Robert Powell
L’unicité de l’observateur et de l’objet

Nous nous laissons si facilement tromper par nos sens ; nous acceptons comme une vérité absolue tout ce que nos organes sensoriels nous transmettent. Malheureusement, il n’existe pas de vérité absolue à cet égard. Nous avons perdu de vue le fait que l’observateur et l’objet se trouvent dans une relation ; c’est-à-dire que les deux […]

Nous nous laissons si facilement tromper par nos sens ; nous acceptons comme une vérité absolue tout ce que nos organes sensoriels nous transmettent. Malheureusement, il n’existe pas de vérité absolue à cet égard. Nous avons perdu de vue le fait que l’observateur et l’objet se trouvent dans une relation ; c’est-à-dire que les deux parties contribuent au résultat final, et qu’au niveau le plus profond, il est impossible de déterminer où s’arrête l’observateur et où commence l’objet. Il n’en résulte aucune vérité objective — c’est-à-dire ultime —, seulement une relation très superficielle ou une vérité relativiste. Enfin, même cette relation doit être transcendée, car une relation implique toujours subtilement des « entités » et donc une dualité.

Prenons par exemple deux personnes, dont l’une est daltonienne, qui perçoivent toutes deux le même objet. Chacune verra un objet différent, bien qu’elles soient incapables de comparer précisément leurs impressions. Or, qui peut dire laquelle des deux descriptions de l’objet est la bonne ? Certains pourraient soutenir que l’observateur non daltonien (j’évite soigneusement le terme « normal ») a raison, car il perçoit une image plus complète. Mais alors, qui peut affirmer qu’une image plus complète est nécessairement la plus correcte ? Qu’est-ce qui est « correct » dans ce contexte ? On pourrait tout aussi bien soutenir que l’image la plus simple est la bonne et que nous, en tant qu’observateurs, y ajoutons une complexité superflue — une « impureté », en quelque sorte.

Traditionnellement, en science, on privilégie une hypothèse plus simple pour expliquer des phénomènes inconnus plutôt qu’une hypothèse tout aussi efficace, mais plus complexe. Un observateur venu d’une autre planète pourrait voir l’objet dans des couleurs inconnues de l’observateur terrestre. De tels débats pour déterminer quel objet est le « véritable » peuvent se poursuivre à l’infini. Une brève réflexion sur ce problème montrera qu’il n’existe pas d’observation « correcte » unique ni de description unique de l’objet pouvant être qualifiée de vérité ultime. Si l’on en prend pleinement conscience, n’apparaît-il pas alors clairement qu’en fin de compte, il n’existe aucun objet en tant que tel, indépendant de l’observateur ? Et de la même manière, on constate en outre que l’observateur, représenté par l’image de notre corps, n’est lui aussi qu’une simple apparence dépourvue de substance réelle. Ainsi, seule la conscience qui sous-tend toutes ces observations est réelle. Le monde des objets et de leurs relations, qui influence si fortement notre être et notre fonctionnement, n’est que la matière dont sont faits les rêves.

Extrait de Beyond Religion