UG
Vouloir la paix, c’est créer la guerre

Changer le monde procède du même élan que celui de se changer soi-même ; ils vont de pair. Si ceci est fini, cela est fini. Vous ne parlez plus du désordre dans le monde ; vous ne parlez plus de ces horribles guerres dans le monde ; il n’y a rien que vous puissiez faire à leur sujet. Votre recherche est responsable de la guerre ! Vous ne comprenez pas cette chose simple. Tant qu’il y a de l’amour, il y a de la guerre ! Les deux vont ensemble.

À propos d’UG lire l’introduction de l’article: l’anti-enseignement d’UG

Les commentaires en gras dans l’entretien suivant figuraient dans l’original anglais

Essayer, essayer, essayer — et pendant ce temps les gens meurent

UG : Je vous le dis : toute l’humilité, la sensibilité, l’innocence, et toutes ces choses religieuses, comme la moralité — non pas que vous deviez devenir immoral ou toute autre chose de ce genre — je vous le dis, ce n’est pas le problème. N’importe quel imbécile peut le faire : essayer de modeler sa vie dans ce système, s’y intégrer et en parler. C’est ce que tout le monde fait maintenant dans le commerce sacré. C’est facile d’exploiter les gens, mais ça n’a rien à voir avec cela du tout. Désolé. Mais ces enseignants, en font toujours des abstractions, et ils l’ont ensuite traduit en termes religieux et créé ainsi du business pour eux-mêmes.

Dire que c’est par compassion, pour ceci, cela ou autre, ne signifie absolument rien.

Changer le monde procède du même élan que celui de se changer soi-même ; ils vont de pair. Si ceci est fini, cela est fini. Vous ne parlez plus du désordre dans le monde ; vous ne parlez plus de ces horribles guerres dans le monde ; il n’y a rien que vous puissiez faire à leur sujet. Votre recherche est responsable de la guerre ! Vous ne comprenez pas cette chose simple.

Tant qu’il y a de l’amour, il y a de la guerre ! Les deux vont ensemble. On ne peut jamais faire confiance à ces gens. Et eux-mêmes deviennent.… leur enseignement devient la base de la guerre, vous ne comprenez pas ? C’est l’histoire, pas mon opinion. Les querelles ont lieu sans cesse ici ! Même entre eux, ils ne peuvent pas être ensemble. Alors, à quoi bon parler de ces choses merveilleuses ? Tout le monde peut le faire ; parler de demain et se complaire dans des platitudes morales — tout le monde peut le faire.

À moins que l’ensemble ne soit dépouillé de ces choses, vous ne pouvez pas comprendre ce dont je parle.

On pense : « C’est un homme d’une grande humilité », hmm, « Il n’a pas d’ego, c’est un homme désintéressé ». Cela n’a rien à voir avec cela. C’est pourquoi ces enseignements ne touchent rien ici ; ils n’ont jamais rien touché. La vie humaine suit son cours à sa manière.

Et l’autre extrême, c’est de pratiquer ou de prêcher l’athéisme, ce qui est tout aussi ridicule. L’athéisme est toujours lié à dieu. Que Dieu existe ou n’existe pas n’a aucune importance. Si Dieu n’existe pas, vous créez un héros. Vous extériorisez ce que vous voulez être. Vous créez un modèle et essayez d’être comme lui. Tout cela devient une farce. Même aujourd’hui, les gens feraient n’importe quoi, donneraient n’importe quoi, juste pour embrasser l’anneau du pape !

Il est souvent très surprenant de voir à quel point UG réussit à relier ses enseignements abstraits à des questions pratiques et mondaines, même si parfois ses démarches dans cette direction restent assez énigmatiques.

Lorsque nos dirigeants politiques présentent un nouveau plan, il est facile pour nous de nous faire une opinion. La façon dont UG parle des questions politiques, sociales, économiques et autres est très originale et touche leur fondement même. Il est donc plutôt difficile pour nous de nous faire une opinion sur ses points de vue avec un certain degré de solidité. Le sujet de ce chapitre est un bon exemple de cette difficulté.

UG, j’ai un problème !

Cette visiteuse et sa question donnent une bonne idée de l’approche radicale d’UG face aux problèmes :

Le problème, c’est que je ne peux pas voir ma mère pleurer ; alors je suis gentille avec elle. Et je ne peux pas frapper mon père. C’est mon problème. Est-ce un problème moral ?

UG : Frappez votre père et oubliez votre mère ! Ils pleureront jusqu’à ce que leurs yeux deviennent secs.

Est-ce une question de morale ?

UG : Qu’y a-t-il de moral là-dedans ?

Eh bien, j’ai l’idée que je fais quelque chose de mal. Vous voyez, je ne veux pas leur faire de la peine.

UG : Il n’y a rien qui cloche chez vous. Mais vos parents vous ont dit que c’est de l’indifférence, un manque d’attention, hmm ?

Ils ont fait tellement pour moi !

UG : Quoi ? Ils n’ont rien fait pour vous, ils ont tout fait pour eux-mêmes ! Ils voudraient vous faire croire qu’ils ont beaucoup fait pour vous.

J’ai tellement de problèmes avec ma mère, ils sapent mes activités. Pourtant, je m’occupe d’elle, je suis gentille et agréable avec elle. Mais cela me fatigue tellement.

UG : Et pourtant, vous le faites. Pourquoi ? Vous ne faites que me poser seulement des questions. Je n’ai aucune solution à vos problèmes. Je ne vois même pas de problème au départ. Personne n’a de problèmes, seulement des solutions.

Oui, je sais tout ça.

UG : … Et ces solutions ne sont pas vraiment les solutions. Voilà le vrai problème. Si c’étaient les solutions, les problèmes ne devraient plus être là. Et s’il n’y a pas de solution pour le problème, le problème ne peut plus rester là. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas de problème, car le problème est la solution proposée par on-ne-sait-qui — votre culture, votre société. Vous vous sentez tout le temps coupable…

Oui, c’est ça, coupable.

UG : « Ce n’est pas bien de faire ça, c’est immoral, on ne s’attend pas à ce que vous le fassiez ». Mais, de toute façon, vous ne regardez pas le problème.

Selon UG, nous essayons de trouver des solutions à nos problèmes là où ils ne peuvent jamais se trouver.

Il existe une sorte de groupe de citoyens du monde, un groupe international…

UG : C’est une imposture. Il n’y a pas de citoyens du monde. Ça ne marchera jamais.

Ils réfléchissent à un passeport international.

UG : Ça ne marchera jamais.

Non, eh bien, peut-être ; mais c’est ainsi que va le monde.

UG : Ce n’est pas la façon dont le monde est, c’est la façon dont l’homme est. L’homme qui veut être un citoyen du monde, c’est lui le responsable.

Responsable des super nationalités ?

UG : Oui, parce qu’il a des frontières en lui. Elles doivent disparaître en premier. Ne faites pas confiance à cet homme qui parle de citoyenneté mondiale, ou qui dit qu’il n’appartient à aucune nation ou qu’il n’appartient pas à ce monde. Voyez-vous, chacune de vos pensées, chacune de vos expériences appartient à la société. Que dites-vous ?

Eh bien, je suis désolé, mais ça, je ne le comprends pas.

UG : Chaque expérience que vous avez appartient à la société. Cette structure de pensée que vous avez, sans elle, vous ne pouvez rien expérimenter. Tous vos plaisirs appartiennent à la société ; toute votre appréciation de la musique appartient à la société. Si vous allez écouter ces sottises, ces concerts classiques dans l’église de Saanen… (UG rit). (UG a dû rire de sa propre remarque peu charitable)… vous savez, cela appartient à la société, pas à vous.

Qu’est-ce que ça a à voir avec le citoyen chappy ?

UG : Tout en découle. Vous créez des frontières là, à l’intérieur de vous, et tant que vous pensez, les frontières sont là. La pensée crée une frontière, elle vous sépare.

Et qu’en est-il de la création d’un citoyen du monde ?

UG : C’est une blague ! C’est une réaction. Tous ces gens qui ne voulaient pas aller se battre à la guerre voulaient ce genre d’excuse. Ces gens-là, ce ne sont pas des internationalistes ; il n’y a rien là, juste des paroles. Ne les croyez pas. Ne leur faites pas confiance.

Ils ont une organisation intéressante.

UG : Oui, oui, une organisation intéressante ! Mais elle ne sera jamais matérialisée, vous pouvez en être certain. Ceux qui veulent appartenir à un tel groupe, ce sont eux qui rendront la chose impossible. Ne leur faites pas confiance.

Vous voulez dire, parce qu’ils doivent être séparés ou différents des autres ?

UG : Oui.

Cher UG, il y a tant de chagrin et tant de guerres dans le monde ; n’y a-t-il vraiment rien que nous puissions faire pour éliminer la cause même de tout cela ? D’accord, « faites l’amour, pas la guerre » et « flânez en fumant un joint et en portant des fleurs dans les cheveux » n’ont pas fonctionné, mais il doit y avoir quelque chose que nous pouvons faire pour empêcher la destruction agressive de tout et de tous dans ce monde.

La prochaine conversation plutôt agressive nous montrera ce que nous pouvons réellement faire pour amorcer cette transformation. Les problèmes mondiaux se révèlent plus humains que nous ne le pensions. Et à cause de cette qualité, ils s’avèrent aussi terriblement inhumains et difficiles à résoudre.

UG : Je ne fais que signaler — je ne dis rien contre — mais je ne fais que souligner l’absurdité de la pensée humaine. Vous voyez, ce Aime ton prochain… d’un côté, et tuer des milliers et des milliers de femmes, d’enfants pour cet idéal, de l’autre côté — c’est absurde !.

Mais toute civilisation n’est-elle pas… ?

Cette conversation parle de notre structure de pensée et de notre civilisation basée sur celle-ci, lesquelles n’ont rien à voir avec la survie ou la Vie. La soi-disant bestialité des animaux est l’expression même de la Vie, contrairement à notre brutalité humaine, qui n’est que l’expression maladive de l’égoïsme.

. . . Ne trouve-t-elle pas son origine dans le fait que, même si nous le faisons, nous savons que c’est mal ? .

UG : Pourquoi le faites-vous alors ? Vous dites, Nous savons que c’est mal. Savoir qu’une chose est mauvaise et continuer à la faire est une chose inexcusable.

Toute justice, tout droit est venu de la notion qu’une action est mauvaise. Nous n’acceptons pas que des gens soient tués. Nous savons que des gens sont tués. Néanmoins, nous n’acceptons pas qu’ils soient tués, et…

UG : Qu’est-ce que cela veut dire ? Tant que vos proches ne sont pas tués, tout va bien, dans un endroit lointain.

Non, ce n’est pas bien.

UG : Si ce n’est pas bien, pourquoi le tolérez-vous ?

Nous ne le tolérons pas.

UG : Alors, que faites-vous ? Vous le soutenez ?

Nous ne le soutenons pas.

UG : Alors, que faites-vous ?

Nous le dénonçons simplement.

UG : à quoi cela sert-il ? Vous êtes tellement incapables de faire quoi que ce soit. Vous avez élu des gens qui massacrent les gens. Vous avez voté pour eux, n’est-ce pas ?

Oh, allez, monsieur ! Vous ne pouvez pas parler comme ça !

UG : Comment voulez-vous que je parle ?

Vous ne pouvez pas parler comme ça. Ce n’est pas sérieux.

UG : C’est sérieux.

Ce n’est pas parler sérieusement de problèmes sérieux.

UG : Quels sont les problèmes sérieux, hmm ?

Les problèmes sérieux sont que, bien que toutes ces forces soient à l’œuvre, comme vous le dites, nous devons encore veiller à ce que le monde ne devienne pas un chaos total. Si ce que vous dites est vrai, nous vivrions dans un chaos total dans lequel l’homme serait un loup pour l’homme, et où chaque homme dévorerait les autres. Et je ne minimise pas la gravité de cette situation.

UG : Vous pouvez fermer les yeux et vous dire que tout va bien dans le monde…

Je ne ferme pas les yeux ! Je ne suis pas un idéaliste au sens de cette histoire du petit mouton et du prêtre, qui est un vieux conte de fées intitulé « Je change l’agneau chaque jour » (Un lion et un agneau semblaient pouvoir vivre en paix l’un avec l’autre, mais le prêtre expliqua plus tard que chaque nuit il remplaçait l’agneau à moitié mangé par un autre agneau vivant. Cette histoire drôle, UG nous l’avait racontée il y a quelque temps pour montrer que les idées romantiques de l’amour n’ont pas de base réelle). Vous savez, raconter cela à des gens sérieux n’est pas sérieux.

UG : Qu’y a-t-il donc de si sérieux, monsieur ? Racontez-moi votre histoire sérieuse.

L’histoire sérieuse est que le monde est un endroit très sanglant où vivre et que nous devons le rendre le moins sanglant possible.

UG : Alors, nous ne sommes pas responsables du fait que le monde soit très….

Nous sommes responsables.

UG : Alors qu’est-ce que vous faites à ce sujet ?

Oui, nous en sommes responsables. Tous les gens qui n’y pensent pas, et ceux qui agissent sans réfléchir et tuent sans réfléchir — ce sont ces gens-là qui mettent le bazar dans le monde où nous vivons.

UG : Quelle est votre responsabilité ? Quel rôle pouvez-vous jouer pour rendre ce monde moins sanglant qu’il ne l’est. Dites-le-moi, s’il vous plaît, monsieur !

Dire aux gens qu’ils doivent utiliser leur pensée à bon escient et qu’ils ne doivent pas agir comme des idiots.

UG : Ils nous disent cela depuis des siècles. Ça n’a pas l’air d’avoir servi à grand-chose.

La politique est une chose à très long terme.

UG : Oui, et pendant ce temps, des milliers de personnes sont mortes et disparues. À quoi cela me sert-il ?

Oui, mais vous l’acceptez ; vous dites que les gens agissent ainsi.

UG : En quoi cela me sert-il ? Demain, ce sera un endroit merveilleux pour vivre, vous allez créer un paradis…

Non, je ne vais pas créer un paradis !

UG : Alors que faites-vous ?

Je sais que la culture est une chose qui doit être construite chaque jour depuis le début. Nous ne parlons pas en termes de paradis et de bien éternel. Non !

UG : Alors, de quoi parlons-nous ?

C’est une lutte.

UG : Pendant combien de temps ?

Jusqu’à la fin !

UG : Soixante-dix, quatre-vingts ans de votre vie ?

Jusqu’à la fin. Tous ceux qui disent que le paradis existe et qu’il y a une vie possible sans lutte — une sorte de Nirvana — où rien ne se passe…

UG : Ça n’existe pas, c’est un rêve, une chimère. Même ceux qui ont parlé du Nirvana ont massacré des gens.

Oui, c’est bien ce que je dis !

UG : Alors que faisons-nous à ce sujet ? On attend la fin du monde, ou quoi ?

Je suis d’accord avec vous.

UG : Que faisons-nous alors !

Mais que dites-vous de ce que nous devrions faire ?

UG : Je ne vous dis pas de faire quoi que ce soit. Je ne fais que souligner l’absurdité que nous avons créée nous-mêmes. Et quel est le moyen d’en sortir ?

Je sais que c’est absurde. Mais l’issue, au sens d’une solution globale, totale demain, prête pour tout le monde, n’existe pas. C’est une lutte. Il s’agit juste de réfléchir à ce que nous pouvons faire.

UG : Et donner des conférences.

Qui donne des cours ?

UG : C’est tout ; la pensée ne peut vous aider qu’à faire des discours sur la façon dont le monde devrait être dirigé, sur la façon de faire du monde un endroit où il fait bon vivre et sur la façon dont….

Et comment y mettre fin ?

UG : Je n’y mets pas fin. Vous voyez, c’est vous qui parlez de lutte, de lutte, de lutte. Et cette lutte dure depuis des siècles.

Et vous tuez, tuez, tuez ?

UG : C’est vous qui tuez. Je ne suggère pas cela, pas du tout. Je vous dis que les gens qui parlent de paix sont ceux qui tuent. Ceux qui parlent d’humanitarisme sont ceux qui tuent. Mais qu’en est-il de ceux qui meurent !

Vous prenez seulement note du fait que des gens sont tués, et… pour le reste (du peuple) vous ne faites rien ?

UG : Et vous, que faites-vous ? Les autres participent aussi au meurtre, bien sûr !

Et vous ? Je ne sais pas ce que vous voulez dire. Tout le temps, je me demande ce que vous voulez dire.

UG : J’ai déjà dit que tout ce que vous faites par la pensée est destructeur par nature. Et vous dites que l’action impulsive est la solution ; pas du tout.

Non, je n’ai pas dit ça. Non, non, non, je vous ai demandé : quelle est la force motrice de l’action, car, si la force motrice de l’action n’est pas la pensée, alors je ne peux voir que l’impulsion comme moteur de l’action. C’est ce que je vous ai demandé.

UG : C’est tout ce que vous savez. Vous voyez, ce n’est ni l’un ni l’autre.

Qu’est-ce que c’est alors ? Quelle est la force motrice de l’action ?

UG : Toute action qui naît d’un motif est destructive par nature, et elle le restera ! C’est tout ce que je dis ! Alors, quelle autre action pensez-vous pouvoir avoir, à part celle-là…. ? Non, c’est à vous de répondre.

Je vous ai demandé ce qu’est…

UG : Je vous l’ai dit : il n’y a pas de solution. Le monde continuera exactement comme il l’a fait depuis des siècles.

Pourtant, j’ai le…

UG : Nous pouvons toujours parler d’essayer, d’essayer, d’essayer, mais pendant ce temps, des gens meurent. Tant qu’il ne s’agit pas de vos proches, tout va bien ; nous pouvons nous asseoir et discuter, élaborer des plans sur sept ans, quatorze ans, vingt et un ans, et (pendant ce temps) des centaines de milliers de personnes meurent. Nous pouvons tous réfléchir et préparer des plans, bien sûr.

Et vous pensez qu’il n’y a rien à faire ? Qu’on doit les laisser mourir ?

UG : Nous les laissons mourir. Nous ne sommes pas intéressés.

Vous n’êtes pas intéressé ?

UG : « Vous n’êtes pas intéressé ! Vous voulez penser ; alors, si vous pensez, quelle est votre solution ? Ne me demandez pas quelle est ma solution. Je ne vois pas une seule chose que vous puissiez faire en tant qu’individu. Et si vous faites quoi que ce soit collectivement, vous tuerez des gens, que ce soit au nom de la religion ou au nom d’une idéologie politique ou au nom d’une philosophie particulière. Et qu’est-ce que vous pouvez faire en tant qu’individu ? Rien du tout.

Un individu peut se sauver de cette situation monstrueuse dans laquelle il se trouve et vivre en paix dans ce monde et en paix avec lui-même. Que cela ait ou non un effet sur le monde ne vous concerne pas. Vous dites donc : « Je suis vraiment préoccupé par le monde », mais vous ne faites rien pour le monde. Vous vivez dans votre propre monde. Je ne dis pas que c’est mal, mais je vous montre simplement ce qu’il en est. Regardez simplement cela et découvrez par vous-même si vous avez des solutions aux problèmes du monde.

En réalité, vous ne vous intéressez pas vraiment au monde ; vous vous intéressez à vous-même. Ainsi, tant que vous cherchez la sécurité pour vous-même pour quelque raison que ce soit, il ne peut y avoir aucune sécurité dans ce monde. Nous avançons progressivement vers la destruction de l’ensemble de l’humanité. Il n’était pas possible, il y a quelques centaines d’années, de détruire l’ensemble de l’humanité. Et cette destruction n’est qu’une extension de l’individu qui tente de protéger son propre mode de vie et sa propre façon de penser, ce qui a conduit à la découverte d’armes destructrices dotées d’un énorme pouvoir de destruction, capables d’anéantir toute l’humanité. Individuellement, que pouvez-vous faire ? Élaborer des plans, parler d’une utopie, du Royaume de Dieu ou de Dieu sait quoi, et quand ?

Toutes les religions ont échoué ; et tous les systèmes politiques ont échoué. Il n’y a rien que vous puissiez faire en tant qu’individu, et d’ailleurs, vous n’êtes pas intéressés à faire quoi que ce soit. Vous ne faites que parler de la misère du monde. Et agir collectivement signifie que vous ajouterez plus de misère au monde. Collectivement, cela signifie que nous appartenons tous à un groupe. Et lorsqu’il y a un groupe avec une idéologie particulière basée sur une croyance particulière, il y a un autre groupe avec une idéologie différente basée sur une autre croyance. Et alors les croyances se combattent, et tout ce que vous croyez devient une force destructrice dans le monde. C’est tout ce que je veux dire.

Je ne dis rien contre la violence. Je fais seulement remarquer que la non-violence n’a aucun fondement. C’est l’opposé de la violence, mais il n’y a pas de place pour elle. C’est cela qui a transformé l’homme en névrosé. Deux choses coexistent en lui : il est violent et il veut être pacifique. Donc, vouloir être en paix n’a pas de fondement réel, parce qu’il est tout le temps violent ; il y a donc ce conflit entre les deux. Cette paix n’existe pas. Ce qui est réel, c’est la violence qui est ici.

Quand un individu nourrit l’idée qu’il veut être pacifique

UG : C’est en soi une violence. Vous voyez, c’est comme une personne qui veut être en bonne santé. Si la question de vouloir être en bonne santé se pose, cela signifie que vous êtes en mauvaise santé. C’est pourquoi vous voulez être en bonne santé. De la même manière, vous êtes déjà violent. Ce qui a créé cette situation, c’est l’autre, le concept de paix. C’est comme l’horizon : l’horizon n’existe pas du tout ; c’est la limitation physique de l’œil qui a créé l’horizon. Mais l’horizon n’existe pas en réalité. C’est donc cela qui a créé l’opposé pour qu’il puisse continuer. Vous allez être en paix seulement demain ! Mais le fait est que la violence est là. Et vous ne vous en occupez pas du tout. Vous devez faire quelque chose avec cela — avec cette violence — et non avec cette pensée de paix. Occupez-vous de cela et non de ce qui n’existe pas, à savoir l’idée de la paix, une paix inexistante.

Vous voyez, cette discussion n’a aucun sens, car nous discutons de quelque chose qui n’existe pas du tout. Si cela existait, vous n’en parleriez pas et n’en discuteriez pas. Vous agiriez ! Et ce qui agit maintenant, c’est la violence. C’est tout ce que je veux dire. Toute culture est construite sur le fondement même de la violence, sinon il ne peut y avoir aucune culture.

Votre mode de vie est la violence. Vous pouvez condamner un petit meurtrier ici, un autre là, et le mettre en prison. Mais voyez-vous, c’est du sadisme. Ce type qui vole votre bouteille de lait ici est mis en prison pour sept ans. Bon, j’exagère un peu… Mais vous êtes tous des gens sadiques. Il veut manger quelque chose, c’est tout, il a faim, ce pauvre type…

Très bien — ce n’est pas une leçon facile.

Mais le pire est encore à venir : Comme un véritable enseignant, UG va maintenant tester notre compréhension.

UG : Alors, qu’avez-vous tiré de tout cela ? Dites-le-moi.

Euh…

UG : Est-ce que ça a un sens pour vous ?

Oui… que vous devez vous accepter tel que vous êtes.

UG : Oui, mais pouvez-vous le faire ? À quoi bon que je vous le dise ? Vous ne pouvez pas le faire.

Non, on ne peut rien faire.

UG : Alors c’est du non-sens, cela n’a aucune signification pour vous.

Eh bien, maintenant, on prend conscience que nous…

UG : voilà encore un mot : conscience. Très bien, très bien, soyez conscient… Pourquoi faut-il créer des écoles pour dire aux gens d’être conscients ? Si un individu n’est pas conscient de sa situation névrotique, pourquoi ne l’est-il pas ? Vous voyez, c’est un homme névrosé et il veut changer le monde ; c’est un homme malade et il veut changer le monde entier. Alors vous ouvrez des écoles, vous ouvrez des bordels, vous cez des fondations, vous lancez toutes sortes de choses. Voyez-vous comment cela dégére ? Non, cela ne dégénère même pas : à la source même, il n’y a rien. Ne blâmez pas les adeptes, c’est dans la source même… Vous ne voyez pas que votre désir de changer ce monde porte déjà cette chose vicieuse. Si vous n’êtes pas conscient de cela, hmm, nous parlons d’attention, de conscience — c’est la pire chose névrotique que nous ayons dans ce monde. Tout ce qui naît de cela finit dans des situations psychotiques : la violence et les guerres. Ainsi, cet enseignant est plus névrosé que ceux qui viennent l’écouter, pour quelque raison que ce soit. Il pense qu’il est un sage, un homme éclairé, un homme transformé ; vous voyez, c’est la plus grande erreur que vous puissiez faire. Parce qu’il est névrosé. Il parle contre l’illumination et pourtant il s’assied sur une estrade pour célébrer son jour d’illumination. Que pensez-vous d’un tel homme ? Il dit qu’il n’y a pas d’enseignement, pas d’enseignant et pas de pensées, et vous faites tout pour préserver l’enseignement pour la postérité. Pourquoi ? Si cet enseignement n’est pas préservé pour la postérité, rien n’est perdu pour l’humanité.

UG semble critiquer Rajneesh et J. Krishnamurti dans le passage ci-dessus (1984).

UG : Et tous ces enseignements qui ont été préservés ont créé tout le désordre dans ce monde ; c’est certain ! Ce n’est pas mon opinion personnelle ; c’est l’histoire. Si vous lisez l’histoire, vous comprendrez. Les enseignants eux-mêmes sont responsables. Ces enseignements ont jeté les graines de la destruction de l’humanité. Ils peuvent parler d’amour, de compassion, de bonté, de fraternité, d’amour du prochain, et de toutes ces choses ; mais quel est le résultat ?

Mais quand le monde sera parfait, alors tout cela sera parfait aussi.

UG : Quand attendez-vous que le monde soit parfait ? Quand ? Et tous ces gens sont des gens parfaits, hmm, ces enseignants ? Et ils ont créé cela, leur enseignement !

Mais…

UG : Leur enseignement !

Oui, euh, mais… mais…

UG : Quel mais, mais ? Dites oui. C’est un fait. Donc, il est évident qu’ils ne sont pas parfaits.

Eh bien, vous avez dit une fois : Qu’est-ce qui ne va pas dans le monde ?

UG : Je ne vois rien de mal dans le monde. Il parle de changer le monde, et ces enseignants parlent de changer le monde. Les enseignants et les adeptes parlent de se changer eux-mêmes d’abord et ensuite le monde. Je ne vois rien de mal dans le monde. Où est la question de changer le monde, de réformer le monde, de transformer le monde ?

Mais quand je regarde ma situation, je réalise que je suis complètement seul, que je crée mon propre monde, névrosé ou non. Le monde est ma création, ma projection.

UG : Oui, d’accord ; et alors ?

Eh bien, vous pourrez alors dire…

UG : Pourquoi voulez-vous vous changer vous-même, tout d’abord ? Pourquoi voulez-vous changer cette situation ?

Parce qu’alors, vous pouvez voir que vous essayez toujours de changer votre situation.

UG : Oui, oui, changez-vous d’abord… Pourquoi ?

Je ne sais pas.

UG : Que voulez-vous dire par je ne sais pas ? Vous devez trouver vous-même une réponse à cela.

Ce sentiment est là.

UG : Quand ce sentiment est là, vous allez créer un monde chaotique, parce que vous créez vous-même un désordre.

Oui, mais que puis-je faire de ce sentiment, de ce désir de changer ? Vous dites que c’est absurde, mais…

UG : Que faites-vous ?

Rien.

UG : Non. Vous voulez changer, évidemment ! Vous voulez provoquer un changement en vous. Pourquoi continuez-vous à essayer ? Vous avez échoué jusqu’à présent.

Je ne sais pas. Le désir est là, mais d’où vient le désir, je ne sais pas d’où il vient.

UG : Ce désir est simplement là ; il n’a pas besoin de venir du ciel. Il est là. Ainsi, aussi longtemps que vous voulez vous changer, vous parlerez en termes de changer le monde, et cela créera le besoin de tous ces enseignants. Et les enseignants exploitent cette situation. Les enseignants sont responsables parce qu’ils vous donnent l’envie de vous transformer en un homme meilleur, un homme bon, généreux, compatissant. Maintenant que tout cela a échoué, un type arrive et dit : J’ai une révolution, la seule révolution ! Oui, une révolution bidon ! C’est bidon — vous voyez cela ? Ou bien il parle de transformation radicale ; eh bien, quelle absurdité radicale ! C’est toujours la même vieille absurdité, et elle entre par la porte de derrière. Vous voyez, ils ont un nouveau type de cigarette à vendre aux gens, une nouvelle marque. Mais en fait, c’est la même cigarette. Mais vous la voulez, et tant que vous la voulez, ces colporteurs seront là sur le marché, à vous vendre ces marchandises de pacotille. Et vous en êtes satisfait. Et si vous ne voulez plus changer, toute l’histoire s’arrête là.

UG, mais ne voyez-vous pas le problème qu’en fait vous êtes… interrompt un autre visiteur.

UG : … responsable de vous-même ?

Non, que vous faites la même chose que cet homme, J. Krishnamurti ?

UG : Alors, que faites-vous ici ? (Rires)

Non, UG, non. Je pense que ce que vous dites est absurde !

UG : Pourquoi restez-vous stupide alors que vous ne voulez pas écouter le fait que vous êtes d’abord un idiot ?

Je ne suis pas un idiot.

UG : Alors pourquoi êtes-vous ici ?

J’attends quelqu’un ; il me ramènera chez moi dans sa voiture.

UG : Vous n’êtes pas obligés de vous rester assis ici. Vous pouvez attendre dehors, fumer votre haschich. Vous voyez, vous êtes un sacré idiot, sinon vous ne seriez pas ici !

La conversation vive se poursuit pendant un moment. Elle se résume au fait que la simple présence du visiteur contredit son propre argument. Puis l’autre personne poursuit son questionnement :

Mais encore une fois UG  : quand vous voyez que…

UG : Que voulez-vous dire par quand vous voyez ? Vous n’allez pas voir ! Ces plaisantins vendent ça : Voyez, voyez, voyez ! Quand allez-vous voir ? Vous ne pouvez pas voir.

C’est un mot.

UG : Il n’y a rien à voir tant que vous pensez qu’il y a quelque chose à voir. Vous êtes accroché à cette idée de voir. Mais qu’y a-t-il à voir ? Il n’y a rien à voir !

Voir le désir de se changer soi-même ou de changer le monde.

UG : Très bien, quand allez-vous le voir ?

Euh… quand on est conscient.

UG : Oahww. . . Très bien : et quand cette conscience va-t-elle se manifester en vous ?

Après, euh, après. . .

UG : Après quand ? Jamais ! Après signifie jamais !

Jamais?

UG : Jamais ! Il n’y a rien à voir là-bas.

Je ne comprends pas. C’est peut-être idiot, mais je…

UG : Non, ce n’est pas stupide. (en souriant)

Eh bien, votre question est-elle : Comment arrêter le désir ?

Un troisième questionneur assiste maintenant le premier questionneur, qui semble totalement désorienté. Il y a une grande différence entre lire ces conversations et être sur place et y participer.

Non, non. Euh… quand, quand, euh non, quand on, si vous… excusez-moi, euh…, bégaie le premier visiteur.

UG : Vous pouvez le mettre dans la langue que vous voulez, cela ne fait aucune différence.

Eh bien, tous mes mots sont juste des pointeurs, euh… des signes.

UG : Mmm? La science ?

Des signes… pour donner une direction. Et ils n’ont aucun sens par eux-mêmes.

UG : Écoutez : s’il n’y avait pas de sens, vous ne le feriez pas. D’une manière ou d’une autre, vous êtes accroché à cette idée, implantée par votre culture, par votre société, de ce que vous appelez le désir de changer. Cela vient de là et vous l’avez accepté parce que (vous croyez) que le changement vous aidera à être en harmonie avec la société et non en conflit avec elle. C’est tout ce qui vous intéresse. Alors, quand allez-vous voir que ce désir ne sera jamais satisfait ?

Et puis, quand vous

UG : Quand il n’y a pas de vision, il n’y a pas de désir. C’est la demande de voir qui, d’une manière ou d’une autre, maintient ce désir en permanence. Donc, vous n’allez pas le voir. Votre vision ne fait que repousser la possibilité que ce désir sorte de votre système une fois pour toutes.

La réflexion ?

UG : Vouloir voir. Ce désir d’apporter un changement, en douceur ou autrement, ne va pas se produire, parce qu’il n’existe tout simplement pas. Vous êtes pris dans ce problème de voir. C’est une nouvelle astuce. Personne ne s’inquiète de voir cela ; seul le désir est là et il y a soit sa satisfaction, soit sa suppression pour une raison ou une autre. Vous avez donc inventé ce nouveau mot voir. Les psychologues en sont en partie responsables. Maintenant, vous devez voir cela, non pas pour primer votre désir ni pour le satisfaire. Mais c’est la même chose. Ce n’est pas différent de l’autre. Et donc, lui, votre maître, arrive et vous dit : Ne primez pas votre désir, ne faites rien pour le satisfaire, contentez-vous d’être conscient. Et qu’est-ce que c’est ? C’est aussi un désir. Vous utilisez une autre formule : Soyez simplement conscient, hmm ? C’est tout.

Oui, un tour de l’esprit.

UG : C’est la même chose. Donc, vous ne faites rien avec le désir ; mais vous changez simplement de technique. Vous vous êtes vendu à une nouvelle technique, accroché à une nouvelle technique de « voir cela » ou « simplement être conscient ». Mais le désir est quelque chose que vous ne pouvez pas voir. Vous ne pouvez pas vous séparer du désir ; il n’est donc pas question de voir le désir. Il n’y a pas de désir ; seulement la pression de votre désir, pour une raison ou une autre, et la satisfaction de votre désir, pour une raison ou une autre. En plus de cela, vous avez maintenant un nouveau gadget, un nouveau jouet avec lequel jouer, et qui s’appelle : « Ne faites aucune de ces choses, mais soyez simplement conscient ». Ne comprenez-vous donc pas que vous jouez à un jeu d’idiot, un nouveau jeu d’idiot ?

Un type, très habile et persuasif, vous vend ces produits de pacotille et vous achetez cette camelote ! Et puis vous commencez : « Maintenant je vais être simplement conscient, sans condamnation, sans justification et sans identification », et toutes ces idioties ! Donc, de nouveaux mots, de nouvelles phrases, mais vous restez dans la même situation. Comment pouvez-vous regarder le désir, voir votre désir ou être votre désir ou primer votre désir ? Ils partiront, les désirs partiront quand le corps deviendra un cadavre ! Si vous le faites maintenant (si vos désirs disparaissent), il (votre corps) va devenir un cadavre maintenant ! Mais vous n’allez pas tuer ce désir !

Euh… La dernière chose que je…

UG : Jamais !