Oui, le cerveau reptilien est un vieux favori de la psychologie populaire. Par exemple, saviez-vous que votre cerveau reptilien « alimente la rumination mentale et l’anxiété sociale » ?
L’affirmation selon laquelle nous avons un cerveau reptilien sous-jacent à notre cerveau humain est un élément incontournable des manuels de psychologie de premier cycle universitaire et réapparaît dans de nombreux autres contextes, probablement parce qu’il est tout simplement trop agréable pour qu’on accepte de l’abandonner.
Vous vous sentez froid et sans cœur ? Blâmez votre cerveau reptilien
Le neuroscientifique Paul D. MacLean (1913-2007) a développé cette théorie dans les années 1960. Son livre de 1990, The Triune Brain in Evolution, postulait l’existence de trois couches cérébrales successives : la couche reptilienne (physiologie), la couche des premiers mammifères (émotion) et la couche des mammifères plus évolués (intelligence). Carl Sagan a popularisé cette notion avec son livre de 1977, The Dragons of Eden (tr fr Les dragons de l’Eden).
Il est facile de comprendre pourquoi les gens peuvent s’accrocher à l’idée d’un cerveau reptilien pour expliquer — ou fournir une pseudo-explication à — des sujets complexes. Mais les bases neuroscientifiques de cette idée ne sont tout simplement pas très convaincantes. Un article récent de Science Daily, provenant de Georgia Tech, nous aide à comprendre certains des problèmes en jeu. Extrait de « Scientists challenge a 70-year-old “lizard brain” myth » :
De nombreux choix importants semblent opposer la raison à l’émotion. La culture populaire décrit souvent cette tension comme une lutte entre deux parties du cerveau : un centre plus récent et plus avancé consacré à la pensée rationnelle, et un ancien « cerveau reptilien » qui fonctionne par instinct. Mais l’histoire évolutive du cerveau semble bien plus complexe qu’une simple lutte entre l’ancien et le nouveau.
Intelligence contre émotions
Les cerveaux des animaux diffèrent, ont constaté les chercheurs, quant à la proportion d’espace consacrée au néocortex (l’« intelligence ») et au système limbique (les « émotions »), en fonction des besoins pratiques :
Cette répartition pourrait contribuer à expliquer des différences frappantes entre les animaux réels. Le tatou à neuf bandes, qui dépend fortement de l’odorat, possède un très grand système limbique. Le singe-écureuil, qui dépend fortement de la vision, a un cerveau dominé par le néocortex.
Dans les 182 espèces incluses dans l’étude, les résultats suggèrent que l’évolution du cerveau consiste moins à ajouter progressivement de nouvelles couches de « logique » qu’à redistribuer l’espace entre différents systèmes de connexions en fonction de ce qui aide un animal à survivre.
Extrait de l’article en libre accès :
Nous avons constaté que les réseaux optimisés pour les représentations visuelles, somatosensorielles et auditives développent des cartes spatiotopiques ordonnées, dans lesquelles les unités tirent leurs informations de régions localisées de l’entrée sensorielle. En revanche, les réseaux optimisés pour les représentations olfactives et la mémoire relationnelle développent des cartes fragmentées, avec des schémas distribués de convergence de l’information.
Il s’avère que les animaux possèdent des cerveaux très différents, cohérents avec ce dont le reste de leur corps a besoin pour vivre. Et il n’existe pas d’explication simple à la complexité du cerveau humain, qui est peut-être l’objet le plus complexe de l’univers.
Texte original publié le 10 septembre 2026 : https://scienceandculture.com/2026/09/return-of-the-lizard-brain-it-seems-not/