de plus en plus puissante chaque fois que vous vous identifiez à elle. Chaque fois que vous vous attachez à une personne, à un lieu ou à une chose, d’une manière émotionnelle, vous croyez vraiment que le monde est réel. Le monde devient plus réel et vous ressentez que ses problèmes sont de plus en plus éprouvants parce que vous devenez de plus en plus dogmatiques dans votre façon de voir. Personne ne peut vous dire que le monde n’est pas réel. Vous dites : « Je vois le monde là-bas ! » Je signale toujours que vous voyez aussi votre rêve. C’est cela ! « Alors je me réveille du rêve, mais je ne me réveille pas de ce rêve. » Qui dit que non ?

Ce rêve semble être un peu plus long. Pourtant, vous pouvez vous réveiller avant de quitter le corps, pour ainsi dire, simplement en vous identifiant au Soi – en devenant le Soi, en réalisant que vous n’avez jamais été autre chose que Satchitananda, Brahman, la Pure Conscience, le Vide, qui est votre vraie nature.

Alors que fait-on ? On laisse le monde tranquille, et nous enquêtons intérieurement : « À qui cela est-il arrivé ? À qui cette illusion est arrivée ? » C’est ce que vous devez faire avec chaque problème, avec chaque mal de ventre, avec chaque malheur et avec tout ce que vous voyez dans ce monde. En d’autres termes : qui voit cela ? Qui en fait l’expérience ? Bien sûr que la réponse est : « À moi ! » À moi ! Qui est ce moi ? Qui est le Je qui expérimente cette illusion ? D’où est venu ce Je ? Qui l’a mis au monde ? Quelle est sa source ?

Le mot “source” est important. Le Je a une source. Il n’est pas venu de nulle part. En réalité, il n’existe pas. Le Je est une pensée. En remontant la piste, vous le retracerez jusqu’au centre du cœur sur le côté droit de la poitrine. C’est la demeure du Soi. Il semble que le Je surgit de la demeure du Soi. C’est ainsi que cela se présente. Essayez de le percevoir.

Vous commencerez à réaliser que dans le sommeil profond, il n’y a pas de Je. Qu’est-il arrivé au Je quand vous êtes dans le sommeil profond ? Il n’y a personne pour dire : « Je dors. » Où est-il parti ? Pourtant, quand vous vous réveillez, vous dites : « J’ai dormi ! » D’où vient le Je ?

Si vous l’observez lors de votre réveil le matin, vous remarquerez que le Je sort de votre poitrine et va vers votre cerveau. Il s’identifie ensuite au corps et à l’esprit. C’est alors que le monde voit le jour. Vous dites alors : « Je vois le monde. Je suis mon corps. Je suis mon esprit. » Quand vous vous endormez la nuit, juste avant de vous endormir, vous remarquez que le Je s’affaiblit de plus en plus. Il perd son pouvoir car il retourne au centre du cœur, là d’où il vient. Alors vous dormez.

Mais que se passe-t-il si vous ne vous endormez pas et que le Je revient quand même ? Que se passe-t-il ? Vous êtes pure Conscience ! Vous êtes comme le tableau sur lequel sont dessinées et effacées les images. Le tableau ne change jamais. Les images changent. Si vous permettiez à la pensée-Je de couler dans la poitrine, dans le centre spirituel, vous vous éveilleriez à la Réalité. Vous seriez libéré. Vous seriez réveillé. C’est le vrai Éveil. Cela se fait en enquêtant : « Qui suis-je ? »

Quand vous investiguez qui suis-je, ou quelle est la source du Je, c’est comme si vous suivez le fil conducteur du Je jusqu’à sa source. Vous vous réveillez sans vous endormir. Lorsque vous vous éveillez à la Conscience, vous êtes dans une nouvelle dimension de la vie après avoir dormi, rêvé et réveillé normalement. C’est ce qu’on appelle le quatrième état de conscience. Dans cet état, vous êtes en Samadhi tout le temps. Pas Nirvikalpa Samadhi, mais Sahaja Samadhi, ce qui signifie que vous êtes continuellement éveillé.

Dans Nirvikalpa Samadhi vous devez méditer pendant des années avant d’atteindre cet Éveil. Tant que vous êtes en Samadhi, vous vous sentez bienheureux. Mais quand vous en sortez, vous êtes un être humain ordinaire, pour ainsi dire, et vous participez au monde et à tous ses fantasmes. Quand vous êtes en Sahaja Samadhi, il n’y a plus de méditation, il n’y a plus d’aller ou de retour. Vous vous reposez dans cet état pour toujours. Vous paraissez un être humain ordinaire, mais vous êtes comme le tableau. Tout l’univers, les gens, les lieux et les choses, se superposent à la Conscience, qui est votre Soi. Vous êtes libre chez vous.

Vous devez choisir, vous avez cette liberté ; réagir au monde et essayer de résoudre les problèmes d’une manière mondaine, ou aller à l’intérieur. Il n’est pas possible de résoudre les problèmes. Historiquement, personne n’a jamais été capable de résoudre ses problèmes. Certains semblent réussir pendant un certain temps, mais de nouveaux problèmes surgissent encore et encore – comme la tumeur du bras ! Vous la retirez et une autre repousse. Vous vous débarrassez d’un problème et vous vous trouvez impliqué dans une nouvelle série de problèmes. Ça ne s’arrête jamais.

L’auto-investigation est une façon de reconnaitre que vous n’êtes pas le corps, le rêveur, l’esprit ou le monde. Vous n’avez rien à voir avec cet univers. Pourtant, vous avez l’air normal, comme tout le monde. Tout est relié à la pensée-Je. Débarrassez-vous du Je et tout le reste ira avec.

Alors, comment arrêter de souffrir ? Réalisez que personne ne souffre. La souffrance est dans l’imagination. Quand l’imagination est transcendée, il y a paix et harmonie. Le moyen d’y parvenir est de vous interroger : « À qui cela arrive-t-il ? » Poursuivez cette enquête jusqu’au bout. Ne travaillez pas sur vos problèmes, n’essayez pas de les résoudre. N’y pensez même pas. Si vous commencez à penser, observez-vous. L’esprit doit devenir tranquille. Quand il y a un esprit tranquille, personne ne souffre. Il n’y a pas de place pour la souffrance. Là où l’esprit s’identifie au corps et au monde, la souffrance augmente. Vous savez ce que vous avez à faire ; alors maintenant faites-le.

[Il y a maintenant une période de chants. Aujourd’hui c’est « Ô Dieu Magnifique ! »]

Vous devez avoir beaucoup de questions, alors allez-y, posez-les.

Q : Vous semblez assimiler souffrance et douleur. Mais aidez-moi à comprendre, s’il vous plaît. Un animal dans un piège ressent de la douleur et tente de s’échapper. Ce n’est pas qu’une simple expérience dans la Conscience.

R : Un animal éprouve la douleur tout comme nous, mais il n’a pas les émotions que nous subissons quand nous ressentons la douleur. Par conséquent, il éprouve la douleur. C’est une expérience. Quand nous ressentons la douleur, nous imaginons toutes sortes de choses, comme la mort ou des chirurgiens qui nous découpent, ce qui engendre de nouveaux problèmes. Si vous pouviez ressentir la douleur sans y penser, la douleur ne serait pas intense, peu importe ce qu’elle est. Même si on vous coupait le bras, vous le sentiriez, mais pas intensément. L’intensité est engendrée par l’esprit. L’esprit a élaboré de très nombreuses associations avec les émotions, et cela dès le plus jeune âge.

Q : Et un bébé ? Il n’a pas créé d’associations.

R : Un bébé ne souffre pas, il ressent la douleur. Nous, nous le ressentons plus intensément parce que nous avons un esprit, pour ainsi dire, qui y pense. Si l’esprit ne pensait pas à la douleur, vous passeriez à travers même si vous en mouriez. Vous passeriez à travers la douleur. C’est pourquoi certaines personnes, comme Ramana Maharishi, pouvaient se faire opérer d’une tumeur sans anesthésie. Il constatait : « J’ai un peu mal ! », mais ça ne le dérangerait pas tellement. Ainsi, la douleur peut être ressentie, mais pas aussi intensément que nous l’éprouvons en tant qu’êtres humains ordinaires. C’est l’esprit qui engendre tous ces problèmes.

Q : Si, seul, le Soi existe, il ne peut y avoir ni volonté ni choix.

R : Exact ! La volonté et le choix n’existent que pour l’égo.

Q : Ce qui est de l’imagination.

R : Oui. Tout est prédestiné. Tout se passe comme prévu. Il semble que le seul choix que nous ayons est de se tourner vers l’intérieur sans réagir à tout. C’est l’apparence. C’est ce qu’un être humain peut faire ; quand il se tourne vers l’intérieur, il s’éveille au Soi. Quand il est le Soi, il n’y a pas de volonté, pas de choix. Il n’y a qu’un Être omniprésent.

Q : Comment peut-il y avoir le choix de se tourner vers l’intérieur ?

R : Parce que le choix existe au niveau humain. À l’autre niveau, vous êtes éveillé et il n’y a personne pour choisir. Pour avoir le choix, il faut avoir un Je. Quand le Je est éliminé, il n’y a plus personne pour choisir, et vous êtes libre.

Q : Vous dites qu’il n’y a pas de choix parce qu’en réalité, il seul le Un existe tandis que l’individu – avec ses actions individuelles et ses décisions – n’existe pas.

R : C’est comme l’eau d’un mirage. L’eau semble exister, mais après une observation approfondie, on constate qu’elle n’existe pas. Le corps et l’esprit semblent exister. Cependant, si vous enquêtez en pratiquant l’auto-investigation, vous découvrirez que le corps et l’esprit n’ont jamais existé. Ils semblent exister comme dans un rêve. Mais dans l’Éveil, vous réalisez qu’ils n’ont jamais existé.

Q : Le corps n’a jamais existé ?

R : Non. Il n’est jamais né. Il ne peut jamais mourir.

Q : Le corps ?

R : Oui. Ça n’existe pas. Il n’y a rien de tel. Vous pouvez venir ici et me pincer, et je dirai, « Oww ! », mais vous pouvez aussi faire la même chose dans un rêve. Un pincement dans un rêve… puis vous vous réveillez.

Q : Robert, je veux passer du temps à méditer et à être avec des gens spirituels, mais le monde ne cesse de m’agripper et m’oblige à me concentrer sur ceci ou sur cela, et je ne veux plus m’occuper de tout ça. Comment puis-je sortir de ce piège ?

R : Observez l’esprit pensant. Devenez le témoin de votre pensée et demandez : « À qui viennent ces pensées ? » Observez, ensuite, ce que fait votre esprit. Prenez conscience de vos processus de pensée. Chaque fois que l’esprit engendre le monde pour vous, posez-vous la question : « Qui fait cela ? Qui me fait penser comme ça ? Qui m’attache au monde ? ». La réponse est toujours Je. Puis un jour, vous réaliserez que tout ce que vous avez à faire, c’est de vous débarrasser du Je. Le Je est le seul coupable. Ne laissez pas l’esprit s’attarder sur les choses. Quand l’esprit tourne, arrêtez-le en demandant : « À qui cela arrive-t-il ? ». Dès que vous vous débarrasserez du Je, vous serez libre.

Q : Vous avez dit qu’il n’y a pas de passé, mais que les choses semblent avoir une continuité, une relation de cause à effet. Est-ce aussi un rêve ?

R : La dualité est un concept mental. Quand le mental est attiré vers l’intérieur, et devient le Soi, il n’y a plus qu’une Ouverture ultime. Tant que l’esprit est actif, il y a dualité, le passé et le futur. Accordez l’esprit par le chant, la méditation, le pranayama, n’importe quoi d’autre. Lorsqu’il est accordé, tirez-le vers l’intérieur, en vous demandant « À qui cela arrive-t-il ? » L’esprit ira vers l’intérieur, de plus en plus profondément, dans le Soi.

Q : Même des anciens concepts, comme le yin et le yang, ou l’équilibre divin…

R : Tous sont dualité. Tous les systèmes font partie de l’esprit.

Q : Jusqu’à notre Éveil, ne sommes-nous pas gouvernés par ces concepts et ces forces dualistes ?

R : Seulement si vous le croyez. Jusqu’à ce que vous soyez éveillé, ne pensez pas que quelque chose vous gouverne. Il suffit de demander : « À qui cela arrive-t-il ? ». Ne pensez pas que vous êtes coincé dans Maya et qu’il est difficile d’en sortir. Demandez-vous : « Qui est coincé dans Maya ? ».

Q.1 : [Avec un parlé monotone] Quelle est l’étape suivante de la séquence après avoir posé la question : « À qui cela arrive-t-il ? Cela m’arrive ! Qui suis-je ? » Quelle est la prochaine étape ?

R : De la façon dont vous en parlé, on dirait que vous êtes dégouté par tout cela. Il faut avoir un peu plus d’émotion que ça. [Robert rit].

Q.1 : Demander « Qui suis-je ? », c’est établir l’esprit dans le Silence ?

R : Oui !

Q.1 : Mais l’esprit ne veut pas l’accepter.

R : Alors vous devez vous demander : « Quel esprit n’accepte pas cela ? D’où vient-il ? » Et voyez que ça vient du Je. Faites-le encore et encore et encore…

Q.1 : Cela semble être une activité très intense.

R : Nooon ! Fais-le avec humour. Riez, faites-en un jeu. Ne le prenez pas trop au sérieux.

Q : Ramana n’a-t-il pas dit que l’investigation était une activité intense ?

R : [pause] Il a peut-être dit cela, mais ce n’est pas si intense. [Rires] Il a pu se sentir tendu quand il l’a dit.

[Beaucoup de plaisanteries entre les élèves et Robert, et beaucoup de rires.]

R : Faites-le d’une manière calme et paisible. Peu importe combien de fois les pensées reviennent, peu importe combien de fois le monde se referme sur vous, retournez à votre investigation : « À qui ça arrive ? »

Toutes ces pratiques aident énormément, même si vous ne le savez pas. Il se passe plus de choses en vous que vous ne pouvez le savoir. Poursuivez la pratique. Il va se passer quelque chose. Il le faut bien.

Q : Comment se fait-il que certains Jnanis n’ont aucun intérêt pour l’argent, alors que d’autres, comme Ramesh Balsekar et Jean Klein, ont de grandes organisations ? Pourquoi les autres Jnanis n’ont-ils rien à voir avec l’argent, les ateliers, la publication de livres, la vente de cassettes et n’ont-ils aucune organisation pour les soutenir ?

R : Que signifie le mot “Jnani” ? Cela signifie “Sagesse Absolue”. Celui qui est établi dans Jnana a transcendé le Je. S’il n’y a plus de Je ou d’égo, alors pourquoi font-ils des efforts pour organiser des ateliers, pour voyager dans le monde entier ? Il doit bien rester un peu d’égo pour vouloir faire ces ateliers ? Le je dois avoir envie de voyager.

Q : Ne pourrait-il pas s’agir simplement de compassion pour les chercheurs ?

R : Le Jnani est la Compassion elle-même, et le Jnani est Omniprésent. Donc, si une personne est en Chine et pense à un Jnani, elle est sauvée. Par conséquent, le Jnani n’a pas besoin d’aller nulle part. Le Jnani est omniprésent. Il n’y a personne pour aller nulle part ou pour faire quoi que ce soit.

Je n’ai jamais commencé cette classe. Je n’ai jamais voulu faire ça. Ça a grandi et c’est arrivé. Alors, je suis là. Pour moi, cela ne fait aucune différence si une personne vient, si personne ne vient, ou si dix personnes viennent. Mais si plus de cinquante personnes viennent, je ferai l’idiot, et elles ne reviendront pas. [Rires]

Q : Pourquoi ?

R : Parce que les masses sont une blague. Les masses sont des chercheurs. Ils vont de gourou en gourou, et ils n’arrivent jamais à rien parce qu’ils ne suivent pas une seule procédure. Avoir une “méthode”, un gourou, pour soi-même, c’est comme avoir une loupe. Le soleil est partout, mais avec une loupe, vous pouvez concentrer la lumière du soleil et allumer un feu. Avoir nombreux de gourous, c’est comme dissiper la lumière du soleil qui, alors, devient dispersée et faible. Un seul gourou la concentre et ça devient très puissant.

Un vrai Jnani n’a pas d’égo, pas de Je, pas d’ambition, pas de désirs ; il n’appartient à personne et est totalement libre.

Q : Quand Paramahansa Yogananda est venu aux États-Unis pour enseigner et aller devant de grands publics, était-ce de l’égo ?

R : Je ne parle pas d’autres gourous.

Q : Ça ressemble à un oui. [Rires]

R : C’est ce que vous dites. Je n’ai pas dit ça [Rire]. Je ne parle jamais des autres. C’est vous qui devez arriver à vos propres conclusions.

Q : Pourquoi limitez-vous le nombre de personnes qui viennent ici à 50 ?

R : Parce que je n’en ai pas besoin. C’est la poisse ! Pensez que si nous étions 25 personnes de plus, combien d’autres questions elles me poseraient [Rires]. Nous serions assis ici toute la nuit et toute la journée à répondre à des questions [Grand rire]. Si ça arrivait tout seul, et si ça arrivait de la bonne façon, ça pourrait marcher. Mais, de toute façon, il n’y a pas de place ici. [Rires]

Q : Revenons à la question de l’argent. Comment se fait-il que certains gourous se proclament ainsi et font payer beaucoup d’argent, jusqu’à payer 400 $ pour un week-end intensif en vue de connaissances ésotériques, et que d’autres ne font rien payer ? Est-ce que l’argent vient tout seul ?

R : D’accord, d’accord, on peut en parler un peu. Tous les enseignants devraient être soutenus. Pour certains enseignants, c’est le seul revenu qu’ils ont. Il n’y a rien de mal à soutenir l’enseignant, mais cela devrait se faire en silence. Ceux qui comprennent prendront toujours soin de l’enseignant.

Quand il s’agit de publicité, quand il s’agit d’expansion et de posséder des ashrams dans le monde entier, c’est une autre histoire. Plus vous vous organisez, plus vous avez besoin d’argent pour faire croître l’organisation, et plus l’accent est mis sur la croissance.

C’est comme avoir des églises. Vous ajoutez toujours de nouveaux ou de plus grands bâtiments, et le gourou doit avoir une Rolls Royce. Ça devient incontrôlable. Votre cœur devrait vous dire ce qui est juste. Les Rishis d’antan n’ont jamais rien fait payer. Il ne devrait pas y avoir de frais pour la Vérité. La vérité est gratuite. En ce qui concerne les séminaires intensifs, la plupart des enseignants indiens se moquent des Occidentaux, parce que la plupart des Occidentaux croient réaliser le Soi en s’inscrivant à un séminaire intensif de trois jours.

Ça ne marche pas comme ça. Il y a donc des séminaires intensifs où l’on vous facture quatre, cinq, six ou sept cents dollars et où tout le monde y court sans que rien ne se passe. Je n’ai pas d’autres commentaires à faire à ce sujet.

Votre cœur doit être votre seul guide. Si vous êtes sincère, vous saurez où aller et quoi faire. Si vous travaillez à partir de votre égo, vous trouverez tout à redire. Demandez à vous-même les réponses. Ce que je peux dire est que tout le monde est à sa juste place. Il n’y a pas d’erreur. Aucune n’a été faite. Il n’y en a pas. Ces personnes qui sont avec certains gourous sont là où il faut, pour le moment. Tournez-vous vers l’intérieur et votre cœur vous dira où aller.

Q : L’investigation n’est-elle pas une forme de recherche, indicative d’un égo ?

R : Vous avez à utiliser l’égo pour détruire l’égo. Vous utilisez votre esprit pour détruire votre esprit. Au début, l’esprit est très puissant. Au fur et à mesure que vous vous investiguez, l’esprit s’affaiblit de plus en plus, jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Q : Arrivé à un certain stade, il n’y a donc plus de recherche ?

R : Toute recherche cesse.

Q : Pourquoi ne pouvons-nous pas réaliser cela dès le début ?

R : Vous le pouvez, pourquoi ne le faites-vous pas ? [Rires]

***

Robert Adams (1928-1997) était un enseignant spirituel américain. Il était considéré par plusieurs comme un être réalisé.


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