Éric Marié : Astrologie et médecine les mutations de la conscience


22 Dec 2018

(Revue Le Chant de la Licorne. No 25. 198)

L’astrologie médicale implique la compréhension d’un certain nombre de réalités essentielles qui en rendent l’étude efficace et la pratique cohérente. Cet article évoque les différents niveaux de conscience qui permettent d’aborder cette discipline à ses degrés successifs, à travers la diversité des liens entre perception et représentation du monde.

L’astrologie médicale est une discipline traditionnelle qui permet d’étudier les relations qui existent entre les phénomènes célestes et la nature humaine. Son but est de participer à l’éla­boration du diagnostic des mala­dies et de leur traitement, en te­nant compte d’informations sub­tiles, habituellement négligées par une approche matérialiste de la médecine. Il s’agit donc d’une science spirituelle qui repose sur une très vaste connaissance s’ex­primant à travers un langage et des techniques diverses. Dans le meilleurs des cas, son étude est motivée par la perception de la souffrance, la compréhension de ses causes et la volonté de participer à son soulagement.

Une voie initiatique

L’astrologie médicale est donc, d’une part, un moyen de pratiquer l’art de guérir à un niveau très complet, ceci pour le plus grand bénéfice des malades, et d’autre part une méthode d’édification du thérapeute qui, en développant ses capacités d’investigation, c’est-à-dire en dissolvant progressivement les barrières de sa perception, ac­cède à un état de conscience plus élevé. Il s’agit donc également d’une voie initiatique.

En tant que discipline tradi­tionnelle, l’astrologie médicale possède une expérience millénaire. Toutes les grandes méde­cines traditionnelles s’y réfèrent : médecine chinoise, médecine indienne, médecine égyptienne… Au Tibet, l’enseignement de la médecine et de l’astrologie se fai­saient dans une même universi­té: Men Sri Kan (école de méde­cine et d’astrologie). La pratique conjointe de ces deux sciences s’est poursuivie, après l’invasion du Tibet, à Dharamsala (Inde), au Tibetan Medical and Astrological Institute.

En Occident, médecine et astrologie ont fréquemment été associées. Hippocrate affirmait « nul ne peut se dire médecin s’il n’est point astrologue », et Para­celse faisait de l’astrologie un des quatre piliers de sa médecine.

La médecine matérialiste : une perversion de l’art de guérir

Bien que les origines de l’as­trologie médicale soient très an­ciennes, ce qui est le cas de tou­tes les sciences traditionnelles, son étude provoque de multiples révolutions de la conscience, car elle repose sur une connaissance révélée en permanence, ce qui est le cas de toute voie initiatique. En cela, elle est radicalement dif­férente de la médecine matérialiste actuellement au pouvoir, la­quelle est dogmatique, mais sans racines traditionnelles et pro­gressiste, mais sans pérennité. Cette profonde divergence entre médecine matérialiste et méde­cine initiatique aboutit à ce qu’au­jourd’hui astrologie et médecine sont pratiquées de manière tota­lement dissociée, ce qui conduit à une dégradation de l’une et de l’autre.

On peut se demander pour­quoi l’astrologie est aujourd’hui complètement séparée de la mé­decine. Il faut comprendre qu’on ne peut aborder conjointement astrologie et médecine sans une connaissance approfondie des mécanismes qui animent l’être humain, tant sur le plan physique qu’à des niveaux plus subtils. Or, avec l’évolution des techniques, l’Occident s’est développé da­vantage sur un plan matériel que spirituel. De ce fait, la médecine a perdu son identité en revendi­quant un statut scientifique qui lui a permis d’accéder à un pouvoir social et économique, le critère scientifique, même usurpé, étant une caution dans une société matérialiste. Ainsi, la médecine (ou ce qu’il en reste) officielle a acquis un monopole d’état au prix de sa dignité et de son utilité à l’humanité souffrante. Il est évi­dent que les progrès scientifi­ques ont eu certaines répercus­sions positives sur les techni­ques médicales, induisant notam­ment le développement de méthodes d’investigation fouillées – ­à défaut d’être cohérentes, ou même utiles – et d’une chirurgie très élaborée, extrêmement fine mais, hélas, coûteuse (ou rému­nératrice) et omniprésente.

Le mythe du progrès

En épousant le parti de la science, la médecine s’est appro­priée le mythe du progrès : tout ce qui est ancien est archaïque, inu­tile et dépassé, tout ce qui est nouveau est provisoirement idéal. Ainsi coupée de ses raci­nes, la thérapeutique moderne devient incapable de puiser dans son expérience millénaire, pour­tant riche de solutions éprouvées face à bien des problèmes. Même l’information des théra­peutes est consciemment ou inconsciemment censurée: qui sait, de nos jours, que l’épilepsie fut guérie d’une manière systé­matique, avec des procédés re­productibles, par Paracelse et ses disciples ? Qui connaît aujour­d’hui les remarquables proprié­tés thérapeutiques de la prunelle (Prunella vulgaris), plante très commune, mais actuellement in­trouvable en officine ?

Ainsi, le jeune médecin, mal­gré toutes les certitudes que lui confère son titre universitaire, est-il totalement dépourvu d’une connaissance subtile de l’être humain telle que l’ont conservée les thérapeutes héritiers de la Tradition.

L’astrologie en question

En ce qui concerne l’astrolo­gie, elle s’est également coupée dans une grande mesure de ses racines initiatiques, tiraillée entre le désir d’une reconnaissance scientifique qu’on ne lui accorde pas et qu’elle est souvent incapa­ble d’assumer, et une vulgarisa­tion qui la ridiculise, sans parler des tendances psychologisantes ou fatalistes que Paracelse dénonçait déjà au XVIème siècle. L’indigence intellectuelle et le manque de connaissances et de rigueur dialectique avec lesquels l’astrologie est traitée de nos jours entraînent un appauvrisse­ment de ses applications et de son efficience.

Médecine sacrée / Médecine profane

Si le réductionnisme de la pensée moderne a atteint l’astro­logie et la médecine, faisant écla­ter leur cohérence interne et les rendant inconciliables, il n’est cependant que l’aboutissement d’une dégradation progressive. Par exemple, à l’époque d’Hippo­crate, la médecine avait un carac­tère sacré, voire sacerdotal. Pourtant, ce médecin grec favori­sa le développement d’une mé­decine laïque, sans doute dans un souci de démocratisation, tout en transmettant à certains la médecine initiatique qu’il avait reçue, notamment lors de ses études en Égypte. Mais, à partir de Gallien, considéré à tort comme son successeur, la méde­cine est devenue un corps doctri­nal rigide. Parallèlement, une li­gnée de thérapeutes s’est perpé­tuée d’une manière plus discrète. Détentrice d’une connaissance ésotérique très ancienne, elle fut le vecteur de transmission d’une médecine initiatique à laquelle astrologie et alchimie étaient as­sociées. Cette transmission s’est poursuivie grâce à des maîtres comme Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve, Paracelse, Robert Fludd, David de Planis-Campy…

Médecine et astrologie : apports réciproques

Si l’on aborde conjointement astrologie et médecine dans leur dimension initiatique, ces deux disciplines se complètent parfai­tement.

La médecine apporte à l’as­trologie un champ d’applications concret, utile au soulagement de la souffrance, nécessitant rigueur et précision. De ce fait, l’astrolo­gie ne se limite plus à ses aspects métaphysiques ou psychologi­ques. Les qualités que doit déve­lopper le praticien permettent une compréhension plus précise des lois astrologiques.

L’astrologie apporte à la médecine un moyen de prendre en considération l’être humain dans sa plus grande globalité, puisqu’elle le situe au sein d’un environnement extrêmement vaste, aux dimensions de l’uni­vers. Elle fournit une méthodolo­gie permettant d’accéder aux causes spirituelles des maladies. Cette connaissance spécifique du paramètre temporel (méca­nismes des causes et des consé­quences, notamment) donne à la médecine un moyen de mieux si­tuer les temps d’intervention : ins­tant de la prise d’un remède, choix d’une date d’opération… De plus, l’expérience montre que, pour beaucoup de praticiens, l’étude de l’astrologie favorise certaines prises de conscience philosophiques et éthiques trans­cendant la pratique de leur art.

Perception et réalité

L’astrologie est une voie d’accès à la sagesse basée sur une compréhension subtile des rapports entre la perception que nous avons des mondes inté­rieurs et extérieurs à nous. Or, l’apprentissage de la sagesse implique, de la part de celui qui s’engage sur cette voie, une aspi­ration à la connaissance, une grande discipline et la dissolution progressive des voiles qui altè­rent la conscience. Cette évolu­tion peut être facilitée par une démarche stratégique juste. La grande difficulté est que nous ne pouvons percevoir l’essence des phénomènes tant que nous n’avons pas réalisé quelle est la véritable nature de notre esprit. Sans une connaissance imma­nente de nous-mêmes, notre per­ception de l’Univers et de notre propre existence est extrême­ment subjective. Pour dépasser l’empirisme de nos sens, de nos émotions, de notre raisonne­ment, il est nécessaire de maîtri­ser le rapport entre notre percep­tion et la représentation qu’elle nous permet de construire du monde. Or, il existe des niveaux de subtilité différents de ce rap­port, chaque niveau permettant d’une part d’assembler un monde cohérent, selon nos moyens d’in­vestigation, et, d’autre part, de réaliser le caractère illusoire des assemblages perception/réalité qui s’expriment aux niveaux infé­rieurs.

Par exemple, un des niveaux les plus grossiers est celui qu’uti­lise notre conscience pour définir une réalité collective suffisam­ment stable pour nous permettre de communiquer les uns avec les autres, d’avoir le même code de rapports « signifiant/signifié ».

Du fait de cette nécessité d’une perception similaire à plu­sieurs individus, la « réalité » qui en découle n’est qu’une repré­sentation sans aucun critère ob­jectif. Ainsi, la science, qui impli­que une éducation basée sur la restriction de nos champs de per­ception – puisqu’il faut que ceux-ci, pour être vrais, donc retenus, soient perceptibles par tous – impose à la conscience des limi­tes si étroites qu’il lui devient impossible d’accéder à des ni­veaux de réalité plus subtils, ni même de concevoir que la des­cription du monde qu’elle tente d’amalgamer est sans fonde­ment. Ceci est d’ailleurs vrai pour tout corps doctrinal. Ici, science et religion se rejoignent dans le même processus de castration de la conscience.

L’être humain: entité double

Chaque être humain pos­sède un certain nombre de moyens d’investigation et d’assemblage de perceptions. Dans la représentation collective de l’univers qui nous est inculquée, en tant qu’êtres sociaux, le lan­gage et la raison sont les plus importants. On peut comparer notre monde « objectif » à une île dont les deux tours de contrôle (ou miradors) sont le langage et la raison. Au sein de cette île, chaque chose a sa place selon ces deux paramètres: le bien, le mal, soi-même, les autres, la vie, la mort, l’amour, Dieu… En fait, tout ce qui est exprimable, ce qui permet de communiquer avec les autres mais nous enferme dans un état de schizophrénie par rap­port aux différents niveaux de nous-mêmes.

À l’inverse, ce qui est en de­hors de l’île correspond à un as­semblage de réalités inexprima­bles et incompréhensibles. C’est un champ de perceptions plus souvent fréquenté par le poète ou par le sorcier, le chaman… Les moyens d’investigation et d’assemblage sont, à ce niveau, émo­tions, pouvoir, volonté, cons­cience, notamment. Autant de navires permettant d’explorer l’océan illimité qui entoure l’île.

Il est extrêmement difficile de faire communiquer ces deux parties de nous-mêmes, car, lors­qu’une perception de l’océan devient exprimable ou compré­hensible, elle est immédiatement annexée à l’île. On peut donc con­sidérer le fonctionnement scien­tifique comme une tentative de colonisation (démarche typique­ment occidentale) des espaces situés en dehors de l’île. À l’in­verse, lorsqu’une « réalité » initia­lement localisée dans l’île échappe au contrôle du langage et de la raison, elle se trouve sé­parée de nos systèmes de réfé­rence, ce qui peut être dangereu­sement perturbant pour notre pseudo-équilibre psychologique: en découvrant d’autres champs de perceptions, on risque de pa­raître fou aux yeux de ceux qui n’y ont pas accès.

L’astrologie, en tant que voie initiatique, est un véhicule amphi­bie qui, mettant en communica­tion tous les niveaux de l’île et de l’océan, nous permet d’accéder de manière intentionnelle et vo­lontaire à la totalité de nous-mêmes, étendant à l’infini notre champ d’investigation, nous fai­sant ainsi échapper à la fois à la schizophrénie des insulaires et au délire des explorateurs mariti­mes.

La pyramide de la connaissance

Pour avoir accès, de manière consciente et volontaire, à la tota­lité de soi-même, il est néces­saire d’expérimenter des champs de perception différents qui nous donnent accès à des niveaux de réalité plus ou moins subtils. Le fait de passer d’un état de cons­cience à l’autre assouplit nos structures mentales et nous per­met de relativiser les certitudes que nous avons quant à la réalité de notre interprétation des phé­nomènes. Du fait de cette néces­sité d’explorer des états de cons­cience multiples, toute connais­sance initiatique se transmet à travers différents niveaux qui ras­semblent un ensemble de va­leurs (doctrines, éthique, cosmologie, techniques, méthodes…) dans un système cohérent, en fonction du niveau de représenta­tion du monde dans lequel il se situe. Bien entendu, le mode d’enseignement est directement lié au degré de subtilité de la con­naissance.

On peut schématiser ceci sous la forme d’un triangle qui représenterait les différents degrés de conscience. Qu’il s’agisse de médecine, d’astrolo­gie, d’art, de philosophie, de reli­gion ou de n’importe quelle autre discipline, on peut regrouper ces différents niveaux à travers qua­tre étapes. Ainsi, l’astrologie médicale peut être étudiée, en­seignée ou pratiquée sur les plans extérieur, intérieur, secret et profond ou absolu, ultime.

L’astrologie extérieure

Le plan extérieur de l’astrolo­gie est son « anatomie »; dans ce cas, il s’agit de l’astronomie, science qui permet de détermi­ner la position des différents corps célestes, de comprendre et de prévoir leurs mouvements. C’est à partir de cette connais­sance du niveau extérieur qu’il est possible de reproduire d’une manière schématique une situa­tion particulière des différents corps du macrocosme, dans une représentation telle qu’une carte du ciel. La compréhension des relations entre temps et espace est fondamentale. La forme cir­culaire du zodiaque exprime un paramètre temporel, céleste. La disposition des maisons dépend du lieu de naissance, donc d’un paramètre tellurique; les cuspi­des des quatre maisons angulai­res déterminent un quadrilatère en relation avec l’espace. Ceci explique le fait qu’une carte du ciel doit être orientée en fonction des maisons – milieu du ciel – car l’espace est orientable et non le temps, dont les repères s’expri­ment plus difficilement d’une manière géométrique. Bien que temps et espace soient étroite­ment liés en astrologie, il est pré­férable de respecter cette dispo­sition du thème.

Ce travail est généralement appris au tout début des études d’astrologie; il fait surtout appel à la raison et au langage. Ces deux outils de notre conscience sont tout d’abord utilisés de manière rudimentaire (calculs mathémati­ques, mémorisation des figures géométriques et des signes gra­phiques). L’apprenti a acquis une pleine maîtrise de ce niveau lors­qu’il a intégré l’astrologie en tant que science des nombres, des proportions et des symboles ap­pliqués au macrocosme. Il est alors capable de pénétrer au deuxième niveau de connais­sance.

L’astrologie intérieure

Le plan intérieur de l’astrolo­gie repose sur la science des analogies grâce à laquelle est mise en relation une partie ou une autre du macrocosme avec ses correspondances dans le corps de l’homme ou dans n’im­porte quel élément de la nature. Cette conception est à l’origine de la théorie des signatures, dont on ne connaît généralement que l’aspect le plus grossier, c’est-à-dire la comparaison des formes entre elles. En fait, les analogies qui sont à la base de l’interpréta­tion en astrologie, sont davantage déterminées par des relations subtiles, archétypales, entre les corps célestes et l’objet de notre étude, que sur un rapport maté­riel. Paracelse insiste beaucoup sur cette connexion fondée sur la connaissance des arcanes et non sur un rapport de similitude entre les formes:

« Nous vous avons déjà fait savoir que le firmament a été créé en même temps que les hommes et doit durer autant qu’eux. C’est pourquoi celui-ci a engendré à la fois son cours et sa prédestination, mais n’engendre­ra ensuite aucune descendance. C’est pourquoi tous les cours de celui-ci ont été prolongés de telle sorte qu’il puisse atteindre sa prédestination. L’homme accom­plit tous ses cours en une heure si son Entité naturelle a été ache­vée en une heure. C’est pourquoi le changement de la Lune n’a au­cune influence sur le cerveau. La cause en est que le cerveau est rénové par le cœur plusieurs centaines de milliers de fois, tan­dis que, pendant ce temps, la Lune ne reçoit du Soleil qu’une seule et même lumière, et il (le cerveau) accomplit, dans sa pré­destination, autant de nouvelles lunes et de pleines lunes que la Lune elle-même dans sa prédes­tination. Car Dieu l’a formé et constitué de la même manière. La critique ou explication Astro­nomique de la crise sur l’Entité naturelle, manifeste la crise sui­vant son mouvement propre et non selon le firmament du ciel. Ainsi, au regard de l’Entité natu­relle, il n’y a aucune relation entre Saturne et la rate ni entre la rate et Saturne. Évaluez donc le temps compris entre l’instant de la création et la prédestination d’un être, et ordonnez donc au ciel de rester le ciel de son firma­ment! »

La connaissance de l’astrolo­gie intérieure repose sur l’explo­ration du ciel interne de l’homme, ou firmament du microcosme. Elle implique une connaissance subtile de la physiologie en te­nant compte des cycles du temps, dont l’impulsion est don­née par la conscience organisa­trice de chaque être qui, en éla­borant un archétype individuel, initialise un rythme particulier, sorte de mécanique céleste inté­riorisée à l’origine de la circula­tion de nos différentes énergies. Cette astrologie intérieure est essentiellement déterminée par les cycles de l’Entité naturelle. Chaque organe possède une na­ture céleste qui est le siège d’un esprit, sorte d’entité viscérale, et d’une énergie spécifique qui cir­cule dans le corps selon un cer­tain trajet. Il ne me paraît pas superflu, encore une fois, de citer Paracelse : « Le mouvement des esprits et des astres corporels a lieu de son origine ou principe de ce membre, jusqu’à la fin de ce membre, avec retour vers son origine, comme une réflexion à son centre. Voici un exemple. Le cœur répand son esprit dans tout le corps, non autrement que le soleil répand le sien parmi tous les astres et sur la terre elle-même. Cet esprit (du cœur) est utile au seul corps, pour sa sus­tentation, et non aux sept autres membres. Il court du cerveau au cœur, puis revient du cœur à son centre spirituellement; mais il ne franchit pas d’autre limite. Le foie fait circuler son esprit vers le sang seul, sans toucher ailleurs. La rate dirige son cours dans les flancs et les intestins. Les reins se fraient leur voie par les lom­bes, les voies urinaires et les parties voisines. La voie du poumon se trouve dans le périmètre de la poitrine et de la gorge. Le fiel prend son mouvement dans le ventricule et les intestins. Toutes ces parties ayant chacune leur destination bien établie, vous devez donc connaître que si l’une d’elles s’égare et pénètre dans les voies étrangères, par exem­ple la rate dans les voies du fiel, alors, nécessairement, les mala­dies s’engendrent. »

Le plan intérieur est le ni­veau le plus subtil qui puisse être communiqué dans un livre. Au-delà, les degrés de compréhen­sion de l’astrologie ne reposent plus suffisamment sur la raison et le langage pour être décrits. Ils appartiennent au domaine de l’inexprimable et doivent, pour être accessibles à l’étudiant, être expérimentés par celui-ci, ce qui ne peut être réalisé qu’en rom­pant la barrière de la perception et en accédant à des états de conscience qui se situent au-delà de tout dialogue extérieur ou inté­rieur. Je ne ferai donc qu’évoquer les parties secrète et profonde de l’astrologie.

L’astrologie secrète

Le plan secret consiste à observer, à appréhender, à con­duire une investigation sur les raisons profondes des lois d’ana­logie que nous avons évoquées à propos de l’astrologie intérieure. Il ne s’agit plus seulement d’un stade de constatation mais d’une véritable pénétration dans l’es­sence des lois astrologiques. En observant les formes extérieures du macrocosme et du micro­cosme, la dissolution des barriè­res de la perception entraîne la visualisation des archétypes du ciel externe et du ciel interne de l’homme, permettant une com­préhension très complète des énergies primordiales qui sont mises en mouvement.

L’astrologie ultime

Le plan profond, que l’on appelle aussi absolu, consiste à réaliser d’une manière complète le fait que, fondamentalement, les objets de notre perception ne sont pas seulement différents selon le niveau de conscience à travers lequel on les perçoit, mais qu’ils n’ont pas de réalité indivi­duelle. Ainsi, ce qui nous paraît exister intrinsèquement au ni­veau extérieur se révèle être inté­gré dans un ensemble d’objets apparemment différents mais en analogie sur le plan archétypal; au niveau secret; il est possible de comprendre la nature ésotérique de cette relation et, au stade pro­fond, on découvre que l’objet en question, au-delà de la multiplici­té de ses apparences inhérentes aux nombreux niveaux de percep­tion à travers lesquels on le voit, ne possède pas de nature propre, c’est-à-dire que sa nature est une vacuité au sein de la­quelle toutes les choses sont in­différenciées. L’aspect profond permet d’atteindre la réalisation de la véritable nature de l’esprit, et par là même la plus grande li­berté de conscience possible. À ce niveau, l’astrologie peut être considérée comme une voie d’accès à l’ultime libération.

Apprentissage traditionnel : une vision globale de la Connaissance

Si l’on revient à la représen­tation sous forme d’un triangle de ces différents aspects de la connaissance, on peut dire que les diverses disciplines qui compo­seraient un savoir universel sont représentées par les multiples faces d’une pyramide. Plus on s’élève vers le sommet, moins la distance à parcourir pour couvrir tous les aspects de la connais­sance est longue; au niveau pro­fond, ils se rejoignent en une conscience claire, sorte d’omni­science. L’enseignement abordé d’un point de vue matérialiste consiste à parcourir les différents sujets d’un savoir extérieur, à la base de la pyramide, à grands renforts d’étude, alors qu’un ap­prentissage traditionnel consiste à pénétrer progressivement les différents niveaux de maîtrise d’une discipline, ce qui permet d’embrasser plus spontanément les sujets parallèles à celle-ci. Ainsi, selon le type de public, se­lon la nature de l’enseignant et en fonction des objectifs et des con­tingences de l’apprentissage, la transmission se polarise au ni­veau extérieur, intérieur, secret ou profond.

Différentes causes de maladies

Nous avons vu précédem­ment que l’astrologie ne pouvait être associée à la médecine que dans le cadre d’une vision éner­gétique et spirituelle de l’être humain qui permette d’intégrer les différents niveaux de cause des maladies et leur intrication. En effet, il ne s’agit pas seule­ment de connaître l’étiologie immédiate d’une pathologie, mais il faut la comprendre depuis ses mécanismes les plus pro­fonds jusqu’à son émergence symptomatique. La connais­sance des causes reposant sur le facteur temps, l’astrologie peut être très utile dans l’analyse étio­logique d’une maladie.

De plus, elle permet de dé­terminer, pour un sujet donné, la limite entre physiologie et patho­logie. Ceci mérite une explication complémentaire. Comment définir la maladie ? Il est évident que celle-ci s’exprime sous forme d’une souffrance, d’un handicap, d’un inconfort ou autre, dans la plupart des cas. Cepen­dant, une pathologie peut se dé­velopper dans le corps pendant un temps assez long sans que le patient ne s’en rende compte. Il est donc nécessaire de savoir, à partir d’investigations cliniques diverses, si une personne est malade ou non, et, le cas échéant, quelles fonctions sont pertur­bées et à quel niveau de gravité. Pour cela, il est impératif de cer­ner avec précision les limites en­tre santé et maladie. Une appro­che grossière de la médecine définit un certain nombre de cri­tères de normalité en fonction de paramètres très généraux (âge, sexe…). De ce fait, la frontière entre ce qui est sain et ce qui est malade repose sur une concep­tion statistique de la santé.

Individualisation du diagnostic

Or il ne faut pas confondre la normalité, qui repose sur une standardisation du fonctionne­ment correct de notre organisme, et la santé, qui est l’expression d’une harmonie individuelle.

Prenons un exemple: celui du diagnostic par les pouls. Dans la médecine matérialiste, il est si rudimentaire qu’on se limite à compter le nombre de pulsations dans un temps donné. Si le rythme est supérieur ou inférieur à une valeur statistique moyenne, on en déduit l’existence d’une perturbation. En médecine éner­gétique chinoise, par exemple, le diagnostic par la palpation des pouls est infiniment plus élaboré et communique des informations précises et subtiles. Cependant, dans l’absolu, le même problème subsiste : même si l’on tient compte de l’âge, du sexe, du ré­gime alimentaire, de la morpholo­gie, de la saison, de l’heure, du climat, et des autres paramètres habituels, on peut rencontrer deux personnes identiques du point de vue de ces caractéristi­ques, mais l’une malade et l’autre saine. Ceci amène les praticiens à rechercher un critère de norma­lité qui soit propre à chacun. En d’autres termes, il appartient de savoir comment doivent être les pouls d’une personne donnée, à un moment donné, en tenant compte de tous les paramètres que nous avons cités précédem­ment, pour qu’elle soit en bonne santé. Les critères qui permet­tent de fixer précisément, à cha­que instant et pour chacun, la frontière entre santé et maladie ne peuvent pas reposer exclusi­vement sur la clinique et encore moins sur les statistiques.

En fait, l’astrologie, en appor­tant un critère extrêmement indi­viduel et extérieur à l’examen cli­nique, permet de définir une « normalité » propre à chacun. As­sociée à l’examen, elle indique dans quelle mesure le patient est conforme à son archétype initial, dans quelle mesure son état est compatible avec les objectifs de son incarnation, avec les orienta­tions de sa conscience organisa­trice, comment son esprit et sa forme communiquent mutuelle­ment.

Ce texte est extrait du deuxième vo­lume du traité fondamental d’astrolo­gie médicale.

BIBLIOGRAPHIE

Marié Eric, Traité fondamental d’as­trologie médicale, Tome I, Éditions Paracelse

Marié Eric, Introduction à la médecine hermétique à travers l’œuvre de Para­celse, Éditions Paracelse

Marié Eric, Astrologie et médecine ésotérique, Éditions Paracelse