Alex Tsakiris : Les états de conscience élargie, la réalité virtuelle et le problème du mal. Interview de Jurgen Ziewe


26 Oct 2020

Traduction et adaptation libres

Alex Tsakiris : Bienvenue à Skeptiko où nous explorons les domaines controversées de la science et la spiritualité avec des chercheurs, des penseurs de premier plan et leurs critiques.

Comme vous le savez, ce programme traite principalement de la conscience et de ce que j’aime appeler la conscience élargie, c’est-à-dire tout ce qui est étrange mais impossible à nier et qui semble se produire au-delà de l’espace et du temps dans ces domaines métaphysiques. Et j’aime beaucoup les gens qui ne se découragent pas dans leur effort pour entrer dans ces royaumes et essayer de les ramener à un niveau, sinon scientifique, du moins pré-scientifique de compréhension plus profonde. Et c’est une chose que j’ai toujours trouvée impressionnante dans le travail de mon invité d’aujourd’hui, Jurgen Ziewe.

Jurgen était un invité de l’émission il y a quelques années. J’avais alors commencé ce genre d’enquête intensive sur le mal, pour nous donner une compréhension différente de ces mondes de conscience élargis. Et j’étais là, sur le forum Skeptiko, et en bavardant, des gens me disent : « Tu dois parler à Jurgen. Il a fait l’exploration la plus vaste et la mieux documentée de ces domaines à travers ses expériences extra-corporelles, et il a vraiment essayé de les cataloguer ». Et je me suis dit, bien sûr, ce type doit vraiment avoir des réponses.

Encore quelques informations sur Jurgen que vous voudriez connaître. Il a publié des livres étonnants, Multidimensional Man, Vistas of Infinity, The Ten Minute Moment (L’homme multidimensionnel, Vues de l’infini, L’instant en dix minutes). Allez les voir, ils sont incroyables. Il a également un très bon site web : Multidimensional Man, où il présente toutes sortes d’interviews qu’il a réalisées dans le passé et d’autres informations étonnantes.

Jurgen a aussi produit toute une série intéressante de vidéos : Afterlife Answers. C’est donc un vrai régal. C’est vraiment l’un des pionniers et l’un des explorateurs et documentalistes des plus importants de la conscience élargie, là où se trouve le cœur de l’action.

Jurgen, merci beaucoup d’être venu nous rejoindre.

Jurgen Ziewe : Merci. C’est un plaisir de vous revoir et de vous parler Alex.

Alex Tsakiris : Donc, on va se lancer dans cette aventure. En plus d’être un grand artiste, parlez nous de votre bio, Jurgen, et dites nous de quoi s’agit-il, comment cela est arrivé et le travail collectif dans lequel vous êtes investi.

Jurgen Ziewe : Oui, ça a vraiment commencé au début de ma vingtième année quand je suis allé au lycée à Hambourg. En tant qu’étudiant en art, vous expérimentez avec toutes sortes de substances, l’une d’entre elles était le LSD. À l’époque, c’était encore légal, donc il n’y avait pas de crainte à avoir.

Alex Tsakiris : Outre la crainte normale que l’on…

Jurgen Ziewe : Juste la peur normale de faire l’expérience. Mais c’était vraiment un événement qui m’a catapulté, après environ un an, dans un état de dépression profonde. Alors, pour m’en sortir, quelqu’un m’a suggéré de pratiquer la méditation. Je me suis donc inscrit à un cours de MT (Méditation Transcendantale) et, bien sûr, la dépression a disparu presque comme par magie au bout de trois mois environ. C’est alors que je me suis intéressé de très près au phénomène de la méditation. J’ai commencé à lire tous les livres écrits sur le sujet.

J’ai donc commencé à me lancer dans cette activité, qui était très à la mode à l’époque, car il y avait un mouvement hippie qui se rendait en Inde, et je me suis lancé dans cette aventure de la méditation. Je voulais vraiment en connaître l’essence. J’ai même médité pendant cinq ou six heures par jour à un moment donné et rien ne s’est vraiment passé, sauf que je suis entré dans des zones assez sombres, au point que j’ai commencé à peindre de très sombres tableaux.

Alors ce qui s’est passé, j’ai puisé dans mon inconscient et ces créatures démoniaques en sont sorties. À l’époque, je peignais, enseigné par un surréaliste viennois, cela se passait très bien, mais un soir, j’ai vécu une expérience extrême, comme du poltergeist. J’avais cette image d’un démon sur mon chevalet et elle est tombée et en plus, un cendrier qui se trouvait à côté a été catapulté à travers la pièce. À l’époque, je ne croyais tout simplement pas au surnaturel, et ce genre de chose était totalement hors de mon domaine. Mais j’étais totalement effrayé. J’ai donc pensé que je devais abandonner tout cela, cela ne me menait nulle part, c’était négatif et je détestais ça.

J’ai donc simplement repris une vie normale, mais six mois plus tard environ, j’ai vécu une expérience de pointe spontanée, quand je prenais mon petit déjeuner, que je mangeais un sandwich, j’ai perdu le contact avec mes mains et mon petit-déjeuner. Et en peu de temps, je me suis retrouvé dans un état de conscience complètement différent.

J’en ai témoigné dans mon premier livre. Cela a totalement changé ma vie, non seulement j’ai expérimenté, pour la première fois de ma vie, que je n’étais pas le corps, mais j’ai aussi remarqué qu’il n’existait pas une chose telle que moi, tel que je me comprenais. Pendant environ trois semaines, je me suis promené dans un espace qui était moi-même, puis je suis revenu peu à peu, mais ma vie n’était pas la même.

En plus de cela, quelque chose s’est déclenché. Quelques mois plus tard, j’ai commencé à vivre des rêves lucides et puis j’ai eu des expériences hors du corps. Encore une fois, si auparavant quelqu’un m’en avait parlé, je lui aurais simplement dit qu’il était superstitieux ou lunatique.

Je ne savais donc pas ce qui s’était passé, puis j’ai commencé à enquêter et j’ai découvert qu’il existe un tel phénomène d’expériences extracorporelles. C’est donc à partir de là que tout a commencé. Je suis alors devenu curieux…

Ce qui a suivi a été quelques 14 ou 15 années d’expériences intérieures qui se sont déroulées alors que je continuais à méditer, alors que j’allais plus profondément dans le sujet et ça continue de se dérouler encore aujourd’hui. Lorsque j’ai écrit mon livre The Ten Minute Moment en 2013, cela a été pour moi une autre expérience marquante car à cette époque, j’étais dans une sorte de retraite solitaire dans les montagnes écossaises. Je vivais ce que je ne peux décrire que comme une conscience d’unité, et après cela, je ne pouvais plus revenir à mon ancien moi étroit. La façon dont je le décris, c’est comme si une cage en verre dépoli était tombée en morceaux et que je ne pouvais pas la remonter pour voir les choses telles qu’elles étaient.

Ensuite, j’ai donc écrit mon livre Multidimensional Man, qui était en fait une chronique de toutes mes expériences extra-corporelles depuis le début. Je voulais juste en garder une trace et leur donner un sens.

Le livre est sorti tout à fait par hasard ; c’est ma fille qui a suivi les manuscrits, mes journaux intimes et elle est devenue curieuse, elle voulait les lire. Elle m’a dit :« Je ne peux pas lire ton écriture, peux-tu les taper pour moi ? ». Et j’étais curieux parce que je ne les avais pas regardés depuis longtemps, alors j’ai commencé à les taper et bien sûr il en sortirait un livre et ce fut le début.

Et puis en 2013, j’ai écrit The Ten Minute Moment et en 2015, j’ai écrit le deuxième livre sur l’expérience extracorporelle Vistas of Infinity. Eh bien, c’était de 2008 à 2015, sept années d’expériences très, très intenses. En tout, si j’additionne tout le temps et les heures que j’ai passées, 60 heures dans des réalités alternatives, 60 heures c’est plus long que ce que la plupart des gens passent quand ils ont une expérience de mort imminente. J’ai donc eu de nombreuses occasions de faire une enquête et des recherches approfondies, et tout cela a été combiné dans Vistas of Infinity.

Alex Tsakiris : J’aimerai savoir s’il y a un lien entre l’artiste visuel que vous êtes et la façon dont vous avez vécu ces expériences hors du corps et pouvoir en faire la chronique intensément détaillée. Tous ceux qui ont essayé de tenir un journal de leurs rêves, savent que c’est un processus difficile à maîtriser, et vous l’avez fait pendant des années et des années. Avez-vous réfléchi à ce qui vous a poussé à le faire et comment cela peut se rapporter à ce genre de sensibilité d’artiste visuel que vous avez ? Y a-t-il quelque chose là qui vous intéresse ?

Jurgen Ziewe : Oui, le fait est que j’ai toujours été une personne très visuelle et je me connecte aux événements ou aux pensées, je les vois de manière très visuelle. Dès mon enfance et lorsque j’ai commencé à apprendre à lire et à écrire, j’ai commencé à écrire de petites histoires sur les choses que je vivais dans l’instant à l’intérieur de moi-même. Et je me souviens avoir voyagé dans l’espace et visité d’autres planètes. Bien sûr, le stimulus visuel était absolument impressionnant, et j’ai eu la chance de pouvoir dessiner.

Donc au début, quand j’ai commencé à essayer de documenter visuellement ces expériences, je ne pouvais pas vraiment penser à la façon dont on pourrait représenter cela. J’ai donc pensé que l’aquarelle était probablement le meilleur support parce que l’aquarelle a une luminosité qui permet de représenter facilement l’atmosphère, comme les lumières. J’ai donc été attiré par l’aquarelle pendant une longue période, j’ai essayé de peindre à l’aquarelle, mais c’était surtout abstrait parce que je ne pouvais pas reproduire l’abondance visuelle que j’ai ressentie juste avec quelques coups de pinceau. Mais de l’aquarelle ont émergé quelques formes et des choses, alors je me suis concentré sur celles-ci.

Puis j’ai commencé à faire des peintures d’improvisation. En fait, en étant dans l’instant présent et en faisant du travail abstrait, parfois, des visions émergeaient déclenchées par la couleur et l’énergie. Et j’ai soudain été entraînée dans un état de conscience complètement différent, aidé par le fait que les peintures d’improvisation se produisaient totalement dans l’instant présent. Il n’y avait donc pas de programme, pas de plan pour réaliser cela. Et c’est cette porte de l’ici-maintenant qui m’a permis d’entrer dans des types de réalités complètement différents.

Et puis une peinture en particulier en 1980, quand je me suis levé le matin pour méditer, j’ai regardé une peinture que j’avais faite la veille, elle était complètement abstraite, mais soudain ma vision a été tirée derrière les coups de pinceau, j’ai alors fermé les yeux et j’ai eu probablement une des expériences extra-corporelles les plus intenses qui a probablement duré quelques heures.

Mais avant cela, des années auparavant, j’ai rencontré un Maître, un Chinois qui m’a enseigné grosso modo, qui m’a guidé. Et vous devez garder à l’esprit que je n’ai jamais eu de professeur de méditation, je n’ai jamais suivi cette voie, mais j’ai eu ce Maître chinois qui m’a donné ces incroyables énigmes à résoudre et à un moment donné, il communiquait avec moi par des symboles. Et les symboles avaient pour effet de me sensibiliser et de me faire passer par un autre état de conscience.

C’est très difficile à décrire mais je pense parfois aux agroglyphes (crop circle), que signifient-ils ? Je pense qu’il y a quelque chose d’un niveau dimensionnel supérieur qui ne peut pas être communiqué en langage humain, en mots. Et l’effet de ces symboles était de créer un lien direct avec un état de conscience qui allait au-delà de l’esprit humain, c’est comme ça que je le voyais.

Et puis, quand j’ai regardé ce tableau que je peignais, j’ai fermé les yeux, j’ai médité, et j’ai eu l’expérience extra-corporelle la plus formidable, car dans cette expérience extra-corporelle, je suis passé par tous les différents niveaux de conscience, par le niveau astral, l’esprit inférieur, jusqu’à l’esprit supérieur. J’ai vu des choses que je ne pouvais absolument pas expérimenter et que je n’avais jamais vues auparavant. J’ai pu voir que les pensées avaient des formes et que les formes avaient des sons, et de l’animation. Les pensées abstraites n’étaient plus abstraites, elles avaient des formes incroyablement fascinantes, qui sont difficiles à décrire. Mais dès que je regardais ces pensées, je pouvais comprendre toute la philosophie qui était derrière, ce qui aurait pris des jours à résoudre.

Les symboles que ce Maître chinois m’envoyait étaient donc une porte d’entrée vers ce niveau super-dimensionnel qui me permettait de m’épanouir dans une façon de penser ou un état d’esprit qui allait totalement au-delà de notre façon limitée de raisonner. Et ce fut une révélation absolue, j’ai écrit à ce sujet dans Multidimensional Man, mais ce n’était pas la fin.

Et puis mon Maître est revenu et m’a emmené au-delà de cette dimension de l’esprit…

Alex Tsakiris : Quand vous dites que votre maître est venu à vous dans ce, euh, domaine élargi ou…

Jurgen Ziewe : Oui. Il n’était qu’une présence. Ce n’est pas physique. Mais je pouvais l’entendre. Nos pensées pouvaient communiquer. Il avait une présence et communiquait aussi avec un sens de l’humour pendant notre exploration. Et puis je suis entré dans cet état de, je suppose, samadhi, vous savez, j’ai soudainement trouvé, je me suis trouvé dans un… Je l’ai décrit ainsi : Je me tenais au bord d’un océan et les vagues qui venaient vers moi étaient faites de lumière et chaque lumière, chaque vague était une révélation, offrait un état de conscience plus élevé. Et tout le temps que cela se passait, j’étais dans un état de totale extase.

Et chaque fois qu’une nouvelle vague s’écrasait sur moi, il y avait une autre révélation ; pas seulement une révélation, mais un état de conscience encore plus élevé. Et cela continuait encore et encore, et, l’extase en elle-même pour nous n’était pas seulement un sentiment. L’extase en elle-même était une révélation d’un autre genre, vous savez ? Donc, c’est si difficile à décrire parce que ce n’est pas quelque chose qui peut être facilement compris par l’esprit. C’est totalement au-delà de ce qu’on peut normalement comprendre. Mais je ne suis pas resté dans cet état. Je pense que je n’ai eu que trois expériences de la même intensité dans ma vie. La première que j’ai mentionnée plus tôt en mangeant un sandwich, et la deuxième en 2008 et la troisième en Écosse alors que je faisais une retraite.

Et à chaque fois que cela se produit, vous savez, vous arrivez à un nouvel état et bien sûr en cours de route, différentes choses se passent, vous savez, des petits sauts qui sont des ouvertures à d’autres insights. Je pense que mon orientation artistique, pour revenir à ce que vous venez de dire, est très lié au fait d’aller au-delà de la pensée, du raisonnement traditionnel où le langage n’est plus le moyen approprié d’embrasser l’expérience, et je pense que c’est là que se rejoignent les deux choses.

Alex Tsakiris : C’est fascinant. Vous savez, la première question que je voulais approfondir un peu, c’est cette idée de cartographie de ces domaines de conscience élargie, que vous avez vraiment essayé de concrétiser. La façon dont vous le faites est vraiment importante parce que nous en avons besoin.

Et puis la seconde question concerne le sens. Il me semble que vous êtes attentif à séparer ces deux aspects dans une certaine mesure, contrairement à d’autres personnes qui abordent directement la signification. Vous savez, beaucoup de mes recherches jusqu’à présent, ont porté sur l’expérience de mort imminente. Et l’une des raisons pour lesquelles j’aime l’expérience de mort imminente est que nous pouvons nous appuyer sur une certaine science dans ce domaine.

À certains égards, cette science est très limitée car elle est basée sur l’idée que la conscience n’existe même pas. Mais c’est un grand pas en avant. Donc, ce que fait l’expérience de mort imminente, c’est qu’elle oblige à regarder ce qui se passe : d’accord, qu’est-ce que c’est, qu’elles sont les signes vitaux de cette personne avant son arrêt cardiaque ? Etc. Comment avons-nous mesuré et rapporter les détails des données ? J’aime bien cette partie de la science. Et je penses qu’au cours des dix dernières années, plus que dans aucun autre domaine, cette science a changé de discours d’une façon si fondamentale, que nous ne réalisons même pas, autour de la conscience, de sorte que la vision matérialiste de la conscience n’est plus tenable.

J’ai le sentiment qu’avec l’étude de ces domaines élargis de la conscience, nous sommes devant une avancée similaire.

Et je pense que vous avez un rôle clé à jouer dans ce domaine. Il ne s’agit donc pas de savoir immédiatement, comme tout le monde le souhaite, ce que ce démon voulait dire et pourquoi il s’est envolé ? Et s’il est réel ou s’il s’agit d’une co-création surajoutée à la réalité… et ainsi de suite. Je veux prendre du recul et voir comment nous pourrions commencer de la meilleure façon possible, à à cartographier simplement ces domaines d’une manière qui pourrait être compréhensible et utile pour nous. Ce que je dis a-t-il a un sens ?

Jurgen Ziewe : Oui, je suis fasciné par la science, je suis une sorte de scientifique addict. Dès le début, j’ai pensé que la meilleure façon de gérer ces expériences est d’être aussi factuel que possible. Il est possible de simplement enregistrer. Et depuis je me suis vu comme un journaliste, plutôt que quelqu’un pouvant donner un sens à tout cela. De nombreuses personnes sont mieux qualifiés pour évaluer les données. Je vois que ce que je produis, ce sont essentiellement des rapports de données, et il y a eu des gens qui l’ont pris comme tel, et il y a eu des scientifiques qui l’ont examiné sous l’angle purement probatoire ou en termes de rapport.

J’ai essayé dans mes livres de trouver un sens ou une explication, mais ça n’a jamais vraiment marché parce que je suis un artiste. J’ai rencontré Tom Campbell. Il a construit son propre modèle de réalité. Il est bien mieux équipé pour le faire. Mais quand je regarde tous ces modèles, elles y reviennent toujours à vouloir avoir juste avoir un récit. Nous voulons lui donner un sens, nous voulons l’explication. Nous sommes comme les Grecs, ils ont inventé leurs dieux pour donner un sens à la réalité, et c’est ce que nous voulons encore faire. Mais la difficulté vient du fait que nous l’exprimons avec une terminologie dualiste, et nous laissons inévitablement de côté un aspect qui la dépasse et qui ne peut être facilement expliqué. Mais dès que nous faisons cela, nous commençons à limiter ces aspects. J’ai trouvé que la réalité est un processus très dynamique et le moment où vous essayez de l’attraper, c’est comme si vous gardiez un troupeau de chats. Au moment où vous pensez, Ah ! j’ai tout sous contrôle. C’est à cela que sert la religion…

Alex Tsakiris : Eh bien, une explication possible à cela en termes très simples est que nous sommes dans la mauvaise dimension pour le faire. D’après votre expérience, qu’en pensez-vous ? Prenons votre expérience hors du corps et une expérience de mort imminente. Nous acceptons le fait qu’il s’agit de deux expériences différentes sans savoir pourquoi, parce que vous y êtes allé sans être mort, du moins d’un point de vue physiologique. Et puis nous commençons à voir des similitudes, encore et encore. Je mentionne cela parce que les gens s’accrochent et disent : Oh, vous ne réalisez pas qu’ils n’étaient pas vraiment morts, c’est comme si…

J’ai parlé au Dr. Sam Parnia, l’éminent expert en réanimation reconnu mondialement et qui est également chercheur sur le phénomène de mort imminente. Il vous dira, non, ces gens étaient bien morts, ils étaient à l’hôpital et nous connaissons bien l’état physique dans lequel ils étaient.

Mais je m’écarte un peu du sujet, les gens reviennent de leur expérience de mort imminente. Et ils disent, essentiellement la même chose que vous. Ils disent qu’ils étaient omniscients, qu’à peine une question venait à leur esprit qu’ils avaient la réponse plus complètement qu’ils n’auraient jamais pu l’espérer. Mais ne leur demandez pas d’exprimer cela maintenant, parce que dans ce domaine, dans cette dimension, ils ne le peuvent pas. Et c’est là un indice, ce sera toujours une sorte de handicap sévère pour explorer cela à partir de cette dimension. Avez-vous des idées à ce sujet ?

Jurgen Ziewe : Oui. Je pense en effet que c’est un très gros problème. Je suis passionné par la technologie pour trouver un stimulus qui permet aux gens de faire leur propre expérience. Avoir l’expérience est important, même des sceptiques qui ont eu l’expérience de la mort imminente n’y auraient pas cru avant de la vivre. Et il y a de nombreuses personnes sceptiques qui ont été transformé. Les nombreuses expériences que j’ai vécues sont similaires aux expériences de mort imminente. La différence est le fait que j’ai pu me concentrer délibérément sur différentes strates de la conscience, au lieu d’être catapulté dans un état hors du corps comme dans l’expérience de mort imminente ; j’ai donc pu concentrer ma conscience tout à fait délibérément, en sachant exactement ce qui m’arrivais.

Je pouvais aller dans un état de conscience supérieur et je pouvais descendre dans l’état de conscience le plus bas et tout répertorier, sans la peur d’être mort ou non. Il y a donc une grande différence en ceci, mais aussi beaucoup de similitudes, vous savez ? Donc, oui, d’un point de vue scientifique, c’est extrêmement difficile.

J’ai découvert la réalité virtuelle en 2014 et je me demandais, alors, s’il est possible de créer un outil qui permette aux gens de déclencher un autre état de conscience. J’ai créé une sorte d’expérience du tunnel, qui est très souvent signalée dans les NDE.

J’ai essayé de combiner l’expérience du tunnel avec des sons, qui vont à un certain endroit dans le corps et créent un certain stimulus. On s’immerge dans cette expérience virtuelle plutôt que de la visionner sur un écran plat ou de simplement l’écouter. Ce vaste bombardement de stimuli crée, avec un peu de chance, un déclencheur de réalité intérieure.

J’avais besoin de développeurs pour travailler avec la réalité virtuelle (RV). Aucun d’eux ne s’intéressait aux expériences spirituelles ou à quoi que ce soit de cet ordre. Ce qui est intéressant, c’est qu’après avoir sorti la première version de l’application de cette expérience du tunnel dans ce groupe de développeurs, rapidement il y a eu environ 3000 téléchargements. Et j’ai reçu quelques commentaires intéressants. Certaines personnes ont dit que cela ressemblait à une expérience de mort imminente ou que c’est ce que l’on doit ressentir lorsqu’on meurt. Vous savez, les gens disaient : Oh, j’ai perdu la notion du temps. L’expérience est telle, qu’elle vous sort du flux temporel linéaire, et vous n’avez alors pas de repères, vous ne savez pas ce qui se trouve au-delà. Vous êtes juste dans la version du tunnel.

J’ai continué à développer cela et ce matin j’ai complété la deuxième expérience, qui est bien sûr basée sur tout ce que j’ai fait auparavant. Et je l’ai joué à ma fille qui est professeur de yoga. J’ai toujours voulu avoir une première impression. Et elle a effectivement rapporté qu’il se passait certaines choses dans son corps, surtout dans le chakra du cœur. Elle connaît bien ces différents centres d’énergie. Et, elle a dit qu’elle ressentait une connexion très puissante, qui était comme un souvenir oublié qu’elle ne pensait même pas avoir. Elle s’est connectée à un archétype – je pense que c’est vraiment important !

Si nous pouvons créer des outils, qui nous permettent de créer une connexion avec nos archétypes et que les archétypes s’activent et prennent le dessus, alors nous avons une expérience et, si nous pouvons rendre cette expérience, indépendante des drogues ou des autres méthodes, alors nous pouvons donner à un grand nombre de personnes les outils nécessaires pour rendre compte de leurs expériences et trouver un consensus où les scientifiques pourront dire : Oh, statistiquement, 75% des personnes ont rapporté telle ou telle expérience en utilisant cet outil, qui ouvre leur conscience et, parmi ces personnes, un grand nombre a vécu le phénomène de lumière, etc…

Ils ont donc une base beaucoup plus large, pour créer une science basée sur les statistiques. Et ces statistiques sont comme les statistiques des phénomènes naturels. Ensuite, si suffisamment de gens rapportent le même phénomène, alors la science l’acceptera comme une donnée solide, et non comme une illusions ou un simple délire.

Alex Tsakiris : C’est formidable. Mais j’aimerai orienter la discussion dans une autre direction. Et comme je l’ai dit au tout début le problème du mal est important. J’ai publié un livre à ce sujet, que personne ne comprend vraiment.

Au sujet du mal, les gens font un blocage. Je ne me soucie pas du mal. Je suis contre le mal, même sans le définir. Mais je crois que son rôle est de donner un aperçu sous un autre angle de ce domaine élargi surtout si nous voulons vraiment le répertorier au sens large. J’aime la façon dont vous avez introduit la science dans ce domaine. J’ai aussi l’impression que vous avez acquis des connaissances qui informent votre vie quotidienne. Je vois l’amour dans votre visage quand vous parlez de votre fille… Mais je pense qu’il faut aborder le problème du mal.

Dans mon livre, j’ai publié une interview avec une femme qui s’appelle Anneke Lucas, et je me suis lié à elle. Elle pratique le yoga dont je suis un adepte. Et Anneke est une prof de yoga formidable. Le yoga l’a aidé à transformer sa vie après un incroyable traumatisme d’enfance. À l’âge de six ans, sa mère, en Belgique, l’a vendu à un culte d’abus rituels sataniques. Vous pouvez, si vous le voulez, regardez dans les années 90 ; cette secte était partout présente dans les nouvelles belges. Elle impliquait les plus hauts niveaux de gouvernement dans toute l’Europe…

Pour les besoins de notre discussion, disons que ces gens faisaient le pire du pire. Ils perturbaient la conscience de ces enfants ou même la détruisaient. J’ai appris plus tard la raison pour laquelle ils essaient de promouvoir le trouble dissociatif de l’identité et pourquoi ils l’ont fait dans le programme MK ULTRA. Et j’ai parlé à un psychologue clinicien, le Dr. Tom Zinzer qui a travaillé avec des patients pendant longtemps et a obtenu des résultats similaires dans ses communications avec le domaine élargi. Et voici, ce qui est très sombre, mais qui doit être mis sur la table est que ces gens essaient de communiquer avec le royaume élargi. Nous ne pouvons que supposer, d’après ce que vous dites, que ce sont des domaines très sombres et très bas.

Par conséquent, cela fait partie du sujet. Apparemment, ça fait partie de ce domaine et j’aimerais savoir si vous avez des idées concernant cet aspect des choses. Je ne veux pas aller dans l’abîme. Je ne veux pas m’y attarder ou parler de ces crimes horribles, dont nous savons tous qu’ils existent. Je veux essayer de le comprendre à partir du domaine de conscience élargie que vous avez exploré. Avez-vous des idées à ce sujet ?

Jurgen Ziewe : Oui, j’ai eu ma propre série de rencontres, pendant ces expériences hors du corps, de ce que que l’on pourrait seulement décrire comme malfaisant. Mais, j’ai toujours trouvé qu’il s’agissait d’une identification qui avait mal tournée, les gens qui s’identifient… Tout d’abord, il est impossible de passer à un niveau dimensionnel supérieur si vous vous accrochez à une identification, à un certain égoïsme ou intérêt personnel, vous savez, ça ne marche pas ; c’est comme si j’allais dans une montgolfière, qui est toujours attachée au sol. Vous ne pouvez tout simplement pas sortir de ce niveau de conscience.

Ma rencontre avec le mal est venue après l’attaque terroriste et les atrocités des événements du 11 septembre. J’étais très curieux de savoir comment ces gens croient pouvoir aller au paradis en commettant ce genre de crimes innommables.

Un jour, lors d’une expérience hors du corps, j’ai été emmené dans une région rougeâtre très sombre qui ressemblait à une sorte de terre en friche industrielle victorienne. Il faisait très sombre. Le sol était couvert de débris et l’horizon, le ciel était noir avec des éclairs rouges, des grandes colonnes de fumée. C’était comme une image sortant de l’Enfer de Dante, une proverbiale image négative de l’enfer. Et j’ai pensé : « mon dieu où m’a t’on fait atterrir ? »

Vous devez garder à l’esprit que je suis toujours dans cette conscience de l’ici-maintenant. Comme je ne suis pas identifié, j’ai donc toujours un regard objectif sur ces choses très sombres, sans perdre une once de mon intégrité ou de ma connexion avec mon moi supérieur… Ensuite j’ai été conduit dans cette fosse où, euh, il y avait des tas de corps humains et dans l’un de ces tas, il y avait un gars que j’ai instantanément reconnu comme terroriste, il essayait de se dégager des formes-pensées matérialisées de ses victimes. Et chaque fois qu’il essayait de prier Allah pour qu’il le soulage de cette douleur, c’était une véritable douleur physique et mentale. Il était confronté à la réalité de sa situation, mais il ne pouvait défaire ce qu’il avait fait. Il était donc dans une boucle de rétroaction, sans pouvoir en sortir. Et puis j’ai vu un autre endroit de ce genre, un musulman qui portait un turban est venu me voir, il était sali par toutes ces pensées, et il me demanda : « s’il vous plaît, s’il vous plaît aidez ces gens ! » Il essayait de les aider, mais en le faisant, il était attaqué par d’autres personnes errantes dans cette zone.

Je pense donc que ce qui se passe inévitablement est que le mal est une absence de conscience. Et à cause de cette absence de conscience, l’accent est mis sur l’identification aux choses. Les personnes identifiées sont continuellement à la recherche d’une forme de gratification de ce qu’ils aiment, ce qui accroît leur identification. Elles sont donc emprisonnées dans ce domaine de l’identification sans fin. Quand vous pensez être arrivé au bout, il y a toujours un autre niveau où vous pouvez descendre plus profondément, au plus sombre. Et c’est comme si cela faisait partie de la conscience elle-même, voulant explorer, découvrir, vous savez, et à tout prix…

Je pense que le problème de ces gens est qu’au lieu de découvrir le lien avec leur conscience centrale, avec leur identité centrale, ils s’entremêlent avec les forces d’identité concentrées sur d’autres choses leur procurant une satisfaction temporaire.

Alex Tsakiris : Pourrai-je lié ce que vous dites à un autre modèle ? Je pense que nous sommes des êtres de lumière reliés à cette intelligence divine infinie. Pardonnez-moi si ces mots font réagir certains. Disons que c’est un modèle. Ce à quoi nous nous identifions vraiment quand nous pensons au mal ou à un comportement de dépendance ou à un comportement vraiment malsain, est un blocage de cette énergie. Et parfois, lorsque cette énergie est bloquée, nous voulons juste la libérer, la faire sortir, alors nous prenons n’importe quelle voie pour le faire ; et parfois, nous nous connectons avec l’énergie provenant d’autres domaines malveillants et sombres, coincés dans le même schéma d’identification à ce modèle de blocage.

Ce n’est pas mon expérience ou mon modèle personnel, j’essaie de récapituler et de condenser ce que j’ai entendu de la part de quelques personnes, en particulier, du Dr Tom Zinzer, qui est psychologue clinicien, et qui pendant 15 ans a travaillé avec des gens en hypnothérapie très profonde, utilisant un modèle clinique riche et rigoureux ; mais il sera le premier à vous expliquer qu’il est sorti complètement de sa réserve en disant qu’il avait l’aide d’un esprit-guide qui lui indiquait comment aider ces gens.

Et le diagnostic était un peu comme celui dont vous parlez sur les sacs de sable qui tiennent la montgolfière. Les états de l’égo que les gens ont créés, parfois très innocemment dans leur enfance, à la suite d’une peur, par ex., qui s’est développée comme une petite ride dans la conscience.

Et puis parfois, pour certaines personnes, c’est plus ou moins pire, vous savez, tout les niveaux possibles, l’ombre en termes jungiens, vous savez, tous ces différents états d’égo que nous créons, que nous n’avons pas complètement résolus deviennent des blocages d’énergie. Mais voici la chose clé qu’il a dite et sur laquelle j’aimerai avoir votre opinion : il a suggéré que les états de l’égo qui sont développés, s’ils sont connectés à un champ d’énergie négative, peuvent en fait devenir des points d’entrée pour des entités coincées à ces niveaux inférieurs, mais qui veulent se connecter à notre niveau. Et cela peut créer beaucoup de choses assez malsaines pour les gens. Et il est possible d’en établir un rapport détaillé…

Et je ne parle pas ici des pires cas, je parle simplement de ce qui est largement rapporté mais tellement mal compris concernant le rôle que peuvent jouer ces autres entités. Y-a-t-il ici quelque chose qui correspond à votre compréhension des choses ?

Jurgen Ziewe : Oui, tout à fait. Ce que j’ai découvert, c’est que ces entités négatives peuvent se connecter à vous que si vous avez un point similaire intérieurement. Si vous n’en n’avez pas, elles restent totalement impuissantes.

Par exemple, quand je suis entré dans cette sombre région du terroriste suicidaire, il y avait aussi quelques combattants ISIS, des gens avec des mitrailleuses et autres armes, qui couraient partout, cherchant un ennemi sous l’apparence de leurs formes-pensées, et ça leur semblait très réel. Et puis, ils ont essayé de m’attaquer et me tirer dessus avec leurs armes. Mais, dès que les balles sortaient de la bouche de la mitraillette, elles tombaient au sol. Il n’y avait rien à quoi elles pouvaient s’accrocher. Et, c’était ça le truc. Donc ils cherchaient continuellement une victime ayant le même aspect sombre qu’eux ou des compatriotes qu’ils pouvaient identifier comme ennemis. Ils étaient donc bien refermés sur eux-mêmes.

J’ai eu des expériences intéressantes. Il y avait une femme que j’ai cité dans mon livre. Elle est morte d’une overdose d’héroïne et avant elle avait une vie très, très négative. Elle était dans une situation de dépendance. Elle a été très mal traitée et elle était dans un endroit très sombre. Quand je l’ai vue, elle ressemblait à un zombie, elle était malade dans ce bas niveau astral. C’était très sombre et je pouvais immédiatement voir d’où elle venait, car lorsque je suis dans cet état j’ai accès à une connaissance directe, obtenant immédiatement les informations sur la situation. Je me suis senti vraiment désolé pour elle. Alors je suis allé la voir et je lui ai demandé si elle savait qu’elle était morte ; elle pensait qu’elle était juste dans un mauvais rêve, vous savez ? Je lui ai dit « Non, désolé, vous êtes morte ! » Elle a alors commencé à pleurer, elle était dans un état terrible. J’ai alors mis mon bras autour d’elle pendant que je lui parlais et peu à peu elle a commencé à marcher. Et pendant que je parlais, sa peau s’est en quelque sorte éclaircie. Elle allait mieux. L’atmosphère est devenue plus légère, c’était comme le matin. Et puis on a fini dans un parc, avec du gazon vert et des arbres ; le temps que nous y arrivions, elle était redevenue normale.

Donc, quand l’identification est brisée, on peut sortir du rôle qu’on a adopté, ou de cette habitude qu’on a prise par conditionnement. Quand cela se produit, bien sûr, il devient très vite, très clair que nous sommes dans un bien meilleur état, dans un état plus puissant… Et inévitablement les gens que j’ai rencontrés dans un niveau inférieur avec une très étroite bande passante de leur esprit, ils pouvaient se sentir très puissants parce que beaucoup de gens étaient sous leur contrôle dans ce domaine, mais ils avaient très peu de liberté. Ils étaient très limités. Et dès qu’ils montraient les signes du besoin de s’en sortir, ça servait d’ancre à toute personne qui se présentait afin de progressivement se libérer. Et j’ai donné un exemple, dans mon livre, d’une de ces missions de sauvetage. Je ne sais pas si cela répond à l’un des points que vous avez soulevés tout à l’heure.

Alex Tsakiris : Tout à fait, c’est incroyablement puissant. Je voudrais poser quelques questions d’ordre générale. Je pense savoir la réponse, mais je ne veux pas supposer, je veux entendre votre point de vue. La hiérarchie de la conscience ; encore une fois, je suis déconcerté par le fait que nous vivons dans cette ère super-scientifique où le robot biologique, l’univers dénué de sens, sont toujours d’actualité. Pour un universitaire, c’est complètement nié.

Mais dépassons cela et embrassons même l’idée, comme nous l’avons fait dans cette interview, qu’il existe ces domaines de conscience élargie. Si nous traçons un grand cercle autour de tout cela, est-ce qu’il existe une hiérarchie ? Et le mot déclencheur que nous ne voulons pas utilisé est Dieu, parce que s’il y a une hiérarchie, cela suggère son existence. Ou est-ce juste une sorte de boule de conscience à qui nous ne pouvons pas rattacher une structure hiérarchique ?

Jurgen Ziewe : Oui. Je dois dire que je n’ai jamais été intéressé par les mots dans mes expériences de conscience supérieure. Vous savez, même lorsque j’ai fait face à cette incroyable lumière alors que j’étais assis au bord de l’océan, il ne m’est jamais venu à l’esprit d’utiliser le mot Dieu.

J’ai vécu une expérience relatée dans mon livre The Ten Minute Moment : je méditais et soudain j’ai été saisi d’une peur intense, et la peur était que je me dissolve et que non seulement je perde mon ego mais que je perde tout, même mon existence. J’ai senti alors que si je faisais un pas de plus, il y avait Dieu, et peu importe ce que c’était, car je serais anéanti. Cette peur a donc commencé à se développer en moi, et c’est la seule fois où j’ai senti que Dieu devait exister. Mais ce qui est drôle, c’est que j’ai passé le reste de la journée à chercher mon ego, à essayer de trouver une forme d’identité avec laquelle je pouvais me sentir à l’aise. Je ne voulais pas m’en approcher, pourtant j’avais passé toute ma vie à chercher cette grande chose, à chercher Dieu et maintenant qu’il m’attendait dans les coulisses j’ai eu peur et je me suis enfui ! La chose intéressante était, bien sûr, que tout cela se passait dans mon esprit.

Et le lendemain, je me suis enfin calmé, je me suis endormi, j’ai fait des rêves lumineux. Le lendemain matin, je me suis réveillé et j’ai vécu cette sorte de moment de dix minutes. Encore une fois, je n’arrivais pas à trouver un mot pour cela, mais l’idée de la hiérarchie, le sentiment d’une hiérarchie m’a toujours échappé parce qu’il n’y a que l’Être, et c’est tout ce que je peux dire. C’est juste un Être pur et simple, et c’est un « Cela (it-ness) » et je ne peux pas lui trouver un autre nom différent de la réalité que je suis. C’est partout. Je peux regarder ce verre d’eau et c’est juste une confirmation que c’est bien le cas. C’est aussi loin que j’ai pu arriver.

Alex Tsakiris : C’est magnifique, et je ne veux pas vous pousser à en dire plus. Je vais partager avec vous une histoire d’une récente interview que j’ai eu et qui aborde la même chose d’une manière différente.

J’étais en train d’interviewer David Ditchfield un type vraiment merveilleux, un Anglais. C’est aussi un artiste, et ceci fait aussi partie de son histoire. Il a eu cette incroyable expérience de mort imminente où il a été traîné sous un train de banlieue ; En allant embrasser sa petite amie, la porte du train se ferme sur sa veste, et il est traîné sous le train, il meurt, et il a cette incroyable expérience.

Alors qu’il n’avait aucun talent artistique, il dessine maintenant de gigantesques peintures, à grande échelle, mais c’est une sorte d’histoire parallèle. Parce qu’en revenant David comprend que son expérience est très chrétienne en voyant Jésus et en le voyant créer des univers. Et je lui ai dit : « David, je suis tout à fait d’accord que tu aies eu une expérience avec la conscience du Christ », il me répond : « Non, non, ne dis pas la conscience du Christ, c’était Jésus ». Et j’ai dit : « David, voici ce que j’ai appris en étudiant les expériences de mort imminente, c’est que lorsque les gens étudient les cultures à travers le temps, beaucoup de ces figures religieuses disparaissent. Mais ce qui est encore plus important du point de vue du sens, David, c’est qu’en parlant à des personnes qui ont eu de multiples expériences de mort imminente, elles me disent souvent que dans la première expérience, elles font l’expérience de Jésus et ressentent toute la merveilleuse conscience du Christ. Mais dans les expériences suivantes, cela va plus loin, cela ne contredit pas leur expérience initiale, mais elles ont le sentiment qu’il y a plus encore, qu’il y a des formes d’expérience plus profondes et plus élevées ».

Encore une fois, pour moi, c’est un langage hiérarchique et la réponse de David a été de dire : « Absolument, je pense que c’est vrai ». Il y a une légère contradiction dans la façon dont il y pense, mais qui suis-je pour dire ce qu’était son expérience.

Jurgen Ziewe : Oui, c’est une histoire très intéressante. Je peux la comprendre car nous sommes allés en 2017 un de mes amis et moi-même, en Grèce, nous voulions accomplir une sorte de pèlerinage pour revisiter les sites antiques, comme l’oracle de Delphes, et nous avons fini au Mont Athos. Et c’est une histoire sur laquelle je pourrais écrire un livre entier. Je ne suis pas chrétien, mon père était athée, ma mère était chrétienne, mais je n’ai pas été élevé dans la foi chrétienne.

Nous sommes donc allés dans ce monastère, nous n’avions pas réservé, et c’est dans une aventure que nous nous sommes retrouvés. Je me suis lié d’amitié avec un moine et nous avons eu une conversation des plus fascinantes. Et pendant la conversation, il m’a dit : « Pourquoi ne venez-vous pas dans une de ces chapelles ?  Normalement, les gens ne sont pas autorisés à y entrer, elles sont réservées aux moines ordonnés, mais je pense que je vais faire une exception parce que notre conversation est très intéressante ». Et je lui ai bien fait comprendre que je ne suis pas chrétien, et que la seule chose que j’aime, c’est l’art chrétien primitif. Il m’a dit : « Venez avec moi, je vais vous montrer quelques unes de ces icônes. »

Alors il m’a emmené dans cette chapelle – ce que je raconte est vrai –, il faisait assez sombre, et il m’a fait asseoir devant une icône, je ne pouvais pas la voir parce qu’il faisait trop sombre. Il a allumé un candélabre, il l’a baissé devant cette icône, c’était la Vierge Marie avec l’enfant Jésus. Et avant de m’en rendre compte, j’ai été submergé par cette émotion totale et j’ai éclaté en sanglot, j’ai vécu soudainement une expérience extatique. J’ai ressenti un amour débordant. Vous auriez pu me frapper avec une plume, mais je ne pouvais pas… il n’y avait aucune explication rationnelle à cela. Et alors que je pleurais, j’ai été submergé, je me suis mis à pleurer et puis mon ami est sorti ainsi que le moine qui m’a laissé tout seul.

Puis il est revenu et m’a demandé : « Vous allez bien, n’est-ce pas ? » J’ai répondu : « Oui, merci », et je n’en ai pas parlé. Et puis pour aggraver les choses, il a dit : « Eh bien, c’est assez intéressant, je veux vous montrer une autre icône. » Et puis il m’a conduit dans cette autre chapelle qui avait une icône de Sainte Anastasie, elle a été torturée à mort au 3ème siècle, et la même chose s’est produite. J’ai été bouleversée par cet amour incroyable.

Mais l’autre chose qui s’est passée, c’est que j’y suis retourné le lendemain, le moine n’était pas là, les autres moines m’ont totalement interdit d’aller près de la chapelle, je n’avais pas le droit d’y entrer. J’ai dit : « Il faut que j’y retourne, je veux en savoir plus ». Alors j’ai vu un moine sur un balcon, il fut mort de rire parce que j’essayais de lui expliquer ce que je voulais. Alors il a cédé, il m’a permis de rentrer et j’ai médité devant la même icône, et soudain il y avait cette femme qui se tenait juste à côté de moi. Je ne pouvais pas la voir avec mes yeux, mais j’ai senti sa présence et elle a dit très clairement : « Je suis toujours en vie ». Et si c’est le cas, alors les gens qui ont une expérience hors du corps, je suis sûr que s’ils rencontrent Jésus, ils le rencontrent absolument parce que la mort n’existe pas.

Ce qui est intéressant, c’est que pendant six mois, je n’ai eu qu’à penser à cette femme, et elle était juste à côté de moi et nous avons eu un échange. Et littéralement, il était évident que la mort n’est qu’une énorme illusion. Nous ne sommes pas capables d’aller au-delà de nos sens physiques. Une fois que vous avez comblé le fossé et que vous vous êtes familiarisé avec la réalité élargie, alors il n’y a plus de mystère, tout est réalité et les gens ne sont éloignés qu’à une pensée près.

Si vous m’aviez dit cela il y a 10 ou 20 ans, j’aurais dit qu’ils sont un peu fous, que tout cela n’est qu’une illusion, qu’ils se racontent des histoires, mais je n’en suis plus si sûr.

Alex Tsakiris : Vous n’en êtes plus si sûr, mais vous n’êtes pas chrétien.

Jurgen Ziewe : Non.

Alex Tsakiris : Je ne sais pas pourquoi je m’engage là-dedans. Les gens pensent que je dénigre les chrétiens et je ne le suis pas, je suis toujours très respectueux de l’expérience de la conscience du Christ. Et je n’essaie pas de limiter, de classer cela ou de dire que c’est moins élevée ; tout ce que je dis est qu’il n’y a aucun sens de dire que vous avez rencontré le Christ, vous l’avez rencontré dans le domaine élargie de la conscience. Je ne sais pas exactement ce que cela signifie, mais j’accepte cette réalité. Il y a quelque chose de plus profond qui se passe. Mais certains font un effort conscient pour contrôler systématiquement les gens, c’est une meilleure façon de garder les gens effrayés et de les forcer à accepter des croyances sans aller plus profondément, c’est mon point de vue.

Ce à quoi je voulais vraiment rattacher cela, c’était à la religion. Car si nous arrivons à la compréhension dont nous parlons ici, qu’il y a ce royaume élargi, et que le but le plus élevé de la vie est de se connecter à cette super lumière-amour-énergie, sous quelque forme que ce soit, par ex. vous faites de la RV pour aider les gens à le faire, et votre fille enseigne le yoga pour aider à le faire et ces moines essaient d’aider les gens à le faire. Mais la religion fait un petit tour. On nous dit : « Hé, on peut vous aider à le faire, mais au fait, nous serons… » C’est toujours le cas avec la religion, c’est la partie culte de celle-ci, « nous serons les seuls gardiens de votre accès à cela et vous dirons comment y accédez et comment ne pas y accédez », ce qui est totalement inutile et une volonté de manipuler. Et c’est pourquoi la partie importante de votre histoire est que vous pouvez faire cette expérience, accepter l’expérience chrétienne et dire : « Mais cela ne fait pas de moi un chrétien ».

Jurgen Ziewe : C’est ça le truc. La question principale qui se perd toujours est la libération, c’est l’aspect liberté dans la religion. Il y a toujours cette tendance à vouloir posséder les gens ou posséder quelque chose.

Alex Tsakiris : L’ego.

Jurgen Ziewe : Oui, je veux le limiter, mais le résultat final est la libération de tous les concepts, de toutes les démarcations, c’est la libération totale. Si cet aspect est absent, alors j’ai peur que nous ne voyions pas la situation dans son ensemble, que nous ne réalisions pas tout notre potentiel. Pour moi, la chose numéro un a toujours été la liberté, c’est la base, la liberté pour dépasser nos limites, pour aller au-delà de nos identifications et de pouvoir faire dynamiquement l’expérience d’un nouveau monde à chaque instant, chaque jour sans aucune limitation, sans dire : « Oh, c’est comme ça que ça se passe ! ». Non, nous le découvrons simplement à nouveau, encore et encore, parce que nous faisons maintenant partie de cette chose que nous découvrons. Et en la découvrant, nous nous découvrons nous-mêmes, c’est-à-dire Cela.

Et c’est là que réside l’incroyable libération et c’est là aussi que réside l’extase qu’elle apporte. L’extase que nous retrouvons en vivant chaque instant parce que nous ne sommes pas attachés, nous ne sommes pas liés à une seule chose, à une seule croyance, à une seule théorie, à un seul modèle. Nous transcendons cela et nous nous ouvrons à être des explorateurs, ne sachant pas ce qui va suivre. Et c’est beau parce que nous savons déjà que nous le sommes et que nous ne pouvons pas nous perdre. Tout ce que nous explorons et découvrons est un autre niveau de notre extase, de notre vie extatique.

Et toutes les croyances qui ne nous permettent pas cette exploration de la liberté, ne font que nous limiter. Je ne suis pas anti-religieux car elles donnent aux gens des tremplins. Mais quand vous arrivez au dernier tremplin… ou disons qu’elles créent un échafaudage. Mais une fois que nous avons construit la structure, nous n’avons plus besoin de l’échafaudage. Nous le sommes. C’est le problème avec les religions, c’est pourquoi je les trouve toujours limitantes. Mais les gens religieux n’aiment pas parler de liberté, ils n’aiment pas beaucoup ce mot.

Alex Tsakiris : Je pense que c’était absolument magnifique. Et je ne peux pas penser à une meilleure façon de conclure cette formidable conversation que vous m’avez offerte. Pouvez-vous expliquer aux gens ce qui se passe dans votre monde, comment ils peuvent suivre ce que vous faites ? Je veux absolument les diriger aux vidéos que vous avez produites sur YouTube et qui sont fantastiques. Que doivent-ils savoir d’autre sur votre travail ?

Jurgen Ziewe : J’appartiens à un groupe de chercheurs sur l’au-delà, c’est un beau groupe très intéressant, où on explore tout le territoire de l’au-delà. Une fois par mois, les gens rassemblent des questions et j’essaie d’y répondre à partir de mon expérience et c’est vraiment intéressant parce que certaines de ces questions me permettent de faire ressortir des choses qui ne sont pas très connues. Et c’est pourquoi il y a toujours quelque chose de nouveau qui sort.

L’autre chose, c’est que je suis surtout un artiste et que la réalité virtuelle est ce que j’explore vraiment, en ce moment, et j’ai eu beaucoup d’aide de gens qui essayent de me permettre d’aller plus en profondeur. J’espère donc pouvoir trouver des moyens très pratiques et très illustratifs d’amener les gens dans la réalité par le biais d’une documentation qu’ils peuvent expérimenter et j’espère que cela mènera encore un peu plus loin.

Le but ultime serait de concevoir un outil qui, espérons-le, déclenchera des rêves lucides chez les gens. C’est un objectif, pour que les gens puissent avoir leur propre expérience. Tout d’abord, en se rapprochant beaucoup plus du senti d’une réalité alternative par la vigilance maintenue, ce qui facilite le saut dans la conscience du rêve et ensuite déclencher, peut-être, le rêve lucide, et c’est ce que je vise.

Alex Tsakiris : Eh bien, c’est un travail fantastique. Je veux dire, pour ceux qui ne sont pas excités par toutes ces choses, cela pourrait être un véritable changement de culture, un changement d’histoire. Nous ne savons pas quels sont les effets de ce genre de choses, mais nous devons aller de l’avant et faire de notre mieux.

Merci encore, Jurgen, de m’avoir rejoint.

Jurgen Ziewe : Merci Alex. C’était un grand plaisir de vous parler. Merci.