Marie-Magdeleine Davy : L’homme devant la prédiction


14 Aug 2009

(Revue PSI. Numéro 1. Septembre-Octobre 1977)

Marie-Magdeleine DAVY, chargée de cours de Philosophie à l’École pratique des Hautes Etudes (Sorbonne), Maître de Recherche au C.N.R.S., professeur à l’Université de Manchester, a fait des conférences en Europe, Amérique du Sud, Inde, au Japon et aux Etats-Unis. Croix de guerre au titre de la Résistance.

Comme peu d’hommes sont saints et sages, la plupart d’entre eux s’intéressent aux prédictions, c’est une façon d’ailleurs fort légitime de tenter de désamorcer la bombe à retardement que constitue l’avenir. Dans la tradition judéo-chrétienne, on peut dire, non sans humour, que la prédiction commence tôt, puisqu’elle accompagne le mythe de la création. Le démon, sous la forme du serpent, prédit.

Mais sa prédiction n’aura pas les conséquences que l’on pourrait penser. En créant, par sa faute, une distance à l’égard de l’Eternel, le premier homme va perdre sa liberté et il ne tardera pas à être puni de son erreur. Le châtiment apparaît toujours suivre la faute par voie de conséquence; il intervient plus tôt ou plus tard, mais il arrive. En quelque sorte, il est déclenché par la faute, c’est pourquoi il l’accompagne tout en lui succédant. Il suffit d’évoquer les grandes plaies d’Egypte pour saisir le déclenchement d’un tel mécanisme.

Certaines prédictions, appartenant, par exemple, au Moyen-âge latin, échappent à ce mouvement de bascule, de « crimes et châtiments », elles s’étendent plutôt à l’évolution du temps et des ères qu’il comporte, sans pour autant se référer nécessairement à l’astrologie.

Toute prédiction valable apparaît à la fois vaste et multiforme. Il importerait d’éclairer par l’intuition les diverses interprétations proposées. S’arrêter à des mots, à des expressions en les prenant dans leur littéralité, risquerait de se condamner à l’erreur et même souvent à une intolérable niaiserie.

La prédiction a pour effet de produire un choc et par conséquent un éveil. C’est l’éveil qui est important. L’homme sage se garde d’interroger l’avenir, il ne demande pas conseil aux devins, il n’a pas besoin de fréquenter les lieux des visions même quand ceux-ci sont devenus des endroits de pèlerinage ou présentent parfois des vertus curatives. C’est le cœur de l’homme qui est par excellence le lieu des visions théophaniques, des prédictions les plus vraies et les plus denses. Le véritable sage ne s’inquiète pas de son avenir personnel ni du destin de l’humanité. Il se tient dans une invincible confiance. Sa sagesse est de vivre dans l’instant présent. Aucune curiosité à l’égard du lendemain ne le hante. Pourrait-il s’en désintéresser quand cet avenir concerne autrui ? En aucune manière. Mais il n’a pas besoin d’un dévoilement proposé de l’extérieur, car, ayant découvert sa dimension de profondeur, il opère en lui-même le dévoilement et cela pas à pas ; dans ce sens le futur est déjà un présent qu’il peut décrypter.

L’HOMME DEVANT LA PRÉDICTION par Marie-Magdeleine Davy
(Revue PSI International. Numéro 2. Novembre-Décembre 1977)

L’attitude de l’homme à l’égard de l’avenir mystérieux est conditionnée par la vision personnelle de sa propre existence et par son intérêt à l’égard de l’humanité dans laquelle il s’intègre. Face à l’avenir, tout homme se rend compte que son existence se déroule au sein du mystère. Attiré par le mystère et aussi repoussé par lui, il cherche à dévoiler ce qui lui est caché ou par crainte il s’en écarte en refusant d’en affronter l’approche.

Prédiction et existence
La vie est une aventure, car elle comporte une succession d’événements, de choses qui « arrivent » et qui demeurent imprévisibles. Si l’avenir inquiète, c’est parce qu’il porte en son sein des possibilités indéfinies qu’on voudrait pouvoir orienter à l’avance et juguler quand elles apparaissent menaçantes. Le sens de la précarité de l’existence enfante l’angoisse de l’avenir, car toutes les prévisions semblent dépassées par l’événement. L’homme se doit d’accepter le jeu de bascule de ses prévisions exaucées et de ses prévisions déçues. Lors des moments de monotonie, l’incident est souhaité ; survient-il, l’homme peut regretter son état antérieur qui auparavant l’ennuyait.

C’est ainsi que la démarche de l’homme est tâtonnante, car il ignore les effets de ses actes ; les plus insignifiants ont parfois des conséquences redoutables et les plus graves peuvent ne laisser derrière eux aucune trace. Sans cesse l’homme se trouve affronté à ce qu’on nomme le hasard et la chance, ces deux termes renfermant sans doute une pluralité de sens infiniment plus divers que ces mots ne le suggèrent dans leur usage habituel. Supporter le présent et attendre l’avenir avec passivité sont le plus souvent intolérables à l’homme qui n’a pas la sagesse de vivre pas à pas l’instant présent. C’est pourquoi il préfère attendre l’avenir d’une façon active, comme le chasseur qui guette le gibier sans savoir d’où il va surgir, et qui se retourne dans tous les sens pour l’apercevoir. Dans cette attente anxieuse, il éprouve sa solitude et cela de telle manière qu’elle peut susciter en lui un vertige destructeur. A l’intérieur de cette solitude, il regarde vers l’avenir, l’affronte avec toute la densité de sa présence ou au contraire cherche à le fuir. Prendre la fuite est dérisoire, le fuyard sera toujours rattrapé. Le lendemain enserre et broie inexorablement, comme la mort, le vivant. Le plus souvent, l’homme ne cesse de s’identifier à ses sensations, à sa peur, à son angoisse et il se dirige d’identification en identification, jusqu’à ce qu’il comprenne que la sagesse exige justement de les récuser et de s’assumer dans la liberté. C’est alors qu’il perd ses masques, se dénude, se dépouille et parvient peu à peu à un état de lucidité qui lui permet de découvrir l’ampleur de ses craintes imaginaires. Auparavant il pouvait avoir l’impression de s’être engagé dans le monde par idéal, par souci de servir autrui et de collaborer avec les autres. Sa prise de conscience lui fait comprendre qu’il s’agissait parfois moins d’un engagement valable que du désir de se perdre en évitant le tête-à-tête difficile avec lui-même ; car c’est dans la solitude que l’avenir prend l’apparence du dragon ou au contraire est démasqué, tel l’animal sauvage qui provoque l’effroi et qu’on peut domestiquer. Mais on ignore à l’avance quel visage il prendra, d’où la peur que l’à-venir suscite.

L’à-venir se présente comme une nuit, et de l’obscurité naît l’épouvante. L’homme oublie volontiers qu’il pourrait éclairer l’obscur. Il oublie aussi son pouvoir d’anticipation et la qualité de ses pressentiments susceptibles de le guider dans sa démarche. L’homme primitif possédait comme l’animal un instinct sûr qui le préservait en le mettant à l’abri du malheur qu’il pouvait ainsi éviter. L’animal a conservé cet instinct, ce sens que l’homme intériorisé retrouve par dégagement de son imagination et des phantasmes qu’elle provoque. L’innocence instinctive de la vie animale est barrée par la réflexion ou plutôt par l’intellectualité qui est souvent source d’interrogations et de problèmes. Seul le non-attachement au monde peut faire retrouver un état d’innocence et de vision. Que le croyant d’hier — et parfois d’aujourd’hui — place sa confiance en Dieu qui le garde des périls qu’il serait incapable de supporter, le voici en partie rassuré et la paix l’habite ; perd aussitôt son isolement, rien n’est pour lui tragique et le présent qui débouche sur l’avenir lui semble fraternel. Par contre, pour celui dont l’existence se présente comme un drame perpétuel, la perspective de l’avenir le hante et il tente de déchiffrer à l’avance son destin.

C’est ainsi que la prédiction va reprendre son rôle d’anticipation avec tout ce que cela comporte d’assurance, d’inquiétude, d’espoir ou de désespoir, car les prévisions parfois vraies ou fausses sont toujours espérées ou sous-estimées dans leur réalisation. Le sujet est plus ou moins apaisé, en tout cas son existence cesse ainsi d’être une aventure, il se sent capable d’affronter son lendemain, car il en possède déjà une certaine vision supprimant l’imprévu et l’angoisse qui l’accompagne. Toutefois l’homme audacieux accepte l’aventure de l’existence que le pusillanime récuse. Seul l’homme unifié devient capable de faire face aux événements qui vont survenir dans son existence et dans celle de l’humanité.

L’événement
A l’égard de la prédiction, il importe de différencier l’événement de l’accident. Sur l’accident, la prédiction ne peut avoir aucune prise. L’accident est d’ordre contingent, il ne se produit pas nécessairement, il aurait pu ne pas survenir. C’est donc en raison de son caractère fortuit, qu’il échappe à toute prédiction.

Par contre, la prédiction s’exerce à l’égard des événements. Or l’événement n’est pas une donnée objective qui pourrait être envisagée en dehors de l’homme, il affecte la condition humaine et pèse sur le destin singulier ou collectif qu’il peut totalement modifier.

Les sociologues et historiens des religions ont montré comment les événements surgissent dans le temps historique et ne cessent de se répéter. La mentalité de l’homme, sa condition religieuse, culturelle et économique subit des transformations au cours des siècles, mais l’homme primitif comme l’homme contemporain est toujours écartelé entre l’angoisse et l’espoir. Mû par son instinct de protection, il pense le plus souvent que la menace de l’événement concerne autrui et non lui-même, à moins, bien entendu, que l’événement comporte une portée collective. En fait l’événement n’est vraiment menaçant que dans la mesure où il s’attaque à des individus donnés ou à un individu isolé. Dès qu’il y a partage, le poids de l’événement est allégé [1]. Ainsi, durant une guerre ou une famine, les hommes peuvent fraterniser. La solitude de la mort est brisée quand les hommes sont ensemble exécutés, ou vont ensemble périr. Devant la maladie et le péril, la peur non partagée est source d’isolement. Certes, on peut être gagné par la panique d’autrui, toutefois l’événement qui la provoque n’aura pas le même impact quand il est partagé ; ce qui n’empêche pas d’ailleurs de voir, dans des cas précis, des hommes écraser autrui pour se sauver eux-mêmes plus rapidement.

C’est à l’égard de sa réaction à l’événement que l’homme révèle sa qualité ou sa faiblesse. L’homme moyen pense volontiers qu’il peut secourir autrui par son encouragement ou encore en lui témoignant une certaine sollicitude souvent liée à un sentiment de supériorité. Ainsi un bien-portant se trouve en présence d’un malade que l’événement de la maladie affecte, il lui prodigue de « bonnes paroles » qui peuvent jaillir du cœur ou être de pure convenance. Seule l’expérience d’un événement identique ou du moins analogue permet de partager le choc de l’événement.

Pris dans leur sens historique, les événements mythiques qui affectaient les sociétés primitives ne feront que se répéter au cours des siècles. C’est-à-dire que ce sont les événements primordiaux qui se déclenchent maintes et maintes fois et inexorablement. Toutefois ils n’apparaissent tragiques que dans la mesure où ils affectent, d’une façon personnelle, les individus qui les vivent. Dans cette répétition des événements, rien ne sera nouveau, et cependant chaque événement apparaît neuf quand il se manifeste et provoque la joie ou la crainte. C’est justement d’ailleurs l’aspect nouveauté de l’événement qui le rend redoutable. Même l’événement répétitif comporte un élément nouveau, apporte une modification, un changement. En cela, il est rupture, il tranche dans le vif, il arrache à la monotonie de la vie quotidienne, il entraîne à un autre niveau, il fait changer de plans et ces plans, il les bouleverse.

L’étudiant qui apprend telle ou telle période de l’histoire d’une nation, se plonge dans une durée événementielle qui ne le concerne pas et de ce fait ne saurait le toucher en profondeur. D’où le caractère parfaitement « neutre » du passé lointain. L’homme échappe ainsi aux événements qui ne peuvent l’atteindre. Cependant il peut, au nom de la dignité humaine, s’élever avec véhémence contre tel ou tel massacre, ou s’enthousiasmer pour le héros qu’un événement a transformé en martyr ; toutefois il n’est pas traumatisé par les événements dont il n’est pas le contemporain.
Ceci n’est valable que pour l’homme moyen, c’est-à-dire le médiocre ; or la majorité des hommes est incapable de porter la responsabilité de l’histoire et des événements qu’elle comporte. Par contre, l’homme qui a pu conquérir sa condition humaine sait qu’il partage le destin de tous les hommes du passé, du présent et du futur. Plus encore, il comprend qu’il en partage la responsabilité. Comme le disait Boehme, l’individu considéré dans sa particularité était absent lors de tel ou tel événement, mais l’essence spirituelle de son être était présente.

La tranche de vie, d’une existence humaine, s’étend de la naissance à la mort et occupe une durée déterminée. La réduire à ce laps de temps serait une erreur pour celui qui comprend qu’il n’y a qu’un homme sous mille et une facettes différentes avec des chapelets de naissances et de morts. La méditation du mythe de la création permet de saisir ce sens de l’unité des hommes. Par ailleurs — et cela est important à l’égard des prédictions — ce qui arrive extérieurement n’est que le résultat, la stricte conséquence de l’état intérieur des hommes. C’est en cela que les hommes conditionnent les événements, les attirent en les provoquant par leur état intérieur. A ce propos, le grand philosophe russe Nicolas Berdiaev [2], a montré que l’événement extérieur se présente comme l’écho d’un état intérieur.

Les effets, ou mieux les conséquences des événements, seront mémorisés suivant l’importance qu’on leur octroie. A titre individuel on pourra parler d’une maladie, d’une opération, d’un voyage, d’un deuil, etc. ; à titre collectif, d’une famine, d’un fléau, d’un séisme, d’une révolution, d’une guerre, etc. L’événement déclenche ses effets d’une façon différente suivant les individus qu’il affecte. L’homme est plus ou moins vulnérable, il peut être meurtri, écrasé ou au contraire sortir magnifié par l’événement qui lui sert de tremplin pour mieux plonger dans la vie, celle du dedans et par ricochets, celle du dehors. Même l’homme le plus authentique et le plus sage risque d’être momentanément désorienté par l’événement auquel il se doit de faire face, avant de le subir comme une sorte de transposition apportant malheur et bonheur, peine ou joie, transfiguration et métamorphose. Ainsi l’événement est comparable à un examen : c’est une « épreuve » qui peut accabler ou transfigurer.

Or tout candidat aimerait normalement savoir sur quelles questions il sera interrogé lors de son examen oral et tout d’abord, il souhaiterait connaître les sujets qui lui seront présentés lors de son écrit. Si un candidat était certain de son savoir, de l’acquisition de sa science suivant l’étendue de son programme, il se présenterait sans éprouver d’inquiétude, sachant que ses réponses seront justes. Mais qui pourrait être certain de sa parfaite connaissance ? Que de malheureux étudiants, ayant échoué à un examen, disent à leur famille ou à leur entourage, « c’était une question hors programme », ou ils se plaindront que « le sujet n’a pas été traité dans les cours ». C’est donc le caractère imprévisible qui rend pénible l’examen comme l’événement.

Cet élément mystérieux de l’événement, il s’agit de le percer ; le secret de l’événement, il importe d’en avoir la révélation afin d’en briser les aspérités. En d’autres termes, l’homme veut apprivoiser l’événement, le contourner afin de le saisir sans être saisi par lui tout d’abord. La prédiction n’aura pas d’autres effets : connaître à l’avance l’événement afin de lui faire face de front, le mater sans lui être auparavant soumis ; demeurer le cavalier et l’événement la monture. En chevauchant l’événement, le mal est conjuré et dans le cas de l’« événement heureux », la joie se déploie à l’avance.

Les événements, nous l’avons vu, sont répétitifs, ils ne devraient donc pas violenter, survenir du dehors comme des cambrioleurs. On peut craindre la venue d’un cambrioleur tout en espérant qu’il ne viendra pas. Si on savait qu’un cambrioleur va fracturer une porte à un moment donné, on ferait auparavant venir la police. Mais le cambrioleur ne dit pas son heure, pas plus que l’événement, il y a toujours surgissement même quand on l’attend en le redoutant.

La prospective
La divination, qui régnait normalement dans les sociétés primitives, tend à être remplacée aujourd’hui par la prospective. Mais il ne faudrait pas croire que la prospective annule la divination et cela d’autant plus qu’elle s’en distingue fort nettement tout en présentant avec elle d’étroits rapports.

Les devins de l’antiquité ne se basaient pas sur un passé pour déterminer l’avenir ; ils faisaient confiance au vol des oiseaux, à la direction de la fumée d’un feu ; la symbolique tenait d’ailleurs son rôle.

La divination s’appliquait à des données particulières, la victoire ou la défaite d’une bataille, le bonheur ou le malheur futur d’un roi. La prospective ne peut concerner qu’un ensemble, préciser un climat que l’homme pourra, sinon totalement modifier, du moins à l’égard duquel il tentera d’exercer ses pouvoirs. A ce propos, des sociologues et des scientifiques se sont intéressés à cette science moderne de la prospective, sans oublier de la comparer à la divination. Ils ont montré, par exemple, qu’elle se présentait « comme un mécanisme de défense », tendant ainsi à procurer à l’homme un apaisement, sinon définitif, du moins momentané. Jadis les hommes sacrifiaient aux dieux, ils pensaient apaiser leur courroux par des holocaustes. L’évolution de l’homme et par conséquent l’évolution de son idée et de sa représentation des dieux ou du Dieu judéo-chrétien, tendit à remplacer les victimes animales par le sacrifice plus intime et plus personnel du don du cœur et des qualités ascétiques. Il ne s’agissait plus d’apaiser Dieu, mais de se le concilier, de le mettre de son côté, de se le rendre favorable. Le « délivre-nous du mal » du Pater, n’est pas seulement un appel pour se garder du péché, mais une demande pour être protégé à l’égard du malheur, le malheur que provoque l’événement quand il apparaît maléfique.

L’événement est comparable à une bombe. Pour que la bombe cesse d’être dangereuse, il importe qu’elle soit désamorcée par des artificiers. A défaut de la prière confiante, ou des sacrifices qui semblent désamorcer à l’avance la bombe de l’événement, la prospective proposera la planification. Ainsi la science de l’économiste remplira, en partie, l’office du devin et de la prédiction, elle tentera de fixer en une durée précise, mais brève, les changements qui pourront survenir ; elle fixera l’évolution des salaires et des prix, l’évolution apparaîtra de ce fait plus ou moins jugulée. Toutefois, le véritable croyant donne sa confiance à son Dieu, et l’homme moderne sait bien qu’il ne peut donner sa confiance à l’économiste ou même à l’ordinateur. Des événements risquent à tout instant de surgir en raison des troubles sociaux imprévisibles dans leurs conséquences. Tout en sachant qu’il est impossible de mater à l’avance les événements et d’en modifier le cours, l’homme peut se donner l’illusion de « créer » le lendemain, d’en devenir le maître en le forgeant lui-même. Illusion précaire qu’une telle sécurité. Les pronostics pourront s’ébranler d’un seul coup et tout homme avisé n’ignore point la fragilité de la prospective ; les plans, basés sur elles, risquent à chaque moment tragique de s’effondrer. C’est pourquoi la science de la prospective ne remplacera jamais la sécurité intérieure apportée par la foi du croyant.

L’HOMME DEVANT LA PREDICTION par Marie-Magdeleine Davy
(Revue PSI International. Numéro 3. Janvier-Février 1978)

Marie-Magdeleine Davy, dans son premier article publié dans le numéro 2 de PSI INTERNATIONAL, analyse l’attitude de l’homme face au mystère de l’avenir. Partagé entre les incertitudes angoissantes du hasard et de la chance, il s’efforce de déchiffrer à l’avance son destin. C’est ainsi que la prédiction joue son rôle de protection face aux événements. Aujourd’hui la prospective n’a pas ceci; la divination. Mais seul le croyant a la certitude de l’avenir.

Toutefois la vision des événements n’est pas identique. L’homme de foi sait, d’une connaissance certaine basée sur la Parole des Ecritures Saintes, que Dieu ne saurait abandonner sa propre créature : Dieu « l’entoure, l’élève, la garde comme la prunelle de son œil. Tel un vautour qui veille sur son nid, plane au-dessus de ses petits, [Dieu] déploie ses ailes… il cache [sa créature] sous son pennage » (Deutéronome XXXII, 10-12). Ainsi l’homme croyant se trouve rassuré. Son trésor essentiel réside dans sa fidélité à l’égard de ce Dieu qui devance son amour en l’aimant le premier et à qui il donne sa réponse en se confiant à lui. Or le trésor de l’homme moderne réside dans l’avoir, c’est-à-dire dans le confort et donc dans l’argent qui lui permet de l’acquérir. Mais pour l’homme de foi d’hier et d’aujourd’hui, dans la mesure où celui-ci perdure, la conjuration de l’à-venir, des événements futurs, s’effectue par la foi ; les biens qu’un tel homme veut sauvegarder ne sont pas menacés par les événements extérieurs. Par contre, la richesse, le pouvoir d’achat, le standing de l’existence sont constamment remis en question et l’événement peut surgir tel un séisme, en ébranlant les certitudes sécurisantes proposées par la prospective. Ainsi l’économiste ne saurait remplacer Dieu. Il ne peut provoquer et retenir totalement à son égard la confiance des hommes.

Plus un homme vit dans l’extériorité, plus il se tient à la merci des événements futurs. C’est ainsi que « la mort de Dieu » engendre l’insécurité de l’homme, ses maladies mentales, son inquiétude du lendemain. C’est la mort de Dieu qui provoque l’ère des psychanalystes et des psychiatres. Plus encore, quand certains monastères se vident ou mieux changent le mode de leur existence, quand leurs membres quittent la vie contemplative et le recueillement pour se jeter dans l’extériorité, l’activité, la politique, quand en un mot, ils abandonnent l’éternité pour le temps, les voici devenus la proie fragile des événements. Il faut nécessairement revenir au vieil adage qui, au Moyen Age, conservait tout son sens : « Dieu et le monde sont inconciliables ». Ce qui signifie que l’éternité, c’est-à-dire le temps sans temps et le temps historique sont opposés et que la sagesse serait de faire fondre le temps, de surmonter l’histoire et par conséquent l’événement en allant du multiple à l’unité.

L’homme moderne est si peu sécurisé par la science de la prospective qu’il consultera volontiers Madame Soleil et ses émules.

Ce n’est pas seulement l’homme moyen qui devient un consultant, mais l’homme politique. Ainsi l’inquiétude, qui fait partie intégrante de la condition humaine, a besoin de désensorceler l’événement, de le désamorcer, d’où l’importance de la prédiction pour l’homme qui n’a pas su trouver en lui-même les bases de sa sécurité par l’acquisition de la sagesse. Ainsi la mode du Hatha Yoga et du Yoga répond parfois davantage à un besoin profond de connaissance de soi, qu’à une nécessité de techniques apaisantes pour mieux faire face à la brutalité des événements à-venir, événements surgissant à la fois au-dedans et au-dehors, ou d’abord au-dehors — pour les plus faibles — avant de provoquer au-dedans de fâcheuses conséquences. La peur des événements futurs provoque l’agressivité et par conséquent la violence. Il est donc normal qu’en un temps où la mort de Dieu semble s’accomplir, l’homme moderne connaisse les troubles suscités par l’angoisse et ses succédanés.

Il existe par ailleurs une typologie des événements et tout particulièrement quand ceux-ci sont annoncés par des prédictions. D’où la nécessité d’établir une correspondance étroite entre les différents signes divinatoires qui doivent être retenus en raison justement de leur valeur significative ; on pourrait même parler à cet égard d’une stratégie. Quand des officiers appartenant à un état major étudient le plan d’une bataille, avec sous les yeux une carte géographique, il leur faut tenir compte du terrain, de ses structures et dénivellements, des cours d’eaux, des forêts, du climat non seulement relatif aux saisons mais aussi aux lieux dits ; l’humidité, les brouillards ont leur importance. Il en est de même à l’égard d’une prédiction, il importe d’examiner le contexte dans lequel elle s’insère, son climat, l’atmosphère dans laquelle surgit l’annonce des événements futurs.

Tout événement, pris dans sa singularité, déclenche une succession d’événements, ceux-ci se succèdent par voie de conséquence. Et si les faits sont considérés en tant que signes, eux aussi s’additionnent les uns les autres : les signes sont générateurs d’une prolixité de signes. Il conviendrait d’étudier, à ce propos, les processus d’implications. On pourrait se poser la question : existe-t-il une logique événementielle ? L’homme appartenant aux sociétés archaïques avait refusé d’introduire la logique dans sa connaissance mythique, d’où l’importance donnée à la divination. Dans la Bible, qui, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, présente la Parole de Dieu en tant que révélation, le monde de l’histoire apparaît avec ses événements. Mais il existe à la fois une dimension historique et un dépassement de celle-ci, non seulement car la Parole divine s’adresse à tous les hommes de tous les temps mais parce que l’événement est à la fois historique et métahistorique ; son accomplissement se produit dans le temps et hors du temps.

Le thème de la prédiction met donc en cause non seulement l’événement se déroulant à travers le temps et l’espace, mais la transcendance et l’immanence, l’esprit et la matière, la mécanique du destin face à la liberté et à la responsabilité de l’homme.
Par ailleurs le gouvernement du monde par Dieu, l’action de la Providence soulèvent chez l’homme moderne de nombreux points d’interrogation, et cela même chez le croyant. Il en est de même pour les énergies issues du cosmos qui apparaissaient douées de conscience et étaient parfois assimilées aux anges par les hommes du Moyen Age ; de telles énergies étaient censées ne pas agir dans l’aveuglement, elles semblaient opérer avec une étrange lucidité. A cet égard, la pensée chrétienne n’a pas su totalement reprendre pour elle et assumer la perspective juive dans laquelle s’inscrivaient les différents types d’anges. Le chaos, non seulement le chaos originel dont il est question dans la Genèse, mais le chaos de chaque époque et de chaque individu particulier, comporte toujours près de lui des sources de vie, donc de renaissance, d’où la présence des Hayoth distinguée par le prophète Ezéchiel. Ces Hayoth signifient la multiplicité des possibilités d’action possédées par Dieu et qu’il fait agir suivant les circonstances provoquées par l’attitude des hommes.

Dans la mesure où l’homme est inspiré par l’Esprit, il se tient ouvert aux énergies divines et cosmiques ; parfois il voudrait les récuser mais il est terrassé par elles. Ainsi, quand l’homme est inspiré par la visite de l’Esprit, il parvient à un état nouveau ; sorte d’extase qui détruit la sensibilité et peut le rendre insensible à la douleur. L’inspiré se métamorphose : « L’esprit de l’Eternel te ravira, tu prophétiseras… tu seras changé en un autre homme » (Cf. I Samuel X, 6). Jérémie s’écrie : « Il y a dans mon cœur comme un feu dévorant, qui est renfermé dans mes os. Je m’efforce de le contenir et je ne le puis » (XX, 79). Quand l’inspiré s’exprime avec violence, il ne cède point à une colère personnelle, il défend la cause de celui qui lui ordonne de parler et qui est le maître du destin, du monde des hommes. Toutefois l’homme inspiré, tel celui qui reçoit des prédictions, n’a pas toujours la grâce de les interpréter dans le temps ; tel n’est pas son office. Etant mû par une puissance mystérieuse son intuition n’a pas à entrer en exercice ; par contre l’intuition appartient à celui qui lit la prédiction et tente de la saisir.

L’intuition
L’intuition est toujours vraie, mais il est rare que l’homme soit capable de se tenir dans un état où l’intuition puisse jaillir de son cœur, c’est-à-dire de son centre. C’est pourquoi il confond aisément ses pressentiments, les découvertes de sa sensibilité, avec ce qu’il nomme volontiers, par erreur, intuition.

L’intuition est une faculté qui permet de saisir le sens caché qui est recouvert par des symboles, des formes et des images. Ces symboles, ces formes et ces images sont traversées par l’intuition qui les rend transparents. Ainsi l’obstacle est vaincu et l’esprit est découvert sous la lettre qui l’enveloppait. L’intuition, cette faculté suprême, ne dépend en aucune manière du mental mais de l’intellect. Cet intellect opère mystérieusement avec soudaineté, il conduit à la connaissance, tandis que le mental est mis en activité par l’homme lui-même qui peut, de ce fait, développer son savoir. L’homme ne saurait manier l’intuition à son gré comme il le fait à l’égard du mental. C’est pourquoi l’intuition, appelée suivant la tradition « l’Intellect agent », remplit un rôle d’intermédiaire ; tel celui de l’Esprit Saint situé entre le Père et le Fils, l’esprit de l’homme entre en activité quand l’intuition jaillit, et l’on peut dire que l’esprit de l’homme est lié à l’Esprit Saint lui-même. Grâce à son esprit qui est soudain mû, c’est-à-dire inspiré, l’homme découvre, il est illuminé. La lumière qui le visite soudainement est un reflet de la lumière divine. « Le cœur-intellect, dira Gilbert Durand, n’est pas autre chose que la présence du Principe d’Unicité en l’homme, son « Saint-Esprit ». Cette conception, si vivante encore au XIIe siècle, va se dégrader au XIIIe avec la scolastique. C’est à cette époque et non durant la Renaissance, comme on l’a souvent cru, que l’homme perd sa dimension humaine et commence à ne plus répondre à sa véritable vocation. Le voici en quelque sorte démembré et infirme, incapable désormais de discerner le rapport entre le ciel et la terre, l’infini et le fini. En perdant son unité, ou plutôt sa nostalgie d’unité, l’homme s’est aussitôt privé de son intuition, de son Esprit Saint. Certes, le malheur n’a pas atteint uniformément tous les hommes, mais il en a touché un grand nombre, et ceux qui ont été fidèles à leur Esprit Saint, ont souvent fait figure de personnages insolites, malmenés et parfois condamnés par les autorités religieuses.

Seule l’intuition est capable de saisir le sens des visions et prédictions. Que pourrait la raison, sinon tenter de transcrire et d’interpréter logiquement. Or la logique est privée de prises au niveau visionnaire, toute saisie est aussitôt bloquée. Seule l’intuition se place dans une perspective herméneutique qui lui permet de saisir ce qui apparaît secret à tout mode d’activité raisonnante. En cela, elle s’écarte totalement de la science : « Notre science — écrit Micheline Sauvage — mathématiques y compris, est positive, en ce qu’elle n’admet pas que les choses aient un envers, où gîterait leur vérité scellée, que l’invisible derrière le visible en détienne la raison ; c’est pourquoi elle ne connaît que des problèmes et point de secrets ». Les prédictions ne se présentent pas comme des problèmes à résoudre, mais comme des symboles à déchiffrer. Ce déchiffrement, cette lecture des signes est l’œuvre de l’intuition, de l’illumination de l’intellect, c’est elle qui va pouvoir distinguer l’essentiel dans les événements qui se déroulent dans le temps, et ainsi dépasser la durée, l’espace et l’histoire.

Le temps
L’événement se déroule dans le temps. Et c’est sur l’événement qui se présente dans le temps que la prédiction va jouer un rôle déterminant. D’une part elle annonce des événements futurs ; d’autre part elle peut établir des pronostics à l’égard de leur mutation. Ainsi le temps qui semble se dérouler inexorablement, sur lequel l’homme apparaît privé de prises, pourra se modifier. Si Dieu est apparu durant longtemps comme le maître du temps, on peut dire aussi que l’homme porte une responsabilité à l’égard du temps puisque, dans la perspective des prédictions, il provoquera le malheur ou le bonheur, les calamités ou la récompense suivant sa « mauvaise » ou sa « bonne conduite ».

L’éternité est une et indivisible, le temps est multiple. Il est communément divisé en temps historique, cosmique et existentiel. La prédiction concerne cette triple division. Le temps historique contient les faits, les événements. Le temps cosmique est présenté par l’alternance des nuits et des jours. Quant au temps existentiel, il se dégage de l’histoire et de la cosmologie, il se suffit à lui-même : il concerne le « sans temps », c’est-à-dire qu’il part du temps mais le dépasse dans son terme. Ces différents temps, considérés d’une façon extérieure, appartiennent aussi au temps de l’homme. Celui-ci a son histoire, ses alternances intérieures d’ombre et de lumière et aussi le temps « sans temps » de la profondeur qui le fait échapper aux fluctuations de la mobilité de la condition humaine.

En examinant le jeu des prédictions dans l’histoire, l’impact de la prédiction sur les temps historiques et cosmique sera envisagé ; quant au temps existentiel, il importe ici d’en préciser le sens. L’originalité du temps existentiel est de rendre l’homme contemporain non seulement des événements qu’il vit, mais de tous les événements et ainsi de le faire devenir le contemporain de tous les hommes du passé, du présent et de l’avenir. Ce n’est point par son corps ou par l’âme, qui anime ce corps que l’homme épouse une telle contemporanéité, mais uniquement par la découverte de sa dimension de profondeur qui échappe au temps.

Cette dimension de profondeur, qu’on peut appeler avec Maître Eckhart le « fond secret » de l’homme, désigne le point d’éternité qui constitue le trésor de l’homme et qui lui permet d’assumer le passé et l’avenir dans l’unité de l’instant présent.

Pour décrypter l’avenir, l’homme se sert volontiers du passé ; ce passé semble « gros » du futur, car il apparaît l’engendrer à la façon de l’adage : « tel père, tel fils ». Cette subordination réciproque est jugée éclairante ; en fait elle n’intervient pas dans le temps existentiel puisque celui-ci échappe totalement au temps historique.

Dans les tragédies antiques, le coryphée explique et commente les événements en les déroulant successivement, car il connaît leur début et leur fin. En quelque sorte, il les voit en les survolant. De même l’homme, situé au-delà du temps historique, n’est plus accaparé par les événements, il peut en parler avec la liberté que donne le dégagement provoquant à leur égard une parfaite indépendance.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en dépassant le temps esclave de l’histoire, on ne le supprime pas, mais on l’éclaire en le rendant en quelque sorte transparent. Le temps se trouve ainsi illuminé par l’éternité ; l’histoire baigne dans cette éternité dont on ne peut rien dire sinon qu’elle ne connaît aucune limite, aucune frontière. Si on tentait de la définir, on la nommerait simplement « Vie ». Aucun autre terme ne pourrait mieux lui convenir. Mais cette vie est plénière, elle n’est plus seulement passage entre la naissance et la mort ; elle est antérieure à l’apparition par la naissance et postérieure à la disparition physique par la mort. Ainsi comme le montrent certains théologiens, à propos de l’Evangile de Jean, l’événement historique est éclairé par le mystère. Seul le mystère accomplit une fonction illuminatrice.

Pourquoi parler de mystère ? Simplement parce que le fond secret de l’homme ne saurait supporter la moindre description, seule l’expérience de sa découverte peut en rendre compte. Toutefois le mystère illuminateur ne refuse pas l’événement, il s’y réfère. Ainsi l’histoire n’est pas annulée mais éclairée, et de ce fait les événements présentent un tout autre sens.

C’est pourquoi en scrutant les prédictions, en étudiant les visions des grands visionnaires, ce qui est dit et vu ne doit pas être pris à la lettre, sinon le sens en serait immédiatement faussé.

Ce temps spirituel n’appartient donc pas à l’histoire ; il se déroule dans le mystère de l’intériorité. Dans les prédictions valables, il existe un sens caché qu’il importe de découvrir, sinon la prédiction est hermétiquement scellée. Henry Corbin a parlé fort justement de « la relation entre le temps des événements et le temps et le lieu de leur rencontre. Telle est la clef permettant de pénétrer dans la chambre close des prédictions.

La démarche du lecteur, concernant les prédictions, exige dans un premier mouvement de transformer l’événement extérieur en événement intérieur et, dans un second mouvement, de saisir les conséquences extérieures de cet événement intérieur. Tout part du dedans et non du dehors ; c’est le dehors qui est une conséquence du dedans. Quand on a pu saisir cela, les prédictions, d’apparence les plus insignifiantes, prennent leur véritable relief.

« Il y a un temps autre que celui de l’histoire, un temps réel, sacral, qui est celui des événements du monde invisible dont l’âme est le lieu » (Henry Corbin). Ainsi le lieu réel, effectif des prédictions n’est pas tout d’abord l’histoire, mais l’âme, l’histoire ne surviendra que par ricochet ; c’est-à-dire que l’intériorité se prolonge dans l’extériorité, intériorité et extériorité étant indissociables. Cette conception repose sur l’unité du microcosme (l’homme) avec le macrocosme (l’univers).

[1] Le naufrage du Titanic: Le paquebot « le Titanic », steamer de la compagnie britannique « White Star Line », était, lors de son lancement, un des fleurons de la navigation atlantique. Lors de son voyage inaugural, qui se déroulait au milieu d’une ambiance de fête, une erreur de pilotage détourna le paquebot, qui approchait des côtes américaines, vers le Sud de Terre-Neuve. Le malheur eut été léger si, le 14 avril 1912, un gigantesque iceberg ne s’était trouvé sur la route du steamer. Le choc fut violent. Presque coupé en deux, le paquebot devait sombrer en quelques heures. La plupart des installations de sauvetage se révélèrent insuffisantes et inefficaces. Lorsque tout espoir fut perdu, les passagers se rassemblèrent sur le pont et attendirent la mort en chantant « Plus près de Toi, mon Dieu… ».

[2]  Nicolas Berdiaev (1874-1948) philosophe, pneumatologue, prophète, professeur à l’Université de Moscou, exilé en raison de son idéologie, s’est installé en France (Clamart) en 1925.