Roberto Fondi : Le « créationnisme »


12 Feb 2020

Il me semble qu’après toutes vos précisions et mises au point, nous avons pratiquement épuisé l’analyse critique de la pensée biologique contemporaine. En résumé, quelle est à votre avis la caractéristique la plus significative de cette pensée ?

La chose me paraît évidente : il s’agit de la grande contradiction dont je parlais au début de notre entretien. La biologie contemporaine s’oriente de plus en plus vers une interprétation « interactionnelle » et cybernétique, c’est-à-dire holiste ou organiciste, du monde vivant. Cela, nous l’avons vu chez Gould, Croizat, Lovtrup, Hennig, Lovelock, Capra, Jantsch, Bateson et tant d’autres. Pourtant, la cathédrale de la biologie continue d’exhiber, bien posé et trônant sur son maître-autel, le missel de l’évolutionnisme. Un nombre grandissant de scientifiques adressent leurs prières, sans même s’en rendre compte la plupart du temps, à Aristote, Linné, Goethe et Cuvier. Mais c’est toujours devant le tabernacle de Lamarck et de Darwin qu’on est persuadé de s’agenouiller. C’est une situation vraiment absurde, mais je ne serais pas du tout surpris si elle devait se prolonger pendant très longtemps encore, étant donné les possibilités pratiquement illimitées de « persuasion occulte » qui sont inhérentes au monde moderne. En définitive, la recette pour brouiller les cartes est très simple : il suffit de remplacer la légitime prise de conscience de l’échec du darwinisme et de l’évolutionnisme par la proposition trompeuse d’un darwinisme et d’un évolutionnisme « revus et corrigés » ; et le tour est joué. C’est précisément cela, du reste, que font Gould et son école. Concrètement, ils soutiennent des idées diamétralement opposées à celles de Darwin ; cependant ils se livrent à toutes sortes d’acrobaties intellectuelles pour faire apparaître ces idées comme le résultat d’un darwinisme « actualisé ».

« L’évolution, affirme Stanley, n’est plus ce que, tous ou presque, nous pensions qu’elle était il y a une dizaine ou une vingtaine d’années » [1]. On se dit alors : fort bien. Qu’est-elle donc ? Et Gould répond : un phénomène « ponctué » ou discontinu qui, pour être correctement compris, « réclame la hiérarchie et met en question le réductionnisme » !

Mais, s’il vous plaît messieurs, n’est-ce pas précisément contre la Weltanschauung holiste et hiérarchique inspirée d’Aristote et de Linné qu’a toujours été dirigée l’œuvre des fondateurs de l’évolutionnisme et de leurs disciples ? S’il en est ainsi, alors pourquoi continue-t-on à maintenir sur les autels de la biologie l’effigie de Darwin et l’évangile de L’origine des espèces, au lieu de les mettre de côté pour les remplacer par la statue d’Aristote et par sa Physique ?

Peut-être parce qu’on craint de tomber dans le créationnisme, en s’éloignant ainsi de la terre ferme de la science pour se laisser aller à la foi pure et simple.

À mon avis, c’est une crainte injustifiée, car la vision d’Aristote n’était pas du tout créationniste, ni ne se fondait en aucune façon sur la foi pure et simple.

En réalité, le « créationnisme » n’est autre que le résultat de la révision que la pensée chrétienne catholique a fait subir aux cosmologies antérieures, en particulier à la cosmologie grecque. À la différence de ces cosmologies, cette pensée ne considère pas que le monde est nécessairement régi par une Cause Suprême, mais le voit comme la production d’un acte totalement libre et désintéressé d’un Être divin qui ne peut trouver, en tant qu’il est tout-puissant et infini, aucune limite à son action. Celle-ci, par conséquent, se déroule ex nihilo.

Platon annonce sous bien des aspects la conception chrétienne catholique, puisqu’il voit la création comme un acte de bonté du Dieu Artisan (ou Démiurge), qui veut le bien multiplié ; de sorte que le monde n’est pas nécessaire par rapport à sa cause. D’autre part, l’action divine ordonnatrice reste cependant toujours limitée par les structures de l’Être (c’est-à-dire par les idées ou substances que le Démiurge adopte comme « modèles » de son œuvre) et par la matrice matérielle fondamentale et indifférenciée (qui, de par sa nécessité, limite l’œuvre elle-même). Si bien que la création platonicienne ne naît pas du néant.

À son tour, le Dieu d’Aristote — en tant que Premier Moteur Immobile — est cause de tous les mouvements et du devenir global du monde, mais il n’est pas cause de l’être substantiel de ce dernier, qui est éternel comme Dieu lui-même. L’être substantiel du cosmos est synolon, unité harmonieuse de matière et de forme, de puissance et d’acte, de « ce d’où » naissent les choses et de « ce à quoi » elles tendent, et cette unité harmonieuse s’exprime de façon évidente surtout dans les individualités biologiques, dans les organismes. On peut même dire que toute la nature se présente comme un immense organisme, où l’on peut distinguer quatre niveaux hiérarchiques essentiels : nature inorganique, règne végétal, règne animal et règne humain. En l’homme culmine et s’accomplit tout le devenir naturel, mais la hiérarchie de l’Être ne s’arrête pas là, puisqu’elle s’achève dans la perfection et la stabilité de Dieu, le Moteur Immobile.

Quant au Dieu de Plotin et des néoplatoniciens, son action ne peut même pas être considérée comme libre (en ce sens que, s’Il le voulait, le monde pourrait fort bien cesser d’exister), mais comme son émanation nécessaire. De même que la lumière ne peut pas, de par sa nature, ne pas éclairer, de même Dieu ne peut pas ne pas créer, « de manière fulgurante », le monde. Tous les éléments de celui-ci sont alors considérés comme autant d’émanations particulières de l’Être Suprême, de sorte qu’il n’y a, sous l’angle qualitatif, aucune solution de continuité entre la nature des uns et celle des autres.

D’où vient donc la notion de « création ex nihilo » ? Certainement pas de l’Ancien Testament. Celui-ci, en effet, affirme que Dieu créa le ciel et la terre, mais ne dit pas du tout qu’il s’agit d’une création « à partir du néant » ; il parle au contraire de la création du monde « à partir de la matière informe » (Livre de la Sagesse, XI, 18). Par ailleurs, le Nouveau Testament lui-même ne semble pas fournir des points de référence explicites pour une nouvelle vision cosmologique.

En fait, la conception créationniste christiano-catholique fut élaborée par Philon d’Alexandrie, par les Pères de l’Église et les Scolastiques, qui la tiraient en même temps de l’héritage judaïque et des penseurs grecs. Ce ne fut pas un simple syncrétisme, mais un ensemble éclectique où les éléments empruntés aux deux parties ne sont ni interchangeables ni inconciliables, mais finissent par se compléter dans un tout doctrinal qui se veut en accord avec les contenus historiques et théologiques de la mission du Christ.

Titus Burckhardt écrit à ce sujet : « Sans doute existe-t-il une différence entre la conception biblique de la création et la doctrine plotinienne de l’émanation de l’existence à partir de l’Un ; néanmoins, si l’on ne reste pas trop lié aux différences de terminologie et que l’on rend justice au sens métaphorique, on peut très facilement surmonter cet écart : l’affirmation biblique selon laquelle Dieu a créé le monde ‘du néant’ (ex nihilo) [2] pourrait-elle en effet vouloir dire autre chose sinon que Dieu a donné au monde une forme provenant d’aucune autre matière si ce n’est de lui-même ? Or, si le monde ne possède aucune autre réalité que celle qui provient de Dieu, il devient en ce sens son reflet ou son émanation. Tandis que la métaphore de l’acte de création suscite l’évocation d’une activité divine, le symbole de l’émanation est de nature statique ; il rappelle une lumière dont l’essence est d’éclairer, et qui nécessairement éclaire, puisqu’elle est.

« Partant de là, les cosmologues grecs et les philosophes des siècles suivants ont conçu le cosmos comme une expression nécessaire de l’être divin, et donc comme une durée perpétuelle. Pour eux, le cosmos en tant que grand tout n’a ni début, ni fin dans le temps, alors que, selon la Bible, l’univers a commencé à partir du moment même où Dieu l’a créé. Mais la contradiction apparente de ces deux conceptions disparaît si l’on considère que le temps, expression du changement et du passage, ne pouvait exister avant la création. Le temps a été créé avec le monde, et c’est pourquoi le commencement du monde ne peut être de nature temporelle, même si, à première vue, on ne peut le représenter que dans une dimension temporelle, par une vision qui représente symboliquement l’intervention de Dieu comme une action réelle. Ce qui, dans la théorie des émanations divines, apparaît comme une hiérarchie allant d’une réalité supérieure vers une réalité inférieure se présente, dans l’histoire de la création, comme un moment charnière situé dans le temps. Le monde physique possède en effet un commencement et une fin temporels, mais l’univers entier commence et se termine au-delà du temps, au sens fondamental ou, si l’on veut, logique, à partir du moment où toute sa durée imprévisible n’est rien par rapport au Maintenant éternel de Dieu » [3].

De toute manière, cela ne devient évident que sur un plan plus ésotérique, où il est naturel que les différences finissent par s’atténuer. Au niveau exotérique qui est celui proprement religieux, la distinction entre la cosmologie christiano-catholique et la cosmologie grecque, ou traditionnelle en général, reste plutôt marquée. La première évoque spontanément l’idée d’un Être Divin personnalisé, indépendant du monde et libre dans son action ; la seconde nous parle d’un Dieu impersonnel qui ne peut faire abstraction de la substance du monde, et dont la nature est de servir d’éternel centre ordonnateur de cette substance. Seule la première de ces visions peut être dite « créationniste » ; la seconde, non.

Il est intéressant de souligner que la position de l’astronome Fred Hoyle s’accorde parfaitement avec le fond même de la cosmologie grecque. Vous vous rappelez que j’ai déjà dit que pour Hoyle l’univers est un tout unitaire, « riche d’information » et « contrôlé de façon intelligente », où « les deux directions du temps doivent être reliées dans une espèce de circuit cohérent », et où « chaque chose existe en vertu de tout le reste ». Hoyle écrit : « L’intelligence supérieure qui opère depuis le futur et qui maîtrise le développement de l’intelligence dans notre temps présent, doit exercer son influence tout simplement pour pouvoir exister. Cette notion est familière aux mathématiciens : les nombres irrationnels, comme par exemple la racine carrée de 2, ne peuvent être exprimés avec précision ; ils ont des fractions décimales qui se suivent à l’infini, devenant de plus en plus petites sans pourtant jamais arriver à leur terme. Toutefois, pour les mathématiciens, les nombres ‘irrationnels’ sont à tous égards réels et complets comme les nombres de tous les jours, puisqu’ils existent en vertu du ‘support’ fourni par ces derniers. Il en va de même de l’univers, dans lequel l’intelligence de contrôle existe en vertu du support que l’univers lui fournit. ‘Dieu’ est un mot tabou en science, mais si nous appelons divinité une intelligence qui nous est supérieure, alors nous avons rencontré dans ce livre deux genres de divinité (…) deux formes d’intelligence très différentes (qui) correspondent bien, l’une à l’idée grecque de divinité qui administre un univers déjà existant, l’autre à l’idée judéo-chrétienne d’une divinité en dehors de l’univers. Dans les religions occidentales contemporaines, il est dit que ‘Dieu’ a créé l’univers et que ‘Dieu’ peut interférer avec l’univers pour l’adapter à ‘Lui’. Mais l’univers ne peut pas interférer avec ‘Dieu’, si bien qu’à la différence de la situation telle qu’elle se présente dans la science, l’action et la réaction ne sont ni égales ni contraires. Cette asymétrie conduit inévitablement à une aporie logique. Ces concepts nous amènent à poser une question, à laquelle on ne peut pas répondre : pourquoi l’univers doit-il donc exister ? Un éminent théologien a récemment admis : ‘Il y a une chose que nous ne pouvons pas comprendre : pour quelles raisons Dieu, qui n’a pas besoin du monde, l’a-t-il créé… Mais cette aporie est évitée lorsqu’on voit que ‘Dieu’ n’existe qu’en vertu du support que lui offre l’univers » [4].

Il se peut que je me trompe, mais j’ai l’impression qu’un scientifique, dès lors qu’il se déclare « créationniste », cesse automatiquement de se comporter en véritable homme de science. À partir de ce moment, en effet, il aura tendance — éventuellement en toute bonne foi, et sans même s’en rendre compte — à renvoyer chaque grand problème ou mystère à la volonté du Dieu personnel auquel il croit : volonté qui, parce que libre et indépendante de la substance de l’être cosmique, est également insondable et hors de portée des capacités humaines de connaissance. En revanche, pour un scientifique « émanationniste », il reste au moins l’espoir de pouvoir arriver à connaître « d’en bas » les caractéristiques essentielles de la divinité : en premier lieu parce qu’elle n’est ni détachée ni indépendante du monde, mais l’« informe » au contraire ; en second lieu parce qu’elle est liée au monde par un rapport de nécessité logique. Qu’en pensez-vous ?

Cette distinction me paraît raisonnable. Mais je pense, de toute façon, que si nous voulons rester vraiment sur le terrain scientifique, nous devons mettre définitivement de côté les deux termes « création » et « émanation », pour adopter une approche typiquement organiciste comme celle d’Aristote. Il est vrai que le Stagirite voyait la cause de la hiérarchie organique naturelle dans un Être Supérieur ; mais celui-ci n’était pas postulé par lui a priori ou admis en fonction d’un acte de foi pur et simple. Au contraire, les caractéristiques de cet Être étaient précisément déduites par voie médiate, avec rigueur et logique, sur la base de l’analyse des conditions de subsistance du monde sensible. Le problème des rapports entre la science de l’être et la théologie, Aristote le résolvait donc en justifiant la théologie à l’ontologie. Cela a été démontré récemment de façon tout à fait claire par Carlo Natali [5] dans le cadre d’une analyse en profondeur du livre ? de la Métaphysique, qui est assurément l’écrit aristotélicien le plus complet et le plus important sur le problème de la Divinité.

« Tout le discours théologique d’Aristote, écrit Natali, est conditionné par sa structure logico-conceptuelle fondamentale, qui en fait un cas unique dans l’histoire de la théologie au sein de la culture occidentale. Pour Aristote, la théologie est la science qui étudie l’expérience, en en rapportant les caractéristiques ontologiques à une cause transcendante (…) Quand Aristote conseille de faire de la théologie, cela ne renvoie pas à une quelconque forme d’ascèse ou à un contact mystique avec la divinité, mais, encore une fois, à l’étude du monde de l’expérience, qui représente la médiation capable d’obtenir des informations crédibles sur la divinité. L’exhortation à rechercher Dieu et à le servir, qui figure à la fin de l’Éthique à Eudème, a le sens d’une invitation à rechercher les structures du cosmos, donc d’une invitation à étudier scientifiquement notre monde. De la sorte, le cercle du discours théologique d’Aristote se ferme dans la nécessaire complication des différents moments d’une même poussée organique, où la ‘théologie’ ne s’oppose pas à la science, mais constitue l’un des modes où s’exprime l’impulsion, propre à l’espèce humaine, d’éclairer rationnellement les phénomènes, en en donnant la raison et en en déterminant les causes » [6].

Quant au fameux « finalisme » d’Aristote, il n’a rien d’anthropomorphique ni de providentialiste. Comme l’ont montré M.P. Lerner et Angelo Capecci [7], Aristote utilise la notion de « fin » comme structure capable d’unifier la multiplicité des phénomènes et de les rendre intelligibles à la science. « Le problème de la fin, écrit Capecci, apparaît donc comme exigence d’explication originelle et ‘générale’, c’est-à-dire comme problème de l’intelligibilité des structures générales de l’être et du devenir, même si l’on peut admettre que la solution au problème est trouvée en privilégiant des catégories déduites du domaine du ‘monde de la vie’ (…) Aristote parvient à découvrir une fin à laquelle sont reliées des fonctions, c’est-à-dire une structure. Et l’explication finaliste se présente déjà comme ‘indication d’une ou plusieurs fonctions (ou également dysfonctions) remplies par une unité afin de maintenir et de réaliser certains traits d’une substance à laquelle elle appartient’, ainsi que l’affirmera Nagel deux millénaires plus tard. En tant que telle, l’explication finaliste ne suppose ni n’implique un ‘but’ conscient, ni un ‘dessein’ providentiel ; elle n’est donc pas nécessairement liée à une vision anthropomorphique de la nature (thèse qui dans le cas d’Aristote est infirmée par les études les plus récentes), même si elle n’exclut pas la prise en considération d’objectifs ou buts consciemment poursuivis » [8].

Le trait fondamental de l’organisme, c’est que toute sa structure est subordonnée à une fin : sa survie en tant qu’organisme ; et de là dérive à son tour la subordination des parties au tout. C’est pour cela que, parlant des animaux, Aristote recourt à la métaphore de la maison : ce n’est pas celle-ci qui existe en fonction des briques et des pierres, ce sont les briques et les pierres qui existent en fonction de la maison. « La science de la nature, dit Aristote, s’occupe de la composition et de la totalité de la substance et non des parties, qui ne peuvent exister séparément de la substance même ». La subordination des parties au tout — qui, seul, est la substance — reste donc le trait fondamental de l’organicisme. Mais ce trait est évidemment déduit de la structure même de l’organisme.

La véritable alternative n’est donc pas entre évolutionnisme et créationnisme, mais entre évolutionnisme et organicisme ?

Exact. D’un point de vue strictement scientifique, le dilemme « Évolution ou Création ? » est paralysant et superflu, car il finit inévitablement dans un cercle vicieux ou une impasse. Et ce parce que le premier terme de l’alternative peut être soumis, du moins jusqu’à un certain point, à la méthode scientifique, mais non le second. Stanley écrit très justement : « La Création divine n’est pas un concept isolé, mais représente une gamme de possibilités. La possibilité la plus extrême, c’est que la Genèse ou tout autre récit de la Création, soit considérée comme une vérité littérale (…) (Mais) le créationnisme peut aussi prendre des formes moins radicales. Il peut s’adapter à la chronologie géologique, en affirmant que les espèces sont créées périodiquement de manière miraculeuse, plutôt qu’à partir d’autres espèces. Sous sa forme-limite, cette idée renvoie à une conception qui fait pour ainsi dire appel au ‘vouloir d’Allah’ : tout ce qui arrive, arrive par la volonté de Dieu. Ce qui revient à dire que la volonté de Dieu, c’est tout ce qui se produit. Cela signifie qu’on peut toujours impliquer la divinité sans qu’il soit possible de démontrer le contraire. La science n’est pas du tout incompatible avec cette conception, mais n’en a pas non plus besoin et, de fait, ne peut même pas la prendre en considération. Le ‘vouloir d’Allah’ ne saurait être soumis à la preuve, il est irréfutable et, par conséquent, non scientifique » [9].

Malgré cela — et je suis tenté de dire que la chose est assez paradoxale — ce sont souvent les scientifiques eux-mêmes qui avalisent le dilemme évolutionnisme-créationnisme, au lieu de le repousser. Et ce dans le but non totalement innocent de suggérer qu’ils n’ont pas d’autre choix. « En tant que scientifiques, justement, nous devons être évolutionnistes » : voilà ce qu’ils disent en substance.

Cette attitude est à mon avis tout à fait critiquable, car il est faux d’affirmer qu’il n’y a pas d’autres alternatives possibles. L’alternative à l’évolutionnisme, c’est l’organicisme d’inspiration aristotélicienne. Celui-ci, en effet, ne fait aucunement appel au « vouloir d’Allah » et adopte comme point de référence, contrairement au créationnisme, une réalité contrôlable : la singularité exprimée par le phénomène vivant. Singularité qui n’est pas expliquée en fonction d’une logique déterministe — comme celle de l’évolutionnisme —, mais en fonction d’une logique cybernétique ou organismique, qui inclut en soi la première sans pour autant pouvoir être réduite à elle.

Votre position est maintenant claire pour moi. Mais je voudrais aussi connaître votre opinion sur un autre fait qui n’a pas manqué de me laisser un peu perplexe. Tout en niant que l’approche créationniste soit scientifiquement valable ou licite, les scientifiques font parfois usage de la notion de création. Je pense, par exemple, à l’hypothèse cosmogonique de la « création continue » soutenue par les astronomes Hermann Bondi et Thomas Gold ; ou bien à l’idée, qui revient assez souvent en physique subatomique, de « création » et d’« annihilation » de particules élémentaires.

C’est une question très intéressante. Bien que cela puisse sembler paradoxal, il faut souligner que dans des cas comme ceux que vous avez mentionnés, la notion de création ne présente plus les traits qui l’ont toujours définie, puisqu’elle ne fait pas ici référence à une cause première, c’est-à-dire à un Créateur. Comme l’écrit Milton K. Munitz : « La cosmologie scientifique n’avance plus de prétentions au sujet du caractère finaliste de l’univers ; elle fait même abstraction de toute référence au Créateur ou au processus de sa création. On ne prétend même pas que ce sont là des mystères auxquels il faut croire même si on ne les comprend pas. Tout ce que cette cosmologie voudrait conserver, c’est le fait que la matière, sous sa forme élémentaire, est créée continuellement » [10] : c’est-à-dire qu’elle « apparaît », simplement, sans que cela doive nous pousser à nous en demander la raison. Mais une telle attitude mène évidemment à une position stérile et inconsistante, tant sur le plan scientifique que sur le plan philosophique. « Si le Créateur, le processus de création et la fin disparaissent, que nous reste-t-il donc de l’idée de création ? », se demande légitimement Munitz, qui ajoute : « La description même de l’apparition ou de la présence de la matière ne perd-elle pas tout son sens ? (…) Si le seul contenu de l’idée de création, désormais, c’est que la matière, simplement, apparaît ou est présente, alors, loin de s’agir de création, il s’agit, comme nous l’avons suggéré plus haut, d’un fait qui réclame une explication scientifique » [11]. En effet, si nous ne disons pas de quelle façon cette « apparition » de matière s’est produite, nous n’arrivons à rien, et le résultat c’est que la prémisse réputée essentielle reste elle-même complètement indéterminée. Le terme « création » devient alors, dans ce contexte, un simple expédient pour clore la discussion dès qu’une question embarrassante est posée.

Il me semble que la critique de Munitz peut aussi fort bien s’appliquer à l’hypothèse opposée à celle de la « création continue » de l’univers. Je songe à l’hypothèse du Big Bang ou de l’évolution cosmique, formulée pour la première fois par l’abbé Georges Lemaître et développée plus tard par George Gamow, Hans Bethe et Robert Dicke. On sait que selon cette autre hypothèse — qui semble être partagée actuellement par une majorité d’astronomes — l’univers serait né de l’explosion d’un grumeau de matière primordiale connaissant une température et une densité considérables, explosion qui se serait produite à une époque bien définie dans le passé. Mais la façon dont se forma le grumeau de matière originelle n’est pas expliquée, non plus que ce qui causa le Big Bang.

En effet. À part ça on affirme qu’il est contraire à l’esprit scientifique de prendre comme fondement d’une quelconque hypothèse ou théorie des causes inconnaissables ! Il me semble alors qu’il est tout aussi valable d’admettre, avec Aristote, l’éternité de la matière, de la forme et du synolon résultant de leur complémentarité.

Mais pour conclure sur le créationnisme, je dirais que le point où je suis en désaccord, c’est précisément le fait de vouloir introduire le terme « création » dans un discours qui se voudrait purement scientifique. Ce concept, en effet, n’a aucune valeur explicative, ou bien renvoie à des assertions dogmatiques de type religieux.

VERS UNE TAXOLOGIE DU « SYSTEMA NATURAE »

Parlons enfin de vous, de votre formation scientifique et de vos futurs programmes de travail et de recherche.

Je rappellerai l’idée mise en évidence par Costa de Beauregard : il est facile de recueillir des informations, mais il est beaucoup plus difficile de convertir celles-ci en production d’ordre, en syntropie. Ma formation scientifique passée reflète exactement cette idée, puisqu’elle peut être résumée par ces quelques mots : étude incessante et soutenue, avec une production de travaux à coup sûr non comparable à cette étude. J’imagine que cela fera s’enhardir bon nombre de mes adversaires, qui saisiront immédiatement la balle au bond pour soutenir que la position de critique que j’adopte ne s’appuie pas sur de solides expériences personnelles de travail et trahit donc une présomption inouïe. Ils raisonneront sûrement avec la même logique, ni plus ni moins, que celle du directeur de la revue Tempo Medico, qui a ainsi répondu à un lecteur : « Personne n’a l’intention de mettre en doute les qualités professionnelles des professeurs Sermonti et Fondi, mais nous n’avons pas connaissance que l’Académie suédoise des Sciences soit en train de s’occuper de leurs travaux » [12]. Ce qui revient à dire : il n’est ni permis ni juste de critiquer des positions soutenues par des scientifiques très renommés, dès lors qu’on ne jouit pas d’un renom au moins égal au leur.

Si l’on adoptait cette logique, comme l’a fait remarquer un autre lecteur de la revue en question, il s’ensuivrait qu’un critique d’art ne pourrait pas bien faire son métier, à moins d’être lui-même un véritable artiste ; qu’un commentateur sportif ne devrait jamais se hasarder à faire le compte rendu critique d’un match de football, à moins d’être ou d’avoir été lui-même un joueur de football ; que le spectateur d’un film ou d’une pièce de théâtre ne devrait pas émettre de jugement sur le film ou la comédie qu’il vient de voir, s’il n’est pas ou n’a pas été lui-même metteur en scène ou scénariste ; et ainsi de suite.

Pour ma part, j’estime que, surtout dans un domaine comme le domaine scientifique, on ne doit pas cesser de raisonner avec sa propre tête, en accueillant toujours avec prudence, souplesse et esprit critique tout ce qui nous est proposé par d’autres, malgré leur autorité reconnue. Ce sont précisément mes meilleurs professeurs d’université qui m’ont enseigné que la science — et pas seulement elle — ne peut progresser que dans ces conditions. Il se peut que sur les problèmes traités ici j’aie tort et qu’en définitive la vérité soit du côté de mes adversaires ; mais, s’il en est ainsi, qu’ils me le démontrent de façon cohérente. Dans le cas contraire, je me sentirais autorisé à camper sur mes positions, même si ce ne sont pas celles officiellement soutenues par les autorités scientifiques les plus renommées.

« Seuls des avis divergents renforcent la possibilité pour chacun d’affirmer ses idées. Ce sont les difficultés qui nous améliorent, non les événements favorables », écrit fort justement Orlando Gregorini, qui ajoute : « Le crédit et l’autorité scientifiques sont très importants pour juger d’un travail scientifique. Mais puisque ces titres viennent presque toujours d’une compétence spécifique dans tel ou tel des domaines étudiés (…) ces avis sont insuffisants dans le cas d’un travail de synthèse si l’on ne se dévêt pas, précisément, de cette compétence particulière. C’est pourquoi il est nécessaire de faire abstraction, au moins partiellement, de ses propres connaissances de spécialiste, même si elles sont vastes et profondes, et de chercher à supprimer les émotions qui accompagnent toujours un credo scientifique quelconque. Une synthèse impose toujours des limites à l’analyse. Mais cela ne doit pas être considéré comme un affront par ceux qui ont consacré toute leur vie à l’analyse. Aucun d’entre nous ne possède la vérité absolue. Nous sommes conscients aussi que la synthèse présente de grosses limites. Celles-ci n’échappent pas à quiconque connaît un tant soit peu l’histoire de la science. Mais comme dit Jacob, ‘pour qu’un objet soit accessible à l’analyse, il ne suffit pas de le découvrir, il faut aussi qu’il existe une théorie prête à le recevoir’. Or, dans les sciences de la vie, nombreux sont les faits qui ne cadrent pas avec les théories existantes » [13].

Cela étant, il faut dire de toute façon qu’il arrive toujours un moment dans la vie où chacun d’entre nous doit prendre certaines décisions. Ces décisions, je les ai prises quant à moi tout de suite après le lycée, durant mes études universitaires.

Racontez-moi.

C’était l’époque de l’incommunicabilité et de l’insatisfaction dans la jeunesse, qui devaient d’abord exploser dans la fameuse « contestation globale » de l’année 1968 (l’année même où je reçus mon diplôme en Sciences Naturelles), puis se concrétiser en Italie dans les très durs affrontements politiques des années soixante-dix. Durant cette période de crise très profonde, la plupart des jeunes ne surent opposer à la civilisation consumériste bourgeoise que le marxisme dans sa version radicale ou le nihilisme d’inspiration anarcho-psychanalytique à la Marcuse, s’illusionnant d’y trouver des étendards de révolte pour une civilisation différente et meilleure. Moi au contraire, avec quelques autres assez peu nombreux, j’avais vu dans ces idéaux les formes les plus avancées et les plus exaspérées de cette civilisation même contre laquelle on proclamait vouloir s’insurger, et j’avais donc décidé de rester fidèle à la direction que j’avais déjà prise à la fin de mes études secondaires. C’était exactement la direction opposée, avec comme objectif final non une société anarchique et matérialiste, atomisée en unités individuelles séparées les unes des autres et disséminées sur un seul et même plan, vivant dans une conflictualité réciproque et permanente, mais un État virilement fidèle aux valeurs de l’esprit, et donc « recueilli », unitaire, organique et hiérarchiquement différencié en plusieurs niveaux qualitatifs. C’était, pour être précis, le monde de la Tradition, des civilisations prémodernes — tout à la fois sacrales, guerrières et agricoles —, dont j’avais appris à reconnaître, à approfondir et à aimer les traits distinctifs et les idéaux grâce à la littérature classique et à des auteurs comme Guénon, Evola, Schuon, Eliade, Kerényi, etc. Je voyais dans cet idéal le seul ancrage encore ferme au milieu des innombrables mouvements de dérive qui entraînaient les jeunes vers le naufrage existentiel.

Comment en êtes-vous arrivé à la paléontologie ?

Il y avait tout d’abord une justification logique. Je pensais que si vraiment s’était vérifié un processus historique d’évolution de la matière brute aux organismes vivants les plus simples, puis de ces derniers aux organismes de plus en plus complexes, c’était avant tout à la science des fossiles, à la paléontologie, qu’il revenait d’en faire la meilleure démonstration. Mais il faut ajouter un motif beaucoup moins rationnel. Il y a bien longtemps, alors que j’étais un enfant d’environ sept ans, mon frère m’emmena au cinéma voir Le réveil du dinosaure d’Eugène Lourié. Le film raconte l’histoire d’un gigantesque reptile préhistorique qui, après avoir hiberné pendant des millions d’années dans les glaces de l’océan Arctique, est ramené à la vie par les explosions nucléaires. À un moment donné du film, durant une nuit de tempête, le reptile émerge des abimes de l’océan pour s’accrocher à un éperon rocheux au sommet duquel s’élève un phare éclairé. L’énorme bête se soulève sur ses membres postérieurs, s’appuie sur le phare et le fait s’écrouler, terrorisant les deux gardiens qui se trouvent à l’intérieur. Une scène très dramatique et savamment réalisée, qui depuis lors est restée imprimée dans ma mémoire. Vous savez combien l’esprit d’un enfant peut être influençable ! On peut donc dire que l’intérêt pour les « dimensions archaïques » et primordiales dormait en moi dès mon plus jeune âge. Ce fut ce film qui le réveilla, tout comme s’était réveillé le dinosaure qui en était le protagoniste.

Et après ?

Je devais préparer plus tard une thèse de doctorat en paléontologie, qui décrivait une faune fossile du Quaternaire de la province de Sienne, faune que j’avais moi-même recueillie. Malgré certaines naïvetés, ce travail plut à mes professeurs et cela me favorisa beaucoup lorsque, un peu plus d’un an après, je remportai le concours pour un poste d’assistant à l’institut de géologie et de paléontologie de l’université de Sienne.

Durant les années qui suivirent, je m’engageai dans quelques publications de caractère spécialisé et purement descriptif ; mais ce genre de travail, très vite, me parut lassant. Mon esprit était de plus en plus tourné vers le problème de l’évolution, et je consacrais presque tout mon temps à des lectures et réflexions relatives à cette question. Je me rendais parfaitement compte que cela allait m’éloigner du sentier suivi par la majorité de mes collègues et que, à plus long terme, cela ne manquerait pas de nuire à ma carrière universitaire ; mais il n’y avait rien à faire, c’était plus fort que moi. Les rencontres avec d’autres paléontologues me laissaient insatisfait, car en ces occasions les problèmes de caractère général n’étaient jamais abordés ; tout se réduisait à des discussions sur des formes ou faunes fossiles particulières découvertes en différentes régions de l’Italie et, souvent, sur la façon de les situer correctement dans l’échelle stratigraphique. Je comprenais bien sûr que des discussions de ce genre étaient naturelles et même nécessaires ; mais j’étais tout aussi conscient du fait que la paléontologie ne pouvait pas se ramener à cela seulement. Il me semblait donc injuste de considérer — comme on le faisait en règle générale — tout type de recherche théorique et méthodologique comme ne rentrant pas dans le cadre de la véritable activité scientifique, cette dernière devant consister uniquement dans la description et l’étude approfondies de restes fossiles.

C’est ainsi que j’arrivai, en somme, aux mêmes conclusions que celles auxquelles est parvenu René Thom : « Le vrai problème n’est pas de savoir si une science ‘progresse’, mais d’évaluer la qualité du progrès. Or, si nous considérons ce que les sciences, dans leur ensemble, ont produit des années cinquante à aujourd’hui, nous pourrions également conclure que les progrès ont été qualitativement beaucoup moins significatifs que ce à quoi on pouvait raisonnablement s’attendre. On sait, grâce aux statistiques, qu’il y a eu plus de savants de 1950 à maintenant que dans toute l’histoire précédente de l’humanité ! Voulons-nous pour autant prétendre que le progrès dû à cet effort massif de chercheurs est comparable aux efforts consacrés dans le passé par l’humanité à l’entreprise scientifique. Pas du tout. Il y a une stagnation dans la croissance après les années cinquante (…) À mon avis, l’opinion publique a été dans une certaine mesure trompée par les déclarations optimistes des spécialistes. Et peut-être les gouvernements eux-mêmes ont été également les victimes de cet optimisme. Mais bien entendu, ils ont aussi d’autres raisons de s’intéresser aux sciences, parmi lesquelles, en bonne place, les possibilités d’applications énergétiques et militaires ! (…) Alors, si l’on entend soutenir que le but ultime de la science est de comprendre davantage le monde qui nous entoure, de le rendre ‘plus intelligible’, de ce point de vue aussi, je crois, de grands progrès n’ont pas été faits au cours de ces dernières années. Naturellement, on ne manquera pas d’objecter aussitôt : il y a la biologie moléculaire ! Comme je l’ai déjà dit auparavant, je pense que celle-ci a apporté plus de problèmes qu’elle n’en a résolus ! (…) En somme, toute la biologie moléculaire est fondée sur l’idée que pour chaque processus, on peut trouver un agent chimique responsable, mais il faudrait renoncer une fois pour toutes à cette mythologie ! (…) Le pseudo-progrès de la biologie moléculaire a été un progrès de simple description, non d’explication (…) Les progrès vantés par les biologistes ne sont en réalité que des acquisitions de nouvelles descriptions.

« C’est cette caractéristique des choses qu’on lie essentiellement (…) à l’aspect purement empirique de la science moderne. Aujourd’hui, on croit que toute science est expérimentale et que sans expérience on ne fait pas du tout de science (…) je continue à croire que c’est uniquement par le biais du perfectionnement des ‘entités théoriques’, comme disent les positivistes, qu’une discipline quelconque peut espérer faire des progrès vraiment significatifs. Ce qui est mauvais, c’est qu’on peut toujours faire des expériences sur n’importe quoi et avec n’importe quel instrument ! Il suffit d’avoir un instrument, de le faire fonctionner dans telle ou telle condition, sur tel ou tel milieu… et on est sûr d’obtenir des ‘données’ que l’on peut présenter comme ‘production scientifique’. L’‘inflation expérimentale’ n’est pas moins pernicieuse que l’inflation économique : on a des instruments, on les utilise massivement et on en tire une masse infinie de données desquelles, à la fin, on ne sait rien tirer. Les données emplissent des bibliothèques entières, dorment ensuite dans des archives poussiéreuses et personne ne s’en occupe plus.

« Un effort théorique extrêmement sérieux me paraît être la seule issue ; cet effort devrait en quelque sorte viser à canaliser cette prolifération de l’expérimentation. Ce que je dis ne manquera pas de déplaire à la caste des savants expérimentaux qui fondent leur carrière sur cette expérimentation routinière… Je pense qu’un jour ou l’autre la société se rendra compte de cette situation et essayera de la freiner : ce sera alors un réveil amer pour les savants eux-mêmes ! Ils devraient, dès maintenant, se soucier d’orienter les recherches expérimentales de manière que leur utilité et leur intérêt apparaissent a priori suffisants. Quand la société présentera la note aux chercheurs, alors on éprouvera à nouveau l’exigence d’une armature théorique qui permettra d’évaluer pleinement la signification de l’entreprise expérimentale. Voilà comment je vois les choses en matière de science, d’orientations globales de la recherche ! » [14].

Il est clair que moi aussi je voyais et vois toujours les choses de cette façon.

Comment êtes-vous parvenu à résoudre cette situation si critique pour vous ?

Ce fut le cours normal et méthodique de mes recherches qui me mena vers la solution. Ce qui faisait défaut, selon moi, à la paléontologie — mais aussi à toute la biologie —, c’était surtout une véritable science systématique, propre à permettre vraiment une évaluation aussi rigoureuse et objective que possible des degrés de ressemblance et de dissemblance entre les divers groupes naturels d’organismes. Ceux-ci étant définis et classifiés en fonction des critères de cette science, il aurait alors été relativement facile de vérifier si leur succession dans le temps géologique confirmait ou non l’existence d’un véritable processus de transformation graduelle, du simple au complexe, entre ces organismes. Et c’est alors que je songeais à la nécessité d’une telle science qu’il m’arriva de tomber sur l’ouvrage Problemi di sistematica biologica de Sergio Beer et Alfredo Sacchetti, un livre qui a contribué de façon déterminante à me rendre intelligibles beaucoup de choses, bien que cela ne se soit fait ni en peu de temps ni facilement, mais grâce à des réflexions et lectures incessantes, se rapportant le plus souvent à des domaines très éloignés de la paléontologie. Pour me guider dans ce labyrinthe de réflexions et de lectures, il n’y avait que le pressentiment — tout d’abord un peu confus, puis de plus en plus net — de me trouver dans la bonne direction. Cela a servi aussi à me démontrer de façon définitive que dans les sciences tout ne se déroule pas sur le fil du rasoir d’une logique froide et pure, mais, plus souvent qu’on ne l’imagine, grâce à ce « sens intuitif » qui est un élément inaliénable de notre nature. Kekulé n’arriva-t-il pas à la découverte de la structure chimique du benzène en pensant à l’image de l’ouroboros, le serpent qui se mord la queue des représentations alchimiques ? Et Nicolas Tesla n’eut-il pas l’idée du moteur à courant alternatif alors qu’il lisait à voix haute un passage du Faust de Goethe ?

Je crois savoir que vous avez rencontré Sacchetti à plusieurs reprises.

Oui. La première rencontre eut lieu à Naples, peu avant que le professeur s’installât définitivement en Argentine. Mais les rencontres décisives, les plus fructueuses, eurent lieu directement dans ce pays, durant l’hiver 1975-76 et plus encore pendant l’été et l’automne 1981.

À mon retour en Italie après le premier voyage, je disposais déjà d’un certain bagage de précieux enseignements, que je cherchai à concrétiser sans attendre dans un travail de systématique quantitative appliqué à des Rongeurs fossiles du Quaternaire. Pour la première fois, grâce à Sacchetti, la paléontologie pouvait bénéficier d’une méthode simple, à base statistique, de recherche systématique, méthode capable de classifier avec objectivité les groupes organiques fossiles, même lorsqu’ils n’étaient représentés que par quelques exemplaires.

L’idée qu’on puisse faire de la statistique avec peu d’exemplaires me surprend ! De toute façon, ne disposons-nous pas aujourd’hui de techniques mathématiques d’analyse multivariée plutôt sophistiquées pour évaluer les ressemblances ou les dissemblances entre des caractères ? En quoi la méthode conçue par Sacchetti est-elle meilleure que ces techniques, si l’on tient compte aussi du fait qu’à l’époque où parut son livre on ne disposait pas encore des grands ordinateurs ?

Eh bien, je vous répondrai en disant que Sacchetti a été le premier et le seul en Italie — et aussi, me semble-t-il, dans le reste du monde — à jeter les bases d’une véritable et moderne science biosystématique, d’une taxologie et non plus d’une taxonomie [15]. Rappelons la différence entre les termes grecs logos et nomos : le premier désigne la loi de la nature, de la réalité ontologique, le second est la convention, la loi forgée par l’homme en vue de ses exigences pratiques particulières. Jusqu’à maintenant on a toujours parlé, en biosystématique, de taxonomie et non de taxologie. Et savez-vous pourquoi ? Parce que depuis qu’existe l’évolutionnisme, on n’a plus voulu prendre en considération l’idée que le monde des vivants est un ensemble unitaire de structures discrètes, donc douées d’individualité et de stabilité : un ensemble ordonné de « types » ou « entités hylémorphiques » (simultanément statiques et dynamiques) qui, en tant qu’ils interagissent et sont inséparables, ne sont reconnaissables que dans un sens statistique (c’est-à-dire probabiliste) et relatif, non dans un sens absolu.

À cause de la mentalité instaurée par Darwin, tout devait être vu comme fondu dans un flux incessant de matière, où ce qui nous apparaissait stable et bien individué n’était en réalité qu’une convention et une illusion, induites par des observations fondées sur un phénomène de nature transitoire et entièrement sujet à l’agitation du monde physique. Mais en fait il n’en va pas du tout ainsi. La paléontologie nous a amplement démontré que le « flux continu » postulé par les évolutionnistes n’a jamais existé et que ce qui a toujours existé, c’est au contraire un système hiérarchique — c’est-à-dire discontinu — en équilibre homéostatique.

Et alors ?

Et alors, s’il en est ainsi, il doit être possible de remonter au logos de ce système hiérarchique, donc à la reconnaissance des taxa qui en constituent la structure spatio-temporelle. Sacchetti a précisément été le premier à se poser ce problème, en observant la systématique biologique dans une perspective « organiciste ». Aucune autre école biosystématique venue après lui n’a su en faire autant.

Quelles sont ces écoles ?

J’en distinguerai essentiellement deux : l’école phylogénétique ou cladistique de Willi Hennig, fondée en 1950 (dont j’ai rappelé l’existence en parlant de Lovtrup), et l’école numérique de Philip Sneath et Robert Sokal, fondée en 1963. La première repose sur la croyance en un processus évolutionniste allant du complexe au simple, ou du général au particulier, donc dans un sens non darwinien. Le fait que cette croyance n’ait pas trouvé un appui ferme dans la documentation paléontologique explique sans doute pour une large part la naissance d’un nouveau « cladisme », dit « transformé » (transformed cladism), dont l’Anglais Colin Patterson du British Museum et les Américains Gareth Nelson et Norman Platnick, de l’Américain Museum of Natural History, sont les principaux représentants [16]. Ce nouveau courant a tendance à n’utiliser la cladistique que comme instrument de classification, donc en faisant totalement abstraction du fait que les classifications obtenues avec cet instrument reflètent vraiment, ou non, le processus historico-évolutif des taxa contenus en elles.

Quant à la taxonomie numérique, indépendante de l’approche de Sacchetti, elle partage cependant avec celle-ci quelques exigences méthodologiques, comme celle consistant à évaluer quantitativement les ressemblances et les différences entre les caractères. Elle a proposé plusieurs méthodes d’évaluation, généralement très compliquées et pas toujours susceptibles de mener à des résultats concordants, ce qui pose la question de savoir quelle est la meilleure méthode. Mais la taxonomie numérique n’adopte pas le paradigme organiciste. Sa philosophie de base reste le nominalisme. Ainsi seulement s’explique d’ailleurs le fait que les représentants de cette école ne se soucient pas d’effectuer le moindre choix préliminaire des caractères à utiliser pour la recherche systématique ; ils les prennent tous sans distinction, en regroupent le plus grand nombre possible, emmagasinant les mesures dans les ordinateurs et attendant plus ou moins passivement les résultats fournis par ces machines.

L’approche de Sacchetti, elle, n’établit les classifications qu’en fonction de la probabilité d’adhérence typologique existant entre les seuls caractères biologiquement significatifs : les caractères de population et à fondement génétique (ou caractères démogénétiques). Cette probabilité est évaluée au moyen d’un indice de transvariation qui oscille entre 1 (adhérence totale) et 0 (adhérence nulle), et qui peut être calculé très facilement pourvu qu’on dispose des moyennes et des écarts quadratiques moyens des mesures des caractères [17].

Or, bien que cela puisse paraître à première vue impossible, cette méthode peut aussi être utilisée en paléontologie, où le problème le plus crucial, c’est précisément le petit nombre d’exemplaires. Il existe en effet une relation logarithmique empirique linéaire, découverte par Sacchetti lui-même, entre les moyennes et les écarts susdits au sein d’une population. Il est donc possible de tirer de cette relation l’écart quadratique moyen le plus probable, correspondant à la mesure d’un caractère donné relevé ne serait-ce que sur un seul exemplaire (à condition, naturellement, qu’on adopte comme hypothèse de travail que cette mesure soit la mesure moyenne ou typique du groupe naturel dont on n’a pu retrouver que cet unique exemplaire).

Mais le point vraiment fondamental dans l’approche de Sacchetti, c’est, je le répète, son orientation organiciste. Un fait le prouve de manière évidente : les groupes naturels sont étudiés dans le cadre de leur complexe naturel d’appartenance, et non comme s’ils étaient des entités séparées et indépendantes les unes des autres. Et cela peut expliquer pourquoi les idées de Sacchetti n’ont pas été reçues comme elles auraient mérité de l’être, pourquoi aussi elles n’ont jamais fait « école », ni en Italie ni ailleurs. Elles se sont heurtées à la muraille de l’évolutionnisme dominant [18].

Revenons à vous.

Mon travail sur les Rongeurs fossiles du Quaternaire ne fut jamais publié. L’une après l’autre, les revues spécialisées auxquelles je l’avais envoyé me le retournèrent, voyant en lui le résultat d’une attitude antiévolutionniste (chose qui, à leurs yeux, devait sans doute être inadmissible) se servant d’une méthode de recherche biosystématique ayant une valeur relative. En réalité, la méthode de Sacchetti, parce qu’organiciste (chaque taxon n’acquiert une signification et une individualité qu’au sein de l’ensemble qui le contient, c’est-à-dire en relation avec les autres taxa de cet ensemble), est éminemment relativiste, mais c’est en cela précisément que résident sa valeur et son originalité. Cependant, les comités de rédaction des diverses revues, visiblement, ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre cette orientation. J’échangeai avec eux des polémiques épistolaires, mais qui, comme j’aurais dû m’en douter dès le départ, ne débouchèrent sur rien de favorable pour moi. Un membre d’un de ces comités de rédaction m’écrivit que j’aurais dû justifier le pourquoi de ma position antiévolutionniste ; je répondis que, pour ce faire, il eût fallu écrire tout un livre, chose que je n’excluais pas de mener à bien dans l’avenir. « Nous attendons l’ouvrage », répliqua la même personne pour mettre fin à la polémique.

Et l’ouvrage arriva.

Effectivement. Ce fut à ce moment-là précisément que se créèrent les conditions qui devaient mener à Dopo Darwin. Mais en fait toute cette histoire me laissa déçu et irrité pendant un certain temps. Je n’en étais pas moins certain d’être dans la bonne voie, et donc d’arriver tôt ou tard à faire connaître mes thèses. Le reste, vous le connaissez.

Oui. Lorsque parut Dopo Darwin, certaines réactions des représentants les plus en vue du monde universitaire italien furent vraiment grotesques. Voulez-vous rappeler les exemples les plus parlants ?

Les trois principaux représentants du néodarwinisme en Italie — Giuseppe Montalenti de l’université de Rome, Adriano Buzzati-Traverso (récemment disparu) de l’université de Milan, et Pietro Omodeo de l’université de Padoue — réagirent violemment, recourant même à un ton digne de la Sainte Inquisition. Montalenti [19] qualifia notre livre de « scélérat », ajoutant que derrière lui il devait y avoir « la main des prêtres ». Buzzati-Traverso [20] nous conseilla d’aller à confesse, car nous avions péché par orgueil et présomption. Quant à Omedeo [21], sa longue recension consistait pour l’essentiel en une suite d’insultes. Mais la chose la plus significative, c’est qu’aucune de ces personnalités très connues de la biologie italienne ne s’est risquée à analyser et à démolir une à une nos argumentations. Elles se sont contentées de crier au scandale, trouvant évidemment inadmissible qu’aujourd’hui encore il puisse y avoir des biologistes hostiles à l’évolutionnisme. Par ailleurs, en ce qui concerne plus particulièrement les chapitres de Dopo Darwin dont je suis l’auteur, aucun paléontologue — que je sache — n’a pour l’instant essayé d’en démontrer le caractère erroné ou insoutenable. J’ai reçu au contraire des témoignages de sympathie et les félicitations, non seulement de mes collègues, mais aussi de biologistes d’une envergure indiscutable comme Léon Croizat, Mario Francesco Canella [22], Aldo Spirito et Vittorio Marcozzi.

Depuis, une édition en langue espagnole, revue et augmentée, de Dopo Darwin a été publiée, sous le titre légèrement modifié de Mas alla de Darwin (Au-delà de Darwin), par les soins de l’université du Nord en Argentine [23].

Quels sont vos programmes de recherche dans un proche avenir ?

Le prochain livre que j’écrirai aura pour titre Taxologie. À la recherche du « Systema Naturae » et constituera la première tentative — tant théorique que méthodologique — pour arriver enfin à édifier une véritable et moderne science biosystématique, dans la voie déjà tracée par Aristote, Linné, de Jussieu, Cuvier et poursuivie par Sacchetti. Le projet peut sembler ambitieux ; mais en réalité, depuis plusieurs années la nécessité de parvenir à une vraie taxologie est ressentie dans différents milieux. Je crois donc que les temps sont suffisamment mûrs pour qu’on commence à poser au moins les premières pierres de l’édifice. Mais il est clair qu’il me faudra encore un certain temps avant d’achever un ouvrage aussi absorbant que celui dont je parle.

Je crois que nous pourrions maintenant mettre un terme à notre conversation. Je vous remercie beaucoup. N’avez-vous pas quelque réflexion finale à proposer ?

Que puis-je vous dire ? Plus j’avance dans mes recherches et plus la nature, bien qu’elle dévoile un nombre toujours croissant d’aspects et de facettes, me semble harmonieuse et cohérente. Cette harmonie et cette cohérence ne disparaissent pas en raison de la présence de la lutte, de la souffrance et de la destruction. Une bataille menée avec courage, une tragédie jouée avec talent ne peuvent-elles pas être belles ou grandioses ?

Quel homme de science pourra jamais embrasser entièrement, par les seules ressources de sa raison, cet extraordinaire cristal ? Je crois que la plus grande satisfaction à laquelle il puisse aspirer, c’est d’arriver à se sentir moins éloigné de la Vérité que la plupart des hommes. Tout le reste — comme disaient les Anciens — est entre les mains des Dieux et dans les lois du Destin, auxquelles le cosmos se plie et obéit.

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1 Steven M. Stanley, L’evoluzione dell’evoluzione (trad. it. de The New Evolutionary Timetable, Basic Books, New York, 1981), Mondadori, Milano, 1982, p. 7.

2 Burckhardt semble ici penser que la Bible avalise cette affirmation, alors que, nous l’avons vu, la chose n’est pas évidente.

3 Titus Burckhardt, Science moderne et sagesse traditionnelle, Archè, Milano, 1986, pp. 28-30.

4 Fred Hoyle, L’Universo intelligente (trad. it. de The Intelligent Universe, Dorling Kindersley, London, 1983), pp. 248-249. Souligné par nous.

5 Carlo Natali, Cosmo e divinità. La struttura logica della teleologia aristotelica, Japadre, L’Aquila, 1974.

6 Carlo Natali, Op. cit. p. 194 et p. 197.

7 Angelo Capecci, Struttura e fine. La logica della teleologia aristotelica, Japadre, L’Aquila, 1978.

8 Angelo Capecci, Op. cit., pp. 222-223.

9 Steven M. Stanley, Op. cit., p. 200. On ne prête pas toujours suffisamment attention au fait que la Bible contient deux récits de la création du monde et de la vie, radicalement opposés entre eux. Dans le premier récit (Genèse, I), Dieu, après le ciel et la terre, créa le couple lumière-ténèbres (1er jour), le firmament (2ème jour), les plantes (3ème jour), le Soleil et la Lune (4ème jour), les animaux (5ème jour) et enfin l’homme (6ème jour), se reposant le 7ème jour. Dans le second récit, qui vient immédiatement après le premier (Genèse, II, 4-20), l’Être Suprême « forma l’homme avec la poussière du sol, et lui inspira dans la narine un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. Puis le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l’orient, et il y plaça l’homme qu’il avait formé. Le Seigneur Dieu fit germer du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect agréable et aux fruits comestibles, avec, au milieu du jardin, l’arbre de la vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal (…) Le Seigneur Dieu dit : ‘Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide qui lui soit assortie’. Alors le Seigneur Dieu, qui avait façonné de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux des cieux, les amena vers l’homme, pour voir comment il les appellerait ; tout être vivant devait ainsi porter le nom que l’homme lui donnerait ».

10 Milton K. Munitz, Spazio, tempo e creazione (trad. it. de Space, Time and Creation, The Free Press, New York, 1957), Taylor, Torino, 1959, pp. 163-164.

11 Milton K. Munitz, Op. cit., p. 164.

12 In Tempo Medico, 199, 1982, pp. 197-198.

13 Orlando Gregorini, Biologia relativistica, Minarelli, Bologna, 1981, pp. 7-8.

14 René Thom, Paraboles et catastrophes. Entretiens sur les mathématiques, la science et la philosophie, Flammarion, 1983, p. 50, pp. 52-54.

15 Cf. Alfredo Sacchetti, Alcuni problemi di sistematica biologica. Per una metodologia, in Rivista di Biologia Coloniale, 8, 1947. Sacchetti a résumé son point de vue dans l’article La teoria demogenetica di fronte aile nuove idee della biologia, in Rivista di Biologia, 74, 1-2, 1981.

16 Cf. C. Patterson, Cladistics and Classification, in The New Scientist, 29 avril 1982 ; M. Ridley, Can Classification Do without Evolution ?, in The New Scientist, 1er décembre 1983. L’approche de Patterson et des autres « cladistes réformés » a déclenché une très vive polémique, dans la revue Nature, avec les darwiniens orthodoxes menés par L.B. Halstead. Cf. à ce sujet : Darwin’s Death in South Kensington (in Nature, 289, 1981, p. 735), How True Is the Theory of Evolution ? (loc. cit., 290, 1981, pp. 75-76), Cladistics and Evolution on Display (loc. cit., 292, 1981, pp. 395-396) ; et N. Wade, Dinosaur Battle Erupts in British Museum, in Science, 211, 1981, pp. 35-36.

17 Comme exemples d’application de la méthode de Sacchetti à des cas concrets, voir : Roberto Fondi, Riesame tassonomico dei Conidae (Mollusca, Gastropoda) del Miocene di Montegibbio presso Modena, in Atti del IV Congresso della Società Malacologica Italiana. Siena, 6-9 ottobre 1978, a cura di F. Giusti, Atti Accademia dei Fisiocritici, Siena, 1980 ; M. Zampi, R. Fondi et C. Scala, Biometric and Structural Study of Two Populations of Miliolidae (Foraminifera), in Giornale di Geologia, II, 43, 1980, pp. 277-301 ; R. Fondi, C. Scala et L. Castagnolo, The Genus Unio Philipsson, 1788 (Mollusca, Bivalvia) in Italy. Biometrical Study of Six Populations, on the Basis of their Conchological Characters, in Bollettino Malacologico, XX, 1-4, 1984 ; F. Giusti, C. Grappelli, G. Manganelli, R. Fondi, L. Bullini, An Attempt of Natural Classification of the Genus Medora in Italy and Yugoslavia, on the Basis of Conchological, Anatomical and Allozymic Characters (Pulmonata : Clausiliidae), in Lavori della Società Malacologica Italiana, 22, 1985.

18 Il faut dire qu’en dehors de l’ouvrage qu’il écrivit en collaboration avec Beer, les deux études les plus importantes de Sacchetti sur le problème biosystématique furent publiées dans une revue argentine généralement peu connue des biologistes. Les études en question sont El significato y et calculo de la transvariacion sintetica en biologia, in Revista de la Faculdad de Ciencias Exactas, Fisicas y Naturales de la Universidad de Cordoba, XIII, 4, 1950, et Teoria demogenetica, loc. cit., XVII, 1, 1955.

19 In Paese Sera, 14 juin 1980.

20 In Il Corriere della Sera, 30 juin 1980.

21 In Le Scienze, 146, octobre 1980. Voir la réponse des auteurs (Sermonti et Fondi) à cette recension, réponse parue respectivement dans le quotidien Il Tempo (2 novembre 1980) et dans la revue Le Scienze, 149, janvier 1981.

22 M.F. Canella a été l’un des très rares biologistes italiens à prendre position, de façon claire et sans compromis, contre le dogme néodarwinien. Cf. Orientamenti della moderna biologia (trad. esp.: Orientaciones de la biologia moderna, Espasa-Calpe, Buenos Aires, 1940) et Nient’altro che mutazioni casuali e selezione naturale ? in Rivista di Psicologia, 36, 1940.

23 Cf. Giuseppe Sermonti et Roberto Fondi, Mas alla de Darwin. Critica al evolucionismo, présentation du Dr. Anibal E. Fosbery, Ediciones UNSTA, Tucuman, 1984.