Les symboles de Pythagore et les enseignements de H.P. Blavatsky


09 Sep 2011

(Revue Le Lotus Bleu. No 6. Aout-Septembre 1970)

Les enseignements que Pythagore donnait dans son école de Crotone, antérieurement à l’an 500 avant J.C., ont toujours causé de l’embarras et des difficultés aux historiens sincères. Presque tous les auteurs de l’antiquité parlent des célèbres doctrines pythagoriciennes, mais aucun n’en donne des explications satisfaisantes pour l’esprit exigeant des temps modernes, qui dans son effort critique, ne peut comprendre ni le sens caché des maximes morales, ni le but des classifications de l’arithmétique pythagoricienne.

Or il est important de rappeler que l’école de Pythagore était une école ésotérique et que, pour cette raison, il faut chercher dans l’occultisme le véritable sens de ses enseignements. A ceux qui ne connaissent pas l’occultisme, les enseignements pythagoriciens, sous leur double voile mystique et mathématique, sembleront être les premiers pas vacillants de la science des nombres associés à quelques concepts ingénieux de métaphysique rudimentaire.

Mais pour le théosophe occultiste qui porte ses investigations dans les vérités profondes que la Théosophie renferme, le voile qui couvre les doctrines de Pythagore se dissipe devant le regard pénétrant de l’intuition, capable d’arriver jusqu’au cœur des mystères les plus secrets.

Ce n’est pas sans raison que « oser » est considéré comme une des quatre qualités indispensables pour celui qui demande la lumière.

Si nous osons pénétrer avec décision dans les Mystères fondés par Pythagore, nous verrons que les brumes qui les couvrent se dissipent devant nous, à mesure que nous avançons, et que les ténèbres qui nous entouraient font place à la plus vive lumière. Ce qui d’abord était embrouillé et confus est devenu simple et clair. Et lorsque nous arrivons à ce qu’il y a de plus profond, notre admiration n’a pas de limites, car nous voyons que la simplicité et la clarté s’expriment en une demi-douzaine de symboles qui sont la synthèse, non seulement de la doctrine pythagoricienne, mais de la connaissance occulte universelle.

Quels sont donc ces symboles si merveilleux ? H.P. Blavatsky nous le dira : « Les principales figures du symbolisme Pythagoréen sont : le carré, le triangle équilatéral, le point dans le cercle, le cube, le triple triangle et, finalement, le quarante-septième postulat d’Euclide, inventé par Pythagore même, qui, à part cette exception, et contrairement à ce qu’on croit, ne fut pas l’auteur des autres symboles » (D.S. V. 113). (D.S. = Doctrine Secrète)

Comment interpréter ces symboles ? En y appliquant les vérités éternelles que la Théosophie renouvelle de nos jours ; et ensuite, ces mêmes symboles nous servirons de clefs pour la meilleure compréhension des enseignements théosophiques qui, en réalité, ne sont pas autres que ceux qui ont toujours été donnés dans les Mystères antiques et modernes avec des noms différents, et sous des formes diverses.

LE TRIANGLE EQUILATERAL

Lorsque nous observons la Nature avec un esprit serein et calme, cherchant la réalité qui se cache derrière l’illusion merveilleuse qui nous entoure, si nous réfléchissons sur la Création entière, nous arrivons à la compréhension que l’infinie multitude qui compose l’ensemble du Cosmos a pour origine un nombre restreint de causes. Mais au-delà de ces causes on conçoit, et par conséquent on postule, un Principe Universel éternel et immuable en qui se résument les causes et les faits. On réalise en outre que la transformation des causes en faits a lieu toujours selon certaines voies et processus déterminés, qui régissent inéluctablement tous les actes qui se produisent au sein de la manifestation. Ces normes invariables sont les lois sur lesquelles l’Univers entier est construit.

Nous voici donc en possession de quatre notions fondamentales pour l’étude du Cosmos : le Principe, les Causes, les Lois et les effets, et n’oublions pas que les processus de la Nature se répètent successivement en périodes cycliques plus ou moins étendues, depuis le cycle le plus matériel, jusqu’à celui du plus haut esprit.

Ces quatre notions trouvent leur représentation la plus adéquate dans le très important symbole appelé « Triangle Pythagoricien », qui est sans doute une des clefs s’appliquant à la D.S. car, en effet, si on met ses points correctement en rapport avec les enseignements de la Théosophie, ils nous révèlent, par leur position, des relations insoupçonnées nous permettant de résoudre immédiatement les questions qui semblaient être les plus difficiles et que, peut-être, nous n’aurions jamais osé affronter. Voici ce que dit Mme Blavatsky au sujet de ces symboles…

« Depuis l’origine des cycles, dans le temps et dans l’espace, dans notre Ronde et sur notre Globe, les mystères de la nature (au moins ceux qu’il est permis à nos races de connaître) furent classés et inscrits par les disciples de ces mêmes  » Hommes Célestes « , maintenant invisibles, dans des figures géométriques et symboles. Les clefs de ces symboles ont passé d’une génération de  » Sages  » à une autre. Quelques-uns de ces symboles passèrent ainsi d’Orient en Occident, apportés de l’Orient par Pythagore, qui n’était pas l’inventeur de son fameux  » Triangle « . Cette dernière figure, de même que le carré et le cercle, sont des descriptions plus éloquentes et scientifiques de l’Ordre de l’évolution physique, psychique et spirituelle de l’Univers, que des volumes de Cosmogonie descriptive et de  » Genèse  » révélées.

« Les dix points inscrits dans ce  » Triangle » de Pythagore valent toutes les théogonies et angélologies qui soient sorties d’un cerveau théologique. Car celui qui saura interpréter ces dix-sept points (avec les sept points mathématiques occultes) y trouvera la série ininterrompue des généalogies depuis le premier Homme Céleste jusqu’à l’Homme Terrestre. De même qu’ils indiquent l’ordre des Etres, ils révèlent l’ordre suivant lequel ont été évolués le Cosmos, notre Terre et les éléments primordiaux par lesquels la Terre fut générée… Celui qui pénétrera les mystères de notre propre Terre connaîtra ceux de tous les autres Globes-compagnons ». (D.S. II, p. 387. 5e éd. française).

Il y a sans doute dans l’Occultisme des lois et des processus pour l’interprétation des choses aussi rigoureuses que dans toute science profane, avec la différence que les méthodes scientifiques, toujours rationnelles et bien des fois seulement empiriques, ne s’appliquent qu’à leur domaine particulier, tandis que les méthodes occultes sont valables pour tous les problèmes qui se présentent, aussi bien physiques que psychiques et spirituels.

Parmi les lois de l’Occultisme il y en a une qui est particulièrement importante et féconde : c’est la célèbre loi de l’analogie, et c’est sur cette loi que nous nous basons pour tenter une ébauche synthétique du Cosmos avec l’aide du « Triangle de Pythagore », nous inspirant spécialement des promesses encourageantes que nous donne Mme Blavatsky dans le passage qui vient d’être cité.

Ce symbole consiste en un triangle équilatéral contenant dix points inscrits, selon la figure I. La première chose que nous y remarquons est la disposition des points en quatre lignes horizontales. Chacune de ces lignes correspond à l’une des quatre notions fondamentales mentionnées ci-dessus ; de plus ces lignes correspondent à des périodes de temps déterminées.

La première ligne désigne ce que nous appelons le Principe fondamental et éternel. La seconde se réfère aux Causes de la manifestation, ou autrement dit, aux paires d’opposés qui sont le point de départ de tout ce qui existe ; sa durée est limitée à l’existence de la manifestation nouménale, ou au cours d’un Manvantara. La troisième ligne comprend les lois par lesquelles les Causes affectent la manifestation phénoménale, et sa durée correspond à celle d’une Chaîne Planétaire. Enfin la quatrième ligne se réfère aux phénomènes, faits et effets, reflets des causes nouménales, qui ne durent pas plus qu’une vie personnelle ; elles disparaissent en même temps que le sujet qui les perçoit.

Le graphique suivant illustre ce qui vient d’être exposé.

Pour clarifier les concepts, prenons un exemple : Dans mon monde des images, j’observe le fait banal de la chute d’un objet. Je sais parfaitement que ce phénomène est un effet de la loi de la gravitation. Cette loi est l’expression de la volonté du Logos, qui l’a imposée à la partie formelle de son univers lors de sa construction. Mais à son tour, la volonté du Logos, cause de la loi de gravitation, est la manifestation d’un Principe supérieur qui est Son propre Esprit éternel résidant sur le plan Adi.

C’est donc ainsi que les effets, qui pour les hommes se situent toujours dans l’ordre physique, procèdent de causes d’ordre métaphysique. Les lois sont la relation entre le monde physique et le monde métaphysique.

En ce qui concerne le Principe, par sa propre Nature exempte de qualités, il échappera à jamais à notre compréhension intellectuelle limitée, et ne nous sera accessible que comme un reflet de quelque chose d’infiniment grand et parfait.

APPLICATION DU SYMBOLE

COMME CLEF POUR L’ÉTUDE

DE L’HOMME PSYCHIQUE

A l’origine même de l’aspect psychique de l’homme brille un principe éternel et immuable. La métaphysique orientale, si riche en images l’a comparé à une étincelle qui, jaillissant du sein de l’immense foyer de Feu Divin, possède déjà une certaine individualité.

Ce qui a commencé par être une étincelle, est maintenant dans l’être humain une flamme ténue, et le but de l’évolution est de convertir cette flamme en un brasier aussi immense que le Soleil. Mais que ce soit l’étincelle, la flamme ou le grand Feu, son essence est la Lumière, toujours identique à elle-même, seulement variable en degré.

Cette lumière, appelée Monade en Théosophie, est représentée dans le Triangle de Pythagore par le point supérieur solitaire. Cette Monade, en acquérant des facultés résultant de sa descente dans la matière, perd son caractère d’unité, pour se convertir en binaire, puis en ternaire et finalement en quaternaire.

(D.S. VI, p. 231). « Les Monades, qui deviennent des Duades sur le plan « différencié », pour se développer en Triades pendant des cycles des incarnations, se diffusent dans les principes inférieurs du Quaternaire. »

(D.S., 7e éd., p. 234). « La Monade de chaque être vivant est un « Dhyan-Chohan individuel distinct des autres, avec une sorte d’individualité qui lui est propre, durant un Manvantara particulier ».

Une distinction apparaît immédiatement entre la Monade proprement dite, et l’individualité « qui lui est propre pendant un Manvantara particulier ». La Monade perdure en tant que Principe Eternel, tandis que l’individualité spirituelle est limitée à la durée d’un Manvantara. Cette individualité spirituelle, aspect relatif de l’Absolu, est ce qui évolue dans le grand cycle manvatarique, en s’élevant à travers les grandes Hiérarchies décrites dans la « Généalogie de l’Homme » de A. Besant, où nous lisons que l’Hiérarchie  à laquelle nous appartenons comme collectivité de Monades humaines est la quatrième, et que le nom générique qui désigne les éléments individuels de cette collectivité est celui de « Jivas impérissables ».

Mais le Jiva, pour agir comme créateur, car telle est sa mission dans le grand plan, doit avoir la notion de deux choses :

1) conscience de soi-même ;

2) connaissance du monde extérieur à soi.

Voici donc la dualité, la première paire d’opposés. Cette dualité du Jiva est symbolisée dans le Triangle de Pythagore par les deux points de la seconde ligne. Ces deux points, avec le point unique supérieur représentent la Triade spirituelle, à laquelle se rapportent les paroles suivantes d’A. Besant dans « l’Etude sur la Conscience »…

« Cette Triade spirituelle, le Jivatma, est une sorte de germe ou semence de Vie divine, qui contient les potentialités de son Père la Monade, pour les actualiser en pouvoirs pendant le cours de l’évolution. Telle est l’humanité du Fils Divin du Premier Logos, animée par la divinité, la Monade. C’est un mystère en vérité, bien que répété sous une diversité de formes autour de nous. »

Ce Jiva ou Jivatma constitue l’Ego divin, qu’il ne faut pas confondre avec l’Ego humain ou l’Ego causal qui est, dans un degré inférieur de l’échelle de l’involution, et de la matière par la voie de l’évolution, et il naît à l’instant précis, où l’élément matériel, par évolution de la forme, acquiert le minimum d’adaptation ou pouvoir expressif compatible avec une nouvelle expansion de la Vie Divine. La triple nature de l’Ego Humain constitué par Atma et Bouddhi associés au Manas supérieur est bien connue. Cet Ego ternaire est précisément la Triade que devient la Monade, d’après H.P.B., pendant le cycle des incarnations, et ce cycle n’est autre que la Chaîne Planétaire, pendant laquelle l’être passe, à travers la longue série de vies humaines, depuis l’âme-groupe animale, jusqu’à la pleine jouissance de l’individualité propre aux états suprahumains.

Les trois points de la troisième ligne du symbole représentent les trois aspects de l’Ego réincarnant ; et les quatre points de la dernière ligne désignent les notions fondamentales du quaternaire inférieur ou personnalité. Ce sont la Vie, la Pensée, le Désir et la Forme, qui naissent et disparaissent graduellement au cours d’une vie personnelle.

En faisant le rapport entre ces quatre principes : Monade, Jiva, Ego et Personnalité selon l’enseignement théosophique, on peut tracer un résumé de l’évolution psychique de l’homme qui correspond exactement à la clef représentée par le Triangle symbolique. Il faut comprendre que Jiva, Ego et Personnalité ne sont que de différents aspects de la Monade en activité sur des plans divers, du Cosmos et pendant des périodes de temps déterminées. Cette interprétation du Triangle symbolique contient tout ce qui a été dit sur ce sujet, et, comme le dit si bien H.P.B., il donne exactement la généalogie « depuis le premier Homme Céleste jusqu’à l’homme terrestre ».

(à suivre)

DE VIA

(Ecole d’Été de Bruxelles)

LE SYMBOLE DE PYTHAGORE ET LES ENSEIGNEMENTS DE H.P. BLAVATSKY

(Revue Le Lotus Bleu. No 7. Octobre 1970)

II

LE TRIANGLE DE PYTHAGORE,

CLEF POUR L’ETUDE DE LA

NATURE MATERIELLE

Si nous voulons pénétrer aussi profondément que possible, par l’étude, l’aspect matériel de la nature, nous devons d’abord faire face à une question qui se pose lorsqu’on veut explorer l’origine de toutes les choses : la capacité du mental à résoudre les problèmes, de quelque nature qu’ils soient, lorsque nous remontons jusqu’à l’Absolu.

Tous les occultistes de toutes les époques sont d’accord que l’intelligence humaine, que nous appelons Manas, a ses limites et que, par conséquent, les questions qui transcendent ses possibilités seront pour nous complètement insolubles. (Après avoir exposé les diverses conceptions concernant la Divinité, l’auteur poursuit) : il est nécessaire de faire une distinction claire entre l’Absolu, ou Dieu en sa propre nature, et Dieu manifesté. Ce Dieu manifesté, comme le dit A. Besant, est la Racine de l’Univers. C’est le Constructeur, le Façonneur, l’Architecte de Ses mondes, et seule Sa vie leur donne naissance, les préserve pendant la durée de leur existence, et les réintègre finalement en Son unité.

Tout ce qui est supérieur à la manifestation du Logos se présente à nous comme le mystère le plus fermé ; l’ensemble de Ses potentialités latentes ne peut être désigné autrement que par les paroles obscures de « Non-Etre ». Or le concept de Constructeur attribué au Logos présuppose deux notions fondamentales : l’une, l’agent actif ; l’autre, la substance passive… apparition simultanée de l’Esprit et de la Matière, tous deux du même sein du Non-Etre.

L’esprit et la matière sont des idées inséparables, existant au fond de toutes les choses, et qu’il est impossible de concevoir l’une sans l’autre. Lorsque le Divin Constructeur réalise Son œuvre, il fait surgir de Ses potentialités infinies parallèlement les deux aspects d’Esprit et de Matière, au moyen de procédés analogues. La clef de ces procédés se trouve dans le célèbre Triangle de Pythagore avec les points inscrits.

En ce qui concerne le développement de l’aspect Matière, référons-nous aux enseignements théosophiques. D’après ceux-ci, il existe un principe matériel unique et éternel. C’est la matière première dont est formé tout ce qui est compris dans la Création.

Bien que nous donnions à ce principe le qualificatif de matériel, c’est quelque chose d’absolument distinct de tout ce que nous entendons par « matière » dans nos mondes de l’illusion. Nous lisons dans la D.S. (commentaire au livre de Dzyan, t. I, p. 60).

« La matière première Primordiale est éternelle et coexistante à l’Espace, laquelle n’a ni commencement ni fin, n’est ni chaude ni froide, mais elle a sa propre nature spéciale… La Matière Primordiale, donc, avant qu’elle sorte du plan à jamais non-manifesté et qu’elle se réveille à la vibration sous l’impulsion de Fohat, n’est qu’un rayonnement froid, sans couleur, sans forme, sans goût, dépourvu de toute qualité, de tout aspect ».

Ce principe matériel est désigné par le nom de Mulaprakriti, ce qui veut dire littéralement Racine de la Matière. C’est la « mère », dans la « matrice » de laquelle se sont formés les mondes, et c’est l’essence en laquelle se résolvent les substances des manifestations manvantariques successives. C’est le Voile de Parabrahman, qui est au-delà de Brahman, le Constructeur de notre Univers. Cette substance universelle homogène et omniprésente donne lieu à la création, non pas « ex-nihilo », mais « ex-pleno ».

La substance primordiale est symbolisée dans le Triangle de Pythagore comme le point unique de la première ligne, tandis que les deux points qui suivent représentent la première différenciation, dans notre Cosmos, de la matière première ; c’est cette différenciation qui est réellement la cause de l’existence de l’Univers. Ces deux points correspondent au rythme universel : manvantara et pralaya, manifestation et potentialité, diastole et systole, expir et inspir du souffle éternel.

A. Besant et C.W.L. expliquent la dualité par : 1° une plénitude, 2° une vacuité. Ces auteurs, dans la Chimie Occulte, ont désigné la plénitude par koïlon (correspondant à l’éther de la science). Ce serait une substance d’une densité inconcevable. D’autre part la vacuité se présente sous forme de points minuscules, qu’il faut considérer comme les unités fondamentales de la matière, mais bien qu’ils soient le fondement de toute matière, ils ne sont pas matière, mais des bulles vides flottant dans le koïlon.

Tel est le fait surprenant et presque incroyable. La matière est un néant. C’est l’espace vide au-dedans d’une substance infiniment dense, repoussée par la bulle. En vérité, « Fohat creuse des trous dans l’Espace », et ces trous sont les bulles qui sont les matières de construction des univers solides.

« Le souffle du Logos est l’énergie qui remplit ces espaces ou trous et les maintient ouverts contre le koïlon. Ils sont pleins de la Vie du Logos, et tout ce que nous appelons matière en quelque plan que ce soit, est animé par la Divinité. Et lorsque le Logos retire Son souffle, les eaux de l’espace se joindront de nouveau et l’univers, qui n’est qu’un souffle disparaîtra ».

Les écrits théosophiques nous disent que ce que nous percevons avec nos sens fallacieux est le reflet, l’image des réalités des mondes supérieurs, et en effet ce que nous nommons matière est par rapport à la réalité véritable, ce que le négatif photographique est par rapport à la nature objective polychrome et multiforme.

C’est sur cette matière différenciée que s’exerce l’Activité du Logos, basée sur Sa Sagesse et soutenue par Sa volonté, en construisant dans le monde du réel les archétypes de ce qui se manifestera plus tard aux intelligences individuelles et limitées comme la multitude de formes distinctes. La matière déjà conditionnée est soumise à l’influence des Gunas ou qualités, qui, par leurs combinaisons, réalisent le fait merveilleux de convertir l’Idée en Formes.

Le Triangle de Pythagore symbolise les trois Gunas par les trois points de la ligne des Lois, et en effet, ils constituent la loi, triple et une à la fois, qui nous explique comment le monde des phénomènes se maintient. Quand la matière est alternativement soumise au repos et au mouvement, elle entre en vibration, et par la loi du rythme elle se trouve dans la condition de pouvoir être perçue, au moyen des sens physiques et supraphysiques, pour les intelligences individuelles, par un processus connu en physique sous le nom de résonnance. Si la vibration devait cesser, les plans physique, astral et mental concret cesseraient d’exister, et comme ceci doit se produire à la fin d’une chaîne planétaire, la loi du rythme est donc limitée à la durée d’une manifestation planétaire.

Ce que nous appelons « les choses en soi », les noumènes, se trouvent être dépourvus, dans l’absolu, des attributs que nous conférons généralement aux formes matérielles. Couleur, saveur, poids, grandeur, densité, etc… ne sont que des effets subjectifs, c’est-à-dire perceptions par notre conscience causées par un ensemble vibratoire.

Mme Blavatsky se rendit compte de la nécessité de distinguer entre ce que nous entendons habituellement par « matière » et ce qui existe dans la réalité ; le passage suivant en témoigne…

« Pour être strictement exact et éviter toute confusion et fausse conception, le mot « matière » devrait être appliqué à l’ensemble des objets perceptibles, et le mot « substance » aux Noumènes, car puisque les phénomènes de notre plan sont les créations de l’Ego qui les perçoit, les modifications de sa propre subjectivité, tous les « états de matière qui représentent l’ensemble des objets perçus » ne peuvent avoir qu’une existence relative et purement phénoménale pour les enfants de notre plan » (D.S. 11, 34) .

En outre, toute modification du mouvement vibratoire d’un agrégat substantiel est perçue par l’individu sur notre plan comme le quadruple effet composé par les notions d’Espace, Matière, Energie et Temps, qui sont symbolisées dans le Triangle de Pythagore par les quatre points de la dernière ligne.

La science actuelle a démontré que ces quatre notions, qu’on avait tenues jusqu’il y a peu pour des réalités absolues et indépendantes, ne sont pas plus que des modes particuliers d’expérimentation d’une réalité qui transcende nos perceptions limitées.

Le Triangle de Pythagore présente d’une façon synoptique le processus qui vient d’être décrit et explique parfaitement la base des noumènes matériels et leur transformation en phénomènes perceptibles. Ainsi, appliqué à la Manifestation matérielle, le triangle avec ses dix points rend compte des principes suivants : Point Unique (Principe) : Mulaprakriti ; les deux points (monde des Causes) : koïlon-souffle ; les trois points (Lois, les Gunas) : Quiétude (Tamas, inertie) : Rythme (Sattva, harmonie), Mouvement (Rajas, activité) : les quatre points (monde des Effets) : Espace-Matière-Energie-Temps.

(à suivre)

de VIA

LES SYMBOLES DE PYTHAGORE ET LES ENSEIGNEMENTS DE H.P. BLAVATSKY

(Revue Le Lotus Bleu. No 9. Novembre 1970)

III

LE TRIANGLE DE PYTHAGORE

ET LA TRADITION KABBALISTIQUE

Les Symboles archaïques : selon la D.S., les mystères de la Nature, révélés par les « Hommes Célestes » aux races primitives, furent enregistrés par les disciples des messagers Divins sous forme de figures géométriques et de symboles. Les clefs de ces symboles ont passé d’une génération « d’Hommes Sages » à l’autre. Ainsi quelques-uns de ces symboles sont venus de l’Orient à l’Occident, apportés de l’Orient par Pythagore, qui ne fut pas l’inventeur de son fameux triangle.

La référence la plus antique concernant le Triangle dont nous avons connaissance, provient de l’antique tradition orale ésotérique des Hébreux appelée la Kabbale (mot hébreu qui veut dire « Doctrine reçue »).

La Kabbale était un moyen de transmettre d’une génération à l’autre des vérités occultes, des notions religieuses, des secrets de la Nature, des idées cosmogoniques et des faits historiques d’une manière qui rendait ces enseignements inintelligibles aux non initiés.

Les Israélites de l’antiquité croyaient qu’il existe une parole sacrée qui donnerait au mortel qui découvrirait sa prononciation véritable, la clef de toutes les sciences divines et humaines. Ce nom sacré est le Tétragramme, Iod, Hé, Vau, Hé. Ces quatre lettres composent le Nom sacré et Ineffable du symbolisme maçonnique, héritier de l’antique tradition hébraïque.

Il est évident que ce nom est un symbole, puisque ces quatre lettres ne forment aucun véritable mot hébreu, et cependant les pouvoirs attribués à ce nom sont réels jusqu’à un certain point ; il permet, dit-on, d’ouvrir facilement la porte symbolique de l’Arche qui contient la somme de toute la science de l’antiquité.

Osons entrouvrir cette porte. Avant tout nous devons comprendre que dans les méthodes kabbalistiques les lettres hébraïques représentent des idées en dehors de leurs significations purement littérales. En outre on attribue à chacune de ces lettres une valeur numérique, laquelle, comme nous verrons, correspond également à l’idée symbolisée par la lettre.

Ainsi le kabbaliste voit dans les combinaisons de lettres hébraïques des formules abstraites de certains ordres d’idées. D’après Papus (traité méthodique de Science Occulte) les lettres composant le mot sacré IEVE possèdent les caractéristiques suivantes : L’Iod = 10, figuré par une petite virgule ou un point, représente le principe des choses.

Toutes les lettres de l’alphabet hébreu sont formées à partir de l’Iod aggloméré en combinaisons. Ainsi l’Iod étant l’origine de toutes les lettres, et par conséquent de tous les mots et de toutes les phrases, représente le PRINCIPE UNIQUE dont la connaissance est voilée pour les profanes.

Le premier Hé = 5 : le Moi ne peut se concevoir que par opposition au Non-Moi. Telle est l’origine de la dualité, du Binaire, image de la féminité comme l’unité est l’image de la masculinité.

Le nombre 10 en se divisant pour s’opposer à soi-même équivaut à 5, le nombre de la lettre Hé, la seconde lettre du grand nom sacré.

Le Hé représente aussi le passif par rapport à l’Iod actif ; la femme par rapport à l’homme ; la substance par rapport à l’essence ; la vie par rapport à l’esprit, etc…

Le Vav (ou vau) = 6. L’opposition du Moi au Non-Moi donne immédiatement naissance à un troisième facteur : la Relation qui s’établit entre le Moi et le Non-Moi. La lettre Vav formée par union ou addition de 10 (Iod) + 5 (Hé) = 15 = 6 (ou 1 + 5) signifie le lien, la relation. C’est le lien qui relie les antagonismes dans la nature toute entière, constituant le troisième terme de cette trinité mystérieuse.

Le 2° Hé : La répétition de la lettre Hé indique le passage de la loi Trinitaire à une nouvelle application : une transition du monde métaphysique au monde physique. La connaissance de la seconde Hé est la clef du nom Divin en toutes les applications possibles.

La formule abstraite ou idée archétypale de l’Univers, telle qu’elle existe dans le mental divin, se développe en quatre processus simultanés auxquels correspondent les quatre notions fondamentales que nous trouvons dans la manifestation et qui se réalisent dans les champs, mondes, plans ou univers.

Ainsi nous avons le monde des principes, le monde des causes ou noumènes, le monde des lois et le monde des faits ou phénomènes. Ces mondes sont symbolisés par les lettres finales de chaque ligne, puisque chaque ligne est caractérisée par sa lettre finale, les autres étant la répétition des lettres de la ligne supérieure. Le fait de cette répétition démontre que chacun de ces mondes n’est que celui qui le précède mais couvert par un nouveau voile.

Au début de cette étude, en envisageant le concept fondamental de l’homme nous avons vu que les quatre notions fondamentales sont la Monade, le Jiva, l’Ego et la Personnalité. Ces notions correspondent aux termes kabbalistiques de Chaiah, Neschamah, Ruach et Nephesch.

Dans l’ordre cosmique des forces actives ou spirituelles, le Tétragramme contient aussi la clef pour la compréhension des Séphiroth, qui dans un certain sens correspondent aux Hiérarchies Spirituelles décrites dans la D.S. D’après Mme Blavatsky, « la différence entre la Kabbale et la Vidya Esotérique est très petite en vérité, se limitant à des divergences peu importantes de formes et d’expression ». (D.S. 1 ; stance VII, 5).

LA TETRAKTYS

On sait que dans la philosophie pythagoréenne l’étude des nombres avait une grande importance ; cependant rares sont ceux qui, en étudiant l’œuvre gigantesque du Maître ont pénétré dans la doctrine numérale véritable et occulte.

L’école de Pythagore, comme toutes les écoles occultes dignes de ce nom, donnait ses enseignements divisés en trois degrés. Dans le premier, les élèves recevaient un enseignement exotérique, purement descriptif, destiné principalement à stimuler le mental. A part les méthodes de contrôle de soi et de perfectionnement (le silence imposé, l’austérité dans la nourriture, pureté sexuelle progressive, etc…) qui leur étaient prescrites, on leur expliquait les lois de la nature concrète et notamment l’étude de la géométrie. Dans le deuxième degré on étudiait les relations et classifications des nombres abstraits ; ce furent les premières connaissances arithmétiques qui se répandirent dans l’Occident sous le nom « d’Arithmétique Pythagoricienne ». Finalement dans le troisième degré, degré ésotérique, on étudiait les choses de la nature physique et métaphysique sous un point de vue synthétique, les rapports de l’Un et de la multiplicité, de l’abstrait et du concret. Bref les lois de l’analogie, démontrant que ce qui est en haut est analogue à ce qui est en bas.

Pythagore, au cours de ses voyages en Egypte, en Judée et notamment dans l’Inde, recueillit l’essence de l’Occultisme afin de le transmettre au monde occidental. Mais il devait le présenter sous des formes adéquates au tempérament spécial de son entourage, qui montrait, déjà en ces temps, des tendances marquées au développement de l’aspect mental.

Rien ne fut donc plus indiqué pour ses enseignements que le symbolisme numérique et géométrique des lois fondamentales de la nature et de ses principes spirituels. Dans ce but Pythagore remplaça les quatre lettres du Tétragramme par les quatre premiers nombres : iod = 1, hé == 2, vav = 3, hé = 4. L’ensemble de ces quatre chiffres reçut le nom de Tétraktys ou Tétrade ; c’est la base des enseignements pythagoriciens.

H.P. Blavatsky dit dans son Glossaire Théosophique (article Tétraktys) « La Tétraktys est le Quatre sacré sur lequel les Pythagoriciens prêtaient serment, et c’était le serment le plus inviolable. Ce symbole a une signification très mystique et variable, qui est la même que celle du Tétragramme. La première concerne son Unité, ou l’UN sous quatre différents aspects ; ensuite c’est le nombre fondamental Quatre, la Tétrade contenant la Décade, ou Dix, le nombre de la perfection ; et finalement on y trouve la Triade primitive (ou Triangle) fondée dans la Monade divine. »

Puis elle ajoute… « La Décade mystique, résultant de la Tétraktys, car 1 + 2 + 3 + 4 = 10, est une manière d’exprimer cette idée : l’UN est le Principe impersonnel, « Dieu » ; le Deux, la matière, le Trois, combinant la Monade et la Duade et participant de la nature des deux, est le monde phénoménal ; la Tétrade, ou forme de perfection, exprime la vacuité a de tout ; et la Décade, ou somme totale, englobe le Kosmos          tout entier. »

Nous allons voir comment ces quatre nombres nous donnent la représentation du Kosmos, conformément à ce que dit Mme Blavatsky. Lorsqu’on les dispose sur le triangle symbolique, on obtient l’ordre suivant :

1

1  2

1  2  3

1  2  3  4

L’identité de cette figure avec le Tétragramme est évidente. Elle symbolise donc, avec des signes différents, la même idée. Les nombres 1, 2, 3, 4 représentent donc respectivement les Mondes des principes, des causes, des lois et des effets ; c’est dans l’abstrait le « Quatre sacré »…

Le même schéma, appliqué aux aspects de la personnalité, donne le tableau suivant :

Energie vitale

Masculin — Féminin

Naissance — Vie —  Mort

Enfance — Jeunesse — Maturité — Vieillesse

Dans l’ensemble les dix points symbolisent la personnalité humaine, dont la première manifestation est l’énergie vitale qui périodiquement émane de l’Ego. Nous pourrions également appliquer ce système aux manifestations successives du Logos, qui se diversifie en trois Logoï, puis en sept Logoï Planétaires, ce qui donne 10 aspects, que nous retrouvons dans les Dix Progéniteurs ou Prajapatis du Rig-Veda, les fils de Brahman, lequel dans ce cas est l’Unité Supérieure, qui perdure à travers ses Jours et ses Nuits et que l’on appelle, dans la terminologie, le Logos Occulte.

Enfin on peut remplacer les points du Triangle par la série successive des nombres, on obtient ainsi la disposition suivante :

1

2  3

4  5  6

7  8  9  10

Cette présentation suggère la vision dynamique de l’évolution. D’après Mme Blavatsky, celui qui saura interpréter les points du Triangle, « y découvrira la série ininterrompue des généalogies, depuis le premier Homme Céleste jusqu’à l’Homme terrestre. De même qu’ils donnent l’ordre suivant lequel ont été évolués le Cosmos, notre Terre et les éléments primordiaux par lesquels la Terre fut générée ». (La D.S., II, 387).

Enfin on peut remplacer les dix points par les symboles géométriques bien connus : le point (1), le Tau (2), le Triangle (3), le carré (4), le double carré (8), le triple Triangle (9), le cercle (10).

De nombreuses autres interprétations peuvent être tracées se rapportant à la profonde sagesse du symbole Pythagoricien. Elles nous donneront des clefs lumineuses pour la compréhension de divers sujets et en même temps nous montrerons que Mme Blavatsky n’a pas exagéré en faisant ses affirmations audacieuses.

Il y a lieu de faire ressortir l’importance que dans ce symbole revêtent les nombres 1, 7 et 10, de même que le 5, point central de la figure.

Voici quelques exemples :

Mythologie Brahmanique :

Parabrahrnan

Brahman  Prakriti

Vishnu  Brahma  Shiva

Indra  Varuna  Vayu  Pritivi

Parabrahman est le Dieu absolu, ineffable, inaccessible au mental humain ; c’est Dieu avant la création, état dont nous ne pouvons concevoir aucune idée.

Brahman est Dieu dans sa condition neutre, décidé à créer un Univers matériel (Prakriti), qu’il va animer de son souffle.

Vishnu, Brahma et Shiva sont les idées métaphysiques de la Trinité Brahmanique ou Trimurti, exprimant les concepts de conservateur, créateur et destructeur. Brahma crée, Shiva détruit ou tue, puisque tout ce qui a eu un commencement doit avoir une fin. Entre ces polarités, Vishnou conserve l’existence pendant le temps qui va de la naissance à la mort.

Indra, Varuna, Vayu et Pritivi sont les dieux des forces naturelles qui président aux quatre éléments : Feu, Eau, Air, Terre.

La Société Humaine : Le schéma suivant est le modèle d’une civilisation digne de ce nom :

Théosophie                                                      •

Science Religion                                             •           •

Psychologie-Sociologie-Politique                   •           •           •

Droit-Economie-Morale-Justice                      •           •           •           •

L’Homme Métaphysique :

Monade

Conscience  Limitation

Amour impersonnel  Volonté  Action

Forme  Désir  Mental  Vitalité

L’Hiérarchie Spirituelle :

Roi du Monde

Manus Boddhisatvas

Mahatmas Gurus Yoguis

Chatryas Viasas Sudras Brahmanes

Le Monde Matériel :

Mulaprakriti

Atomes + Atomes [1]

Rajas Sattwa Tamas

Chaud Sec Humide Froid

Science Spirituelle :

Raja Yoga [2]

Dharma Karma

Manas Atma Bouddhi

Jnana Bhakti Karma Hatha [3]

L’élément Feu : 1: Lucifer-Agni ; 2 : Lumière, Ténèbres ; 3 : Voyance, Illumination spirituelle, Ignorance ; 4 : Action constructive, Oxydation, Purification, Chaleur vitale.

L’élément Eau : 1: Le principe féminin ; 2 : Les eaux supérieures, les eaux inférieures (Genèse 1, 6, 7, 8, 9, 10) ; 3 : Vie, Existence, Mort ; 4 : Action restrictive-Conservation, Maternité, Absorption.

L’élément Air : 1: Mentalité ; 2 : Les paires d’opposés ; 3 : Philosophie, Logique, Théologie ; 4 : Sciences Naturelles, Chimie, Physique, Mathématiques.

L’élément Terre : (l’Homme Physique) : 1 : L’Etre Humain ; 2 : Homme, Femme ; 3 : Tête, Poitrine, Ventre ; 4 : Cerveau, Cœur, Estomac, Sexe.

Des schémas semblables peuvent être établis pour les Forces Cosmiques : Planètes, Aspects et Zodiaque.

DE VIA

Ecole d’Été de Bruxelles, août 1969


[1] Vortex à droite et à gauche ; voir la « Chimie Occulte », de Besant et Leadbeater.

[2] Yoga Royal ; Yoga supérieur intégral.

[3] Les 4 Yogas inférieurs et partiels.