La redécouverte de l’alchimie dans les chromosomes, entretien Étienne Guillé et Christine Hardy


10 Feb 2014

(Extrait de La science devant l’inconnu par Christine Hardy. Édition Rocher 1983. Copyright Christine Hardy)

E.G. — Nous avons un mètre d’ADN par cellule. Donc si on met bout à bout ces mètres d’ADN, pour un individu, on trouve une distance plus grande que celle de la terre au soleil. Ceci est valable pour un homme ou pour une plante.

Dans une bactérie, il y a en moyenne 1 millimètre d’ADN, et dans un virus, c’est de l’ordre de 1 micron (un millième de millimètre). On peut comparer ces longueurs de molécules d’ADN à des livres écrits avec un alphabet à quatre lettres. On les appelle ATGC, les initiales des quatre bases (ou nucléotides) : adénine, thymine, guanine, cytosine.

C.H. — Qu’est-ce qu’une base ?

E.G. — Une base est constituée de carbone, hydrogène, oxygène, azote, répartis en cycles (par exemple à cinq ou six côtés, par opposition à une structure linéaire comme les hydro­carbures aliphatiques). La molécule d’acide désoxyribonucléique, ou ADN, est constituée d’un sucre, le désoxyribose, d’acide phosphorique et des quatre bases dont nous venons de parler.

Le sucre et l’acide phosphorique forment une structure linéaire double (les deux traits verticaux du schéma n° 1). Ces deux lignes sont reliées par les quatre bases. Chaque fois qu’il y a d’un côté A, il y a en face T, et chaque fois qu’il y a G, il y a en face C. Les liaisons qui ainsi s’établissent entre A et T et entre C et G sont hautement spécifiques. On les appelle des liaisons hydrogènes.

FIG. 1. — Représentation schématique de la molécule d’ADN. Les traits verticaux représentent la chaîne désoxyribose-phosphate. Les quatre bases sont symbolisées par :

Les tirets entre les paires de bases : – – – – représentent les liaisons hydrogène.

C.H. — Pourquoi des liaisons hydrogènes ?

E.G. — Parce que l’atome d’hydrogène a un électron périphérique unique, et il a tendance à se lier à un autre atome pour saturer sa couche périphérique qui doit en contenir deux pour être stable. Or, dans ces bases, il y a des hydrogènes qui ont donc tendance à se lier à d’autres atomes, par exemple à l’oxygène et à l’azote qui ont des électrons libres de toute liaison. C’est donc lui qui sert à lier A à T et G à C. Les structures A et C sur le dessin n° 1 sont symboliques, mais en réalité, il s’agit quand même de structures fixes qui s’emboîtent dans les struc­tures fixes de T et G. Ces structures sont cependant en perpétuel mouvement vibratoire.

Ce qui est important, c’est de savoir que A est lié à T par deux liaisons hydrogènes, et C à G par trois liaisons hydrogènes (dessin n° 2). Il en résulte que la quantité d’énergie qu’il faudra fournir pour que la paire de bases AT soit rompue est plus faible que pour rompre la paire GC. C’est exactement ce qui se produit lorsque l’ADN va fonctionner, soit pour redonner une molécule d’ADN semblable à la première (processus de réplication qui va conduire à la division), soit pour transcrire un morceau de l’ADN en molécule d’ARN messager.

C.H. — Qu’entendez-vous par réplication ?

E.G. — La réplication, c’est refaire deux molécules semblables à partir d’une seule, tandis que la division, c’est refaire deux cellules à partir d’une seule ; et pour refaire deux cellules, il faut qu’il y ait deux noyaux donc deux populations de molécules d’ADN.

C.H. — La transcription est-elle un changement d’infor­mation ?

E.G. — Plutôt un changement d’alphabet. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir ATGC, on aura AUGC.

C.H. — Et qu’est-ce que ce U ?

E.G. — Dans l’ARN messager, la thymine a été remplacée par une base analogue qui s’appelle l’uracile. Cette dernière opération conduit à la synthèse protéique où, à nouveau, il y a changement d’alphabet ; c’est-à-dire que trois bases successives, par exemple AGT (nous appelons ce groupe de trois lettres un triplet) vont coder pour la mise en place d’un acide aminé, ces acides aminés qui sont des unités élémentaires des protéines (on peut les assimiler à des briques, ou à une charpente de la maison) et cette unité élémentaire est constituée d’un résidu carboné (R) et de deux fonctions, l’une acide et l’autre amine.

C.H. — Que veut dire coder pour la mise en place ?

E.G. — Quand on a ATG sur l’ARN, c’est que l’on a placé un acide aminé sur la protéine, et lorsque l’on obtient AAA, on a l’acide aminé 7. Il y a vingt acides aminés différents, or toutes les combinaisons de quatre lettres prises trois à trois donnent 4 puissance 3, ou 64 possibilités. Ces 64 possibilités sont effectivement utilisées par les cellules vivantes pour placer dans les protéines les 20 acides aminés. Nous disons que le code généti­que est dégénéré.

C.H. — Pourquoi ?

E.G. — Parce qu’un même acide aminé peut être placé par au moins trois triplets différents (64 : 20), mais en réalité, parfois un acide aminé correspond à un triplet, et dans un autre cas, 3 à 4 triplets correspondent à un seul acide aminé.

Or il serait logique que 64 combinaisons donnent 64 acides aminés, ou que 20 donnent 20.

C.H. — Le choix du triplet pour un même acide aminé n’introduit pas une différence ?

E.G. — Si, mais c’est trop compliqué à expliquer. Cela montre toutefois que la nature a essayé des solutions et que certaines possibilités de reconnaissance ont été retenues, parce qu’elles étaient favorables, compte tenu des conditions de l’environne­ment à une époque donnée.

C.H. — Aurait-on là une possibilité d’évolution future du code génétique ?

E.G. — Oui, mais cela se passe sur des milliers, j’aimerais dire même des millions d’années, sauf si des circonstances extrê­mement favorables ou défavorables se produisent.

Évidemment, beaucoup de gens ont comparé cela aux 64 hexagrammes. Dans son livre Nombre et Temps, Marie-Louise von Franz étudie le symbolisme des nombres et fait des parallèles avec la structure des chromosomes. Marie-Louise von Franz s’est énormément inspirée de ce qu’elle avait fait avec Jung. Jung est mort en 1961 (ses données étaient de l’époque) ; à la fin de sa vie il a travaillé avec le physicien Pauli, mais le livre qu’ils ont écrit ensemble n’est pas traduit en français.

FIG. 2. — a) Schéma de la double hélice d’ADN.

b) Description de la paire de bases G-C montrant les trois liaisons hydrogène – – – –

c) Description de la paire de bases A-T avec ses deux liaisons hydrogène.

C.H. Je pense que nous avons maintenant une idée d’ensem­ble du processus biologique de l’ADN, pouvez-vous nous parler de vos recherches spécifiques ?

E.G. — Nous avons comparé l’ADN de tissu sain et l’ADN de tissu tumoral en tentant de comprendre quelles différences peuvent être remarquées entre ces deux ADN dans l’induction, le maintien et le développement du cancer. Je vais vous décrire les résultats les plus importants.

D’abord, on arrive donc en naissant avec un livre (ce qui est écrit dans l’ADN) qui est dans une cellule unique. Cette cellule unique va donc répliquer son ADN. On a cru longtemps qu’au cours des différentes réplications, c’est-à-dire dans la croissance et le développement, l’ADN n’avait pas changé ; on pensait donc que dans le livre tout était écrit, et que c’était un problème de : « quand va-t-on lire tel chapitre ? quand va-t-on arrêter de lire tel chapitre, pour commencer tel autre chapitre ? »

Or depuis dix ans les connaissances sur l’ADN ont évolué d’une part par l’augmentation de la précision des techniques et, d’autre part, par l’apport de nouvelles techniques. Et c’est depuis ces dix dernières années, surtout les trois dernières, que beaucoup des choses que l’on trouve maintenant sur l’ADN, en affinant, rejoignent la tradition.

Il y a deux choses extrêmement importantes :

Premièrement l’ADN change. En effet, au cours de la vie cellulaire, c’est-à-dire entre deux divisions, l’ADN change. Or pendant longtemps on a pensé qu’à la division il y avait seule­ment reproduction d’une cellule semblable (ce qui succède à la réplication de l’ADN).

C.H. — S’agit-il alors d’une mutation de l’ADN ?

E.G. — Non ; en fait il y a accroissement ou diminution du nombre de bases ; ou encore, si le nombre reste constant, changement de place d’un certain nombre de bases (transpo­sition).

C.H. — Que provoque ce changement ?

E.G. — Différentes équipes ont pu montrer que dans des régions particulières de l’ADN de tels changements entraînent une modification dans la manière de s’ouvrir ou de se fermer de la molécule.

C.H. — De s’ouvrir ou de se fermer à de nouvelles informations ?

E.G. — Oui ; et ces changements ont été reliés aux modes de fonctionnement de la molécule (réplication – transcription). En fait il ne s’agit pas d’une mutation mais d’une adaptation aux variations de l’environnement.

C.H. — Et quand cela a-t-il été prouvé ?

E.G. — Récemment, dans ces deux dernières années, nous avons eu la preuve, par les Américains, les Russes et notre groupe de recherche entre autres, qu’il y avait dans certaines régions de l’ADN la possibilité de reproduire à l’échelle moléculaire les variations énergétiques du cosmos. On rejoint le schéma micro­cosme/macrocosme de la tradition.

Donc, premièrement, l’ADN change et, deuxièmement l’ADN contient des métaux, et là nous verrons pourquoi nous avons rejoint l’alchimie, et ce que nous avons trouvé initialement va vous montrer le cheminement qui nous a conduit vers l’astro­biologie.

C.H. — Qu’est-ce que l’astrobiologie ?

E.G. — C’est une biologie où l’on tente d’établir des liens de synchronicité entre le système solaire et un système cellulaire quelconque et, à plus long terme, des liens de causalité, mais pas nécessairement linéaires.

C.H. — C’est-à-dire des interactions et non pas une cause unique entraînant un effet spécifique ?

E.G. — Oui ; en fait, des interactions à multiples entrées et multiples sorties où, dans certaines relations, un même événe­ment peut être à la fois cause et effet.

Pour reprendre notre explication, vous reliez donc A à T par deux traits, et G à C par trois traits. La partie en traits pleins (voir dessin n° 3) va servir à fabri­quer l’ARN messager. Nous avons donc un changement d’alpha­bet : ATGC va donner AUGC ; AUGC est l’ARN messager lui-même.

Autrement dit ATGC l’ADN va donner AUGC l’ARN. C’est la transcription. La partie en bleu qui contient l’information pour faire l’ARN messager, c’est ce que j’appellerai la partie consciente de l’ADN. C’est elle qui va fabriquer de l’ARN, qui va lui-même donner naissance à d’autres charpentes (les protéines) de chaque cellule (comme une usine), et c’est lui qui va fabriquer des enzymes (les ouvriers qui vont faire fonctionner l’usine). Toutefois pour que l’ADN puisse se reproduire et fonctionner, il faut qu’il reçoive des ordres, d’ailleurs contenus en lui ; il se donne donc des ordres, ce qui revient à dire que le livre se lit lui-même. On appelle ces zones où il reçoit des ordres des zones de régulation (zones en tirets sur le dessin n° 3).

C.H. — Que ce sont ces zones ?

E.G. — Ces zones sont constituées par des morceaux spécifiques d’ADN susceptibles de s’ouvrir ou de se fermer et de transmettre l’ouverture et la fermeture à distance suivant les signaux de l’environnement.

Si vous voulez, ils constituent les débuts des chapitres du livre. Car maintenant nous avons la preuve que tel chapitre va être lu quand un métal va entrer dans le début du chapitre. En fait il existe trois sortes de métaux :

La première catégorie de métaux contient les alcalins : Sodium, potassium, calcium, magnésium, lithium. Ces métaux vont se fixer sur les phosphates ; et que vont-ils faire sur la molécule ? ils vont la stabiliser. Cela veut dire que lorsque notre ADN sera recouvert de sodium, il sera beaucoup plus difficile à ouvrir, et, puisqu’il faut qu’il s’ouvre pour fonctionner, il sera comme muet. Les métaux alcalins sont d’ailleurs fonda­mentaux dans l’alimentation.

C.H. — Donc il y a des métaux capables de stabiliser ?

E.G. — Oui. Ils constituent la première catégorie. La troisième catégorie est constituée par l’argent et le mer­cure, métaux typiquement alchimiques.

C.H. — Ça, c’est extraordinaire ! et ce sont eux qui font la transformation ?

E.G. — Oui. Et eux ne peuvent qu’ouvrir de nouvelles chaînes chromosomiques, et ils sont d’une très haute spécificité. Ils se mettent à des emplacements spécifiques sur l’ADN. Pour être plus précis, à des concentrations bien déterminées l’argent se met sur CG et le mercure sur AT. Et ils les ouvrent.

Et entre les deux, il y a :

La deuxième catégorie, c’est-à-dire le cuivre, le plomb, le zinc, le cadmium, le manganèse, le nickel, le cobalt, le fer, l’or, etc. Ces métaux peuvent à la fois ouvrir et fermer ; cela dépend de leur quantité, du lieu sur lequel ils se placent et de l’environ­nement.

FIG. 3. — Dans les zones de régulation le signal informatif progresse de proche en proche par téléaction (action à distance).

Dans les zones structurales le signal change de qualité dans l’étape 1 : transcription et dans l’étape 2 : traduction. Dans les deux cas, ces modi­fications correspondent aussi à un changement d’alphabet.

C.H. — Est-ce que chacun des métaux de cette catégorie se met spécifiquement ou bien sur AT, ou bien sur CG ?

E.G. — Oui, il y a aussi une spécificité, mais cela va dépendre de l’environnement. J’ai classé ces métaux selon leur ordre d’affinité pour ouvrir. C’est le cuivre qui ouvre le plus, puis le plomb, etc.

Ce qui est important à retenir, c’est que les sept métaux de la tradition alchimique : argent, mercure, or, plomb, fer, cuivre et étain, produisent des variations hautement spécifiques dans la molécule d’ADN. Alors vous voyez ce que cela veut dire : l’argent va se fixer sur les GC, le mercure sur les AT ; c’est la même chose pour les autres, mais chacun va provoquer ce que l’on appelle une modification de conformation caractéristique.

Lorsque le métal est à l’intérieur, il va pouvoir, de différentes façons, distordre la double hélice, c’est-à-dire les deux lignes dont on parlait tout à l’heure et qui s’enroulent en spirale (vois dessin n° 1).

Les métaux sont donc présents à différents endroits de l’hélice. Les alcalins (la première catégorie) se mettent autour de la double hélice et empêchent qu’elle ne s’ouvre, et, comme ils se fixent extérieurement sur les deux lignes, ils ont tendance à aplatir cette double hélice. La deuxième et la troisième catégo­ries se placent donc à l’intérieur de la chaîne d’ADN et l’ouvrent. On voit ainsi que les sept métaux de la Tradition provoquent des variations caractéristiques de la molécule d’ADN.

De plus, de par leur taille, ils vont changer la conformation de toute une région, ce qui est très important, puisque cela en modifie le fonctionnement ; mais nous n’avons pas découvert cela en nous inspirant de la tradition, nous l’avons trouvé tout à fait indépendamment.

C.H. — Dans ces sept métaux de la tradition, il y en a donc deux de la troisième catégorie et cinq de la seconde. Les cinq de la seconde sont-ils différents des autres métaux de cette même catégorie ?

E.G. — Oui, parce qu’ils provoquent des variations de conformation beaucoup plus spécifiques que les autres, pour des raisons énergétiques.

Par exemple, les trois derniers, cadmium, cobalt, manga­nèse, qui ne sont pas dans les sept, provoquent des variations voisines des précédentes, tout en étant moins intenses sur le plan physique, mais ils ont d’autres propriétés à une échelle plus subtile.

Alors vous voyez tout de suite où l’on rejoint la tradition. Ce sont ces sept métaux qui ont été attribués dans l’alchimie respectivement à la lune, à mercure, au soleil, à saturne, à mars, à vénus et à Jupiter. Or nous avons trouvé ces sept métaux dans l’ADN à cause des propriétés physico-chimiques qu’ils mani­festaient.

On a pu ainsi prouver que telle propriété chimique de telle région de l’ADN provenait de la présence de tel métal. Et peu à peu (cela fait huit ans que l’on est sur ce problème) on a vu qu’il y avait une classification qui retombait sur la classification traditionnelle.

C.H. — Et vous avez découvert les propriétés spécifiques de chaque métal ?

E.G. — Oui.

C.H. — Cela correspond-il aussi aux propriétés attribuées dans l’alchimie ?

E.G. — Oui ; mais ce qui est essentiel, à propos des analogies, c’est de ne pas tomber dans les pièges. Quand je donne des conférences, les gens qui ne sont pas dans ce domaine de biologie moléculaire ont parfois l’impression qu’on a cherché les sept métaux et uniquement ceux-là.

Il est important de noter que l’on n’a pas cherché les sept. Or c’est un piège dans la mesure où beaucoup de gens font confiance à la tradition (qui a été modifiée par les transmis­sions) et essaient de faire coïncider coûte que coûte leurs obser­vations avec les données traditionnelles.

C.H. — Il n’y en a vraiment que sept ? Il est impossible de retrouver les trois autres planètes connues maintenant ?

E.G. — Je vais y arriver justement, il y en a d’autres. Mais ces sept-là, c’est ça qui est important, ce sont précisément les métaux qui peuvent provoquer des variations de forme caracté­ristiques. Les autres, par contre, nickel, cobalt, manganèse, zinc, etc., sont là aussi, mais ils provoquent soit des variations du même type, soit des variations un peu différentes. Je vais donc vous donner tout de suite notre interprétation.

On pense qu’au cours de l’évolution, l’ADN fonctionnait d’abord avec ces sept métaux, et que peu à peu, par manque notamment d’argent, de mercure, d’or, il s’est adapté, à des prix très élevés (en ce sens que beaucoup de cellules sont mortes, cela nous le savons pour d’autres raisons) à fonctionner avec des métaux voisins, c’est-à-dire des métaux ayant des propriétés voisines comme par exemple zinc, cobalt, manganèse. Mais ce qui est important, c’est que ces sept-là provoquent dans la molécule d’ADN des variations extrêmement caractéristiques et différentes les unes des autres.

C.H. — J’ai toujours eu l’impression, lorsqu’on utilise une nouvelle source d’énergie, ou lorsqu’on induit des transforma­tions dans les particules pour les observer, que cela changeait quelque chose dans nos cellules. Se pourrait-il qu’à partir du moment où on utilise de nouveaux métaux, ces métaux puis­sent fonctionner, simultanément, dans les processus biologi­ques ?

E.G. — Je pense que c’est possible, mais je ne suis pas sûr que nous ayons les techniques suffisamment sensibles pour le démontrer. Ce que je peux vous dire, c’est que les autres pla­nètes ont été attribuées à d’autres métaux, mais cette tradition est plus récente. On croit même qu’il existe une autre planète et peut-être même deux autres, mais cela serait trop aller dans le détail.

Pour le nickel, le manganèse, le cobalt et le zinc, les infor­mations sont, en ce qui concerne l’ADN, très claires, mais en ce qui concerne la tradition à leur sujet, qui est beaucoup plus récente, les informations sont nettement moins claires.

C.H. — Il est déjà merveilleux de pouvoir mettre en évi­dence des changements, à certaines périodes de l’évolution, dans les métaux utilisés dans les processus biologiques !

E.G. — Oui. Il y a aussi un autre aspect que je vais vous décrire tout de suite. Cela fait trois ou quatre ans que je m’intéresse à l’analogie avec l’alchimie. J’ai donc repris les travaux de Jung Psycho­logie et Alchimie, Psychologie du Transfert et Mysterium Con­junctionis. D’ailleurs, grâce à Etienne Perrot, j’étais en posses­sion de la traduction du Mysterium depuis quelques années, car vous savez que les traductions avaient été bloquées. Elles n’ont réapparu qu’en 80.

Avec le Mysterium Conjunctionis, je me suis plongé dans la traduction faite par Jung de certains textes alchimiques, et là, certains cas sont d’une clarté prodigieuse. Pour résumer, depuis trois ans, beaucoup de nos travaux, surtout la partie que je traite sur les métaux liés à l’ADN, recoupent les données alchi­miques, celles de Rudolf Steiner, celles de Gurdjieff et même celles des traditions chaldéenne, tantrique et égyptienne. C’est finalement la confrontation de nos données moléculaires et des données traditionnelles qui a fait progresser notre recherche. On en est donc arrivé à proposer (sur des bases scientifiques bien sûr) que dans chacune de nos cellules il y ait un mini-zodiaque.

Vous savez qu’une cellule est composée d’un noyau et d’un cytoplasme ; dans le noyau, il y a le livre (c’est comme le bureau de l’usine), il y a aussi la membrane et toutes sortes d’organites qui sont inclus dans le cytoplasme. Je vais vous symboliser le noyau où se trouve le livre : en traits pleins, les chapitres ; en tirets, les zones où les métaux vont venir se placer pour déclencher la lecture de tel ou tel chapitre (voir dessin n° 2). Et voilà les conclusions auxquelles nous avons abouti : nous proposons (et nous avons des preuves pour cela) qu’il y ait à la périphérie du noyau, sur, mettons, l’introduction du livre, un nombre fini de séquences. On appelle séquences des morceaux d’ADN : ATGCTA…, il y en a entre 6 et 24 ; ces séquences vont prendre une forme déterminée, spécifique, en fonction du métal qui va venir les ouvrir.

C.H. — Peut-on relier une forme précise à un nombre particulier ?

E.G. — Oui, alors cela, nous sommes en train de l’étudier depuis cinq ans à l’aide d’un ordinateur. Et nous comparons les formes des molécules d’ADN qui présentent des structures particulières, lorsqu’elles sont en solution dans les cellules vivantes, aux formes qu’on obtient en appliquant la méthode cabalistique d’Eliphas Lévi qui est une méthode numérologique.

C.H. — La relation entre les formes et les nombres ?

E.G. — On peut associer chaque base de l’ADN à un nombre, et à l’aide de ces nombres donnés par les bases, on peut ima­giner des formes (c’est une construction mathématique) que l’on compare à celles qui existent effectivement dans les solutions. On a là une méthode mathématique. En fait, les nombres imposent obligatoirement la forme. Toute méthode numérologique appli­quée à des structures conduit à une forme, et cela surprend un peu.

C.H. — C’est étonnant, car c’est quelque chose que je viens de remarquer aussi. J’ai trouvé une relation entre la structure que prend l’aura dans certains états de conscience et le rythme du processus cérébral, c’est-à-dire la fréquence des ondes impli­quées par ces états.

E.G. — Oui, mais nous allons retourner le problème, parce que nous sommes en train de relier ces métaux (pas seulement les sept, le fait qu’il y en ait sept n’est pas fondamental, mais c’est plus facile pour expliquer) avec les notes de la gamme, les couleurs, les parfums de base — il y en a sept aussi — les types de cristallisation — sept aussi — et il y a manifestement le
même ordre sur l’ADN. Vous savez que cosmos veut dire ordre… Alors il faut voir très clairement qu’il y a deux codes généti­ques. Le premier code a été décrit auparavant avec les 64 combi­naisons de trois lettres constituant les triplets. Le deuxième code génétique est en cours d’étude et correspond aux morceaux d’ADN qui vibrent en harmonie avec les signaux de l’environ­nement. C’est dans ce deuxième code que les métaux inter­viennent avec leur haute spécificité. Nous sommes en train d’étu­dier ce deuxième code.

Pour faire une comparaison : le code qui fonctionne avec le triplet, je le comparerais aux structures conscientes ; et celui qui agit avec les séquences (en tirets sur le dessin n° 2) est comme l’inconscient. Alors, dans ces zones appelées zones de réception des signaux, vous avez un ordre que je compare à un zodiaque. Ainsi vous avez P, P +1, P + 2, etc.

On les appelle P, P + 1, P + 2, etc., pour montrer que c’est un nombre fini ; en fait il y en a moins d’une vingtaine. Par exemple, une zone P va s’ouvrir quand l’argent entre, et une zone P + 1, elle, sera spécifique du cuivre, et ainsi de suite… et finalement cela ressemble à un mini zodiaque

À côté de ces zones de réception des signaux, il existe d’au­tres zones appelées zones de transmission des signaux et que l’on symbolise par 010101 parce que c’est un code binaire.

Or ce sont ces zones de transmission des signaux que l’on peut relier à toute la tradition. Ce sont les énergies primor­diales, si vous voulez.

Donc, dans chacune de nos cellules on a, à l’échelle de la molécule (le grand livre) des morceaux d’ADN. Dans le zodiaque dont nous avons parlé, les signes sont représentés par des séquences d’ADN qui s’ouvrent et qui se ferment, et qui vont ensuite déclencher des vibrations lorsqu’un métal les reconnaîtra (le métal étant l’analogue de la planète) . Puis, lorsque les métaux ont déclenché l’ouverture ou la fermeture des séquen­ces, le signal ainsi produit va pouvoir se transmettre à dis­tance.

Cette transmission est supportée par un code binaire comparable à celui utilisé dans les ordinateurs (on utilise d’ailleurs le même symbolisme : 010101) ; cette propagation est assurée par les zones de transmission des signaux jusqu’aux gènes.

En plus des sept métaux de la tradition, nous avons remar­qué que d’autres métaux voisins peuvent assurer le même rôle, mais de manière moins spectaculaire : revenons à l’exemple d’une zone ouverte par l’argent. Le zinc (qui est très voisin) peut maintenant prendre la place de l’argent ; et d’ailleurs on remarque que cela marche beaucoup mieux pour l’économie cel­lulaire.

C.H. — Pourquoi dites-vous : « maintenant » ? Y a-t-il des différences remarquables dans le temps ?

E.G. — On a pu mettre en évidence, et reproduire en labo­ratoire, le fait que des cellules, privées d’un certain métal, sont capables, au prix de grandes destructions et de tâtonnements, d’apprendre à se développer avec l’aide d’un métal très voisin. Il est fort probable que le fait que la cellule soit privée de certains métaux soit en rapport avec l’appauvrissement de la planète en ces mêmes métaux.

C.H. — Quelle est la prochaine étape de votre recherche ?

E.G. — J’ai insisté jusqu’à présent sur la présence des métaux dans l’ADN en restant malgré tout localisé sur l’aspect matériel des métaux ; d’où les problèmes techniques de détec­tion d’infimes quantités. Or, un autre aspect de notre recher­che porte sur la nature des vibrations émises par la matière, et notamment par les métaux.

C.H. — Quand vous parlez de vibrations, vous impliquez les ondes de transmission ?

E.G. — Oui, mais maintenant nous ne pouvons plus écarter le fait qu’un métal puisse agir à travers l’empreinte vibra­tionnelle qu’il a laissé sur la molécule.

C.H. — À ce moment-là, il n’y a plus de détection possible ?

E.G. — Si, seulement il faut utiliser d’autres méthodes qui permettent l’accès à d’autres niveaux d’énergie.

C.H. — Si vous pouvez détecter d’autres plans d’énergie, vous pourriez donc mettre en évidence des ondes psychiques ou mentales ?

E.G. — Je crois que vous posez clairement le problème. Je vais y répondre aussi clairement. Il semble qu’il y ait deux solutions possibles : ou bien il n’y a pas de méthodes de détec­tion suffisamment fines pour les mettre en évidence, et on peut en voir un exemple dans les transmutations à faible énergie de Kervran, qui me paraissent probables mais qu’on ne peut actuel­lement mesurer (il faut attendre un progrès des techniques). Ou bien, deuxième solution, l’individu lui-même, à partir de ses immenses pouvoirs, peut être capable de les détecter. On en voit des exemples dans les connaissances occultes, bien qu’elles se heurtent à une certaine incompréhension de la part des scien­tifiques.

C.H. — Oui, et l’on sait d’ailleurs que bien des découvertes sont dues à l’intuition.

E.G. — Nous parlions tout à l’heure de plans de conscience, je pense qu’il y a des lois de l’intuition qui me paraissent aussi logiques que celles qui ont été introduites dans le corpus scien­tifique, et que ce sont justement ces « autres » lois qui régis­sent la structure et le fonctionnement de notre inconscient.

C.H. — Mais si on les voit à l’œuvre dans l’inconscient, ce sont malgré tout ces mêmes énergies qui agissent dans la ma­tière…

E.G. — C’est vrai. D’ailleurs les zones de réception et de transmission des signaux de l’environnement, que nous avons appelé l’inconscient de l’ADN, ne fonctionnent pas du tout de la même façon que les autres.

C.H. — Vous voulez dire qu’elles n’impliquent pas les mêmes énergies ?

E.G. — Oui ; et là on revient au problème des variations ; il est évident qu’une méthode qui ne détecte que des variations de quantité de matière est inapte à mesurer des variations de niveaux d’énergie.

C.H. — Si on pouvait détecter ces variations de niveaux d’énergie dans les chromosomes, est-ce que cela nous permet­trait de détecter des ondes mentales sur le plan humain ?

E.G. — Oui et je pense que l’effet Kirlian en est une belle illustration, ainsi d’ailleurs que d’autres techniques synthéti­ques, par exemple les cristallisations sensibles sur lesquelles nous travaillons. C’est ainsi qu’on a pu vérifier certaines données par des méthodes dites parapsychologiques — radiesthésie — magnétisme — télépathie — etc., en faisant appel à des méthodes holographiques qui utilisent la théorie des systèmes : à partir du moment où nous connaissons tous les composants d’un système et toutes les relations susceptibles de les lier, il est possible de tester l’influence de l’un des composants. Ainsi, dans la question que vous me posez, il est clair que le mental est l’un des composants.

Il me paraît fondamental de confronter les données tradi­tionnelles quelles qu’elles soient et les données récentes les plus fines de la science, sans idées préconçues, ce qui veut dire qu’il ne faut pas tomber dans les nombreux pièges de la véri­fication à tout prix de la tradition, ou du refus systématique d’autres méthodes d’investigation, sous prétexte que les approches modernes sont fort différentes de celles utilisées par nos ancêtres.

J’estime donc que la théorie des systèmes est inattaquable, mais, malheureusement, nous connaissons rarement tous les composants d’un système, et, par suite, toutes les relations qui les lient ; et je défends aussi la nécessité de la multiplicité d’approches d’un même problème, c’est-à-dire une véritable recherche pluridisciplinaire ; et nous savons très bien qu’elle est très difficile à réaliser en France.

Ainsi nous nous apercevons que les découvertes scientifiques rendent non seulement compte, bien sûr, de faits scientifiques nouveaux, mais aussi de la structure et du fonctionnement de l’inconscient des chercheurs. Il est d’ailleurs significatif à ce sujet que ceux qui estiment travailler avec le plus d’objecti­vité sur les faits scientifiques nous fournissent d’utiles informa­tions sur la structure de leur inconscient, alors que ceux qui sont considérés comme marginaux, parce qu’ils maîtrisent et utilisent au moins une partie de leurs possibilités inconscientes, apportent des faits nouveaux à la science, même s’il faut parfois des siècles pour que cela soit accepté. Il en résulte que les deux démarches sont fort complémentaires.

BIBLIOGRAPHIE

LISTE DES RÉCENTES PUBLICATIONS TRAITANT DES SUJETS ABORDÉS DANS L’INTERVIEW (1985)

E. GUILLÉ and F. QUETIER, « Heterochromatic, redundant and metabolic DNAs : a new hypothesis about their structure and function. » Progress in Biophysics and Molecular Bio­logy, 27, 1973, 121.

R. PARENTI, E. GUILLÉ, J. GRISVARD, M. DURANTE, L. GIORGI and M. BUIATTI, « Presence of transcient satellite DNA in dedifferentiating pith tissue of Nicotiana glauca Nature » (London) . New Biology, 246, 1973, 237.

I. SISSOEFF, J. GRISVARD and E. GUILLÉ. « Studies of metal ions — DNA interactions : specific behaviour of reiterative DNA sequences. » Progress in Biophysics and Molecular Biology, 31, 1976, 165.

E. GUILLÉ, I. SISSOEFF and J. GRISVARD, Presence of metals in reiterative DNA sequences from eukaryotic cells in Clini­cal Chemistry and Toxicology of Metals, BROWN S.S. Ed. Else­vier North Holland Biochemical Press. Amsterdam, 1977, 83.

M. DURANTE, C. CERI, V. NUTI-RONCHI, G. MARTINI, E. GUILLÉ, J. GRISVARD, L. GIORGI, R. PARENTI and M. BUIATTI, « Inhi­bition of Nicotiana glauca pith tissue proliferation through incorporation of 3 BrdU into DNA cell », Differentiation, 6, 1977, 53.

E. GUILLÉ, J. GRISVARD and I. SISSOEFF, Implications of reite­rative DNA-metal ion complexes in the induction and deve­lopment of neoplastic cells Biol. Trace Element, Res. 1, 1979, 299-311.

E. GUILLÉ, « Metallo-DNAs as possible components of the biological clock present in living cells » in Vth Congress on Interdisciplinary Cycle, Trêves, 1981.

S. APELGOT, J. COPPEY, J. GRISVARD, E. GUILLÉ and I. SISSOEFF, « Distribution of copper 64 in control mice and in Mice bearing ascitic Krebs tumor cells », Cancer Res., 41, 1981, 1502.

E. GUILLÉ, J. GRISVARD and I. SISSOEFF, « Structure and func­tion of metallo-DNA in the living cell » in Systemic Aspects of Biocompatibility. Vol. I. D.F. Williams Ed. CRC Press Boca Raton, Florida, 1982, pp. 39-85.

— E. Guillé avec la collaboration de Ch. HARDY, l’Alchimie de la vie, « Biologie et Tradition » (éditions du Rocher 1983).

Christine Hardy est Dr es sciences humaines et ethnologue. Son blog en anglais : http://chris-h-hardy-dna-of-the-gods.blogspot.fr/. Dernier livre publié en Français : La Prédiction de Jung : La métamorphose de la Terre. Dervy, 2012. En anglais : DNA of the Gods: The Anunnaki Creation of Eve and the Alien Battle for Humanity, Bear & Co., USA & Canada, mars 2014. À Lire aussi son interview dans le numéro 104 de 3e Millénaire.