Krishnamurti : La signification de la religion et de la méditation


05 Mar 2021

Traduction libre

J’aimerais parler de toute la question de ce qui est sacré, et de la signification de la religion et de la méditation. Lorsque nous entrons dans cette question très complexe, je pense que nous devons examiner ce qu’est la réalité et ce qu’est la vérité, car l’homme a toujours eu le souci de découvrir ou de vivre dans la vérité. Il a projeté diverses formes d’images, de symboles, de conclusions élaborées par l’esprit ou par la main, et a imaginé ce qu’est la vérité, ou a essayé de la découvrir par l’activité et le mouvement de la pensée. Je pense que nous devrions être sages – si je peux utiliser ce mot sans y introduire beaucoup d’émotion – si nous pouvions faire la différence entre la réalité et la vérité. Lorsque nous aurons une idée claire de ce qu’est la réalité, nous pourrons peut-être alors avoir un insight sur ce qu’est la vérité. Les nombreuses religions du monde entier ont dit qu’il existe une vérité durable, une vérité éternelle. Mais la simple affirmation de ce qu’est la vérité n’a que très peu de signification. Il faut la découvrir par soi-même, non pas théoriquement, intellectuellement ou sentimentalement, mais en fait, il faut découvrir si l’on peut vivre dans un monde qui est complètement vrai. Nous n’entendons pas par religion les religions organisées, qui sont en réalité sectaires. Il ne s’agit pas de la religion des propagandistes, ni des religions de croyance, de dogme, de tradition ou de rituels avec leur vision hiérarchique. Nous utilisons le mot religion dans le sens de rassembler toutes les énergies, qui seront alors capables d’étudier la possibilité d’une vérité qui ne soit pas contrôlée, façonnée ou polluée par la pensée. Par religion, nous entendons le fait de rassembler toutes les énergies afin d’examiner s’il y a quelque chose de sacré. C’est le sens que nous lui donnons.

Pour ce faire, il faut se poser la question de savoir ce qu’est la réalité, et pour discuter la question de savoir ce qu’est la réalité, il faut comprendre ce qu’est la pensée, parce que toutes les choses que la pensée a créées – notre société, nos religions, nos soi-disant révélations – sont essentiellement les produits de la pensée. Ce n’est pas mon opinion ou mon jugement, c’est un fait. Quand on les regarde, qu’on enquête, qu’on observe sans aucun préjugé, toutes les religions sont le produit de la pensée. C’est-à-dire que vous pouvez percevoir quelque chose, ou avoir un insight de la vérité. Vous me le communiquez verbalement, et je transforme votre déclaration en une abstraction et j’en fais une idée, et je vis selon cette idée. C’est ce que nous faisons depuis des générations : tirer une abstraction d’une déclaration et vivre selon cette abstraction en tant que conclusion. C’est ce qu’on appelle généralement la religion.

Nous devons donc découvrir à quel point la pensée est limitée et quelles sont ses capacités, et jusqu’où elle peut aller, et être totalement conscients que la pensée ne déborde pas dans un domaine où elle n’a pas sa place.

Est-ce que nous nous rencontrons ? S’il vous plaît, nous ne communiquons pas seulement verbalement entre nous, mais nous réfléchissons ensemble. Nous ne sommes pas en accord ou en désaccord, mais nous réfléchissons ensemble et partageons la même chose. Ce n’est pas que l’orateur donne et que vous prenez, mais nous partageons ensemble. Il n’y a donc pas d’autorité. Et il y a aussi une communication non verbale. C’est beaucoup plus difficile parce que si nous ne voyons pas verbalement très clairement la pleine signification des mots – comment l’esprit est piégé par les mots, comment les mots façonnent notre pensée – et si nous ne pouvons pas aller au-delà, il n’y a pas de communication non verbale, ce qui devient beaucoup plus important. Nous essayons de faire les deux ; communiquer à la fois verbalement et non verbalement. Cela signifie que nous devons nous intéresser aux deux en même temps, au même niveau, avec la même intensité. Sinon, nous ne communiquerons pas. C’est comme l’amour. L’amour est ce sentiment intense en même temps, au même niveau. Sinon, vous et moi ne nous aimons pas.

Nous allons donc observer ensemble ce qu’est la réalité, quelles sont les limites de la pensée, et si la pensée peut percevoir la vérité, ou si celle-ci est au-delà du domaine de la pensée.

Je pense que nous sommes tous d’accord – du moins la plupart, même les scientifiques – que la pensée est un processus matériel, est un processus chimique. La pensée est la réponse des connaissances accumulées en tant qu’expérience et mémoire. La pensée est donc essentiellement un objet. Il n’y a pas de pensée sacrée, pas de pensée noble. C’est un objet. Et sa fonction est dans le monde des objets, qui est la technologie. Mais la vérité, la réalité est dans le domaine de l’apprentissage, l’apprentissage de l’art d’apprendre, de l’art de voir et d’écouter. Si nous ne comprenons pas ce problème assez complexe, nous ne pourrons pas le dépasser. Nous pouvons prétendre ou imaginer, mais l’imagination et la prétention n’ont pas leur place chez un être humain qui est vraiment sérieux et qui veut découvrir ce qu’est la vérité. Tant que le mouvement de la pensée continue – qui est temps et mesure – la vérité n’a pas sa place. La réalité est ce que nous pensons, c’est l’action de la pensée en tant qu’idée, en tant que principe, en tant qu’idéal. Elle est projetée dans l’avenir à partir des connaissances antérieures, et modifiée. Tout cela se trouve dans le monde de la réalité. Et nous vivons dans ce monde de la réalité.

Si vous vous êtes observé, vous verrez à quel point la mémoire joue un rôle immense. La mémoire est mécanique, donc la pensée est mécanique, comme l’est un ordinateur, une machine, comme l’est le cerveau. La pensée a sa place ; je ne peux pas parler si je ne maîtrise pas un langage. Si je parlais en grec, vous ne me comprendriez pas. Pour apprendre une langue, pour apprendre à conduire une voiture, pour travailler dans une usine, etc., la pensée est nécessaire. Psychologiquement, la pensée a créé la réalité du « moi » – ma maison, ma propriété, ma femme, mon mari, mes enfants, mon pays, mon Dieu – tout cela est le produit de la pensée. Et dans ce domaine, nous avons établi une relation entre nous qui est constamment en conflit. Voilà donc la limite de la pensée.

Si nous ne mettons pas de l’ordre dans le monde de la réalité, nous ne pouvons pas aller plus loin. Nous menons une vie désordonnée dans notre activité quotidienne. C’est un fait. Est-il possible, socialement, moralement, éthiquement, etc., de mettre de l’ordre dans le monde de la réalité, dans le monde de la pensée ? Qui doit mettre de l’ordre dans le monde de la réalité ? Si je mène une vie désordonnée, êtant désordonné, puis-je mettre de l’ordre dans toutes mes activités de la vie quotidienne ? La vie quotidienne est basée sur la pensée. Notre relation est basée sur la pensée, car j’ai une image de vous et vous avez une image de moi, et la relation est entre ces deux images. Les images sont le produit de la pensée, qui est la réponse de la mémoire, de l’expérience, etc.

Maintenant, peut-il y avoir de l’ordre dans le monde de la réalité ? C’est vraiment une question très importante. Si l’ordre n’est pas établi dans le monde de la réalité, il n’y a aucun fondement pour une enquête plus approfondie. Dans le monde de la réalité, est-il possible de se comporter de manière ordonnée, et non selon un schéma établi par la pensée, qui est toujours le désordre ? Est-il possible de mettre de l’ordre dans le monde de la réalité ? C’est-à-dire, sans guerres, sans conflits, sans divisions. L’ordre implique une grande vertu : la vertu est l’essence de l’ordre – non pas en suivant un schéma, car cela devient mécanique. Qui doit mettre de l’ordre dans ce monde de réalité ? Des hommes disent que Dieu nous apportera cet ordre ; croyez en Dieu et vous aurez de l’ordre ; aimez Dieu, et vous aurez de l’ordre. Mais cet ordre devient mécanique, car notre désir est d’être en sécurité, de survivre et de trouver le moyen le plus facile de vivre.

Nous demandons donc qui doit mettre de l’ordre dans ce monde de réalité où règnent tant de confusion, de misère, de souffrance et de violence, etc. La pensée peut-elle mettre de l’ordre dans cette réalité ? Les communistes disent, à la suite de Marx, qu’en contrôlant l’environnement, il y aura de l’ordre dans l’homme. Selon Marx, l’État va disparaître. Vous savez tout cela. Et maintenant, ils ont essayé de mettre de l’ordre, mais l’homme est dans le désordre, même en Russie ! (Rires)

Il faut donc savoir que si la réflexion ne permet pas de mettre de l’ordre, qu’est-ce qui le permettra ? La pensée, qui a fait de la vie un tel gâchis, le peut-elle ? Et si la pensée ne peut pas apporter la clarté dans ce monde de réalité, alors y a-t-il une observation dans le champ de la réalité, ou du champ de la réalité, sans le mouvement de la pensée ? Un être humain a exercé la pensée. Il dit : « Il y a du désordre, je vais le contrôler, je vais le façonner, je vais mettre de l’ordre selon certaines idées ». Tout cela est le produit de la pensée. Mais la pensée a créé le désordre ! La pensée n’a donc pas sa place dans l’ordre. Alors, comment cet ordre peut-il se mettre en place ?

Nous allons en parler un peu. Peut-on observer ce désordre dans lequel on vit, dans le conflit, la contradiction, les désirs opposés, la douleur, la souffrance, la peur, le plaisir et tout cela ? Peut-on observer toute cette structure de désordre sans la pensée ? Peut-on observer cet énorme désordre dans lequel nous vivons, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, sans aucun mouvement de la pensée ? Parce que s’il y a un mouvement de la pensée, alors cela va créer un nouveau désordre. Peut-on donc observer ce désordre en soi sans aucun mouvement de la pensée comme temps et mesure, c’est-à-dire sans aucun mouvement de la mémoire ?

Nous allons maintenant voir si la pensée comme le temps peut prendre fin. La pensée comme mesure – qui est comparaison d’ici à là et avec tout ce qui est impliqué dans le mouvement du temps – peut-elle s’arrêter ? C’est l’essence même de la méditation. Nous allons donc examiner ensemble si le temps peut s’arrêter, c’est-à-dire si la pensée en tant que mouvement peut s’arrêter. Alors seulement, il y a de l’ordre et donc de la vertu ; non la vertu cultivée qui nécessite du temps pour se réaliser et qui n’est pas la véritable vertu. Mais la fin même de la pensée c’est la vertu. Cela signifie que nous devons examiner toute la question de la liberté. Un être humain peut-il vivre en liberté ? parce que c’est ce à quoi elle aboutit. Si le temps s’achève, cela signifie que l’homme est profondément libre. Il faut donc se poser la question de savoir ce qu’est la liberté. La liberté est-elle relative ou absolue ? Si la liberté est le résultat de la pensée, alors elle est relative. Lorsque la liberté n’est pas liée à la pensée, alors elle est absolue. Nous allons aborder cette question.

Extérieurement, politiquement, il y a de moins en moins de liberté. Nous pensons que les politiciens peuvent résoudre tous nos problèmes. Mais les politiciens, surtout les tyranniques, assument l’autorité de Dieu ; ils savent et vous ne savez pas. Dans toutes les tyrannies, la liberté d’expression, les droits civils ont été niés. Et démocratiquement, nous avons la liberté de choix ; nous choisissons entre les partis politiques, et nous pensons que le fait d’avoir la capacité de choisir nous donne la liberté. Le choix est la négation même de la liberté. On choisit quand on n’est pas clair, quand il n’y a pas de perception directe, donc on choisit par confusion. Donc, psychologiquement, il n’y a pas de liberté dans le choix. Je peux choisir entre tel ou tel tissu, etc., mais nous disons que, psychologiquement, le choix naît de la confusion, par la structure de la pensée, et il n’est donc pas libre.

Celui qui veut comprendre ce qu’est la liberté doit refuser totalement l’autorité, ce qui est extraordinairement difficile. Cela demande une grande attention parce que, même si nous pouvons rejeter l’autorité d’un gourou, d’un prêtre, d’une idée, nous établissons une autorité en nous, en disant : « Je pense que c’est juste, je sais ce que je dis, c’est mon expérience ». Affirmer ainsi, c’est la même chose qu’adhérer à l’autorité d’un gourou ou d’un prêtre. L’esprit peut donc être libre de l’autorité, c’est-à-dire de la tradition et de l’acceptation d’autrui comme guide. (Sauf dans le domaine technologique où il est naturel que quelqu’un vous dise ce que vous devez faire). Il faut rejeter l’autorité pour qu’il y ait liberté, et il faut être libre. Si on ne l’est pas, on devient un esclave, et cela nie la beauté et la profondeur de l’esprit humain.

Alors, l’esprit peut-il mettre de côté toute autorité au sens psychologique du terme ? Cela exige une grande conscience intérieure. On obéit et on accepte l’autorité parce qu’en soi il y a incertitude, confusion, solitude et le désir de trouver quelque chose de permanent, de durable. N’est-ce pas ? Mais y a-t-il quelque chose de durable, quelque chose de permanent, qui soit créé par la pensée ? Ou bien la pensée se donne-t-elle une permanence ? L’esprit désire avoir quelque chose à quoi il peut s’accrocher, une certaine certitude, une certaine sécurité psychologique. C’est ce qui se passe dans toutes nos relations avec les autres. Je dépends de vous psychologiquement parce qu’en moi je suis incertain, confus, solitaire, et je suis attaché à vous, je vous possède, je vous domine. Alors, la liberté est-elle possible, en vivant dans ce monde : vivre sans autorité, sans image, sans le sentiment de dépendance et donc d’indépendance ? Est-ce la liberté de quelque chose, ou est-ce la liberté en soi ?

Maintenant, pouvons-nous avoir la liberté dans le monde de la réalité ? Peut-il y avoir de liberté dans ma relation avec vous ? Peut-il y avoir de liberté dans la relation entre l’homme et la femme ? Ou est-ce impossible ? La liberté ne signifie ni de faire ce que l’on veut, ni la permissivité ni la promiscuité, mais peut-il y avoir entre les êtres humains une relation de liberté totale ? Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posé cette question. Vous pourriez dire que ce n’est pas possible, ou que c’est possible. La possibilité ou l’impossibilité de cette relation n’est pas une réponse. Il s’agit de savoir si la liberté, la liberté absolue, peut exister dans nos relations. Cette liberté ne peut exister que lorsqu’il y a de l’ordre dans nos relations. Non pas l’ordre selon vous, selon l’homme ou la femme, mais l’ordre dans le sens de l’observation du désordre. Cette observation ne s’effectue pas par le mouvement de la pensée, donc l’observateur est l’observé. Et ce n’est qu’alors qu’il y a une liberté dans la relation.

Ensuite, on peut passer à autre chose. Après avoir observé toute la nature du désordre, l’ordre se met en place dans notre vie. C’est un fait ; si vous avez examiné ce sujet, c’est un fait. À partir de là, nous pouvons nous déplacer et découvrir si la pensée peut réaliser son propre mouvement, voir sa propre limitation et donc s’arrêter. Nous demandons : quelle place a le temps dans la liberté ? La liberté est-elle un état d’esprit dans lequel il n’y a pas de temps – le temps étant le mouvement de la pensée en tant que temps et mesure ? La pensée est mouvement, et la pensée est un mouvement dans le temps, d’ici à là et ainsi de suite.

Le cerveau a évolué au cours des siècles, avec toute la mémoire, les connaissances et l’expérience accumulées. Y a-t-il une partie du cerveau qui n’est pas touchée par le temps ? Notre cerveau est conditionné par diverses influences, par la poursuite des désirs. Y a-t-il une partie du cerveau qui n’est pas du tout conditionnée, ou bien le cerveau tout entier est-il conditionné ? Si l’ensemble du cerveau est conditionné, l’être humain ne peut jamais échapper au conditionnement. Ils peuvent modifier le conditionnement, le polir, l’affiner, mais il y aura toujours un conditionnement si la totalité du cerveau est limitée, conditionnée – donc sans liberté.

Nous allons donc découvrir s’il y a une partie du cerveau qui n’est pas conditionnée. Pour le découvrir, tout cela est de la méditation. Peut-on être conscient du conditionnement dans lequel on vit ? Pouvez-vous être conscient du conditionnement d’être chrétien, capitaliste, socialiste, libéral, où on croit à ceci et on ne croit pas à cela, dans lequel on a Dieu, ou dans lequel il n’y a pas de Dieu, dans lequel il n’y a que la connaissance et ainsi de suite ? Cela fait partie du conditionnement. Un être humain peut-il être conscient de ce conditionnement ? C’est-à-dire, pouvez-vous être conscient de votre conscience, non pas en tant qu’observateur mais en tant que conscience. Pouvez-vous être conscient de cela ? Et si vous êtes conscient, qui est conscient ? Est-ce la pensée qui est consciente qu’elle est conditionnée ? C’est donc toujours dans le domaine conditionné de la réalité. Ou bien y a-t-il une observation, une conscience dans laquelle il y a une observation pure ? Y a-t-il un acte, ou un art d’écouter pure ?

Je le demande. Écoutez un peu ça. Le mot art signifie mettre chaque chose à sa juste place, là où elle doit être. C’est ce que signifie l’art. Maintenant, pouvez-vous observer, voir purement, sans aucune interprétation, sans aucun jugement, sans aucun préjugé, juste observer ? Et pouvez-vous aussi écouter, comme vous le faites maintenant ? Pouvez-vous écouter sans aucun mouvement de pensée ? Ce n’est possible que si vous mettez la pensée au bon endroit.

L’art d’apprendre signifie ne pas accumuler. S’il y a accumulation, elle devient savoir et pensée ; mais le mouvement d’apprentissage sans accumulation n’est pas cela. Il y a donc l’art d’écouter, l’art de voir, l’art d’apprendre, ce qui signifie mettre chaque chose à sa place. Et en cela, il y a un ordre magnifique.

Nous allons maintenant découvrir si le temps peut s’arrêter. C’est de la méditation, comme nous l’avons dit au début de cet exposé et des précédentes discussions. Tout cela relève du domaine de la méditation. La méditation n’est pas quelque chose de séparé de la vie quotidienne. La méditation n’est pas la répétition de mots, la répétition d’un mantra, qu’il est maintenant convenu d’appeler « méditation transcendantale ». La méditation ne peut pas être pratiquée. La méditation doit être quelque chose de totalement non-mental. Si vous pratiquez la méditation, c’est-à-dire si vous suivez un système, une méthode, alors c’est le mouvement de la pensée, mis ensemble pour atteindre un résultat, et ce résultat est projeté comme une réaction du passé, et donc il est toujours dans le domaine de la pensée.

Peut-il y avoir une mutation dans le cerveau ? Il s’agit de cela. Nous disons que c’est possible. C’est-à-dire une révolution psychologique complète, une telle mutation n’est possible que lorsqu’il y a un grand choc d’attention. L’attention n’implique aucun contrôle. Vous êtes-vous déjà demandé si vous pouviez vivre dans ce monde moderne sans un seul contrôle – de vos désirs, de vos appétits, de la réalisation de vos désirs, etc. Sans un seul souffle de contrôle ! Le contrôle implique un contrôleur. Et le contrôleur pense qu’il est différent de ce qu’il contrôle. Mais si vous observez attentivement, le contrôleur est le contrôlé. Alors quelle place a le contrôle, au sens de retenue, de suppression, de contrôle pour réaliser, de contrôle pour se transformer soi-même, pour devenir autre chose ? Tout cela est l’exigence de la pensée ; et la pensée, par sa nature même étant fragmentaire, instaure une division entre le contrôleur et le contrôlé. Nous sommes éduqués dès l’enfance à contrôler, à supprimer, à inhiber, ce qui ne signifie pas faire ce que l’on aime. C’est impossible, on ne peut jamais faire ce qu’on aime. C’est trop absurde et trop immature. Mais pour comprendre toute cette question du contrôle, il faut examiner ce désir qui amène le fragment, le désir d’être et de ne pas être.

Découvrez si vous pouvez vivre sans comparaison, donc sans idéal, sans avenir, sans tout ce que la comparaison implique. Là où il y a comparaison, il doit y avoir contrôle. Pouvez-vous vivre sans comparaison et donc sans contrôle ? Avez-vous déjà essayé de vivre sans contrôle, sans comparaison ? Parce que la comparaison et le contrôle sont très respectables. Le mot respect signifie regarder. Lorsque nous regardons, nous voyons que tous les êtres humains, où qu’ils vivent, ont ce désir extraordinaire de se comparer à une idée, ou à un être humain supposé noble, et dans ce processus, ils contrôlent et censurent. Si vous voyez tout ce mouvement, alors vous vivrez sans un seul souffle de contrôle. Cela exige une discipline intérieure énorme. La discipline signifie en fait apprendre, et non pas être discipliné selon un schéma comme un soldat. Il s’agit d’apprendre s’il est possible de vivre sans un seul choix, sans comparaison et sans contrôle ; d’apprendre, de ne pas l’accepter, de ne pas le nier, mais de découvrir comment vivre.

Il en résulte un cerveau qui n’est pas conditionné. Il y a donc un cerveau qui est totalement inconditionné. La méditation est donc une libération de l’autorité, qui met tout à sa place dans le champ de la réalité, et la conscience réalisant sa propre limitation et donc mettant de l’ordre dans cette limitation. Quand il y a de l’ordre, il y a de la vertu, la vertu dans le comportement.

À partir de là, nous pouvons maintenant aborder la question de savoir si le temps a un arrêt. Cela signifie que le cerveau lui-même et l’esprit soient absolument immobiles, non contrôlés, peuvent-ils l’être ? C’est très important, s’il vous plaît. Si vous contrôlez la pensée afin d’être immobile, alors c’est aussi le mouvement de la pensée. Alors, le cerveau et l’esprit peuvent-ils être absolument immobiles ? C’est la fin du temps.

Maintenant, les êtres humains ont toujours désiré, à travers les âges, contrôler et apporter le silence à l’esprit, ce qu’ils appellent la méditation, la contemplation, etc. L’esprit peut-il être immobile ? Sans bavardage, sans imagination, sans être conscient de cette immobilité ; car si vous êtes conscient de cette immobilité, il y a un centre qui est conscient de cette immobilité, et donc ce centre fait partie du temps, rassemblé par la pensée. Par conséquent, vous êtes toujours dans le domaine de la réalité et cela n’a donc pas de fin dans le monde de la réalité, du temps.

L’homme a fait ce qu’il pense être sacré : toutes les images, qu’elles soient faites par la main ou par l’esprit ; toutes les images, dans les églises, dans les temples, dans l’esprit musulman. Toutes ces images sont encore le produit de la pensée, et en elles il n’y a rien de sacré. Alors, dans ce silence complet, y a-t-il quelque chose de sacré ?

Nous avons commencé par dire que la religion n’est pas une croyance, n’est pas de la propagande, n’est pas un rituel, une autorité et tout le reste, mais que la religion est le rassemblement de toutes les énergies pour rechercher s’il y a quelque chose de sacré qui n’est pas le produit de la pensée. Nous avons cette énergie lorsqu’il y a un ordre complet dans le monde de la réalité dans lequel nous vivons – c’est-à-dire la relation, la liberté de l’autorité, la liberté de la comparaison, du contrôle, de la mesure. Alors l’esprit/cerveau devient complètement immobile, naturellement, et non par contrainte.

On voit que tout ce que la pensée a créé n’est pas sacré, que rien de ce qui a été créé par la pensée n’est sacré. Alors, y a-t-il quelque chose de sacré ? À moins que les êtres humains ne trouvent ce caractère sacré, leur vie n’a vraiment aucun sens, c’est une coquille vide. Ils peuvent être très ordonnés, ils peuvent être relativement libres, mais à moins qu’il y ait quelque chose d’absolument sacré, non touché par la pensée, la vie n’a pas de sens profond. Y a-t-il quelque chose de sacré, ou tout est matière, tout est-il pensé, tout est-il transitoire, tout est-il impermanent ? Y a-t-il une dimension que la pensée ne peut jamais toucher, et qui est donc incorruptible, intemporel et donc sacré ?

Pour y parvenir, l’esprit doit être complètement immobile, ce qui signifie que la pensée/temps s’achève. En cela, il doit y avoir une liberté totale de tous les préjugés, opinions, jugements. Alors, on vient à cette chose extraordinaire qui est intemporelle, et qui est donc l’essence même de la compassion.

La méditation a donc une signification. Il faut avoir cette qualité méditative de l’esprit, non pas occasionnellement, mais toute la journée.

Brockwood Park, 14 septembre 1975