Matthew Cocks
L’idéalisme de Mary Baker Eddy

Le professeur Cocks retrace la vie et les idées de Mary Baker Eddy, figure fondatrice aujourd’hui largement oubliée du mouvement New Thought (Nouvelle Pensée) au XXe siècle, en particulier sa métaphysique idéaliste à tendance gnostique. Comme il l’explique, l’idéalisme d’Eddy cherche à résoudre le problème du mal — tel qu’il se pose à la lumière de la théologie chrétienne — et revendique des applications pratiques dans le domaine des soins de santé et du bien-être.

Une brève introduction

Matthew Cocks est professeur adjoint et directeur du département d’économie au Principia College. Il est titulaire d’un doctorat, d’une maîtrise et d’une licence de l’université de Liverpool, au Royaume-Uni, et possède une expérience en enseignement et en recherche dans les domaines des études urbaines et de l’économie. Il a publié de nombreux articles et chapitres de livres. Il s’intéresse actuellement à la métaphysique de l’économie.

Le professeur Cocks retrace la vie et les idées de Mary Baker Eddy, figure fondatrice aujourd’hui largement oubliée du mouvement New Thought (Nouvelle Pensée) au XXsiècle, en particulier sa métaphysique idéaliste à tendance gnostique. Comme il l’explique, l’idéalisme d’Eddy cherche à résoudre le problème du mal — tel qu’il se pose à la lumière de la théologie chrétienne — et revendique des applications pratiques dans le domaine des soins de santé et du bien-être.

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Au tournant du XXe siècle, Mary Baker Eddy était peut-être la femme la plus célèbre des États-Unis. À sa mort en 1910, un éditorial du Chicago Tribune déclarait : « Avec la mort de Mme Mary Baker Eddy disparaît de l’activité de ce monde l’une des femmes les plus remarquables de son époque » [1]. De même, une notice nécrologique publiée dans le Twentieth Century Magazine affirmait :

L’histoire de sa vie constitue l’un des témoignages les plus remarquables de l’histoire des chefs religieux de tous les temps, et elle fut incontestablement la plus grande dirigeante religieuse qu’ait vu naître le Nouveau Monde [2].

Eddy naquit à Bow, dans le New Hampshire, et passa toute sa vie dans les environs, séjournant longuement à Boston, dans le Massachusetts, ainsi qu’à Concord, dans le New Hampshire [3]. Écrivaine et théologienne influente, elle est connue comme la fondatrice et dirigeante de la confession de la Science chrétienne.

Son interprétation des Écritures canoniques présente une forme particulière d’idéalisme chrétien. Dans une analyse philosophique récente de son œuvre, Nicholas Sheldon conclut qu’elle « apparaît, cent dix ans après sa mort, comme une penseuse idéaliste plus entière, plus résolument engagée que beaucoup — peut-être même tous — les philosophes célèbres dans ce domaine… [Elle] doit… être considérée comme une philosophe véritablement originale. En réalité, son originalité abonde » [4].

L’idéalisme d’Eddy allait influencer une grande partie du mouvement de la Nouvelle Pensée, ou mind-cure (« guérison par l’esprit »), dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle. On considère généralement que ce mouvement trouve son origine chez le guérisseur mental du Maine, Phineas Quimby, auquel Eddy s’adressa pour être soignée. Ses échanges avec Quimby furent importants dans le développement de sa pensée, qui conduisit finalement à la publication, en 1875, de la première édition de son œuvre majeure, Science and Health: With Key to the Scriptures (Science et Santé avec la Clef des Écritures).

Cependant, si Quimby constitua une impulsion initiale importante de ce qui allait devenir la Nouvelle Pensée, c’est bien Eddy qui est reconnue comme l’initiatrice du mouvement lui-même. Dans son histoire de la Nouvelle Pensée, Charles Braden écrit :

Quimby… n’avait aucune organisation. Il ne semblait d’ailleurs pas se préoccuper d’en créer une… La première personne à vraiment organiser un ministère de guérison fut Mary Baker Eddy, et il faut reconnaître que c’est son activité d’organisation qui produisit, directement ou indirectement, à la fois la Science chrétienne et ce que l’on peut appeler l’ensemble du « Mouvement métaphysique », dont la Science chrétienne et la Nouvelle Pensée sont deux composantes [5].

La perception académique de la Nouvelle Pensée a été profondément marquée, au cours des décennies suivantes, par les analyses que William James lui consacra dans Les Variétés de l’expérience religieuse (1902), ouvrage qui demeure aujourd’hui un classique des programmes universitaires de psychologie et d’études religieuses. James s’intéressait vivement au mouvement, mais sans distinguer explicitement la contribution d’Eddy. Il écrit dans Les Variétés :

À mes yeux, un courant religieux bien plus important et intéressant que celui qui, sous l’influence des sciences naturelles, conduit vers une disposition d’esprit saine est celui qui s’est récemment répandu à travers l’Amérique et semble gagner chaque jour en puissance… courant auquel… je donnerai le nom de « mouvement de guérison mentale » (Mind-cure movement). Il existe diverses sectes de cette « Nouvelle Pensée », pour employer un autre des noms qu’elle se donne ; mais leurs accords sont si profonds que leurs différences peuvent être négligées pour mon propos actuel, et je traiterai le mouvement, sans m’en excuser, comme s’il formait une réalité simple [6].

La vision de James sur la Nouvelle Pensée fut probablement influencée par son amitié avec Annetta et Julius Dresser, dont le fils Horatio fut son étudiant à Harvard [7]. Les Dresser furent de longue date des critiques d’Eddy, l’accusant notamment d’avoir plagié Quimby. Ces accusations sont aujourd’hui considérées comme manquant de fondement. Amy Vorhees résume récemment le consensus en écrivant : « Les chercheurs s’accordent désormais unanimement pour dire qu’Eddy n’a pas plagié Quimby » [8].

L’idéalisme d’Eddy soutient que l’expérience humaine est entièrement mentale, mais que cette expérience est constituée d’un mélange de deux sources de pensée : les pensées provenant de l’Esprit divin (ou Dieu) et celles issues de ce qu’elle appelait « l’esprit mortel » (mortal mind) ou « le sens matériel » (material sense). Selon Eddy, l’esprit mortel est responsable de notre expérience du monde physique, ainsi que de certains aspects de notre vie intérieure. Elle écrit : « L’univers physique exprime les pensées conscientes et inconscientes des mortels » [9] et « ce que l’esprit humain appelle matière et esprit indique des états et des degrés de conscience » [10].

L’Esprit divin, en revanche, est responsable du reste de nos pensées intérieures. La tâche du chrétien, suggère-t-elle, consiste à cultiver la capacité de distinguer l’origine des éléments mentaux qui composent son expérience. Dans Science et Santé, elle encourage ses lecteurs à développer une « connaissance mentale de soi » qui « consiste à disséquer les pensées afin d’en découvrir la qualité, la quantité et l’origine », ajoutant : « Les pensées sont-elles divines ou humaines ? Voilà la question importante » [11].

Eddy estimait que Jésus de Nazareth possédait une compréhension intuitive de cette cosmologie et que, par exemple, sa parabole de l’ivraie et du bon grain évoque précisément un tel processus de discernement psychologique. Son interprétation rappelle également une distinction formulée dans un célèbre passage du Livre d’Isaïe : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit le Seigneur. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées » [12].

L’idéalisme d’Eddy présente une ressemblance frappante avec des cosmologies apparues tout au long de l’histoire du christianisme. Dans son ouvrage en deux volumes The Story of Christianity, Justo Gonzalez observe que « la Science chrétienne fut la principale expression, aux États-Unis, d’une longue tradition religieuse que nous avons rencontrée à plusieurs reprises au cours de notre récit… De manière générale, cette tradition considère que le monde matériel est soit imaginaire, soit d’importance secondaire » [13].

Gonzalez fait ici référence plus particulièrement aux textes qui circulaient parmi certains groupes de premiers disciples de Jésus avant que Rome n’adopte, au IVe siècle, le Credo de Nicée-Constantinople. Un grand nombre de ces textes furent découverts près de Nag Hammadi, en Égypte, en 1945, soit trente-cinq ans après la mort d’Eddy [14].

L’un des textes les plus importants de cette collection est La Révélation secrète de Jean (Secret Revelation of John), découvert à l’origine ailleurs en Égypte en 1896, mais traduit en anglais seulement en 1996. Des chercheurs ont souligné que ce texte présente une cosmologie très proche de celle d’Eddy. Il décrit une création divine parfaite et bonne, peuplée de ce que le texte appelle « l’homme parfait », ainsi qu’une copie contrefaite créée par un être de type démiurgique nommé Yaldabaoth. Dans une analyse savante de ce texte, Shirley Paulson résume :

Deux récits distincts de la création sont présentés dans La Révélation secrète de Jean… L’un (5:6–9:14) met en scène la perfection et la bonté de Dieu ainsi que de tout l’univers ; l’autre, qui commence lorsque Yaldabaoth crée ses propres puissances dominatrices (11:5), explique l’origine de tout péché, de toute maladie et de toute mort humaines. Mais ce que l’on néglige souvent, c’est que ce second récit est constamment présenté comme une contrefaçon, ou une version fausse, de la réalité originelle du royaume Père-Mère-Fils. Une contrefaçon n’appartient pas à la même catégorie ontologique de réalité que l’original [15].

De manière similaire, bien qu’Eddy parle de deux créations, elle n’accorde un statut ontologique qu’à l’une d’entre elles. Selon elle, seul l’Esprit divin existe réellement. La création immatérielle de cet Esprit, écrit-elle, « consiste dans le déploiement des idées spirituelles et de leurs identités, lesquelles sont contenues dans l’Esprit infini et reflétées pour toujours. Ces idées vont de l’infiniment petit à l’infini, et les plus hautes d’entre elles sont les fils et les filles de Dieu » [16].

L’esprit mortel, en revanche, présente à la conscience humaine des représentations physiques contrefaites de ces idées véritables et dissimule le cosmos sous-jacent, entièrement spirituel. Mais, selon Eddy, l’esprit mortel est illusoire et ne possède aucune réalité ultime.

Bien qu’Eddy n’ait pas eu accès aux textes de Nag Hammadi, elle voyait néanmoins son idéalisme reflété dans le récit de la création de la Genèse. Dans son exégèse de la Genèse, intégrée à Science et Santé, elle explique comment le premier chapitre peut être compris comme une représentation allégorique de la véritable création spirituelle, entièrement « très bonne », comprenant des êtres humains créés à l’image parfaite de Dieu. Le second chapitre représente, selon elle, l’univers contrefait de l’esprit mortel, où les êtres humains sont « formés de la poussière du sol » et où la discorde est omniprésente. Une « brume montant de la terre » sépare ces deux réalités.

L’affirmation que le cosmos physique est, en dernière analyse, irréel est historiquement l’un des aspects de la théologie d’Eddy que ses critiques ont eu le plus de difficulté à accepter. C’est d’ailleurs sur un point connexe que William James était le plus profondément en désaccord avec elle : la proposition selon laquelle le mal n’est pas réel.

Eddy étayait cette position en citant les paroles de Jésus dans l’Évangile selon Jean, où le diable est décrit comme « un menteur et le père du mensonge », n’ayant « aucune vérité en lui ». Une déclaration semblable attribuée à Jésus fut découverte plus tard dans un autre texte chrétien ancien non canonique, l’Évangile de Marie. À la question : « Quel est le péché du monde ? », Jésus répond : « Il n’y a pas de péché ; mais c’est vous qui créez le péché lorsque vous faites des choses conformes à la nature de l’adultère, ce que l’on appelle péché » [17].

James considérait la proposition que le mal est irréel comme « une mauvaise omission spéculative », tout en ajoutant qu’elle est « intimement liée aux mérites pratiques du système que nous examinons » [18]. Malgré son désaccord théologique sur ce point précis, il demeurait, de manière générale, favorable au mouvement de la Nouvelle Pensée et de la guérison mentale, y compris à la Science chrétienne. Dans le contexte de son intérêt plus large pour les recherches psychiques [19], il prit publiquement la défense de la Science chrétienne à deux reprises. À une occasion, il écrivit au Boston Transcript :

Je ne me fais certainement pas l’avocat de ces guérisseurs… Mais les faits qu’ils présentent sont manifestes et saisissants ; et tout ce qui entraverait la multiplication de tels faits, ainsi que notre entière liberté de les observer et de les étudier, constituerait, j’en suis convaincu, une calamité publique [20].

James consulta lui-même à plusieurs reprises un praticien de la Science chrétienne pour sa maladie cardiaque, sans obtenir de soulagement physique. David Pfeifer a relevé que la remarque qui revenait le plus souvent dans ses notes était : « Grand soulagement mental, symptômes inchangés » [21]. En revanche, le frère de James, Robertson (« Bob ») James, suivit lui aussi des traitements auprès d’un praticien de la Science chrétienne, avec beaucoup plus de succès [22]. C’est peut-être en partie en observant l’expérience de son frère que James en vint à considérer que sa propre manière de penser faisait obstacle à sa guérison. Donald Bellomy écrit :

Durant la dernière année environ de sa vie, James consulta à la fois un médecin homéopathe qui lui prescrivait des pilules et des décharges électriques, et un praticien de la Science chrétienne, dont l’incapacité à l’aider, selon James, était due à ses propres limites mentales. « Je pense qu’il existe un certain obstacle dans l’esprit des personnes élevées comme je l’ai été, qui empêche le verrou de se dégager et la porte d’une vie plus profondément fondée de s’ouvrir » [23].

Ce sont les prétentions de guérison physique qui ont rendu la Science chrétienne la plus célèbre et qui, au fil des décennies, ont suscité le plus de controverses. La méthode de guérison de la Science chrétienne est profondément enracinée dans la métaphysique idéaliste d’Eddy, et la Science chrétienne constitue peut-être l’exemple le plus marquant d’un idéalisme qui revendique une portée pratique.

Les praticiens de la Science chrétienne prient en affirmant la réalité présente de l’Esprit divin (ou de la « Science divine »), dans laquelle l’existence est entièrement spirituelle et constitue le reflet parfait du Créateur. Les êtres humains sont considérés, dans cette prière, comme l’image et la ressemblance impeccables d’un créateur sans défaut. La maladie physique est tenue pour un produit de l’esprit mortel, ou du sens matériel, et ne possède donc aucune réalité véritable. Eddy affirmait que ce type de prière explique les nombreuses guérisons accomplies par Jésus de Nazareth, écrivant :

Jésus contemplait, dans la Science, l’homme parfait, qui lui apparaissait là où les mortels voient l’homme pécheur. Dans cet homme parfait, le Sauveur reconnaissait la propre ressemblance de Dieu, et cette juste vision de l’homme guérissait les malades [24].

Au fil des décennies, les critiques ont fréquemment mis en avant des cas où cette forme de prière n’a pas produit les résultats curatifs espérés, parfois avec des conséquences tragiques. Et bien que l’Église de la Science chrétienne ait plus récemment précisé que ses membres sont libres de choisir la méthode de traitement médical qu’ils préfèrent, les années 1980 ont notamment vu l’Église impliquée dans plusieurs affaires très médiatisées de négligence envers des enfants.

Il n’en demeure pas moins que les guérisons réussies qui ont été documentées constituent un ensemble empirique de cas particulièrement intéressant, venant compléter les données existantes sur la relation entre l’esprit et le corps [25]. Comme le remarque James dans Les Variétés de l’expérience religieuse à propos du mouvement de la « guérison mentale » en général :

Les chefs de ce courant ont eu une foi intuitive dans le pouvoir entièrement salvateur d’une attitude mentale saine… Leur conviction a été, d’une manière générale, confirmée par l’expérience pratique de leurs disciples ; et cette expérience constitue aujourd’hui une masse considérable. Les aveugles ont retrouvé la vue, les boiteux ont marché ; des invalides de longue date ont recouvré la santé. Les fruits moraux n’ont pas été moins remarquables… La régénération du caractère s’est produite à grande échelle, et la joie de vivre a été rendue à d’innombrables foyers [26].

En ce qui concerne la documentation historique de tels cas, les deux principales sources dans le contexte de la Science chrétienne sont, d’une part, les récits de guérisons attribuées à Eddy elle-même et, d’autre part, les plus de cent années de témoignages publiés dans les différentes revues de l’Église de la Science chrétienne.

À partir de 1992, l’Église entreprit d’identifier, dans ses archives, chaque référence à une guérison attribuée à Eddy. Plus de 28 000 documents furent numérisés, notamment les lettres inédites d’Eddy, les souvenirs de ses élèves et les témoignages de personnes qui l’avaient connue personnellement. Ce travail permit de rassembler des centaines de récits de guérisons attribuées à Eddy, remplissant finalement onze classeurs de deux pouces d’épaisseur (format 21,6 × 27,9 cm). Dans leur ouvrage publié en 2009, Mary Baker Eddy Christian Healer—Amplified Edition, Yvonne Cache von Fettweis et Robert Townsend Warneck s’appuient sur ces documents pour présenter « le premier recueil complet de ses œuvres de guérison » [27].

Outre le recueil des guérisons attribuées à Eddy elle-même, l’Église de la Science chrétienne publie depuis plus d’un siècle trois périodiques réguliers — le Christian Science Journal, le Christian Science Sentinel et le Herald of Christian Science, publiés dans diverses langues autres que l’anglais — qui contiennent, dans chaque numéro, plusieurs témoignages de guérison envoyés par les lecteurs. Avant leur publication, les éditeurs cherchent à faire confirmer la guérison ou la probité du témoin par trois personnes de son entourage [28].

Malgré ces archives, qui rassemblent aujourd’hui plusieurs milliers de témoignages, très peu de recherches méthodiques ont été consacrées à cet ensemble documentaire. Une analyse de contenu limitée a toutefois été publiée en 1989 par un département de l’Église. Cette étude visait à recenser et à classer les informations médicales contenues dans les témoignages publiés dans ces revues sur une période d’environ trente ans. Elle conclut que cette seule période comportait plus de 10 000 témoignages de guérison physique, dont environ 2 300 concernaient des affections ayant fait l’objet d’un diagnostic médical.

En résumé, l’idéalisme de Mary Baker Eddy offre peut-être deux perspectives distinctes. Premièrement, et cela présente un intérêt particulier pour les théistes, son idéalisme propose une approche originale du problème du mal. Dans sa théologie, le mal réside dans l’« esprit mortel » contrefait qui, bien qu’il paraisse très réel, est en définitive illusoire. La réalité véritable est celle de la création entièrement spirituelle de l’Esprit divin, qui est « très bonne » dans son intégralité. Dans un bref commentaire consacré en 1901 à l’idéalisme de George Berkeley, Eddy soutenait que l’affirmation de Berkeley selon laquelle la matière n’est rien d’autre qu’une expérience consciente au sein de l’Esprit universel « fait de Dieu la cause de tous les maux des mortels » [29].

Deuxièmement, Eddy offre peut-être l’exemple le plus marquant d’une cosmologie idéaliste qui revendique des conséquences pratiques, notamment à travers les guérisons physiques qu’elle-même et d’autres auraient accomplies en s’appuyant sur son enseignement. Bien qu’un observateur extérieur ne puisse déterminer si ces guérisons résultaient d’un mécanisme physiologique encore inconnu, de l’esprit humain individuel, de l’« esprit mortel » au sens où l’entend Eddy, ou d’un Esprit divin, l’ensemble des cas accumulés constitue néanmoins un corpus substantiel de données susceptible d’éclairer les débats plus larges sur la relation entre l’esprit et le corps.

Texte original publié le 17 juillet 2026 : https://www.essentiafoundation.org/the-idealism-of-mary-baker-eddy/reading/

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1 The Christian Science Publishing Society (CSPS) (1993), Tributes from the Press: Editorial Comments on the Life and Work of Mary Baker Eddy, Christian Science Publishing Society, p. 17.

2 The Christian Science Publishing Society (CSPS) (1993), Tributes from the Press: Editorial Comments on the Life and Work of Mary Baker Eddy, Christian Science Publishing Society, p. 78.

3 Pour des études universitaires sur la vie d’Eddy, voir les trois volumes de Robert Peel, Mary Baker Eddy (1971), ainsi que la biographie du même nom publiée en 1997 par l’historienne féministe Gillian Gill. Pour une bibliographie annotée des travaux universitaires sur la Science chrétienne, voir Shirley Paulson, Helen Mathis et Linda Bargmann (2021), An Annotated Bibliography of Academic and Other Literature on Christian Science, Scholarly Works on Christian Science.

4 Sheldon, N. (2022), Radical Idealism and Empirical Metaphysics in the Work of Mary Baker Eddy, thèse de doctorat en philosophie, Université de Keele (Royaume-Uni), pp. 171 et 156. Disponible à : https://core.ac.uk/download/pdf/599360266.pdf.

5 Charles S. Braden (1963), Spirits in Rebellion: The Rise and Development of New Thought, Southern Methodist University Press, pp. 129-130.

6 William James (1902), The Varieties of Religious Experience, Penguin Books Ltd, p. 94.

7 Donald Bellomy (2014), « Intellectuals and Mind-Cure: William James, Frank Podmore, and the Appeal of Christian Science at the Turn of the Twentieth Century », p. 69.

8 Amy Vorhees (2021), A New Christian Identity: Christian Science Origins and Experience in American Culture, The University of North Carolina Press, p. 132.

9 Mary Baker Eddy (1910), Science and Health with Key to the Scriptures, The Writings of Mary Baker Eddy, p. 484.

10 Science and Health, p. 573.

11 Science and Health, p. 462.

12 Isaïe 55:8-9.

13 Justo L. Gonzalez (2010), The Story of Christianity: Volume II – The Reformation to the Present Day, HarperCollins, p. 346.

14 Pour une vue d’ensemble, voir les travaux de Karen King, professeure Hollis de théologie à la Harvard Divinity School (https://www.hds.harvard.edu/people/karen-l-king), ainsi que ceux d’Elaine Pagels, professeure émérite de religion à l’Université Princeton (https://www.elaine-pagels.com/). Pour des cours en ligne, voir le site de Shirley Paulson : https://earlychristiantexts.com.

15 Shirley Paulson (2017), Healing Theologies in Christian Science and Secret Revelation of John: A Critical Conversation in Practical Theology, thèse de doctorat en théologie et religion, Université de Birmingham (Royaume-Uni), p. 85. Disponible sur : https://etheses.bham.ac.uk/id/eprint/7649/1/Paulson17PhD.pdf. Voir également son ouvrage de 2022 : Illuminating the Secret Revelation of John: Catching the Light, Cascade Books.

16 Science and Health, p. 503.

17 « The Gospel of Mary », dans Hal Taussig (2015), A New New Testament: A Bible for the 21st Century Combining Traditional and Newly Discovered Texts, First Mariner Books, p. 224.

18 William James (1902), The Varieties of Religious Experience, Penguin Books Ltd, p. 107.

19 Voir Gardner Murphy et Robert Ballou (1960), William James on Psychical Research, Augustus M. Kelley Publishers.

20 Cité dans Murphy et Ballou (1960), p. 10.

21 David Pfeifer (2014), remarques formulées lors de la table ronde organisée par la Mary Baker Eddy Library, intitulée Varieties of Scientific Experience. Disponible sur : https://www.marybakereddylibrary.org/project/varieties-of-scientific-experience/.

22 Bellomy (2014), p. 72.

23 Bellomy (2014), p. 72.

24 Science and Health, p. 477.

25 Voir, par exemple, Kelly et al. (2007), Irreducible Mind: Towards a Psychology for the 21st Century, Rowman & Littlefield Publishers.

26 James (1902), pp. 94-95.

27 Yvonne Cache von Fettweis et Robert Townsend Warneck (2009), Mary Baker Eddy Christian Healer—Amplified Edition, The Christian Science Publishing Society, p. 9.

28 L’ensemble des archives est disponible sur jsh-online.com.

29 Mary Baker Eddy (1901), Message to The Mother Church, Boston, Massachusetts, June 1901, The First Church of Christ, Scientist in Boston, Massachusetts, U.S.A., p. 24.