Iain McGilchrist : l’IA contre l’âme humaine

Le Dr Iain McGilchrist s’est acquis une renommée mondiale grâce à ses théories sur les deux hémisphères du cerveau. Mais que pense-t-il des progrès que semble accomplir l’IA vers la conscience ? Quels risques l’IA fait-elle peser sur notre sentiment de qui nous sommes, sur notre manière de penser, sur notre âme ? Finira-t-elle par nous surpasser ?

Denyse O’Leary : Le retour du cerveau reptilien ? Il semble que non

La culture populaire décrit souvent cette tension comme une lutte entre deux parties du cerveau : un centre plus récent et plus avancé consacré à la pensée rationnelle, et un ancien « cerveau reptilien » qui fonctionne par instinct. Mais l’histoire évolutive du cerveau semble bien plus complexe qu’une simple lutte entre l’ancien et le nouveau. […] Il s’avère que les animaux possèdent des cerveaux très différents, cohérents avec ce dont le reste de leur corps a besoin pour vivre. Et il n’existe pas d’explication simple à la complexité du cerveau humain, qui est peut-être l’objet le plus complexe de l’univers.

Denyse O’leary : Les personnes ayant un cerveau divisé ont-elles des voies de communication cachées ?

Ce que les neuroscientifiques ignorent de manière scandaleuse, c’est la dichotomie entre ces deux choses : le fait est que, quand on sectionne le corps calleux, les commissures, ou ce qu’on veut couper, on interrompe les perceptions de manière très nette et définitive. Et on n’interrompt pas les conceptions. Et la neuroscience n’a aucune bonne explication à cela.

John Horgan : Un explorateur du cerveau repense la conscience

J’ai proposé de considérer le rôle de l’amygdale face au danger non pas comme celui d’un centre de la peur, mais plutôt comme le produit d’un circuit de survie défensif, en réservant le terme d’état mental « peur » à l’expérience consciente. Je m’attendais à ce que la partie consciente soit rejetée ou ignorée, car de nombreux chercheurs sur l’amygdale avaient été formés par des mentors issus de la tradition behavioriste. Mais je ne m’attendais pas à un rejet de la terminologie du circuit de survie défensif, puisque les termes « défense » et « peur » étaient utilisés de manière interchangeable pour décrire les comportements conditionnés par l’amygdale. Cela semblait être un moyen d’être clair, mais ce ne fut pas le cas.

Denyse O’Leary : L’étonnant fait que révèlent les patients au cerveau divisé

Diviser le cerveau humain en deux peut sembler radical, mais cela a permis d’empêcher des crises d’épilepsie autrement incurables de se propager à l’ensemble du cerveau. Roger Sperry (1913–1994) a reçu le prix Nobel pour avoir découvert les subtils handicaps dont souffraient les patients au cerveau divisé. Il a établi que les hémisphères droit et gauche remplissaient des fonctions différentes. Cependant, en règle général, les patients mènent une vie normale par la suite. Ce qui est étonnant, c’est que, malgré la division radicale de la perception, il n’existe pratiquement aucune division conceptuelle — même lorsque, à toutes fins pratiques, aucune partie de leur cerveau n’a accès à l’ensemble des informations dont le concept dépend.

Iain McGilchrist : Pourquoi le débat sur les différences entre les sexes et les hémisphères cérébraux n’est pas simple

On me demande parfois si l’on peut dire que l’hémisphère gauche est en quelque sorte « masculin » et l’hémisphère droit « féminin ». Je comprends pourquoi cette question est posée, mais il ne peut naturellement y avoir d’équation aussi simple ; et, comme je l’ai souligné au début de The Master and his Emissary, les preuves pourraient plutôt être interprétées dans le sens inverse. Au-delà de ce que je viens d’évoquer, il faut prendre en compte un certain nombre d’autres faits qui devraient inciter à la prudence…

Iain McGilchrist & Ruth Kastner : Physique quantique, taoïsme et hémisphères

Les travaux d’Iain McGilchrist présentent la thèse selon laquelle les deux hémisphères du cerveau ont des modes d’interaction avec le monde radicalement différents, et que leurs perceptions et fonctions respectives doivent être correctement intégrées pour permettre une avancée viable. Cette intégration adéquate nécessite de redonner à l’hémisphère droit sa place légitime de « maître ». J’évoque un parallèle avec cette idée dans les « mondes » dichotomiques de la physique quantique et de la physique classique. De plus, j’aborde la pertinence de la philosophie du processus de Whitehead, ainsi que les concepts taoïstes du Yin et du Yang, en accordant une attention particulière à l’importance et à la primauté du Yin sous-jacent au niveau quantique en tant que « Maître ».

Iain McGilchrist : La paresse de la mentalité de l’hémisphère gauche

Il y a pourtant quelque chose d’étrange que l’on pourrait remarquer dans les travaux de McGilchrist. Imaginons que demain, tout ce qu’il affirme au sujet de la spécialisation des hémisphères se révèle complètement faux. Il est intéressant de noter que tout le reste de son argumentation, si on l’accepte, resterait vrai. En d’autres termes, en ce qui concerne son argumentation, ses affirmations sont, à tout le moins, « métaphoriquement » vraies dans les deux cas. S’il existe des façons de penser ou d’appréhender le monde qui peuvent nous aveugler, et si une vision étroite doit être subordonnée à une vision d’ensemble, alors son idée fonctionne dans les deux cas comme une analogie.

Mike Levin : Bref argument sur l’espace platonicien : les motifs à agentivité-variable qui in-forment la physique, la biologie, l’informatique et les sciences cognitives

Cela fait un peu plus de 40 ans que je réfléchis à l’insuffisance du physicalisme et à ses implications scientifiques et personnelles. Mais je n’ai commencé à en parler publiquement qu’en 2025, car je ne voyais pas l’intérêt d’aller encombrer les rayons de philosophie et de New Age : les idées pertinentes sont anciennes, et de nombreuses personnes bien plus intelligentes que moi se sont déjà exprimées dans ce sens sans pour autant faire bouger les lignes du paradigme dominant. Ce qui a changé aujourd’hui, cependant, c’est que ces idées sont devenues plus concrètement recevables. Elles ne sont pas seulement « testables », mais capables de générer de nouveaux programmes de recherche.