Joël Acremant : L’alimentation dynamique selon Rudolf Steiner


09 Oct 2016

(Revue Le chant de la licorne. No 14. 1986)

Joël Acremant Né en 1948, Études d’artisanat d’art (orfèvrerie, dinanderie, bijouterie) en Belgique. Après quelques expériences professionnelles, il change d’orientation pour s’intéresser à la médecine naturelle, l’alimentation saine et la recherche spirituelle. Il tient alors un restaurant d’alimentation saine pendant sept ans (en Belgique) et sera ensuite chef de cuisine à l’école Steiner de Laboissière (Oise), puis à l’école Perceval de Chatou (Yvelines) pendant 14 ans. A partir de 1998, il assure des remplacements pour les cours de travaux manuels à l’école Perceval. Depuis septembre 2001, il enseigne ces matières à plein temps. Durant toutes ces années, il n’a cessé d’animer des stages d’alimentation saine, seule ou associée à la botanique goethéenne et à la peinture.

Toute discipline à caractère scientifique découle d’une certaine perception du monde propre au temps. Celle qui prévaut actuellement, par exemple, est bien différente de celle de l’antiquité ou du moyen âge. C’est une réalité historique essentielle trop souvent négligée… Nous croyons utile de mieux connaître l’arrière-fond conceptuel qui sous-tend toute démarche scientifique [1]. La question à se poser est celle-ci : Comment l’homme de science envisage-t-il l’homme et l’univers aujourd’hui ?

Sans prétendre y répondre entièrement, cette question nous amène à une réflexion particulièrement fructueuse si l’on veut pénétrer toute la profondeur de la science diététique. On comprend d’autant mieux l’édifice qu’on connaît la pensée de l’architecte !

Un grand esprit — dont le travail scientifique est injustement méconnu — a soulevé ces questions épistémologiques fondamentales ; il s’agit de Goethe. Son œuvre de pionnier [2] a été poursuivie par Rudolf Steiner à travers la Science Spirituel ou antroposophie. L’alimentation dynamique, (comme toute approche antroposophique) se veut globale, ce qui rend indispensables de nombreux élargissements.

COMMENT S’Y RETROUVER ?

Il est normal que nous soyons perdus dans le dédale des théories diététiques, parce que nous négligeons d’y mettre de l’ordre. Nous « consommons » des informations avec un certain dilettantisme. Il nous faut retrouver le fil conducteur. Toute question posée par la science appelle une réponse du même ordre. Une question d’ordre chimique, appellera une réponse chimique, etc… Notre science toute tournée qu’elle est vers le « porteur » matériel, néglige de percevoir la pulsation de vie emprisonnée dans la matière. C’est un fait capital. L’analyse du « squelette » si poussée soit-elle est impropre à révéler le souffle de vie !

La nature en plein jour étale son mystère

Sous un voile éclatant que nul ne peut ravir

Et ce que pour jamais elle a voulu nous taire,

Ni pinces, ni leviers ne pourront le saisir. (Faust) [3].

Reconnaissez que quand vous ouvrez un livre de diététique à prétention scientifique, il y a de quoi être traumatisé. Comment retrouver l’être humain individuel dans cet imbroglio de tuyaux ? Comment croire que tout le mystère de la digestion humaine (car c’en est un!), avec ses innombrables cas particuliers, se trouve contenu dans la liste des actions et réactions physico-chimiques de l’organisme ? Comment réduire toute la complexité du goût à un mécanisme dépourvu d’âme ?

Dans quel piège sournois sommes-nous tombés en confondant la notion d’« in-vitro » avec celle d’« in vivo » ! Naturellement, les faits présentés sont justes, dans leurs limites, mais ils ne suffisent pas à expliquer l’homme entier !

Macroscopie doit aller de pair avec microscopie ! Sinon le risque est grand de développer une redoutable schizophrénie auréolée de scientisme.

Quand on veut connaître ou décrire

Un objet quelconque qui vit,

On en ôte d’abord l’esprit

On tient alors chaque partie

Il ne manque plus que la clé… (Faust).

Cette déviation du jugement devient inévitable quand on éparpille l’étude du corps dans des disciplines spécialisées et, bien trop indépendantes les unes des autres. En réalité le ventre, le cœur et le cerveau agissent « main dans la main ». Ils ne marchent pas en file indienne !

DES ÉVIDENCES À RAPPELER !

Une véritable diététique ne peut pas ignorer cette globalité. Pour voir clair, nous devons replacer chaque information dans son contexte général ! Si l’homme est une panse, c’est une panse qui pense ! Nous absorbons tous un grand nombre de substances comestibles mais le profit individuel que nous en tirons montre toute la subtilité de « l’alchimie digestive ». Et si nous voulons comprendre le mystère des appétits personnels, il nous faut retrouver une vision élargie de l’être humain, physique, énergétique, émotionnel et spirituel. Cela relève d’un simple réalisme, vers lequel tendra (bon gré, mal gré) toute la diététique du futur…

Vous remarquerez facilement que tous les fanatismes alimentaires s’appuient sur une vision « réductionniste » de l’homme, qui voudrait en faire un organisme « standard » ! Sans oublier que de nombreuses théories diététiques sont le fruit (si l’on peut dire) d’expériences faites sur des animaux de laboratoires, puis extrapolées à l’homme…

RETROUVER LES CHAÎNONS MANQUANTS

De proches collaborateurs de R. Steiner ont voulu restituer les chaînons manquants de notre diététique, c’est dans ce but que furent mises au point de nouvelles méthodes d’analyse, plus larges, comme celles des cristallisations sensibles (les plus connues) ou encore celles des morphochromatographies, des gouttes sensibles, ou des graines germées, qui trouvent de nombreuses applications, notamment en biologie et en médecine. (Voir illustrations).

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Figures 1 à 3 :

Ces trois images révèlent les forces formatrices au repos dans un germe de céréales de culture biodynamique : froment, orge, seigle. Elles servent surtout à montrer le caractère spécifique de chaque espèce se reflétant dans la dynamique particulière du geste formateur.

De telles méthodes nous font « apercevoir » la pulsion des forces de vie que les hindous appelaient « prana » et que l’occultisme moderne nomme forces éthériques [4].

L’étude des forces éthériques jette un pont majestueux entre les forces architecturantes, modelantes et formatrices du « Verbe » créateur et le monde sensible manifesté.

Signalons, au passage, les très intéressantes recherches soviétiques sur l’effet Kirlian, lequel montre, par un procédé photographique spécial, une émanation lumineuse de ces forces éthériques incarnées dans tout corps vivant. Ce procédé sert déjà en médecine à l’établissement de diagnostics [5]. Pour notre conscience moderne, le temps est venu d’étudier les mondes invisibles avec une ouverture d’esprit, qui n’exclut ni le sérieux ni la rigueur, attributs de toute science noble, afin d’en tirer des enseignements pratiques. Car, il ne s’agit nullement de substituer au provisoire, aveuglément matérialiste, un quelconque délire mystique. Une très ancienne loi, réactualisée pour notre temps, peut nous aider dans ce cheminement.

LES QUATRE ÉLÉMENTS

Cette loi qui nous vient d’Aristote, fut largement utilisée par les alchimistes. Malheureusement, elle est pour l’homme moderne vidée de toute sa substance, elle se trouve réduite à la seule notion d’états d’agrégation de la matière : solide, liquide, gaz, plasma.

C’est, parmi bien d’autres, un exemple significatif de notre propension à scléroser les pensées vivantes. Pour les anciens elle évoquait déjà, les 4 points cardinaux et leurs atmosphères particulières : Nord/froid, Ouest/humide, Sud/chaud, Est/sec, en correspondance avec le cycle des saisons et de l’activité végétale : base de toute vie terrestre. Ces quatre qualités particulières nous donnent également les quatre tempéraments qui, malgré tous les progrès de la caractériologie, sont toujours d’actualité. Enfin, pour la Science Spirituelle, les forces éthériques existent au nombre de quatre en relation directe avec les 4 éléments. (Voir encadré).

Reprenons tout cela à l’aide d’un schéma et, apportons quelques précisions.

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UNE AUTRE VISION DE L’HOMME

La connaissance moderne reste tout axée sur le corps physique, pourtant ce dernier ne serait qu’un cadavre s’il n’était animé de vie. Ce corps physique emprunte sa substance au monde minéral.

L’« organisme » qui permet la circulation de la vie est appelé corps éthérique (comme en est pourvu le règne végétal). Le corps éthérique est organisé autour de ces « plexus » d’énergie que la théosophie nomme « chakras » et qui nous dispensent (entr’autres fonctions) la nutrition cosmique. L’organisation nerveuse est rendue possible par l’activité du corps nerveux ou astral, comme en possèdent les animaux. Le Moi est l’attribut de l’humain et peut gouverner tous les autres principes. C’est L’Atma-Buddhi-Manas des théosophes.

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Figures 4 à 7:

L’exemple du riz permet une étude remarquable des conséquences du raffinage. Alors que le riz complet cru (figure 4) offre une image robuste modelée dans toutes ses parties, ce n’est plus du tout le cas pour le riz blanc : les formes commencent à coller, à s’épaissir, à s’isoler les unes aux autres (figure 5).

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Il est frappant en revanche de voir que le déchet de l’opération, ce qu’on pourrait appeler le son, donne une image très harmonieuse (figure 6) ; elle prouve la valeur de ce que nous perdons au raffinage ! Même l’opération de polissage supplémentaire qui donne le riz glacé laisse à son tour des déchets qui révèlent encore certaines qualités (figure 7).

Nous ne cherchons nullement ici à imposer un dogme quel qu’il soit, mais plutôt à suggérer une autre vision de l’homme qui, en définitive, n’est pas plus saugrenue que l’actuelle conception qui n’y voit qu’un agrégat de molécules, résultant des jeux du hasard et de la nécessité… La reconnaissance des principes constitutifs humains par la clairvoyance moderne (telle qu’elle fut exercée par R. Steiner, de manière si précise et si poussée) a au moins le mérite d’être — dans les grandes lignes — en accord avec toutes les traditions.

Homme

Animal

Végétal

Minéral

Forces animiques

Forces de vie

Forces structurantes

Moi

Astral

Éthérique

Physique

Astral

Éthérique

Physique

Éthérique

Physique

Physique

LES DIFFÉRENTS TEMPÉRAMENTS

Comment comprendre à présent le mystère des tempéraments ? Si nous n’avons pas tous la faculté de clairvoyance, une juste observation peut nous apporter de précieux renseignements car, l’action des « corps » invisibles se marque en quelque sorte dans le corps physique.

Chez le mélancolique correspondant à l’élément terre, c’est l’élément minéral qui prédomine : le squelette, qu’il ressent avec une pénible sensation de pesanteur. Ce tempérament peut être sujet à une activité psychique obsessionnelle et à des maladies à sclérose. Chez ce type l’apparence « osseuse » est marquée. Le lymphatique est davantage régi par l’élément liquide. L’activité du corps éthérique qui est alors prédominante agit sur le système glandulaire.

Le lymphatique peut — à l’excès — souffrir de dépression, de torpeur et de troubles glandulaires digestifs ou autres. Sa « bonhommie naturelle » est aisément reconnaissable. Le sanguin (ou nerveux) est marqué par l’élément air / lumière, l’humeur est vive et pétillante, l’activité du corps astral rend ce type très sensible à toute stimulation extérieure. A l’excès, il peut être menacé par une certaine confusion mentale, et par des troubles résultant d’une fatigue émotionnelle et nerveuse, comme de l’abus de stimulants psychiques.

Son aptitude au mouvement continuel signe son tempérament. Le colérique (ou bilieux) donne une impression de force, et de santé, il a « bonne mine ».

L’importante activité du Moi se marque plus sélectivement dans le sang et tout le système sanguin, le corps physique est généreusement irrigué. Chacun sait que la colère fait affluer le sang chez certains sujets alors que d’autres en pâlissent. Ce genre de symptômes nous apprend beaucoup sur l’action des « enveloppes » sur notre corps physique. A l’excès, le colérique est menacé par la folie furieuse et les troubles violents souvent accompagnés de fièvre, signe supplémentaire de la forte activité du Moi. Le sang est la substance physique la plus imprégnée de l’empreinte du Moi. Quand Mephisto veut conclure son pacte avec le Dr Faust, il demande : Toute feuille fera l’affaire.

Mais il faut la signer d’une goutte de sang.

Bien entendu, il est rare de rencontrer un tempérament typique tels que ceux brièvement décrits ici, mais il est très fréquent qu’une tendance prédomine en chacun d’entre nous. Une ancienne maxime nous montre certaines vertus morales propres aux températures :

aldyn6A cet égard, une étude sérieuse du thème de naissance peut nous aider à mieux nous connaître.

INFLUENCE DE L’ALIMENTATION

La notion de tempéraments nous fait entrevoir le pourquoi de nos préférences en matière d’alimentation. Qu’on réfléchisse un instant au mystère du chaud et du froid puis cherchons y une relation avec nos tempéraments chauds / extravertis : nerveux, colériques et froids / introvertis : mélancoliques, lymphatiques.

Nous saisirons alors ce qu’il y a de barbare dans tous les fanatismes diététiques à la vue étroite !

Chacun « habite » et « utilise » son corps à sa manière, et pour son but ! C’est le point de départ d’une juste réflexion. Nos aliments sont davantage emplis de l’une ou l’autre qualité élémentaire, la chose est remarquable pour nos quatre céréales européennes : Blé, seigle, orge, avoine dont la forme se montre aussi « marquée » que la composition. Comme l’enseignait la table d’Émeraude : « Ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas »… Chaque force suprasensible a son porteur sensible.

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Figures 8-9 : jus de pomme

Voici deux images de jus de pomme de provenance et de qualité différentes. Bien que l’un et l’autre soient des produits de transformation, la différence saute aux yeux : en figure 8 produit de commerce, et en figure 9 jus de qualité Déméter. La différence est due autant à la qualité du produit brut qu’aux procédés techniques utilisés. Le jus de qualité Déméter possède une force de structuration de l’image plus vivante et plus mobile.

On retrouve la très sage loi des « correspondances » ou « signatures » chère à Paracelse puis développée par Goethe et par R. Steiner. Elle agrandit considérablement le champ étroit de l’analyse exclusivement chimique…

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Une étude globale des aliments nous conduit à la captivante découverte de l’influence de l’alimentation sur notre qualité de conscience. C’est là une recherche totalement négligée par notre science positiviste… Nous y reviendrons. Notre manière de préparer la nourriture signe encore notre tempérament : Les grillades, par exemple, sont à l’opposé de l’« univers » des soupes et des bouillies. De même, ceux qui privilégient l’expansion et le gonflement : soufflés, blancs battus… sont aux antipodes de l’atmosphère enfermée des gratins, chaussons… De ce point de vue la cuisson à l’étouffée est une méthode harmonisant bien ces 4 qualités : Espace clos, eau, air (vapeur) et chaleur. L’adjonction d’un peu d’huile ajoute au caractère igné.

Pour R. Steiner : « Une saine cuisson prolonge l’action du soleil ».

« De l’air de la terre et de l’onde

Mille germes naissent partout

Humide, sec, froid, chaud, tout se féconde« . (Faust).

Chaque monde élémentaire terrestre a son frère cosmique appelé éther. On peut ainsi établir quatre couples éléments / éther agissant en polarité.

La pénétration du suprasensible dans le sensible se fait selon un déroulement rythmique lui-même quaternaire :

Ethérique : forces formatrices

Processus

Physique : forme

matière

Parmi les constituants de notre substance terrestre quatre ont une relation plus étroite avec les quatre éthers : Hydrogène, éther de chaleur ; Oxygène, éther chimique ; Azote, éther de lumière ; Carbone, éther de vie.

Pour plus de détails voir référence note 4

UN REPAS D’ALIMENTATION DYNAMIQUE

Il y a dans la manière de débuter un repas la très profonde et individuelle question du chaud et du froid.

En pratique, c’est souvent : Salade ou potage ? Selon de très nombreuses théories diététiques, il faudrait toujours commencer le repas par le cru. De « bonnes » raisons sont données à cette recommandation : apéritives, digestives… On méconnaît généralement des raisons plus subtiles, comme celle du plaisir de l’âme. Le chimiste digestif fonctionne d’autant mieux qu’il est heureux !… Ce n’est pas à négliger.

La soupe

Un bon bol de soupe réchauffe la paroi stomacale et encourage, la sécrétion des sucs digestifs. Il suffit de ne pas abuser de cette entrée liquide et bien sûr, de bien la préparer. Pour cela, nous conseillons de la faire avec toutes sortes de légumes de saison émincés (de préférence biologiques ou mieux biodynamiques) que vous laverez soigneusement mais rapidement. Ensuite, vous les ferez cuire à l’étouffée dans une casserole (en inoxydable ou en fonte avec un peu d’huile d’olive ou de tournesol).

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Figures 10 à 13 : Ces images concernent le pain, aliment soumis à d’importants processus de transformation. Toutefois, la cuisson au four prolonge la maturation naturelle, donnant ainsi naissance à un produit nouveau en affinité avec l’être humain. Mais sa qualité varie beaucoup selon les méthodes de culture et de fabrication qu’il a subies.

La figure 10 est l’image d’un pain Bircher fabriqué en Suisse, pain complet. Les figures 11 et 12 s’en distinguent nettement : le pain blanc par ses formes épaissies, irrégulières, le pain vitaminé par la tendance formatrice minéralisante, uniformisante, qui sans aucun doute traduit l’effet de l’adjonction de vitamines de synthèse.

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On est surpris de constater la même harmonie des forces formatrices rayonnant dans cette image et dans l’image 10 — quelles que soient par ailleurs les différences entre ces images.

La série des images présentées ici a forcément un caractère fragmentaire. Elle a surtout pour but de faire voir ce que permettent d’obtenir les nouvelles méthodes d’investigation. Développées et perfectionnées, elles seront en mesure de rendre visible, perceptible, ce qui se passe dans le dynamisme interne des substances résultant des processus formateurs terrestres et cosmiques ; ce dynamisme reflète « la manière dont la forme vivante réussit à assimiler la substance qui lui est hétérogène et à en édifier sa propre structure » (Nikolaus Hartmann). N’est-ce pas là le premier objectif d’un « traité d’alimentation dynamique » ?

Vous pouvez y ajouter un filet d’eau — ce qui réduira un peu le temps de cuisson — une pincée de sel et des plantes condimentaires variées : basilic, thym, ail, cumin, coriandre… Après une vingtaine de minutes de cuisson, ajoutez l’eau, laissez bouillir encore cinq minutes et rectifiez l’assaisonnement. Si les légumes sont coupés assez fins il n’est pas nécessaire de passer la soupe, sinon vous la passerez au moulin à légumes ou (ce qui est moins bien, mais plus rapide) un petit moment au mixer.

Vous pouvez, si vous le désirez, lier votre préparation avec un peu de céréales cuites ou des flocons : avoine, orge, blé… ou encore un peu de crème.

Je vous recommande d’incorporer au moment de servir, un légume vert finement haché comme par exemple du persil ou du cerfeuil en bonne quantité, ce qui, outre les qualités gustatives, vous apportera des crudités… chaudes. Une soupe préparée de cette manière, est beaucoup plus savoureuse, que si vous aviez mis les légumes à bouillir directement dans l’eau. Essayez et comparez !

Un des graves problèmes de l’alimentation, mis à part les aliments, c’est la qualité de l’eau. Il est un peu coûteux, si votre eau courante n’est pas bonne, de cuisiner à l’eau en bouteilles. Certaines régions offrent de bonnes sources, sinon, vous pouvez améliorer, autant que faire se peut, votre eau courante avec quelques moyens simples. D’anciens manuels de médecine naturelle conseillent de battre l’eau avec un fouet comme pour battre des blancs, c’est une manière rapide de « dynamiser » l’eau. Les recherches de Swenck, notamment (le chaos sensible aux Ed. Triades) ont montré que les qualités de l’eau n’étaient pas seulement bactériologiques ou chimiques, mais aussi « dynamiques ». Vous pouvez ainsi augmenter ce dynamisme, en agitant ou en battant votre eau de cuisine. Les anciens hindous connaissaient déjà cette dynamisation de l’eau qu’ils versaient, d’assez haut, de récipient en récipient avant de la consommer.

Vous pouvez ainsi préparer quelques litres d’eau, le soir, pour le lendemain, dans un récipient en verre recouvert d’une fine gaze, ce qui permet à certaines substances volatiles, comme le chlore, de « s’échapper » plus facilement.

Dans certains cas extrêmes, l’on peut mettre un peu d’argile et, si l’eau est très calcaire, un peu de vinaigre de cidre ou de jus de citron, ce qui donne d’excellents résultats. Cela peut vous paraître un peu compliqué mais rappelez-vous que nous sommes constitués d’au moins 75 % d’eau !…

La salade

Il est très fréquent de croire que les crudités sont longues à préparer et qu’elles nécessitent du matériel. Trois outils simples feront parfaitement l’affaire : un couteau bien affûté, une essoreuse à salade et une râpe à quatre faces en inoxydable que vous trouverez dans tous les magasins spécialisés. Ajoutez encore, un grand bocal à couvercle vissé pour la sauce. Si vous êtes un inconditionnel du « robot mixer » pensez au temps qu’il faut pour le monter, le démonter, le laver et le sécher…

Pour les salades, tous les légumes de saison sont utiles, même des légumes méconnus en crudités comme le chou-fleur, le navet, l’épinard et le poireau finement coupé…

Vous pouvez encore mélanger des fruits tels que pommes, raisins, abricots, amandes, noisettes… ce qui donnera des « salades du ciel et de la terre ».

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Figures 14 à 17 :

Ces images, elles aussi, renseignent sur la qualité des produits complets par rapport aux produits raffinés. L’étude a été faite selon le procédé décrit précédemment sur des échantillons de riz cuit en voie de digestion. La différence est très nette. Les formes typiques du riz complet subsistent après cuisson, mais semblent épanouies par rapport à celles du produit cru (figures 14 et 16). Le riz glacé cuit montre, par contraste, des formes en partie agglutinées (figures 15 et 17), et présente en outre un signe supplémentaire de diminution de la qualité : ce sont des formes dissociées, de grandeur et de dessin variables, donnant une image mal coordonnée (figure 15). Après le séjour dans l’estomac, les formes sont en totale dissolution. Il n’existe plus ni coordination ni forces formatrices; l’image donne l’impression d’être chaotique (figure 17).

Ce résultat est d’une importance fondamentale. Il révèle que la valeur d’un aliment dépend de la résistance, adaptée à l’organisme, qu’il oppose à sa digestion. En surmontant cette résistance, nous développons des forces intérieures de santé.

Quand aux sauces, vous avez l’embarras du choix. Si vous appréciez l’huile d’olive, cette remarquable huile de fruit, vous pourrez confectionner avec du vinaigre de cidre ou bien du citron, toutes sortes de vinaigrettes avec de l’ail, des herbes de Provence, un peu de yaourt, un peu d’eau, une bonne moutarde, des échalotes, etc… Ce genre de sauces se conservera très bien Au réfrigérateur pendant plusieurs jours dans le bocal évoqué plus haut, ce qui évite d’en refaire à chaque fois… D’autres huiles sont à votre disposition comme l’huile de tournesol, de carthame… vous les choisirez de première pression à froid. Les corps gras sont indispensables à la santé et les huiles végétales ne sont pas à craindre, comparées aux graisses saturées des viandes provenant d’élevages intensifs !…

Alors soupe ou salade pour commencer ?

Chacun peut répondre en partie à cette question, si nous nous rappelons que nos tempéraments vont par couples. L’un est proche du chaud : sanguin/colérique et l’autre du froid : mélancolique/flegmatique, de plus le premier couple correspond à une sphère d’extraversion, l’autre d’introversion, la médecine naturelle nomme les troubles d’extraversion : les maladies à colle (abcès, inflammations, fièvre…) et les troubles d’introversion : les maladies à cristaux.

aldyn12Cette polarité interne/externe dans l’homme, que l’on retrouve dans le cru et le cuit, nous donne l’occasion de réfléchir, de façon très féconde. Ces deux types d’alimentation sont utiles, et dire que l’alimentation cuite est morte, demeure sans fondement, à condition, naturellement, que la cuisson soit adéquate. C’est le cas de la cuisson à l’étouffée. La proportion d’aliments cuits par le soleil : crudités et d’aliments cuits par l’homme, est fonction de nos besoins individuels et de notre tempérament. Un excès d’intériorité sera compensé par une nourriture crue, un excès d’extériorité sera compensé par une nourriture cuite.

Un remarquable diététicien a bien compris le pouvoir curatif du cru : il s’agit de Bircher Benner. Ses plus grands succès thérapeutiques ont été acquis dans le cas d’une maladie typiquement « introvertie » ou si vous préférez à cristaux : l’arthrose.

Dans une très célèbre expérience au Royal Free Hospital de Londres, il guérit plusieurs cas d’arthrose, jugé incurables, à l’aide du seul régime de crudités, à l’exclusion de toute autre thérapeutique [6].

D’ailleurs la seule évocation d’une salade par rapport à une soupe montre bien la polarité de ces deux univers, le premier étant la nature originelle et le second la nature apprivoisée, domestiquée, intériorisée, humanisée.

Dans un repas d’alimentation dynamique nous offrons un petit bol de soupe, puis une salade avec crudités qui peut se déguster avec le plat de résistance. De grandes quantités de crudités sont requises, quand il faut faire appel aux forces de guérison. Il est intéressant de remarquer que la coutume de la soupe — y compris en été — est très répandue dans les campagnes où les hommes éprouvent un fort besoin de se retrouver « à l’intérieur », après une journée passée dehors en plein air… On voit que toute règle en ce domaine se colore de nombreuses nuances individuelles.

Il vous sera très profitable d’observer, autour de vous, les préférences en matière de chaud et de froid ; notre corps n’offre-t-il pas deux régions opposées : la tête et le ventre respectivement froid et chaud (il règne dans le foie une température de 42° et au bout du nez 22° environ), ceci, bien sûr, dans des conditions normales de climat et de santé.

L’activité de ces deux pôles étant tempérée, harmonisée par celle de diaphragme.

La place nous manque ici, pour voir, en détail, la composition totale d’un menu d’alimentation dynamique qui s’approche d’un régime ovo-lacto végétarien tel qu’il est, par exemple préconisé en France par le mouvement vivre en harmonie de R. Dextreit. Ce qui est particulier à l’alimentation dynamique, tient dans le choix des ingrédients en fonction du niveau de conscience recherché, c’est ce qui en fait le caractère spécifique, en outre dans cette démarche les aliments sont choisis dans la région du globe où nous vivons ; ceci est très important en un temps où nous pouvons manger de tout, tout le temps et où la diététique elle-même se laisse aller à certaines modes comme celles de « l’orient ». A ce point de vue, le cas que l’on fait du soya, nous semble parfaitement exagéré, et sa richesse en protéines ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Même chose pour le riz complet, nous disposons de céréales qui nous sont bien plus adaptées. Le centre européen, pris entre les tendances de l’Est et de l’Ouest, devrait se méfier des « aliments envahisseurs », sous peine de voir menacé l’esprit du peuple. Le menu d’alimentation dynamique est également fonction du tempérament ce qui conduit à ne pas pratiquer un végétarisme absolu et systématique.

LES IMPLICATIONS DU VÉGÉTARISME

Cet aspect du régime est souvent mal posé, il s’égare trop souvent dans un débat passionnel, l’important est d’en percevoir toutes les implications qui sont plus étendues qu’on ne le croit généralement. En opérant nous-mêmes la digestion, à partir du végétal, nous nous fortifions intérieurement, chacun peut l’expérimenter, mais cela doit se faire dans la limite de nos possibilités, ce qui se traduit le plus souvent par une lente période de rééducation, surtout si nous étions habitués à une alimentation fortement carnée. C’est là que se situe le point central du végétarisme. L’exercice proprement alchimique de la digestion fortifie l’homme interne, tout comme un exercice adéquat rend vigueur à nos muscles, encore faut-il être en condition. Sinon, un entraînement préliminaire est indispensable, ce qui ne va pas, bien sûr, sans une solide et une juste motivation.

Ces lignes nous aideront à comprendre de manière nuancée la parole de R. Steiner : « L’organisme doit travailler le plus possible, sinon il s’atrophie ».

Notons, au passage, que pour l’antroposophie, le diabète est un des symptômes les plus importants de l’atrophie de l’activité digestive.

Nos aliments ne sont-ils pas une transformation du règne végétal, nous donnant d’abord le lait (et ses dérivés), cet extraordinaire aliment du milieu, puis ensuite la chair animale transformation déjà « astralisée » du végétal ?

En effet, pour digérer la nourriture carnée, nous devons annihiler complètement les forces astrales de l’animal. Nous choisissons notre nourriture dans ces trois « familles ». Ce choix nous fortifie ou nous affaiblit. Les « raccourcis » sont quelquefois trompeurs…

L’AGRO-ALIMENTAIRE

Sous ce vocable se retrouvent toutes les entreprises humaines liées à la nourriture. Notre siècle avide de productivité et de performances : rapidité/apparence (ne parlons pas de qualité au sens « vibratoire » du terme) / prix, encourage à une politique « performante » de la terre et des aliments. En d’autres termes, ce qui nous arrive globalement, nous l’avons laissé venir ! Par tous les moyens, l’agro-alimentaire cherche à connaître et à satisfaire nos envies et nos besoins. L’étude des forces éthériques montre à quel point l’opulence alimentaire s’est faite au détriment de la qualité intime des substances. Nous disposons de plus en plus d’aliments « vides » et « morts ». Les manipulations les plus courantes : conditionnement sous vide, dissécation, stérilisation, lyophilisation, surgélation, l’utilisation de plus en plus grande de plastique et d’aluminium, et l’ajout de milliers d’additifs nous donnent finalement des aliments affaiblis qui nous affaiblissent.

La digestion humaine qui est une déconstruction totale, trouve là de moins en moins de forces avec lesquelles lutter, il s’ensuit une diminution de l’activité de l’« homme interne ». L’emprise de notre Moi dans l’organisme devient lâche, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. La force et la vigilance requise pour toute recherche d’un équilibre intérieur s’en trouve affectée. La question alimentaire nous confronte à notre vision du monde et de l’humain. Ne sont-ils, l’un et l’autre, que des machines à produire sans idéal, sans but et sans finalité, tel est le terrible dilemme qui se présente à nous ! Par notre manière d’incorporer la nature, en digérant, nous faisons des choix capitaux.

On sourit volontiers à l’évocation d’un monde invisible ou spirituel. Si la nécessité de l’évolution de l’âme humaine nous a fait délaisser le ciel, faut-il pour cela défier la matière et la technique ? Bon gré, mal gré, chacun choisit son maître ! A la notion d’appareil digestif mécaniste, nous opposons celle d’un théâtre où s’expriment les forces cosmiques. Libre à nous d’en choisir les acteurs.

En mangeant, l’homme peut croire qu’il empile de la matière sur un ensemble de matière, pour l’alimentation dynamique il s’agit bien plus d’un ensemble d’ « activités ».

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1 Philosophie de la liberté de R. Steiner. Voir aussi : Les illusionnistes, essai sur le mensonge scientifique de Pierre Feschotte éd. de l’aire.

2 La métamorphose de plantes et le traité des couleurs de Goethe aux éd. Triades.

3 Faust de Goethe, première traduction en vers de Jean Malaparte aux éd. Flammarion.

4 Les forces de vie de Coroze, Marti, Bott aux éd. Triades.

5 Recherches parapsychiques en URSS éd. Laffont. Voir aussi la vie secrète des plantes aux mêmes éditions.

6 « Jus de fruits, crudités » de Bircher Benner Ed. V. Attinger.