Brij B. Khare
Les dimensions de l’apprentissage

Que doit donc faire un éducateur bien intentionné et réfléchi ? Il peut examiner les enseignements de J. Krishnamurti, qui remet en question les fondements de la culture éducative actuelle. Krishnamurti ne se contente pas de critiquer la structure actuelle de l’éducation, il pose également des questions profondes sur la nature de l’esprit humain et de la condition humaine. Contrairement à toutes les autres tentatives de relance du système éducatif, son approche ouvre de nouvelles possibilités au sein de cultures particulières et s’efforce d’établir une configuration de valeurs entièrement nouvelle, susceptible à son tour de créer une nouvelle pédagogie et une nouvelle civilisation.

Préface

J. Krishnamurti peut être considéré comme un véritable Socratique, et, en effet, comme l’un des derniers. Tout comme Socrate jadis, il soulève la question de l’Être. Le dialogue est la méthode qu’il a choisie pour accomplir cette tâche. C’est la tâche la plus difficile que l’on puisse entreprendre. Krishnamurti estime que toute éducation digne de ce nom doit explorer la question de l’Être. Qu’est-ce qu’une éducation qui ne libère pas l’homme de sa caste, de sa couleur, de sa race et de son conditionnement culturel ? L’éducation formelle n’a pas aidé les hommes à devenir des personnes universelles. Les institutions sont pleines de divisions, et les conflits internes qui y règnent sont de notoriété publique. En réalité, elles n’ont fait que produire des diplômés à la vision étroite qui dispensent l’information avec autorité. Une telle tâche pourrait être accomplie par des ordinateurs, mieux capables de gérer des informations complexes. En somme, le système éducatif a perdu la vision holistique de la vie.

Un tel état de fait remonte à Platon, qui a remplacé l’Être par le Savoir. Platon croyait que les Universaux ou Idéaux abstraits constituent la réalité ultime. De plus, même si Platon (et Socrate) disait : « Connais-toi toi-même », personne ne s’est demandé comment il était possible d’être à la fois le connaisseur et le connu. Que l’objet de la connaissance fût le Soi ou les Idées, Platon mettait l’accent sur le Savoir plutôt que sur l’Être, et favorisait un dualisme entre le connaisseur et le connu. En effet, l’accent mis sur le savoir a finalement conduit à la révolution scientifique, dont les conséquences relèvent de l’histoire. Hélas, à la suite de cette révolution, l’humanité est contrainte de vivre dans la peur et l’angoisse à cause de l’explosion atomique passée et de la possible explosion future.

La forme dualiste de pensée de Platon fut ensuite compliquée par le style dualiste de René Descartes ; il introduisit la distinction corps-esprit, subjectif-objectif, divisant ainsi l’existence humaine. Les langues imprégnées de dualisme ne peuvent éclairer la véritable nature de la vie. Le sanskrit non dualiste, en revanche, éclaire l’existence humaine, par exemple en ne possédant pas de cas possessif. L’absence de cas possessif fait comprendre que l’homme ne possède rien, et que penser ou ressentir en termes de possession est une simple illusion. Le dualisme même du langage et de la pensée peut rendre plus difficile la compréhension de ce que Krishnamurti cherche à transmettre.

Krishnamurti estime que chaque être humain doit traverser sa propre expérience humaine unique afin de devenir un être universel libre de préjugés. Il considère que les êtres humains ne doivent pas être des adeptes d’aucun système, aussi élevé soit-il. Être adepte, c’est renier ce qui vous est propre. En d’autres termes, il vous demande d’être une lumière pour vous-même. Par conséquent, il refuse d’être le gourou de quiconque et refuse de donner des étapes, des règles ou des méthodes. Faire cela reviendrait à nier l’unicité d’une personne. Sa vision de l’éducation, enracinée dans la solitude, peut sauver le monde si quelque chose peut le faire. D’où son urgence.

Le dialogue de J. Krishnamurti est une invitation à surmonter son identité, qui existe comme une simple pensée dans l’esprit. Au-delà de cette pensée se trouve l’Être, qui peut apporter la paix, la joie, l’illumination — et, surtout, la dimension ultime dans cette vie.

K.V. Rajan, Ph.D., Psychanalyste chercheur

Les dimensions de l’apprentissage

Jiddu Krishnamurti considère l’éducation comme fondamentale pour transformer l’esprit humain et façonner un nouvel environnement social. Des changements fondamentaux pourraient survenir si, parallèlement à l’enseignement de diverses disciplines et compétences, les enfants acquéraient également la capacité de prendre conscience des processus de leur propre pensée, de leurs sentiments et de leurs actions. Cette prise de conscience tendrait à les rendre observateurs et ouverts d’esprit. Elle pourrait également instaurer un haut niveau d’intégrité personnelle et favoriser des relations justes avec leurs semblables, avec la nature et avec l’univers lui-même.

Une leçon utile que nous pouvons tirer de J. Krishnamurti est de cultiver une attitude de scepticisme à l’égard des institutions humaines, qui sont, après tout, créées par des êtres humains avec toutes leurs limites. En effet, les doutes concernant les postulats fondamentaux de la structure et du fonctionnement éducatif se répandent partout, en Europe, en Asie et en Amérique. On prend de plus en plus conscience que les modèles éducatifs existants sont au bord de l’effondrement et qu’il existe actuellement un manque total de relations significatives entre l’esprit humain en développement et la société contemporaine complexe. L’épuisement des ressources, la pauvreté et la violence poussent tous vers une rupture ultime de l’ordre social tel que nous le connaissons. À un tel moment de l’histoire humaine, une pédagogie entièrement nouvelle s’impose.

Que doit donc faire un éducateur bien intentionné et réfléchi ? Il peut examiner les enseignements de J. Krishnamurti, qui remet en question les fondements de la culture éducative actuelle. Krishnamurti ne se contente pas de critiquer la structure actuelle de l’éducation, il pose également des questions profondes sur la nature de l’esprit humain et de la condition humaine. Contrairement à toutes les autres tentatives de relance du système éducatif, son approche ouvre de nouvelles possibilités au sein de cultures particulières et s’efforce d’établir une configuration de valeurs entièrement nouvelle, susceptible à son tour de créer une nouvelle pédagogie et une nouvelle civilisation.

On soutient que la structure complexe des interactions humaines, de l’apprentissage, des prédispositions et du comportement dépendra encore davantage des institutions éducatives, c’est-à-dire des enseignants, en l’an 2000 qu’elle ne le faisait dans les années 1960 ou 1970. Pour le présent, il est donc nécessaire de développer une compréhension claire de concepts alternatifs de socialisation et d’éducation.

Krishnamurti a fait des références répétées à l’éducation holistique ; il insiste sur le fait que l’esprit humain ne doit pas être détruit par l’éducation. Pendant environ soixante ans, il a donné des conférences dans le monde entier, soulignant l’importance d’une éducation appropriée ; le but de la vie ne devrait pas être de se conformer, mais de devenir sensible à toutes sortes d’expériences humaines.

J. Krishnamurti a développé une philosophie complète, qui englobe une métaphysique, une épistémologie, une ontologie, une pédagogie et une éthique. Il s’agit en effet d’un accomplissement remarquable pour une personne qui affirme n’avoir rien lu des philosophes passés qui, selon beaucoup, ont guidé la vie humaine. Son message principal reste que ce n’est qu’en niant nos concepts actuels que nous pouvons apprendre la réalité.

Liée à cette épistémologie se trouve son approche non dualiste de la pensée, point culminant de sa philosophie du soi. Selon lui, notre mode de pensée dualiste, qui sépare le soi de ce qu’il fait ou expérimente, est en cause. Il nous fait imaginer que les expériences sont quelque chose que nous traversons, plutôt que quelque chose que nous sommes nous-mêmes.

Selon Krishnamurti, l’expérimentateur est l’expérience. Ils ne sont pas deux entités séparées. De même, l’observateur et l’observé ne font qu’un. Krishnamurti insiste pour que nous prenions conscience des limites du dualisme et observions nos propres peines, solitudes et ignorances comme premières étapes pour transformer le soi et la société dans laquelle nous vivons — dans cet ordre. Une telle transformation, affirme-t-il, peut et doit se produire instantanément, et non progressivement, par le biais d’un quelconque programme « bien conçu » visant à contrôler la pensée ou à acquérir un certain type de savoir.

Pour Krishnamurti, il est indéniable que la pensée est la véritable cause de la misère humaine. La connaissance, qui est la fonction de la pensée, engendre la dépendance. Nous pensons généralement que, par la connaissance nous devenons libres, indépendants et libérés. Mais la liberté implique la découverte de quelque chose de totalement et réellement nouveau ; le rôle de la pensée dans l’acquisition de la connaissance consiste simplement à diminuer notre capacité à voir et à expérimenter quelque chose de complètement différent, frais et inconnu auparavant.

La connaissance ne mène pas nécessairement à l’intelligence. Être cultivé est une chose ; être intelligent en est une autre. La connaissance s’acquiert et s’accumule à partir de sources — parents, enseignants, amis et médias — autres que le soi, et celles-ci ne peuvent pas directement contribuer au développement de l’intelligence. Qu’est-ce donc que l’intelligence ? Pour Krishnamurti, ce n’est pas une capacité toute faite dont on serait naturellement doté. Ce n’est pas un réservoir de quoi que ce soit. C’est simplement regarder, écouter et s’interroger. C’est en effet une conscience intense et profonde de l’ensemble de la vie, non d’un aspect de la vie considéré comme bon ou mauvais, mais de l’intégralité du contenu et du flux de la vie. Être profondément conscient des joies et des peines de la vie, et se laisser emporter par les courants de la vie, c’est être intelligent. Être conscient de la totalité de la vie sans avoir de préférences ni émettre de jugements de valeur, c’est être intelligent. Si nous sommes ouverts d’esprit et non attirés de manière étroite par un aspect particulier de la vie, nous interrogeons, écoutons et observons le flux et le reflux de la vie avec sensibilité, et sommes conscients sans avoir à faire de choix.

Selon Krishnamurti, le temps joue un rôle important uniquement dans les domaines de connaissance et de mémoire. La connaissance appartient au passé, non au présent ; elle est stockée dans la mémoire. Nous accumulons toutes sortes de connaissances ; plus nous le faisons, plus nous nous considérons comme instruits, sans réaliser que la connaissance et l’expérience acquises alourdissent l’esprit, qui devient encombré d’informations provenant du passé. Par conséquent, nous devenons en réalité dépendants du passé. Pour comprendre la nature de cette dépendance, nous devons véritablement libérer notre esprit sans faire de choix. Observer et être simplement conscient est un exercice d’intelligence. La conscience surgit spontanément lorsque nous exerçons notre intelligence sans tenter de choisir. Lorsque le choix intervient, la pensée fait disparaître l’intelligence.

L’esprit peut-il se vider du connu, de la connaissance accumulée du passé, et simplement être intensément conscient de « ce qui est » ? Krishnamurti souhaite que nous atteignions ce calme de l’esprit qui nous permet d’être conscients des pensées qui traversent la conscience. Cette conscience n’est pas un mouvement de l’esprit. L’esprit cesse simplement de différencier ce qui est juste ou faux, désirable ou indésirable. Il observe simplement le flux de la pensée. Selon Krishnamurti, cette observation, qu’il décrit comme une « conscience sans choix », est très productive pour apprendre et vivre, et pour gérer toutes sortes de conflits.

Ainsi, pour Krishnamurti, le véritable problème est très simple : une grande partie de notre pensée et de nos actions subséquentes produit des conflits, ce qui empêche notre liberté et notre destin de se réaliser. Nous avons l’habitude de comparer, bien qu’il soit profondément négatif de penser comparativement. Depuis la petite enfance, on nous parle de saints et de héros nobles, et on nous incite à leur ressembler. De même, tout au long de notre éducation, avec ses examens réussis ou ratés, ses notes et son suivi, nous sommes amenés à nous comparer à nos camarades. Cela inculque un véritable esprit de compétition, d’agressivité et de violence. La véritable éducation devient secondaire et, à cause de cela, les élèves ne sont jamais libres.

Pouvons-nous aider les enfants à devenir libres ? Pouvons-nous les aider à prendre conscience sans leur imposer notre volonté ? S’ils peuvent faire l’expérience de ce que signifie vivre sans comparaison, ne feront-ils pas aussi l’expérience de la véritable liberté ? Le renversement de tout le système qui met l’accent sur le fait de « devenir quelqu’un » constitue peut-être la véritable transformation qui conduira à une liberté extraordinaire. Favoriser et cultiver cette liberté devrait, sans aucun doute, être la fonction réelle et unique de l’éducation. Malheureusement, peu d’institutions éducatives remplissent une telle fonction. C’est pourquoi l’habitude humaine de penser en termes de comparaison, de compétition et de « devenir quelqu’un d’important dans la vie » persiste et est rarement remise en question. Ce n’est que lorsque nous pouvons libérer les élèves de cette manière de penser que nous pouvons véritablement commencer à enseigner et à favoriser l’apprentissage. Après tout, apprendre ne consiste pas simplement à accumuler une grande quantité d’informations, mais à découvrir quelque chose de nouveau et d’unique. Apprendre ne signifie jamais seulement accumuler des connaissances ni parvenir à des conclusions ; c’est un mouvement, et non un état de repos.

L’éducation contemporaine, partout dans le monde, est orientée vers la préparation des élèves à se conformer à la société, à la culture particulière ainsi qu’à l’ordre socio-économique et politique dans lesquels ils vivent. Les parents et les enseignants contraignent les jeunes à acquiescer, à se fondre dans le courant de la société et de la culture. Lorsque des individus ne parviennent pas à se conformer à l’ordre social, c’est le système éducatif qui est tenu pour responsable. Le conformisme apporte une stabilité temporaire à la société, même s’il prive les individus de la liberté de s’épanouir selon des voies singulières qu’ils découvrent eux-mêmes. Selon la philosophie krishnamurtienne, un tel épanouissement individuel peut toutefois signifier une déstabilisation provisoire des anciennes manières de vivre et le refus des prescriptions imposées par la société.

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Un groupe d’éducateurs californiens et leurs étudiants participèrent à une série de discussions avec J. Krishnamurti lors de sa visite aux États-Unis au printemps 1981. Quatre séances eurent lieu avec lui à Ojai, en Californie.

Au cours de la première séance, cinq lycéens s’interrogèrent sur le sens d’une éducation qui exige des jeunes qu’ils se conforment au moule de la société. Krishnamurti souligna que les élèves doivent apprendre non seulement des matières particulières, mais aussi le mouvement de la vie dans son ensemble, et accorder une attention particulière à l’établissement de relations avec les êtres humains et avec la nature. Il discuta avec eux de l’usage de la connaissance du passé qui, expliqua-t-il, perturbe l’observation nécessaire dans une relation réelle, humaine ou autre. À la fin de la discussion, les élèves posaient des questions d’un tout autre ordre et commençaient à voir ce que Krishnamurti voulait dire.

La deuxième séance réunit six étudiants universitaires préoccupés par la médiocrité de la société contemporaine et le caractère insatisfaisant de l’existence humaine. Une grande partie de la discussion porta sur la futilité d’avoir un idéal, de toujours s’efforcer de devenir quelque chose. Un autre sujet important fut la supériorité présumée de la connaissance par rapport à l’ignorance. Malgré une grande accumulation de connaissances, il fut généralement admis que les êtres humains étaient demeurés psychologiquement les mêmes. Par conséquent, le véritable problème auquel l’humanité est confrontée consiste à se libérer du conditionnement qui met l’accent sur le fait de « devenir quelqu’un », nous asservit et nous divise. La conscience humaine est si diversifiée que ce que nous sommes intérieurement n’est pas ce qui est immédiatement observable. À la fin de la séance, un groupe d’étudiants particulièrement perspicaces s’accorda avec Krishnamurti pour reconnaître que penser en termes d’idéaux détruit les êtres humains. Reconnaître cela, selon Krishnamurti, ouvre une porte sur un insight infini.

Quatre enseignants du secondaire participèrent à la séance suivante ; leur intérêt était d’explorer la nature, la fonction et la responsabilité de l’enseignant. L’affirmation de Krishnamurti selon laquelle le rôle de l’enseignant est le plus important de la société fut généralement acceptée, mais, à maintes reprises, les contraintes du système furent considérées par les enseignants comme un obstacle difficile à surmonter. La structure de l’éducation moderne exige que les enseignants attribuent des notes et attendent des élèves qu’ils rivalisent les uns avec les autres. Les enseignants disposent de peu d’options : ils peuvent soit soutenir le mode de fonctionnement établi, soit devenir des révolutionnaires. Cette dernière option entraîne invariablement l’exclusion du système, et l’enseignant finit par abandonner la profession.

La dernière séance réunit six professeurs aux orientations diverses. Ils venaient des domaines des humanités, des sciences sociales, des sciences naturelles et de l’éducation. Les professeurs commencèrent leur exploration par une discussion sur la relation entre le bien et le mal. Ils examinèrent le rôle de la méditation dans le changement et conclurent par une réflexion sur les questions liées à l’insight. Pour contribuer à l’avènement d’une bonne société, soutenaient-ils, il faut éviter le mal toujours présent. Mais, à maintes reprises, Krishnamurti leur rappela que la société est ce que sont les individus, puisqu’elle est créée par eux. Notre vision de la vie résulte de notre pensée ; la pensée dirige nos actions, dit-il aux universitaires. Nos pensées créent les croyances en la compétition et en la réussite, lesquelles engendrent corruption et violence. Ces croyances et ces idéaux n’apportent qu’un faux sentiment de sécurité ; ils reposent en réalité sur la peur. Krishnamurti souligna également que l’esprit doit être libre de telles croyances pour que l’insight puisse se manifester. Les insights relatifs à des problèmes spécifiques ne sont peut-être pas des panacées, affirme Krishnamurti, mais elles peuvent nous permettre de converger vers un centre à partir de chemins différents. Le véritable méditant, qui cherche sincèrement et observe « ce qui est », comprend les limites de la pensée et connaît la fin du conflit et de la peur. Une perception instantanée de « ce qui est » engendre une action juste. Krishnamurti répéta que, lorsqu’il y a insight, il y a une liberté totale, et l’apprentissage se produit instantanément.

Il ne s’agissait pas de l’intelligence académique habituelle à laquelle ces éducateurs étaient exposés, mais d’une qualité humaine unique et innée. Il leur apparut clairement que les quatre dialogues qu’ils eurent avec J. Krishnamurti comportaient des implications sérieuses pour l’éducation ; de nouvelles dimensions et de nouveaux cadres conceptuels fondés sur un insight spontané s’y révélèrent. Il peut sembler que l’ampleur considérable et l’importance attribuées à cette philosophie soient disproportionnées par rapport aux preuves substantielles disponibles. C’est pourquoi nous souhaitons aujourd’hui rendre accessible la transcription intégrale de ces quatre séances, particulièrement à ceux qui suivent les enseignements de J. Krishnamurti, mais aussi à quiconque s’intéresse à son approche de la pédagogie et de la socialisation, ainsi qu’à son application à l’éducation américaine à tous les niveaux.

Ce projet fut parrainé et financé à ses débuts par le Teacher Corps, un programme du gouvernement fédéral, et administré par l’Université d’État de Californie, campus de San Bernardino. Pour l’administrateur du projet Teacher Corps, faire participer des élèves et des enseignants du secondaire, ainsi que des étudiants et des professeurs d’université, à un dialogue avec Krishnamurti sur des questions importantes constituait une manière de découvrir comment les programmes éducatifs traditionnels pouvaient être transformés afin de relever les défis de demain.

Les enregistrements vidéo des quatre séances ont également été montés pour un usage pédagogique en classe. Les bandes, accompagnées des transcriptions, devraient offrir une occasion précieuse de diffuser les résultats de ces rencontres. Elles seront particulièrement utiles aux étudiants qui se préparent à enseigner ainsi qu’aux enseignants engagés dans la formation continue. Ainsi, grâce à ce volume des actes, nous espérons atteindre un public susceptible de jouer un rôle important dans la diffusion d’informations concernant les nouvelles dimensions de l’éducation en particulier, et les questions relatives à l’esprit en général.

Les chapitres II à V se composent chacun d’un prologue suivi du dialogue proprement dit. Les prologues tentent de saisir le mouvement de la pensée de Krishnamurti tel qu’il s’est manifesté au cours du dialogue. Ils résument le contenu des discussions en essayant d’en reproduire le passage fluide d’un sujet à un autre. Un lecteur occasionnel pourra simplement parcourir l’introduction, les prologues des chapitres II, III, IV et V, ainsi que la conclusion. Un lecteur averti et profondément intéressé devrait lire l’ouvrage dans son intégralité.

Dans le chapitre II, « La place de la connaissance », les lycéens s’entretiennent avec Krishnamurti.

Le chapitre III, intitulé « Observation et apprentissage », est la transcription du dialogue entre les étudiants universitaires et Krishnamurti. « Apprendre par l’exemple », thème abordé par les enseignants de lycée avec Krishnamurti, constitue le sujet du chapitre IV. Le chapitre V, dans lequel les professeurs d’université et Krishnamurti entretiennent un échange animé, explore le « Contenu de l’apprentissage ». Le chapitre VI offre une conclusion générale sur la relation entre l’apprentissage et la nature ainsi que le contenu de l’esprit dans la pensée de Krishnamurti. Parce que Krishnamurti est presque totalement inconnu du monde universitaire, ce chapitre met ses enseignements en relation avec ceux de certains penseurs occidentaux bien connus. Il tente également de relier ces enseignements à l’action, à une nouvelle pédagogie. Si nous nous contentons d’écouter Krishnamurti, de lire les dialogues et les biographies sans répondre ni agir, nous ne parviendrons jamais à « faire naître un esprit nouveau ».

Krishnamurti a longtemps été, et demeure encore, un penseur influent du monde moderne. Ce volume revêt une importance particulière parmi ses œuvres. Il contient des commentaires sur les implications des discussions, et les discussions elles-mêmes constituent de nouveaux commentaires de Krishnamurti sur un sujet qui intéresse les lecteurs en général, les étudiants et, tout particulièrement, les éducateurs. Parmi les lecteurs potentiels figurent également les enseignants des écoles Krishnamurti autorisées à travers le monde, qui connaissent souvent très peu la philosophie de Krishnamurti lorsqu’ils commencent à enseigner. Espérons que ce volume, avec ses transcriptions intégrales et ses commentaires sur les dialogues, leur servira d’introduction particulièrement utile.

L’éducation est plus qu’une activité de classe. Les dialogues montrent clairement que le défi et le problème de l’éducateur sont le problème humain lui-même. Krishnamurti montre avec une parfaite clarté que l’éducateur ne peut s’appuyer ni sur une méthode ni sur Krishnamurti lui-même pour guider sa relation avec ses élèves. Les enseignants doivent compter sur eux-mêmes et enseigner et vivre en se fondant sur leur propre compréhension la plus claire.

Une étude attentive des dialogues empreints d’humanité et de sollicitude, consignés et éclaircis ici permettra certainement aux enseignants et aux éducateurs d’entrer en contact étroit avec les véritables enjeux de leur profession.

Extrait de Things of the mind