R. P. Kaushik : Qu’est-ce que le Darshan Yoga (Yoga de la perception) ?


28 Jan 2020

Traduction libre

La vérité est perception. C’est la vérité seule qui peut libérer l’esprit humain et l’intégrer. Aucune méthode, aucun système ne peut réaliser cette intégration. Littéralement, Yoga signifie union ou intégration. Certains définissent le yoga comme l’union de l’âme individuelle avec l’âme divine. Cette définition aurait pu aider les gens dans le passé, lorsque, en raison de la simplicité de l’esprit humain, ils pouvaient facilement accepter de tels concepts sans se poser de questions. Aujourd’hui, l’esprit humain est très complexe et l’homme a perdu la simplicité du véritable adepte. Sous le stress et la pression de la vie moderne, il peut être contraint de croire et d’avoir une foi apparente. Une telle foi, au lieu de rendre l’esprit simple et honnête, le déforme davantage et ne crée que l’intolérance, le sectarisme et l’illusion du perfectionnement. Il est donc absolument impératif que la vérité soit redécouverte à chaque époque, non seulement à chaque époque, mais aussi d’un moment à l’autre. Aucune méthode ou système ne peut aider. Tout gourou qui parle de communiquer cette vérité par un mantra ou une formule (un maha mantra ou une grande formule) ou en ouvrant le troisième œil ne sait peut-être pas de quoi il parle. Un mantra ou une technique d’ouverture du troisième œil peut ouvrir sur des visions psychiques, le champ psychique ou les différentes couches de l’esprit inconscient. Il peut produire des sensations, des visions et des expériences merveilleuses. Les expériences dites mystiques sont des expériences psychiques plutôt que la perception de la vérité. Elles sont relativement vraies. Ce qui est relativement vrai est aussi relativement faux.

Pour voir, par conséquent, la réalité ultime ou la vérité la plus élevée, il faudra aller au-delà de l’esprit, tant conscient qu’inconscient. À moins que cette vérité la plus élevée ne soit découverte, l’esprit humain ne peut pas être complètement transformé et intégré. La division entre l’homme et l’homme, et donc les germes de guerre et de conflit, ne peuvent être éliminés que si cette vérité la plus élevée est ramenée dans l’esprit humain.

Une question naturelle peut se poser : quelle est l’entité qui doit aller au-delà de l’esprit ? L’égo humain est le produit de la pensée humaine et il ne peut pas aller au-delà lui-même. L’esprit doit donc voir et comprendre ses propres limites, et devenir calme. Ce n’est que dans ce calme ou silence spontané, provoqué par la compréhension plutôt que par la résistance créée par les techniques et les méthodes, que la perception ou la « vision » est possible. Cette « vision » ou perception est un processus intégral dans lequel la division entre le voyant et le vu disparait. Elle doit être différenciée d’un état créé par la compréhension intellectuelle de l’observateur et de l’observé, tel que c’est pratiqué dans la méthode Zen ou dans des méthodes similaires. Le silence spontané est le résultat d’une observation non motivée des différentes couches de l’esprit. Cette observation peut être appelée méditation. Elle ne peut être obtenue par aucune méthode ou technique. Le silence de l’esprit obtenu par la répétition d’un mantra ou par la pratique d’une technique n’est pas un vrai silence, mais seulement un jeu subtil de l’égo. De telles techniques conduisent à certains états dans lesquels la couche superficielle de l’esprit devient silencieuse, mais les couches plus profondes continuent à bavarder. Ce bruit ininterrompu au niveau des couches inconscientes est le jeu de l’égo subtil. Dans de tels états, le conflit entre les couches conscientes et inconscientes de l’esprit prend fin. Cela conduit à une expansion de la conscience, à une certaine qualité de paix et d’harmonie, et à l’émergence de nouvelles énergies piégées dans l’inconscient. Cela se manifeste par diverses visions, des sons ou des voix intérieures et le développement de certains pouvoirs psychiques ou occultes.

Pour la plupart des personnes qui recherchent une satisfaction personnelle totale ou un sentiment de paix et d’harmonie, un tel accomplissement n’est en aucun cas un petit accomplissement. Mais pour les personnes qui sont très sérieuses et sensibles et qui non seulement recherchent une fin personnelle à leur peine, mais qui ont également un sens non-motivé de la recherche profonde et qui recherchent une fin à la peine de la race humaine tout entière, cet accomplissement n’est pas une réponse à leur mécontentement. Dans un tel état, l’égo n’a pas complètement pris fin, et la vérité la plus élevée est donc encore loin, et la perception de cette vérité est une question de première urgence.

Qui peut « voir » ?

N’importe qui peut « voir » qui veut sérieusement et sincèrement « voir ». Ce sérieux provient toujours d’un mécontentement total qui est insatiable. L’esprit qui cherche la satisfaction la trouvera bientôt. Un esprit satisfait est un esprit superficiel. À moins d’être totalement insatisfait de ce que l’on a ou de ce que l’on sait, on est incapable de « voir ». On doit être prêt à se débarrasser de tout ce qu’on a accumulé sous forme de dogmes, de croyances et de principes, de richesses extérieures, de noms et de renommés avant de pouvoir vraiment voir la vérité.

L’esprit humain est répétitif, mécanique et inerte. Il n’a généralement pas d’énergie propre. Il tire son énergie de l’attachement et de l’identification. Il a tendance à devenir ce à quoi il est attaché. Dans son identification complète, il ne fait plus qu’un avec l’objet de son identification. Il peut être attaché à des choses matérielles comme l’argent et les biens personnels. S’il est plus sensible, il s’attache à des êtres vivants, tels que les plantes, les animaux ou les humains. Il peut aller plus loin et s’identifier à des concepts et des images. Dans certains cas, il peut être moins mécanique que dans d’autres. Mais dans tous les cas, il reste mécanique. Si l’esprit doit perdre sa nature mécanique et découvrir sa propre énergie inhérente, il doit se débarrasser de toute forme de sécurité qui le lie à son existence mécanique, et se préparer à devenir un instrument adapté et raffiné, car seule la perception libèrera l’esprit et le transformera.

Pourquoi les gens ne « voient » pas ?

La plupart des gens ne « voient » pas parce qu’ils ne veulent vraiment pas « voir ». Ils « pensent » qu’ils veulent voir la vérité, mais en fait ils veulent seulement avoir un bon tranquillisant sans effets secondaires. Le mécontentement, la frustration et les chocs de la vie quotidienne ont tendance à réveiller l’homme dans un état de « voir ». La plupart des gourous modernes, avec leurs techniques d’hypnose ou d’autohypnose apaisantes, mettent les gens dans un état de sommeil continu. Pour « voir », une grande énergie est nécessaire. Sans courage et intrépidité, il est impossible de « voir ». Le premier choc de la perception peut être très perturbant. Si le premier choc n’ouvre pas complètement la vision perceptive, une série de chocs peut suivre ; et ces chocs continueront jusqu’à ce que la vision soit absolument claire. Au départ, le choc de perception, au lieu d’apporter la paix et l’harmonie, risque d’accentuer le conflit, le conflit entre le nouveau et l’ancien. Le nouveau est réellement exempt de conflit, car dès que l’on peut « voir », le conflit prend fin. Il n’y a aucun conflit, quel que soit le niveau de conscience, dans un état d’attention ou de perception. Le conflit ne réapparait que dans un état d’inattention ou de non-perception. Cet état de conflit aggravé n’agit que comme un catalyseur dans le processus de désintégration de l’ancien esprit conditionné, et accélère l’émergence d’une perception claire et stable.

La perception est-elle une question de temps ?

La perception est toujours dans le présent. C’est la fin complète du temps psychologique. Chaque moment de perception est une réalisation miniature complète. Comme les moments de perception deviennent de plus en plus fréquents, le conditionnement de l’esprit est soumis à un lourd bombardement d’énergie transformatrice qui détruit ce conditionnement, et peut-être atteint-on alors un point où l’on a une vision vraiment sans nuages ou une « illumination complète ». Dans tout cela, le temps chronologique peut être impliqué ou non. Il est important que l’aspirant apprenne à discerner la nature vicieuse du temps psychologique qui est basé sur la pensée et qui est essentiellement une projection de la pensée de base « Je ». Ce mouvement de perception n’est pas un processus cumulatif. C’est plutôt une série de mouvements verticaux dans lesquels chaque saut qui suit peut-être visualisé comme atteignant une plus grande hauteur et maturité, jusqu’à ce qu’un point soit atteint où le mouvement horizontal se termine, et que tout mouvement qui suit est vertical. Là encore, il ne s’agit pas d’un point statique, ni d’un but ou d’un Nirvana. C’est une transformation totale de la conscience humaine, l’aube d’une nouvelle conscience, qui peut sans doute être considérée comme la prochaine étape de l’évolution.

Ainsi, alors qu’aucun temps, qu’il soit chronologique ou psychologique, n’intervient dans la perception, dans la plupart des cas, l’épuisement de l’élan des mémoires inconscientes accumulées se manifestant sous forme d’inclinations, de comportements instinctifs et d’habitudes peut impliquer un temps chronologique. La durée du temps est liée à la sensibilité de l’esprit. Si l’esprit est très sensible, cet élan peut être épuisé en très peu de temps, mais s’il n’est pas aussi sensible, cela peut prendre beaucoup de temps. Les esprits moins sensibles peuvent avoir à subir une série de chocs résultant de la souffrance et de la frustration liées aux erreurs de pensée et d’identification.

Le fait de « voir » est-il un processus réversible ?

Une fois qu’un homme commence à « voir », il lui est très difficile de se rendormir et de retomber dans un état permanent de cécité totale. Il peut y avoir un retour en arrière et une rechute temporaire, mais il ne peut pas vraiment avoir d’autre choix que d’aller de l’avant. S’il stagne ou recule, la douleur de la confusion est beaucoup plus écrasante qu’auparavant, et lorsqu’il comprend la futilité d’une tentative d’évasion, il doit avancer. Mais il arrive parfois qu’il en arrive à une expérience très stimulante et très satisfaisante. Si un désir inconscient et profondément enraciné de satisfaction personnelle n’a pas été perçu comme totalement faux, il peut arriver qu’il s’identifie à cette expérience ou à cet état de conscience, et bloque ainsi sa marche en avant. Il est très fréquent qu’en faisant cette exploration, de nombreuses personnes parviennent à des états de conscience où elles se sentent totalement en harmonie avec tout ce qui se trouve à l’intérieur et à l’extérieur. Dans de telles circonstances, il est très facile de s’identifier au Suprême, à l’éternel et au permanent, et avoir le sentiment d’être un Avatar ou une incarnation de Dieu. Une telle identification arrête le mouvement et la poursuite du voyage de la psyché, et il en résulte une stagnation et une perte de perception.

Toute identification émousse la perception, mais il est plus facile de voir cette cécité aux niveaux inférieurs d’attachement qu’aux niveaux supérieurs, où l’attachement apporte une plus grande puissance et une plus grande satisfaction de soi. La vie est le plus grand maitre ; elle continue à frapper les murs de résistance créés par l’identification. Il est donc absolument nécessaire qu’avant de commencer à s’interroger, de tourner le dos au nom, à la célébrité et à la richesse matérielle. L’investigation doit commencer par une intensité et une urgence créées par un mécontentement total plutôt que par la stimulation et la motivation fournies par quelqu’un d’autre. Une investigation initiée par la stimulation et la motivation ne va pas très loin et est vite étouffée par l’autosatisfaction. La véritable perception ne commence que lorsque l’on procède avec une telle intensité et une telle urgence, et lorsqu’elle commence ainsi, la « vision » ou la perception n’est pas réversible.

Un enseignant ou un gourou est-il nécessaire ?

Il y a quelques âmes qui naissent avec une sensibilité d’esprit et une simplicité de cœur qui peuvent « voir » facilement. Avec un véritable esprit d’investigation, ces esprits commencent à « voir » sans l’aide d’un enseignant ou d’un gourou. Ces esprits sensibles peuvent examiner chaque expérience et faire la distinction entre l’élément essentiel et non essentiel de celle-ci. Ils continuent à apprendre de chaque expérience sans accumulation, sans construire un centre qui est l’égo. Ils peuvent passer par d’innombrables expériences sans être affectés par les cicatrices de la mémoire ou le fardeau de l’égo qui résulte de l’accumulation de connaissances. Ces esprits sensibles apprennent de chaque évènement ou de chaque chose, qu’il s’agisse d’un livre, d’une plante, d’un animal ou d’une personne. Pour eux, la vie entière est un enseignant. En dehors des rares personnes qui naissent avec un esprit aussi sensible, la plupart des gens ont besoin d’un enseignant formel, ou d’un gourou ou d’un certain nombre d’enseignants de ce type. Il est important de comprendre que chaque individu devra faire preuve d’une grande prudence dans cette relation gourou-disciple afin qu’elle soit utilisée pour apprendre plutôt que pour l’autosatisfaction et le plaisir. Si elle est utilisée pour l’autosatisfaction et le plaisir, elle ne peut que créer la dépendance et la peur. Si une relation a été construite sur des bases solides, tôt ou tard, l’étudiant pourra aller au-delà de la nécessité d’avoir un gourou.

Qui peut être enseignant ?

A un certain niveau, toute personne qui est un étudiant appliqué et sérieux peut être enseignant (acharya). Le point fondamental à comprendre est qu’un véritable enseignant est toujours un véritable étudiant. Au plus haut niveau, un enseignant ou un gourou est celui qui a trouvé sa liberté, qui perçoit la vérité et la vit. L’enseignant ou le gourou communique alors cette vérité et cette liberté, pas nécessairement par la parole, mais en la vivant dans sa propre vie. Dans un tel état, il exerce la fonction de gourou, mais ne s’identifie pas avec cette fonction et n’en tire donc aucun statut. Toute identification, à quelque niveau que ce soit, détruit la liberté et déforme la perception. Ainsi, du point de vue de l’homme qui a découvert sa liberté et qui vit dans un état de non-dualité ou d’amour, l’altérité n’existe pas et il n’y a donc pas de disciples. Pour le chercheur qui vit dans un état de dualité, et qui accepte tant d’autres relations, la seule négation de la relation gourou-disciple n’apportera pas la liberté ou l’illumination, mais ne fera qu’ajouter à la confusion déjà existante.

L’enseignement du Darshan Yoga ne peut pas vraiment être planifié ou systématisé. Il doit évoluer dans une relation interpersonnelle. Dans cet enseignement, il n’y a pas d’autorité. L’enseignant n’impose pas son autorité aux autres. Sa fonction est d’éveiller l’intelligence chez le disciple. Cela ne peut être fait que par un enseignant qui est toujours prêt à apprendre. Celui qui voit le rôle destructeur de l’autorité, pour lui-même et pour les autres, sauf au niveau de base minimal, peut seul être un vrai maitre. L’autorité détruit l’intelligence, non seulement chez le disciple, mais aussi chez l’enseignant.

Il est important de comprendre qu’avant que la vérité puisse être communiquée, l’enseignant et le disciple doivent avoir le même niveau d’intensité et de sérieux. Par conséquent, l’enseignant et le disciple sont deux pôles différents de la même énergie intense, et il n’y a pas de division. La division et la fragmentation sont provoquées par l’égo. En substance, certains sont plus capables d’exprimer et de communiquer leur expérience intérieure, tandis que d’autres sont capables d’expérimenter, mais moins capables de l’exprimer ou de la communiquer. La première catégorie de personnes sont les enseignants, tandis que la deuxième catégorie sont les disciples. Il existe différents degrés de cette capacité chez chacun, et il n’y a donc en fait aucune ligne de démarcation ou de différenciation nette. Personne ne peut devenir un gourou autoproclamé. Seuls les autres se rendent compte et découvrent celui qui peut communiquer. Peu importe les valeurs que l’intellect peut attribuer à ces deux rôles différents, il est essentiel de comprendre que la base de la relation enseignant-disciple est l’amour et l’humilité entre les deux.

La vérité peut-elle être communiquée ?

La vérité est une question de perception, pas de prédication. Elle ne peut être communiquée verbalement ou intellectuellement, par le biais d’un mantra ou d’une formule. Tout mantra ou formule répété à l’infini peut aider à réaliser la vérité du mantra ou de la formule, mais pas toute la vérité qui est au-delà de la portée de toute formule. La vérité ne peut être prêchée parce qu’elle n’est pas une formule. Elle ne peut être vécue que parce qu’elle est vivante.

Si la vérité ne peut être communiquée, quel est alors le rôle d’un enseignant ?

L’identification avec le faux nie la possibilité de réaliser la vérité. Si l’esprit peut supporter sa solitude, sans aucune identification, il y a toujours la possibilité qu’une explosion se produise dans un tel esprit. Une telle explosion brise les limites de l’esprit conditionné et l’ouvre à la vaste vérité suprême, illimitée et éternelle.

Le rôle de l’enseignant se limite donc à aider le disciple à voir la fausseté de son processus de pensée. La « vision » commence donc par la perception du faux plutôt que par la perception du vrai. L’acte de « voir » est d’abord un acte de voir la fausseté de ce qui semble vrai. L’ensemble du processus intellectuel est apparemment vrai, sauf au niveau minimal de base, c’est-à-dire au niveau matériel ou technologique où il n’y a pas de jugement.

Qu’est-ce qu’un état de communion ou de partage de la vérité ?

Lorsqu’un esprit est complètement vidé de tous ses processus de pensée et se trouve dans un état de silence spontané, il est alors dans un état de communion non seulement avec un autre esprit silencieux, mais avec tous les autres esprits. Cet état de communion n’est pas limité aux seuls autres êtres humains, il inclut toutes les particules de l’univers. Mais avant qu’il puisse être acquis, deux ou plusieurs esprits doivent être dans un état de pleine attention avec la même intensité d’investigation. Si l’un enseigne et transmet un certain savoir intellectuel, et que l’autre est occupé à rassembler et à accumuler ce savoir, seule la partisanerie peut avoir lieu, et non la communion. La partisanerie, par sa nature même, est fondée sur la cupidité intellectuelle et la violence et elle détruit l’intelligence. Mais dans un état de communion, un miracle se produit, et l’impossible devient possible – la vérité incommunicable devient communicable.

Quel est le rôle des pouvoirs psychiques ou occultes dans ce yoga ?

Tout pouvoir dans un esprit égocentrique est un pouvoir destructeur. La poursuite des pouvoirs psychiques par un tel esprit pourrait être des plus néfastes. Au fur et à mesure que la sensibilité de l’esprit se développe, certains pouvoirs peuvent se manifester. Ces pouvoirs, comme tout autre talent, doivent être utilisés avec une grande humilité. Dans certains cas, lorsque l’aspirant a emprunté le chemin de la perception pendant un certain temps, il peut être possible et souhaitable d’examiner les différents niveaux de l’esprit inconscient inexploré. Cela peut être fait dans un véritable esprit d’enquête ou d’apprentissage uniquement, plutôt que de rechercher ces pouvoirs pour le plaisir de la puissance. Lorsque l’intensité de l’investigation se développe chez un chercheur, il peut passer lentement de la projection et de l’identification consciente ordinaire à diverses couches du subconscient et de l’inconscient. Il peut faire l’expérience des énergies de ces régions à travers divers sons et visions subtils et peut se familiariser avec plusieurs ou toutes les énergies de ces régions psychiques. Dans d’autres cas, l’intensité de l’investigation se développe beaucoup plus rapidement, et ces différentes expériences vont et viennent à un rythme très rapide, de sorte qu’il ne s’y familiarise pas très bien. Dans ces cas, la perception spirituelle ou la perception pure se développe rapidement sans maitrise du psychique ou du champ de l’inconscient et, par conséquent, il peut y avoir de nombreux hauts et bas dus à la pression de l’élan inépuisable de l’inconscient. Dans de tels cas, il devient souhaitable d’explorer l’inconscient et de se familiariser avec ses énergies afin d’enrichir la personnalité humaine et de l’intégrer totalement à tous les niveaux. Lorsque la soif et l’intensité de l’investigation s’approfondissent, le champ de l’ignorance commence à se contracter et le champ de la connaissance à s’élargir. La connaissance est un pouvoir, et il faut aller au-delà de toute connaissance pour être réellement et complètement libre. La compréhension doit remplacer la connaissance intellectuelle et psychique. Pour certains audacieux, il est possible d’atteindre un état au-delà de la compréhension, un état qui n’est pas touché par le plaisir ou la douleur (Dharma megha samadhi).

« Prasankhyanepya Kusidasya vivekakhyate dharma-megha samadhi. » (2e)

(Kaivalyapada ; Patanjal yoga)

« Celui qui se désintéresse même de la compréhension atteint un état au-delà de l’expérience, c’est-à-dire le samadhi le plus élevé dans lequel on est enveloppé par sa nature innée (swabhawa et swacharma) comme un immense nuage. » (Patanjali).

Penser à cet état au-delà de la compréhension peut être effrayant. Mais ce n’est pas un idéal à poursuivre. Cela vient peut-être comme le sommet de la maturité du mouvement d’un esprit non-conditionné, sur le chemin de la liberté.

Ce travail psychique peut-il se faire sans enseignant ?

L’apprentissage dans la vie peut se poursuivre sans enseignant si l’on a appris à voir. Cependant, tout comme au niveau technologique, un bon enseignant devient une grande nécessité au niveau psychique. Il y a des âmes très sensibles et simples qui n’ont pas besoin d’un enseignant formel. Elles peuvent apprendre de n’importe quelle expérience. En dehors de ces personnes, il est difficile et parfois très déroutant pour la plupart des gens d’évaluer correctement ces expériences, et elles peuvent conduire à l’obscurantisme et à d’autres formes de dogmatisme. Il n’y a pas de repères ou d’étalons bien définis dans l’inconscient, et pour garder son équilibre, il faut avoir toute l’intelligence possible. C’est à ce stade qu’un enseignant qui a traversé ce labyrinthe difficile et qui en connait les chemins et les détours est un grand atout.

Quelle est la relation enseignant-disciple à ce niveau ?

Le disciple doit avoir de l’amour, de l’affection et du respect pour l’enseignant et un sens du partage de la vie. Il doit écouter l’enseignant avec attention, mais il ne doit pas accepter ou croire ce qu’il ne comprend pas. Au lieu d’une foi et d’une acceptation aveugles, il doit y avoir un véritable esprit d’investigation et d’apprentissage qui seul ouvre la voie à une véritable relation entre deux ou plusieurs personnes. Il doit y avoir une confiance mutuelle absolue entre l’enseignant et le disciple avant que ce genre de travail ne commence sérieusement. Sans cette confiance qui nait soit d’une prise de conscience intuitive, soit d’un contact personnel prolongé, un tel travail devient impossible. Il est important que lorsque les phénomènes psychiques sont évalués ou interprétés, l’enseignant aide le disciple à démêler le mystère par lui-même, dans la mesure du possible, plutôt que d’imposer ses propres croyances et jugements. Pour aborder le champ psychique, l’esprit conscient avec ses facultés intellectuelles critiques doit être temporairement mis en veilleuse et, à ces périodes, l’esprit d’une personne est très réceptif à la suggestion. Un véritable enseignant aidera le disciple à apprendre à faire passer sa conscience du niveau intuitif au niveau intellectuel ou rationnel et vice-versa, rapidement et de manière indépendante. C’est pour cette raison qu’un enseignant très expérimenté, impartial et libre est une grande nécessité, et qu’une véritable relation de confiance est essentielle.

Quelle est la place du hatha yoga ou des asanas dans ce yoga ?

Il existe une relation très étroite entre l’esprit et le corps et les deux sont inséparables. Les changements de l’esprit affectent le corps et vice versa. Il est possible d’avoir les expériences les plus élevées d’états altérés de conscience dans un corps malade. Mais ces états de sensibilité accrue ou de conscience de soi ne peuvent être maintenus si le corps est en mauvaise santé. Par conséquent, les changements ou transformations de l’esprit ne peuvent se refléter dans le corps que si l’organisme est maintenu dans un état de santé et d’équilibre parfaits. On ne saurait donc trop insister sur l’importance d’une alimentation, d’un repos, d’un sommeil et d’un exercice appropriés. Une certaine forme d’exercice physique régulier est essentielle pour maintenir le corps en bonne santé. La santé n’est pas seulement une absence de maladie, c’est un état actif de l’organisme, caractérisé par la vigilance et l’agilité. Étant donné que les asanas du hatha yoga ont une action psychophysique et tendent à contrôler consciemment l’activité physique autonome en plus de maintenir le corps actif, ils constituent l’un des meilleurs moyens d’exercice physique. Utiliser les exercices de yoga pour éveiller la kundalini ou pour créer des états psychiques de ce type n’est pas très sage. La bonne façon de les intégrer serait de créer des changements directs dans l’esprit comme résultat d’une perception éveillée, puis de leur permettre d’apporter des changements correspondants dans le corps.

Y a-t-il des restrictions alimentaires dans ce yoga ?

La nourriture doit être suffisante en qualité et en quantité afin de maintenir le corps en bonne santé. Sans une alimentation adéquate, le corps est rendu insensible et malade. Les connaissances du nutritionniste moderne sur les besoins alimentaires du corps sont basées sur des expériences en laboratoire pour déterminer la valeur calorique de divers aliments et sont trop mécaniques pour être appliquées aveuglément à l’organisme vivant. Dans ces conditions, chaque individu devra éveiller sa sensibilité corporelle au point de pouvoir choisir la bonne nourriture pour lui-même. Il est amplement prouvé que les animaux possèdent une telle intelligence. Si un être humain n’est pas trop dépendant de certains gouts et aliments, il peut commencer à expérimenter sur lui-même pour découvrir la qualité et la quantité de nourriture dont il a besoin pour maintenir son corps dans un état de santé et de conscience.

Dans un premier temps, il faut réduire au minimum tous les stimulants et les épices, si ce n’est les abandonner. La nourriture animale doit être abandonnée car elle a tendance à produire une insensibilité de l’esprit et du corps. Les besoins du corps en protéines peuvent être satisfaits efficacement par la farine de blé complet, les pommes de terre, les haricots et les lentilles. Il ne faut pas oublier que le cheval construit ses puissants muscles à partir d’herbe. Chez les personnes sédentaires, un petit déjeuner composé de fruits et de légumes au cours de la matinée et un déjeuner tardif composé de céréales et de légumes sont plus que suffisants pour maintenir le corps dans un état de santé actif. Si la nourriture est bien mastiquée et mangée avec conscience, le corps commencera bientôt à s’éveiller à une sensibilité accrue, et il saura exactement quoi, quand et en quelle quantité manger.

Quel est la place du sommeil et du repos dans une vie intégrée ?

On ne sait pas exactement ce qu’est le sommeil et quelle partie du cerveau a besoin du repos que procure le sommeil. Si nous vivons une vie de conflit, notre sommeil est perturbé par des rêves de toutes sortes. Les rêves ont tendance à résoudre les conflits non résolus. Une fois que nous commençons à vivre une vie consciente, sans conflit, le besoin de rêves disparait. Dans un tel état, le sommeil est exempt de rêves et acquiert une qualité de conscience. De ce fait, le sommeil est moins nécessaire que pour la moyenne des personnes. Le sommeil est également un réflexe conditionné et il subit un changement progressif de qualité et de quantité à mesure que l’esprit et le corps acquièrent une plus grande sensibilité.

Quelle est la place du sexe dans ce yoga ?

Dans la plupart des disciplines spirituelles, le sexe est tabou. Ce tabou est peut-être né d’une vision ascétique de la vie spirituelle. Comme l’ensemble du conditionnement humain est orienté vers le plaisir, on a fait valoir que si l’esprit humain pouvait renoncer au plaisir du sexe, qui est le plus grand plaisir qu’il connaisse, il pourrait transcender son conditionnement. Il est très facile de voir qu’une telle construction intellectuelle ne nous permet pas de comprendre la nature et la structure même du plaisir, mais nous encourage seulement à traiter ces problèmes au coup par coup. En introduisant un motif dans toutes ces disciplines, tout ce que l’on peut faire est de substituer un plaisir à un autre, mais pas de transcender le plaisir ou le conditionnement lui-même. Même l’ascétisme ne peut pas vraiment aider à libérer l’esprit du plaisir, mais peut au mieux produire un plaisir négatif de réalisation de la soi-disant liberté du plaisir. La liberté de quelque chose n’est qu’une réaction, pas la liberté. Même les rituels et les pratiques sexuelles tantriques peuvent permettre de se libérer du désir sexuel, mais pas du plaisir de la réalisation. Toutes les philosophies et pratiques axées sur la réalisation ne conduisent qu’au renforcement de l’égo sous une forme ou une autre.

On voit bien que pour un esprit en conflit, tout ce qu’il touche se transforme en problème, le sexe ne faisant pas exception à cette règle. Une fois que l’esprit commence à voir les choses telles qu’elles sont, libre car sans projection de soi, il cesse d’inventer et de construire des problèmes. Le sexe reprend alors sa place naturelle. Dans un état d’amour, libre de tout conflit, on peut faire ce que l’on veut, et pourtant on ne fera rien de mal. La vraie question n’est donc pas de savoir si le sexe est bon ou mauvais, mais si nous pouvons vivre une vie intégrée, sans conflit, et ne pas laisser le sexe ou l’absence de sexe détruire cette paix et cette harmonie. Le premier et principal défi consiste donc à trouver un État exempt de conflit, et tout le reste s’inscrira dans la même logique. Dans un état d’amour véritable, le sexe peut être l’une des plus hautes expressions d’intimité. Donc, en dernière analyse, l’important n’est pas de savoir si la spiritualité exclut le sexe, mais s’il y a ou non un véritable amour dans la vie.

Ce yoga est-il quelque chose de nouveau ?

La vérité n’est pas le monopole d’un individu ou d’un groupe. La vérité est simple, et donc un esprit simple peut toujours la voir. Par conséquent, présumer que personne ne l’a vue avant est le comble de l’arrogance. Il était peut-être beaucoup plus facile pour l’esprit simple de la voir dans le passé qu’il ne l’est aujourd’hui, mais avec la complexité croissante de l’esprit humain, cette vérité a été perdue et remplacée par des croyances et des rituels. De la complexité de l’esprit humain sont nés les techniques et les systèmes les plus compliqués et les plus complexes pour « percevoir » la vérité. À l’heure actuelle, c’est presque devenu une « spécialité » hors de portée des êtres humains ordinaires.

Il ne s’agit donc plus seulement de redécouvrir la vérité, mais de la ramener au niveau de la conscience humaine ordinaire. L’esprit moderne, déchiré par ses conflits croissants et insatisfait de la prospérité matérielle et intellectuelle, est dans un état qui lui permet de se débarrasser de l’ancien et de s’ouvrir au nouveau.

Par conséquent, la redécouverte de ce yoga de la perception peut annoncer une nouvelle ère sur terre – une ère de nouvelle conscience ou de conscience de la vérité.