Rémy Chauvin : Les chemins de la science et de la foi


14 Aug 2010

(Revue Question De. No 11. Mars-Avril 1976)

« J’avais dix ans. En un éclair, je sus qui j’étais…

J’étais un homme de science. »

Rémy Chauvin

Le fond du cœur n’est pas facile à découvrir, recouvert d’eaux claires et sombres. Nous ne savons pas bien, peut-être même pas du tout, malgré toutes les analyses, ce qui réside au-dedans de nous-mêmes.

Le petit paysan que j’étais, je le vois courir sur les routes de Mayenne faites d’une pierre bleutée (qu’on appelle biseul là-bas). Parfois, la route traverse un bois de grands hêtres touffus et plus beaux que partout ailleurs. On n’entend rien, sauf le vent sous les branches et, parfois, un coq ou une cloche au fond des terres. On ne voit passer personne. La route bleue serpente dans les prés. De gros nuages chassent le vent marin, car la mer n’est pas loin, ni la Bretagne, ni la Normandie, qui conjuguent leurs caractères opposés dans le pays secret des chouans.

Personne ne peut comprendre l’Ouest sans y être né, comme La Varende ou Maurice de Guérin (« Et mes plus jeunes pas ont suivi le silence, Qui m’entraînait au loin dans l’ombre et ses secrets »). C’est dans les rêves enfantins, dans des courses sans but, ou bien à la recherche des insectes, des noisettes, des champignons, c’est dans ce frais silence ourlé de brise que se forment les cristaux du fond du cœur…

J’aimais les chemins creux. Ils s’enfoncent sous les terres, ils tournent toujours, on ne sait où ils vont, parfois vers une ferme que défend une barrière pourrie, ou bien le chemin s’achève sur un roncier. Deux ou trois fois, j’ai trouvé au bout du chemin un château du Grand Meaulnes, en ruine, ou gardé par un vieux couple qui voit surgir, stupéfait, un gamin du sentier obscur.

J’aimais aussi le soir au coin du feu de bois ; on faisait bouillir des châtaignes qu’on trempait dans le cidre doux. Les vieilles racontaient d’effroyables histoires de revenants et de « jeteur de sort ». Je ne me souviens plus si j’y croyais ou si j’avais peur ; mais j’aimais bien le feu et la marmite. Je ne savais pas encore qui j’étais. Nul ne le sait de si bonne heure, je crois. Je n’ai pas oublié non plus la nuit qui commence sous la couette, avec la cheminée où achève de se consumer une maigre bûche, pendant que le vent d’hiver hurle au coin des murs. Et puis, le retour des vacances, quand il fallait reprendre le train pour Laval. Je pleurais sans vergogne. J’aurais voulu rester pour aider à piler les pommes, pour ramasser le bois et courir encore dans les champs.

Mais qu’importent les larmes ! Il fallait bien que s’ouvrent les mois d’hiver, sur les bancs noirs d’une institution religieuse de Laval. Je n’en ai guère de souvenirs, sauf l’amertume des heures passées à traduire le « De viris illustribus urbis Romae ». Après tant d’années, l’absurdité de ces exercices me hérisse encore. Pourquoi donc, alors qu’il y a tant de belles et bonnes choses à apprendre, pourquoi donc perdre tout ce temps à tant de sottises ?

L’heureux temps des certitudes

Restait quelque chose de subtil dont je m’imprégnais sans le savoir au cours des interminables offices à la chapelle, tous les soirs (plus le dimanche, grand-messe et vêpres obligatoires). Je m’y ennuyais copieusement.

Sauf au chant des psaumes. Nous savions tous assez de latin pour les comprendre couramment. Et leurs images mystérieuses, violentes et magnifiques me frappaient : Iahweh Sabaoth, le Dieu des Armées d’étoiles, l’âme comme le passereau solitaire sur un toit ; la prière ardente et sombre que, du fond de l’abîme, David fugitif crie vers son Dieu. Et le chant triomphal du « Magnificat ». Alors je ne m’ennuyais plus, je participais et je braillais les psaumes à pleine gorge, avec trois cents autres garnements. Franchement, pour moi tout au moins, ce n’était pas dans le dessin de faire le plus de bruit possible. Quelque chose a commencé là, sûrement.

J’étais aussi vivement frappé par les cours d’instruction religieuse. Le manuel était celui de l’abbé Boulenger qui traitait de tout avec des raisonnements d’une rigueur apparemment extrême. Je n’ai compris que bien plus tard à quel point tout cet intellectualisme était peu solide. Mais sur le moment, et bien que je détestasse les mathématiques, la rigueur géométrique de ces raisonnements m’enchantait. J’avais l’impression d’appartenir à la seule véritable Église toujours triomphante quoique persécutée ; nous étions tous de jeunes chevaliers entourés de l’armée innombrable des méchants aux noirs complots. Il fallait qu’ils eussent l’âme bien basse pour ne pas reconnaître l’étincelante vérité dont nous étions porteurs, et qu’exprimait l’abbé Boulenger. Heureux temps des certitudes claires et solides !…

Puis, à force d’ânonner le « De viris », revenait le printemps. C’était le moment le plus cruel de l’année. Imaginez-vous que l’étude où nous faisions nos devoirs était surélevée, juste au niveau des grands marronniers. Je me souviens du charivari des moineaux et des pyramides de corolles s’ouvrant sous notre nez. Et nous, au lieu de courir champs et bois, nous étions vissés sur nos bancs. Et cinquante lignes pour celui qui regardait trop longtemps les marronniers ! …

Comme on nous apprenait à dire : « Eheu fugaces, Posthume, Posthume Labuntur anni… »

Hélas, fugitives, Posthumus, Posthumus, s’en vont les années.

Mais pourquoi « hélas » ? L’enfant n’aspire qu’à une chose : que les années s’enfuient le plus vite possible.

Pourquoi ne l’avoue-t-on jamais ? L’enfance, c’est le moment où tout le monde a le droit de vous ennuyer, de vous donner des ordres, de vous imposer des tâches incompréhensibles. Ah ! devenir adulte ! Regretter l’enfance ? Il faut être fou. Qui donc l’a jamais regrettée vraiment ?

La révélation foudroyante : Jules Verne

Dans cette vie où jamais rien n’arrivait, il m’advint ceci : c’était un jour de Noël 1923, et j’avais dix ans. J’ai trouvé dans mes souliers « De la Terre à la Lune » et « Autour de la Lune », de Jules Verne. Alors, je m’en souviens comme si c’était d’hier, ce fut la révélation foudroyante. On eut le plus grand mal à m’arracher le livre, à me faire dîner d’abord (nous disons « souper » en Mayenne et « dîner » au lieu de déjeuner) et m’envoyer coucher ensuite.

D’un seul coup, en un éclair, je sus qui j’étais. Je devrais dire : qui je serais. Et pourtant, non ! J’étais un homme de science. Je voulais étudier l’univers comme Barbicane et le capitaine Nicholl. Et je voulais partir vers les étoiles dans un obus, comme eux, et le plus vite possible. Je commençai d’ailleurs aussitôt à dessiner l’aménagement intérieur de ma future fusée lunaire. Et cette envie de partir vers les étoiles, je l’ai toujours gardée. Maintenant encore, et bien que ma vie ait pris un tour tout différent, je sacrifierais tout pour mettre le pied sur Mars ou même partir vers les étoiles sans espoir de retour. Pourquoi ? Je n’en sais rien, mais il me semble parfois que je suis de là-bas, d’ailleurs que sur la terre… Quoique je me trouve fort bien, pourtant, sur cette planète…

La flambée allumée en ce jour de Noël ne s’est jamais éteinte. D’autant que je fis, très peu de temps après, une autre découverte, celle du livre de chimie de ma mère du temps où elle préparait son brevet. Les ballons, les serpentins, le bec Bunsen, quelles délicieuses images ! Je les revois encore ! Et tous ces corps aux noms bizarres que les chimistes savaient préparer ! Comment pourrais-je en faire autant ?

Mon premier laboratoire

Puis les grandes vacances arrivèrent. Enfin, deux mois et demi d’éternité devant moi ! Je commençai par rassembler des planches à demi pourries et à bricoler une cabane au fond du jardin de ma grand-mère. C’était mon laboratoire qui comportait une bibliothèque : le livre de chimie maternel. Mais que préparer ? En effet, je disposais pour tout potage d’une bouteille d’eau de javel, de sel de cuisine, de soufre en fleur, de vinaigre et de carbonate de soude. Je décidai de distiller quelque chose, du bois par exemple. Après tout, du bois, il n’en manque pas en Mayenne ! Et je pouvais me faire un fourneau d’argile ; la cornue se composerait d’une boite de fer-blanc. Mais les tuyaux, comment faire ? J’aurais tout donné pour un tube de verre, mais je ne savais même pas où cela s’achetait. Eh bien ! savez-vous qu’on peut enrouler une lame de fer-blanc autour d’une baguette de bois en recourbant ses bords pour qu’ils s’accrochent l’un dans l’autre ? Dès qu’ils se sont accrochés, on les martèle et on met le tout dans le feu. Le bois brûle et vous obtenez un tube. Il n’est pas très étanche, mais, lorsqu’on le frotte d’argile grasse, l’obturation devient suffisante. Dans ces conditions, l’expérience est possible. Je m’en souviens encore ; il pleuvait comme d’habitude ; j’étais accroupi devant mon fourneau ; la boîte qui servait de cornue était bourrée de bois sec, et tout l’appareil était plus ou moins étanche, grâce à l’argile. Un tube de dégagement plongeait dans l’eau. Il ne se passa pas grand-chose tout d’abord. Et puis, je vis sortir du tube les gouttelettes noires et puantes, de l’acide pyroligneux, tandis que se dégageait un gaz qui s’enflammait facilement. Je crois bien qu’aucun alchimiste ayant réussi le grand œuvre ne fut aussi heureux que moi en cet instant.

Des expériences, j’en fis bien d’autres, dont certaines fort extravagantes, mais peu importe. Je savais que j’étais né pour cela. La joyeuse excitation au moment où l’expérience commence, la sensation qu’au contact du vaste univers on ne s’ennuiera plus jamais, jointe au sentiment si fort (et qui domine toute ma conduite à présent encore) d’un mystère énorme qu’on va percer…, tout cela m’exaltait dans ma cabane pourrie, au fond du vieux jardin.

Deux années d’angoisse et de désespoir

Mais on ne peut rester enfant. Arrive le temps où les certitudes et la paix enfantines s’écroulent. Pour moi, ce fut terrible. C’était au début de la classe de philosophie (comme il arrive à tant d’autres) et à propos du problème de la certitude, justement. Je me souviens d’un soir d’hiver maudit où je dus assumer la malheureuse condition des hommes, dont tout le savoir n’est que relatif, provisoire et fragile ; même l’existence du moi n’était pas évidente ; nous n’étions peut-être « que le rêve d’une ombre ». Et comment distinguer vraiment la réalité d’un rêve ? Je me tenais longuement, péniblement, et dans le désespoir le plus complet, des raisonnements laborieux pour me rassurer ; mais ils s’écroulaient aussitôt. Il me fallut bien des années pour sortir, avec l’aide de Bergson, de la prison intellectualiste : pour ramener les angoisses à leur juste niveau et pour me contenter du sort des hommes.

Autre chose m’attendait, de plus sinistre et de plus inhabituel. Je ne compris que plus tard : l’horrible et ténébreuse angoisse qui provenait d’un milieu familial troublé depuis de nombreuses années par des querelles continuelles. Ainsi poussent lentement et sûrement les racines de l’obsession, car c’en était une. Sentir votre propre esprit qui vous abandonne, réaliser que la joie peut finir dans la seconde même et donner place à l’horreur absolue, pire que la mort… Comment vivre encore ? Comment me résigner à vivre ?… Personne n’en sut rien ; j’étais absorbé par des examens mais, durant deux années, il me fallut vivre en souhaitant la mort bienheureuse. Et puis, il y eut cet après-midi d’août où je préparais un examen de géologie et n’en pouvais plus d’angoisse. C’était dans la petite chambre du premier étage. Il y avait encore, sur la commode sous un globe, le bouquet de mariée de grand-mère. Je regardais une image de piété au mur ; je ne sais plus ce qu’elle représentait. Je me suis souvenu soudain des cours d’éducation religieuse du collège et des leçons sur la vie des mystiques, la piété exaltée… Mais il y avait autre chose ; quoi donc ?… Ah ! la soumission complète à la volonté de Dieu ; l’idée vraiment vécue que la vie n’est qu’un passage vers une autre existence infiniment plus riche ; l’idée que tous les malheurs et les catastrophes peuvent être transmutés en bien si l’on offre ses souffrances pour les autres. Alors on est libre ; au moins l’avais-je entendu dire. Et si c’était vrai ? Si j’en faisais l’expérience ?

Je me suis mis à genoux. J’ai remis mon angoisse entre les mains du Père. Je me suis relevé : j’étais guéri.

Puis de nouveau la vie…

J’écoutais gronder mon cœur ; je sentais à nouveau le fleuve de vie se ruer dans mes veines. J’ai pu voir avec joie le soleil briller sur les champs calmes. Je sentais une faible brise et le murmure du platane sous ma fenêtre, comme une caresse. « O Dieu, tu m’as écouté quand, du fond de l’abîme, je criais vers toi »…

Je suis devenu un homme à cet instant même. J’ai compris que mes souffrances des deux années passées, je me les étais infligées à moi-même, en tournant le dos au vrai sens des choses. Mais que c’est dur de devenir adulte !

Ce que j’avais rencontré, je ne le compris que plus tard : c’était la Sagesse éternelle, celle qui luit sur tout homme venant en ce monde. Elle est dans notre héritage, mais nous ne la recevons que rarement. Mais je n’étais qu’au début d’un long parcours qui dure encore. Toutefois, sans cet après-midi d’août, je suis absolument sûr que je ne serais jamais devenu ce que je suis.

L’exaltation de l’homme de science

Ellenberger a tenté d’analyser cette crise qui se produit, je l’ai appris plus tard, assez souvent. Elle est plus ou moins longue et plus ou moins éprouvante, mais, dans tous les cas, elle change l’homme de fond en comble. Qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit simplement de la guérison d’une obsession : le cas est plus complexe. En effet, comment expliquer alors la réorientation complète de toute la vie, la révision intégrale de toutes les valeurs et l’équilibre qui, depuis, ne s’est jamais démenti ? Mais on aurait tort aussi d’y voir un phénomène du type mystique. Je n’ai éprouvé, en effet, aucun symptôme paranormal, je n’ai eu aucune vision, je n’ai entendu ou cru entendre aucune voix. Non, tout cela est plutôt comparable à la solution brusque d’un problème et à l’« exhilaration » qui vous saisit tout de suite après.

Je terminai vaille que vaille la licence ès sciences, comme on disait alors, et j’échouai dans un laboratoire de la faculté de médecine pour y préparer ma thèse. Pour ceux qui ignorent ces arcanes, la thèse de sciences consiste à opérer des recherches originales, c’est-à-dire à trouver des résultats nouveaux sur un sujet que vous donne un chercheur chevronné. Cela dure de cinq à dix ans. On est tout seul dans un laboratoire souvent désert ; on n’entend guère que le moteur du réfrigérateur, le clapotement de l’eau dans un évier, le cliquetis du microtome dans la pièce à côté. On est confronté avec un aspect minuscule de l’énorme mystère de l’univers : c’est une joie immense, on ne s’en lasse pas. De temps en temps, un coin du voile se soulève pour montrer un paysage bien plus beau que ce qu’on imaginait, mais la plupart du temps complètement différent. Il faut repartir alors, quelque peu déconfit, mais le cœur en fête, plein de la joyeuse excitation des explorateurs.

L’admirable instrument de la science expérimentale, le plus merveilleux peut-être qu’aient jamais forgé les hommes, peut nous servir à tout si nous l’employons sans aucun préjugé. A vrai dire, il n’est pas d’un usage facile : il faut que l’homme de science allie l’imagination la plus débridée à la méthode la plus rigoureuse ; or, trop souvent, il ne possède que la seconde de ces qualités. Beaucoup d’entre nous, hélas, ne sont rien d’autre que d’admirables ouvriers, mais des ouvriers seulement, qui savent superbement effectuer une opération très délicate, et leur habileté confond l’esprit. Ils en sont très fiers d’ailleurs. Et c’est pourquoi ils passeront toute leur vie à tourner le même bouton…

L’aventure scientifique : joies et déceptions

L’art de forger les hypothèses, qui participe de l’intuition et de l’esprit de synthèse, est bien plus fin et plus rare. Il y faut de la fantaisie, de l’esprit d’aventure, quelque bizarrerie de caractère, sans doute. On rencontre cet art chez les plus grands : Newton, qui ne s’intéresse pas seulement à la gravitation, mais aussi et surtout à l’alchimie ; Edison, qui cherche à construire un appareil pour communiquer avec les morts ; Crookes, qui ne se contente pas d’être un des meilleurs chimistes de son temps, mais qui invoque aussi les esprits (et bien maladroitement, semble-t-il).

Mais il faut, en outre, ce sentiment si fort que j’ai rencontré chez quelques-uns et qui me hante personnellement : celui de l’étrangeté radicale de l’univers. L’aventure scientifique, en ce sens est la plus grande de toutes les aventures. Elle vient à peine de commencer.

Malheureusement, tous les explorateurs ne sont pas dignes de la grandeur de l’aventure… J’ai vu souvent ces brahmanes brailler dès que l’on touche aux Védas, c’est-à-dire aux théories sur lesquelles ils ont bâti leur renommée… Alors, toute la mauvaise foi, camouflée derrière des raisonnements glacés en apparence, toute la lâcheté parfois (haro sur celui qui trouve du nouveau ou qui soutient des idées non reçues !) et tout l’orgueil, et tout ce qui souille le cœur des autres hommes, leur cœur en est souillé également…

Ah ! Dieu ! quand j’étais jeune, quelle fierté d’entrer dans la communauté scientifique ! Je m’imaginais, dans ma candeur, les savants comme des prêtres vêtus de robes blanches, à l’image des philosophes dans le tableau de Raphaël. Ils marchent lentement dans les ailées du bois sacré. Ils scrutent avec sagesse les replis du vaste univers. C’est Athéna, la vierge aux beaux yeux pers, qui leur apprit le droit usage de la raison. Il me semblait les entendre échanger des propos mesurés, guidés par le respect exclusif de la vérité, et se ranger de grand cœur à ce que disent les plus sages. Moi-même, insignifiant apprenti, j’allais entrer dans leur Collège !

Hélas ! Je les vis de trop près et trop longtemps. La joie de partir à la quête du réel, au fond des laboratoires, était bien telle que je me l’imaginais ; et j’ai connu deux ou trois sages qui ne m’ont pas déçu. Mais la foule des autres ! Mais ce grouillement de chercheurs dont un si grand nombre n’aime pas vraiment la science, ces gens à l’imagination atrophiée, au cœur sec et plein d’envie ! Au fond de moi, il y a toujours quelqu’un qui pleure au souvenir des prêtres en blanc du Bois sacré… Passent les années : le chemin de la vie est aux trois quarts parcouru. Les élèves sont venus, la notoriété aussi (c’est un leurre, mais il amuse au début). Passe aussi le malheur : je l’ai rencontré, ni plus ni moins que les autres hommes ; et le bonheur aussi, qui n’est nulle part qu’en nous-mêmes. « Vers le soir de la vie, lièvres chassés qui revenons au gîte », que voyons-nous en nous retournant ? Quelles sont les miettes de sagesse récoltées ? Cet univers fascinant, qu’en ai-je compris ou cru comprendre ? Ce petit livre ne sera pas un enseignement, à peine une méditation, plutôt un itinéraire : voilà ce que j’ai au fond du cœur.


Étiquettes : , Chauvin Rémy