Transcender la réalité créée par notre cerveau : Un nouvel appel à lever le voile de la nature par Bernardo Kastrup

Traduction libre L’étude des états de conscience non ordinaires est en passe de devenir un domaine de recherche scientifique et philosophique bien établi. Pourtant, tout l’enthousiasme que suscite la découverte de ces états non ordinaires occulte des questions bien plus importantes et urgentes : À quels aspects encore inconnus de la réalité nous donnent-ils accès […]

Traduction libre

L’étude des états de conscience non ordinaires est en passe de devenir un domaine de recherche scientifique et philosophique bien établi. Pourtant, tout l’enthousiasme que suscite la découverte de ces états non ordinaires occulte des questions bien plus importantes et urgentes : À quels aspects encore inconnus de la réalité nous donnent-ils accès ? Et quelle signification ont-ils pour l’aventure humaine dans l’espace-temps ?

Dans cet article, j’aimerais lancer une sorte d’appel aux armes : Un appel à une enquête structurée, systématique et rationnelle sur la nature à travers les états de conscience non ordinaires, à côté de l’enquête désormais établie sur les états de conscience non ordinaires.

Que pouvons-nous vraiment savoir ?

Notre civilisation occidentale est fière, à juste titre, de ses réalisations culturelles, sociales, scientifiques et technologiques. Les valeurs occidentales imprègnent désormais la quasi-totalité des cultures de la planète et les technologies créées par l’Occident font désormais partie intégrante de l’activité humaine. Nous regardons notre passé historique avec l’attitude condescendante d’un adulte qui regarde un enfant : Nous n’avons absolument aucun doute sur le fait que nous en savons aujourd’hui beaucoup plus que nous n’en savions alors et nous sourions, pleins d’orgueil, de la naïveté de nos ancêtres. Contrairement à eux, nous comprenons maintenant ce qu’est la nature ; nous savons qui nous sommes et ce qui se passe ; nous avons même acquis une grande maîtrise, grâce à notre technologie faustienne, des forces et des mécanismes qui sous-tendent la nature. Le présent est considéré comme le point le plus élevé jamais atteint dans la montagne historique que l’humanité gravit depuis environ deux cent mille ans. Nous nous considérons comme les rois de la colline.

Mais le sommes-nous vraiment ? Savons-nous vraiment ce qui se passe ? Ou avons-nous été pris dans une toile invisible de pièges épistémiques autoréférentiels ?

Permettez-moi d’expliquer ce que je veux dire ici. L’opinion actuellement admise dans le domaine des neurosciences est que la réalité ordinaire, éveillée, dont nous faisons l’expérience chaque jour est en fait une « hallucination » construite par le cerveau, analogue en presque tous points à un rêve. En effet, les mêmes mécanismes neuronaux sous-tendent notre expérience des rêves et de la réalité éveillée.

La différence entre l’hallucination éveillée dans laquelle vous vivez votre vie quotidienne, d’une part, et l’hallucination rêvée pendant le sommeil, d’autre part, est simplement la suivante : La première est censée être modulée par des signaux électromagnétiques émanant d’une prétendue réalité extérieure à laquelle nous ne pouvons jamais avoir un accès direct, car nous sommes irrémédiablement enfermés dans notre hallucination générée par le cerveau [1]. C’est cette réalité extérieure abstraite et supposée qui, soi-disant, explique pourquoi nos expériences éveillées semblent être partagées avec d’autres individus, alors que nos rêves nocturnes sont hautement individuels et idiosyncrasiques.

Il existe, à mon avis, une meilleure hypothèse pour expliquer cette synchronisation de nos expériences pendant les états de veille, sans qu’il soit nécessaire de postuler tout un univers extérieur, à jamais inaccessible [2]. Mais cela dépasse le cadre de cet article, dont les conclusions devraient rester valides, quelle que soit l’hypothèse retenue. Ce que je veux souligner ici, c’est que, quoi qu’il en soit, ce que nous vivons au quotidien n’est pas la réalité en tant que telle, mais une sorte de « copie » de la réalité construite par le cerveau. L’original est censé être un royaume amorphe, incolore, insonore et insipide de champs d’énergie abstraits.

La question, bien sûr, est de savoir si nous avons des raisons de croire que la copie est parfaite. En supposant que la théorie de l’évolution de Darwin soit correcte dans ses aspects les plus essentiels, nous devons nous demander si l’évolution aurait favorisé un cerveau qui aurait créé une copie interne complète de la réalité, capturant en elle tous les aspects pertinents permettant notre compréhension des mécanismes fondamentaux de la nature. De plus, nous devons nous demander si l’évolution aurait favorisé un cerveau qui, quelle que soit la partie de la réalité quil a capturée dans sa copie interne, l’aurait copiée sans distorsions significatives en nous faisant perdre complètement la voie d’une vision du monde exacte. La réponse à ces deux questions est non.

L’évolution favorise la survie physique, et non pas en soi l’exactitude ou l’exhaustivité des représentations internes. Il est raisonnable de penser qu’une certaine correspondance entre notre copie de la réalité générée par le cerveau et la réalité elle-même est favorable à la survie du corps : Si un tigre s’approche de vous, il est utile de voir le tigre réel, et non une autre hallucination non modulée, semblable à un rêve. Mais la plupart des gens, y compris les scientifiques, surestiment de loin l’utilité pour la survie de représentations internes précises et complètes.

Mes propres recherches sur les réseaux neuronaux artificiels montrent que, très souvent, il est précisément utile de déformer certaines parties, et de couper d‘autres parties, des stimuli externes lors de la création d’une représentation interne de la réalité dans un système nerveux artificiel [3]. Une information complète est souvent déroutante, noyant les petites parties qui comptent vraiment. Les informations non déformées sont souvent difficiles à traiter en temps voulu, en raison de la subtilité de leurs nuances. Par conséquent, ces systèmes nerveux artificiels sont beaucoup plus efficaces – et auraient de bien meilleures chances de survie s’ils devaient compétionner dans un écosystème – lorsque leur propre copie interne de la réalité est largement incomplète et déformée.

En tant que telle, c’est ce que l’évolution aurait favorisé et il n’y a absolument aucune raison de croire que la copie de la réalité dans laquelle vous et moi vivons est proche de ce qui se passe réellement. Nous sommes intrinsèquement limités à regarder une version éditée et biaisée du film auquel nous essayons de donner un sens.

Même les instruments scientifiques qui élargissent le champ de notre perception sensorielle – comme les microscopes qui nous permettent de voir au-delà des plus petites caractéristiques que nos yeux peuvent discerner, ou les capteurs de lumière infrarouge et ultraviolette qui détectent des gammes de fréquences au-delà des couleurs que nous pouvons voir – sont fondamentalement limités à notre fenêtre étroite et déformée sur la réalité : Ils sont construits avec des matériaux et des méthodes, eux-mêmes limités à la copie éditée de la réalité dans nos cerveaux.

En tant que telles, toutes les sciences et philosophies occidentales, anciennes et modernes, de l’atomisme grec à la mécanique quantique, de Démocrite et Aristote à Bohr et Popper, ont été et sont fondamentalement limitées à la copie partielle et déformée de la réalité dans notre cerveau. La science occidentale est donc, d’un certain point de vue, un château de cartes construit sur des fondations branlantes : La vision scientifique du monde est le résultat d’un modèle interne de la réalité dont le manque de fiabilité est une implication inéluctable de ce même modèle ; une contradiction épistémique auto-référentielle.

Pour autant que nous le sachions, nous pouvons être enfermés dans une petite pièce et essayer d’expliquer l’univers entier à l’extérieur en regardant par le judas de la porte, en ne profitant que de ses images limitées et déformées. C’est peut-être, ironiquement, la situation dans laquelle nous nous trouvons tout en célébrant naïvement notre compréhension du cosmos et de la place que nous y occupons.

Existe-t-il une autre alternative, ou devons-nous nous résigner au désespoir de notre ambition de comprendre la réalité ? Certaines données suggèrent qu’une autre alternative existe bel et bien. Et, dans ce cas, une nouvelle façon de structurer notre enquête sur la nature pourrait offrir de nouvelles possibilités insondables.

Regarder au-delà du voile

Des preuves solides s’accumulent pour démontrer que notre esprit ne peut pas être expliqué uniquement par l’activité cérébrale ; l’esprit semble transcender le cerveau [4]. Pourtant, il est indéniable que le cerveau joue un rôle important dans nos perceptions et notre comportement, comme le montrent clairement les effets des boissons alcoolisées, par exemple.

Dans un article précédent [5], j’ai développé une hypothèse alternative pour expliquer la relation entre l’esprit et le cerveau ; une hypothèse qui, depuis la publication de cet article, a pris de l’ampleur sur le plan scientifique : La conscience est un aspect fondamental de la nature, dont l’existence ne dépend d’aucune structure matérielle. La fonction du système corps-cerveau est de localiser et de restreindre la perception consciente au lieu spatio-temporel du corps physique. En tant que tel, le cerveau module et limite la perception consciente, ce qui explique pourquoi, dans les états de conscience ordinaires, les états mentaux sont si bien corrélés aux états cérébraux.

Comme nous l’avons vu dans la discussion ci-dessus, une telle restriction et modulation de la perception consciente – c’est-à-dire le filtrage et la déformation de la copie de la réalité dans notre cerveau – peut présenter un avantage significatif pour la survie, ce qui explique pourquoi le cerveau a évolué pour accomplir des tâches aussi contre-intuitives.

Or, le cerveau fonctionnant comme une sorte de filtre de l’esprit, limitant et déformant notre vision de la réalité à des fins de survie, il est concevable que le contournement de certains mécanismes cérébraux puisse donner accès à une vision plus large, plus propre, plus nette et plus fiable de la nature. Historiquement, la plupart, sinon la totalité, des méthodes permettant d’atteindre des états de conscience non ordinaires semblent précisément faire cela : permettre une perception et une compréhension plus larges en réduisant l’activité cérébrale.

Le schéma est si clair qu’il est surprenant que notre culture semble en ignorer l’existence. Par exemple, de nombreuses pratiques respiratoires yogiques traditionnelles, ainsi que la méthode plus moderne de la respiration holotropique, réduisent l’activité cérébrale par la constriction des vaisseaux sanguins qui résulte de l’hyperventilation (c’est précisément la raison pour laquelle vous avez des vertiges et finissez par vous évanouir lorsque vous respirez trop vite). Les pilotes militaires qui subissent une perte de conscience induite (GLOC) par la force de gravité – qui force le sang à sortir du cerveau, réduisant ainsi son activité – sont connus pour rapporter des récits transcendants similaires à des expériences de mort imminente. Dans le monde entier, des adolescents jouent à un jeu dangereux, potentiellement mortel, qui consiste à s’étrangler partiellement afin de « triper » sans drogue.

Il a été démontré, récemment, que même les substances psychédéliques, dont on a toujours supposé qu’elles produisaient des « hallucinations » en stimulant l’activité cérébrale, réduisaient en fait l’activité cérébrale [6]. Au moins deux lauréats du prix Nobel, Francis Crick et Kary Mullis, ont attribué leurs découvertes à ces états de conscience non ordinaires, ce qui corrobore fortement l’idée que ces états élargissent la compréhension et augmentent l’insight, malgré une activité cérébrale réduite. Des méthodes encore plus subtiles, comme la méditation, la prière rituelle et la privation sensorielle (pensez aux caissons d’isolement) sont probablement associées à une diminution de l’activité cérébrale.

Le schéma est aussi clair qu’il est ancien : Des réductions spécifiques de l’activité cérébrale semblent conduire systématiquement à une perception et une compréhension plus larges et plus précises de la réalité. L’hypothèse selon laquelle le cerveau est un mécanisme permettant de limiter et de localiser l’esprit est tout à fait en accord avec cela : La réduction de l’activité cérébrale affaiblit le mécanisme de filtrage et de localisation, ce qui permet d’échapper temporairement et partiellement à ce piège et de se rapprocher de la perception de la réalité telle qu’elle est.

Une possibilité alléchante s’offre à nous, une possibilité qui a été perdue pour la culture occidentale peut-être depuis l’extinction des mystères d’Éleusis : Une enquête plus large et plus authentique sur la vraie nature de la réalité peut être réalisée par l’expansion de l’état de conscience de l’enquêteur. Cette véritable enquête implique non seulement le dépassement des limites physiques par l’utilisation d’instruments, mais aussi – et plus fondamentalement – le dépassement des filtres mentaux basés sur le cerveau. Pour voir et comprendre la réalité telle qu’elle est vraiment – pour voir l’original, et non la copie défectueuse – nous devons échapper temporairement aux limites que nous imposent la biologie et la culture.

Un nouveau type d’enquête

Dans les moments où je suis pleins d’espérance, j’envisage l’émergence d’un « nouveau type d’enquête » (NTE), basé fondamentalement sur l’utilisation d’états de conscience non ordinaires permettant d’accéder à des « paysages » transcendants, mais naturels, autrement inaccessibles à nos perceptions et à notre cognition ordinaires filtrées.

Bien que l’utilisation de ces états non ordinaires soit ancienne, elle a historiquement été limitée à des fins religieuses et à d’autres programmes (semi-)dogmatiques. Plus récemment, c’est-à-dire au XXe siècle, elle s’est en partie libérée de ces objectifs, mais est devenue le véhicule d’une vision purement personnelle et idiosyncrasique. Bien que précieux pour l’individu, l‘impact culturel plus large de ces idées personnelles a été extrêmement limité : Notre culture est toujours dominée par les systèmes de croyances subjectives qui sous-tendent le paradigme scientifique actuel, lequel rejette de manière irrationnelle la valeur des états non ordinaires.

Entre-temps, la civilisation occidentale se rapproche de plus en plus d’un point de non-durabilité irréversible, tant sur le plan environnemental que psychologique. Pour changer la culture et préserver un avenir sain et raisonnable, nous avons besoin de plus qu’une transcendance personnelle isolée. Beaucoup d’entre nous, par peur d’être stupides, ont besoin d’une permission pour permettre à leurs systèmes de croyance de changer ; une permission qui ne peut être obtenue que par la validation institutionnalisée et collective de nouvelles hypothèses et visions du monde.

Un NTE efficace, à l’attrait contemporain, capable d’entraîner un changement de paradigme majeur dans notre relation moderne à la réalité, doit s’affranchir totalement des dogmes et des symbolismes traditionnels en raison du bagage qu’ils portent. Mais pour avoir un véritable impact culturel, un NTE efficace doit également aller au-delà des excursions personnelles et idiosyncrasiques dans des paysages transcendants.

Comme premier pas dans cette direction, j’envisage un groupe de réflexion NTE institutionnalisé dont la charte initiale serait l’étude, la création et le perfectionnement de méthodes permettant d’atteindre des états de conscience non ordinaires. Bien que d’innombrables méthodes de ce type aient été traditionnellement disponibles, aucune étude scientifique systématique, structurée et moderne n’a été réalisée en vue d’accroître leur efficacité (et leur sécurité). Grâce aux connaissances scientifiques modernes, nous devrions être en mesure d’atteindre un degré de réussite dans la réalisation d’états de conscience non ordinaires dont les cultures traditionnelles ne pouvaient que rêver.

Par exemple, si les psychédéliques ont l’avantage de produire presque toujours un effet non ambigu à des doses suffisantes, ils sont notoirement difficiles à contrôler et les intuitions résultant de leur utilisation très difficiles à interpréter. À l’inverse, si la méditation s’est historiquement révélée être la méthode la plus fructueuse pour obtenir des connaissances insondables mais claires sur la nature de la réalité, elle est notoirement difficile à maîtriser au point de permettre des expériences véritablement transcendantes et sans ambiguïté. Peut-on synthétiser les points forts de toutes ces méthodes ? Peut-on en inventer de nouvelles, plus efficaces, basées sur des technologies plus modernes comme, par exemple, la stimulation magnétique transcrânienne (SMT) ? L’objectif ultime serait d’affiner de manière itérative une méthode sûre, fiable, efficace, robuste et optimale pour permettre à toute personne instruite et en bonne santé de poursuivre l’exploration de paysages autrement inaccessibles à la cognition ordinaire.

Et c’est ici qu’intervient la deuxième étape de cette vision. Un autre objectif, plus important encore, du groupe de réflexion du NTE serait de mettre en pratique et de systématiser la méthode la plus efficace décrite ci-dessus. Au lieu que des individus aventureux poursuivent des explorations idiosyncrasiques de manière isolée, sans structure ni préparation adéquate, et qu’ils soient incapables d’apporter leurs idées à un corps de connaissances croissant et cohérent, l’idée ici est d’organiser des expéditions structurées et coordonnées vers la transcendance impliquant plusieurs individus ; de leur demander de collecter des données et de comparer leurs notes à leur retour ; de construire et d’affiner progressivement des cartes composées sur la base des rapports des différents explorateurs et de leurs différentes perspectives ; de trouver des points communs et des cohérences, de les documenter et de réduire ainsi le manque de fiabilité des interprétations personnelles.

Le groupe de réflexion du NTE s’efforcerait d’élaborer des modèles rationnels et cohérents pour décrire la nature sous-jacente de la réalité ; des modèles qui prendraient en compte un ensemble de données plus large que celui dont dispose la perception ordinaire ; des modèles basés sur autre chose que cette perspective déformée et limitée. Ses explorateurs ne seraient pas choisis au hasard : Ils seraient sélectionnés sur la base d’un large éventail de compétences. À l’instar des explorateurs médiévaux, qui étaient sélectionnés en fonction de leurs compétences en matière de navigation, de cartographie, d’astronomie et d’histoire naturelle, les explorateurs du groupe de réflexion NTE devraient posséder un ensemble équilibré de compétences englobant des connaissances en histoire, en philosophie des sciences, en épistémologie, en physique moderne, en neurosciences, en psychologie, en mathématiques et, peut-être plus fondamentalement, en arts. Des « hommes et des femmes de la Renaissance » contemporains, voilà ce dont nous parlons ici.

Le groupe de réflexion mettrait à leur disposition toute l’infrastructure nécessaire à leurs voyages dans la transcendance : espaces de méditation, caissons d’isolement, équipements de stimulation cérébrale et de SMT, personnel médical et installations appropriées au cas où des substances psychoactives seraient utilisées, etc. Il accueillerait également les installations nécessaires à la préparation des voyages, ainsi qu’à la consolidation des résultats : Des bibliothèques bien fournies et une infrastructure de réseau pour la recherche scientifique ; des salles de discussion où les explorateurs pourraient débattre et comparer leurs notes et leurs idées ; des installations de conférence ; des installations de traitement des données pour permettre la construction de modèles informatiques inspirés par des intuitions transcendantes ; des installations de laboratoire pour tester certains de ces modèles de manière empirique ; des jardins pour la réflexion, l’intégration et la récupération ; etc.

Le groupe de réflexion NTE disposerait également de sa propre infrastructure de publication : périodiques, marques de livres, podcasts, installations de production vidéo, sites web, et tout ce qui est nécessaire à la diffusion de ses résultats et de ses idées. Son indépendance vis-à-vis des canaux académiques et commerciaux actuellement établis serait initialement primordiale, car les valeurs subjectives et les systèmes de croyance qui sous-tendent le paradigme scientifique actuel, tels que discutés par Thomas Kuhn [7], rendraient ces canaux non propices aux hypothèses nouvelles et révolutionnaires.

Grâce à la respectabilité qu’il se forgerait au fil du temps, à la qualification de son personnel, à la qualité de ses résultats, ainsi qu’à ses efforts de communication et de vulgarisation, le groupe de réflexion NTE s’insèrerait puissamment dans la mentalité collective de la culture. Il conférerait une légitimité au nouveau type d’enquête qu’il incarnerait et représenterait. Il élargirait les horizons de la civilisation par la génération d’hypothèses cohérentes et attrayantes concernant la nature de la réalité et de notre condition en son sein, sans tradition ni dogme. Il donnerait à de nombreux individus intelligents, éduqués et peut-être influents la permission – ainsi qu’un peu plus de latitude – d’envisager sérieusement des visions du monde qui seraient autrement considérées comme taboues. Le groupe de réflexion NTE deviendrait un catalyseur important pour un changement de paradigme dans la façon dont notre civilisation se rapporte à la réalité et, en prime, réintroduirait l’espérance et le sens dans le dialogue culturel dominant.

Remarques finales

C’est mon rêve : un nouveau type d’enquête. Comme il s’agit d’une vision qui vise à stimuler l’imagination, il serait stupide de restreindre un tel rêve en fonction de limitations pratiques ou de notions sur ce qui est « réaliste » d’accomplir actuellement. Par conséquent, je me suis peut-être permis de m’emporter un peu plus haut. Néanmoins, je crois qu’une entreprise de ce genre est urgente et essentielle au progrès de notre vision du monde en tant que civilisation. Cela peut même être essentiel à notre survie physique ou psychologique.

Notre vision matérialiste actuelle du monde est auto-contradictoire, auto-limitative, réduit l’humanité à un simple accident de probabilités, vide la vie de tout sens et de tout telos, et ne parvient pas à faire la distinction entre les déchets intellectuels et l’intuition transcendante. Il s’agit d’un état de fait insoutenable qui se traduit par une polarisation intellectuelle, une aliénation et une hystérie, toutes choses que l’on peut constater dans la société actuelle.

Une percée est nécessaire, quelque chose dont je crois que l’inconscient collectif est « conscient » et qui, par conséquent, devient inévitable. Avec cet article, j’espère avoir contribué à façonner une image mentale de la façon dont la percée pourrait commencer à se produire ; la première des nombreuses étapes nécessaires à la réalisation de notre véritable liberté.

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Pour plus d’informations sur ce sujet et d’autres sujets connexes, voir les livres de Bernardo Kastrup, Rationalist Spirituality (O-Books, 2011), Dreamed Up Reality (O-Books, 2011) et Meaning in Absurdity (Iff Books, 2011).

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1 Voir, par exemple : David Eagleman, Incognito : The Secret Lives of the Brain, Canongate, 2011, 44-51.

2 Comme expliqué dans mes livres Dreamed Up Reality (O-Books, 2011) et Meaning in Absurdity (Iff Books, 2011), ainsi que dans ma vidéo YouTube « Bernardo Kastrup – Real or Imagined ? HD (Série d’entretiens, épisode 3)

3 B. Kastrup et J. M. Seixas, ‘A Single-Neuron Weighting Technique for Classifiers,’ Proceedings of the ‘5th European Congress on Intelligent Techniques and Soft Computing,’ (EUFIT ’97) Sept. 8-11, 1997, Vol. 1, 480-484. Ainsi que : J. M. Seixas, L. P. Caloba, R. W. Santos, B. Kastrup, and F. S. Pereira, ‘Reducing Input Space Dimension for Real-Time Data Analysis in High-Event Rate Environment,’ Proceedings of the ‘International Conference on Artificial Neural Networks,’ (ICANN ’95) Oct. 9-3, 1995, Paris, France, Vol. 2, 203-208.

4 Edward F. Kelly et al, Irreducible Mind : Toward a Psychology for the 21st Century, Rowman & Littlefield Publishers, 2007.

5 Bernardo Kastrup, «  Spirituality Is Not Flaky ; Really », New Dawn, Nov-Dec 2011, 47-51.

6 Robin L. Carhart-Harris et al, « Neural correlates of the psychedelic state as determined by fMRI studies with psilocybin », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 17 janvier 2012, www.pnas.org/content/early/2012/01/17/1119598109.

7 Thomas Kuhn, The Structure of Scientific Revolutions, 3e édition, The University of Chicago Press, 1996.

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