Pierre-Henri Meunier : L’influence de la lune sur les cultures


24 Mar 2019

(Revue Le chant de la licorne. No 26. 1989)

L’avènement de l’agriculture moderne a poussé dans l’ombre de nombreuses connaissances relatives à l’influence de la Lune sur les plantes. Ce texte regroupe et classe les données les plus utiles, glanées dans les différentes traditions.

Les hypothèses

Bien que de nombreuses lois concernant l’influence de la Lune existent, on peut en retenir trois qui facilitent la compréhension des influences lunaires.

1) La Lune exerce une influence importante sur la croissance des végétaux, plus que toute autre planète.

2) L’homme occupe une fonction intermédiaire: En effet, l’état ou la configuration de la Lune joue un rôle déterminant au moment des interventions culturales. Tout se passe comme si, à chaque intervention sur la plante (semis, taille, binage, greffe, arrosage, récolte, tri …), l’homme faisait pénétrer dans la plante une influence que reflète l’état de la Lune au moment de l’intervention. Ainsi, au moment d’un sarclage, par exemple, si la Lune exerce une influence asséchante et échauffante, essentiellement sur les feuilles, alors la plante sarclée va être marquée par cette influence, en étant le siège d’un métabolisme privilégiant les aspects secs et chauds sur ses feuilles, jusqu’à une prochaine intervention qui pourra, ou non, être de même nature. En fait, les interventions tenant compte de l’état de la Lune jouent non seulement sur la plante mais sur le sol. En effet, celui-ci peut être envisagé comme un organisme ayant, localement et globalement, ses qualités et ses défauts. Certains gestes techniques (tels que labour, bêchage, épandage de compost, arrosage, mulching…) faits à des moments précis pourront donc avoir un effet particulier sur le sol lui-même.

3) Les effets de ces interventions sont cumulatifs, ce qui explique deux processus:

soit l’on ne tient pas compte de ce niveau d’influence lunaire et la succession des actes culturaux successifs (semis, repiquage, sarclage…) va se faire au hasard des configurations lunaires. Le résultat sera à peu près nul. La plante n’aura pas été modifiée de manière significative. Ce cas est le plus fréquent;

soit l’on tient compte des réalités lunaires et, dans cette hypothèse, si l’on agit toujours dans le même sens, les petits effets vont s’accumuler jusqu’à obtenir des influences importantes sur la forme, la saveur ou l’énergie des plantes. On peut comparer le fonctionnement de cette troisième loi à un objet qui serait suspendu au bout d’un fil. Si l’on frappe cet objet dans n’importe quelle direction, à la longue, il ne fera que des mouvements de petite amplitude et ne s’éloignera guère du centre. Par contre, si l’on frappe toujours depuis le même angle, on obtiendra un mouvement pendulaire, dans une direction précise, de plus en plus perceptible, même si chaque impulsion est faible.

Les sources

Les informations utilisées dans ces pages proviennent essentiellement de trois sources:

* d’une part, des observations millénaires ont été consignées dans des aphorismes ou des dictons dont l’aspect ptique favorise la mémorisation. C’est la première source, dite traditionnelle, au sens commun du terme;

* ensuite, certains textes consignant des traditions plus élaborées et plus cohérentes donnent des indications précieuses. Citons le Huang Di Nei Jing Su Wen, véritable bible de la médecine chinoise, qui traite des aspects strictement lunaires dans son chapitre 26, et la théorie des quatre éléments, fondement de la pensée hermétique;

* enfin, les recherches actuelles: il ne s’agit pas de recherches qui ont lieu dans le cadre scientifique officiel, la science contemporaine attribuant plus de crédit à la notion de hasard qu’à l’hypothèse d’actions planétaires subtiles. Ce sont donc des chercheurs isolés qui ont fait leurs propres observations. Parfois, ce sont des hommes de terrain qui restent obscurs, anonymes; parfois, des recherches effectuées dans le cadre d’une théorie particulière, comme c’est notamment le cas pour le mouvement biodynamique, inspiré par Rudolf Steiner, dont les résultats convaincants ont facilité la diffusion des concepts utilisés. La biodynamie s’est ainsi érigée en référence contemporaine, pour l’utilisation de certains effets lunaires.

LES DIFFÉRENTES CONFIGURATIONS LUNAIRES

On peut classer les influences lunaires en deux types selon que l’on observe, depuis la Terre, la Lune pour elle-même ou la Lune située devant un fond sidéral (chaque étude sera abordée avec une donnée astronomique puis astrologique).

La Lune, satellite de la Terre

La Lune, observée depuis la Terre dans sa trajectoire elliptiques; est animée notamment de trois mouvements apparents que l’on peut considérer comme totalement indépendants: la Lune monte et descend dans le ciel, la Lune croît et décroît en luminosité, la Lune s’approche et s’éloigne de la Terre.

I Lune croissante, décroissante Pleine Lune et Nouvelle Lune

Vue de la Terre, la Lune se rapproche puis s’éloigne régulièrement du Soleil. Lorsque le Soleil et la Lune sont dans la même région du ciel, on parle de Nouvelle Lune, invisible de la Terre. On la représente par un cercle noir. Lorsqu’à l’inverse, la Lune est à l’opposé du Soleil par rapport à la Terre, elle apparaît comme un disque totalement lumineux, appelé Pleine Lune, représenté par un cercle blanc.

Au moment.de la Pleine Lune, la vitalité des plantes est à son maximum, les formes sont pleines. À cette époque, les plantes sont au maximum de leur santé, elles supportent mieux les interventions. Au moment de la récolte, elles ont emmagasiné une « réserve » de vitalité qu’elles peuvent conserver plus longtemps. Kolisko, connu pour ses travaux systématiques, a démontré qu’indépendamment de tout autre facteur, les semis réalisés deux jours avant la Pleine Lune sont les plus favorables de tout le cycle lunaire.

Au moment de la Nouvelle Lune, la vitalité des plantes se réduit au minimum. Les interventions culturales sont plus fragilisantes. Les plantes récoltées à cette époque résistent moins longtemps. Mais la perte de vitalité s’est faite au profit de métabolismes plus subtils: les saveurs, les parfums sont plus marqués ainsi que les propriétés médicinales qui en découlent. Kolisko a démontré que les semis réalisés deux jours avant la Nouvelle Lune sont les plus défavorables de tout le cycle lunaire.

Croissance et décroissance de la Lune

La Lune croît dans la période qui va de la Nouvelle Lune à la Pleine Lune. Chaque jour, sa partie visible est plus grande. Elle décroît dans l’autre moitié du cycle. Le cycle qui va d’une Nouvelle Lune à la suivante s’appelle révolution lunaire synodique, il dure 29 jours 12 heures 44 minutes en moyenne

.

La sagesse populaire rapporte que les semis réalisés en Lune croissante sont favorables aux plantes qui doivent fleurir ou produire des fruits et des graines. Les semis réalisés en Lune décroissante sont favorables aux plantes qui doivent végéter en produisant éventuellement des feuilles ou des racines.

II Montée et descente de la Lune

De même que le Soleil monte chaque jour un peu plus par rapport à sa position de la veille, lorsqu’il est dans la période de six mois qui va du solstice d’hiver au solstice d’été (c’est-à-dire pendant l’hiver et le printemps), de même la Lune est montante dans la période de 13 jours qui va du lunistice austral au lunistice boréal. On parle parfois de printemps lunaire. La Lune est descendante dans la moitié complémentaire (ou automne lunaire) de ce cycle de 27 jours 7 heures 43 minutes appelé révolution lunaire sidérale.

Il va sans dire que ce cycle de montée-descente de la Lune est sans rapport avec le cycle de croissance-décroissance, ces deux révolutions n’ayant pas la même durée. [Les saisons sont inversées pour les deux hémisphères. C’est l’été en France quand c’est l’hiver en Australie. De même, la Lune est montante pour l’hémisphère Nord quand elle est descendante pour l’hémisphère Sud.]

On dit que la Lune entraîne les liquides organiques avec elle dans ses montées et ses descentes. Cela signifie que les liquides sont plutôt dans les parties aériennes lorsque la Lune est montante et vice-versa. On évitera donc de tailler un arbre en Lune montante car l’hémorragie serait trop forte. Par contre, on récoltera des pommes ou des poires en Lune montante pour obtenir des fruits plus juteux.

À l’inverse, en Lune descendante, on évitera de greffer des arbres car les rameaux greffés ne seraient pas assez irrigués. Par contre, on récoltera des fruits destinés à sécher rapidement, ainsi que des racines pleines de sève. L’activité souterraine étant privilégiée, c’est le bon moment pour planter, repiquer, rempoter: l’enracinement sera privilégié. L’activité de transformation des déchets dans le sol est augmentée, c’est pourquoi c’est le meilleur moment pour retourner et épandre le compost.

III Approche et éloignement de la Lune

L’orbite de la Lune autour de la Terre est une ellipse. La Terre en est un des foyers. Au moment où la Lune est au plus près de la Terre, elle est dite au Périgée. Le moment où elle est au plus loin est l’Apogée.

L’action de la Lune est plus importante lorsqu’elle est proche, mais les effets sur les plantes sont perturbés le jour du Périgée. C’est pourquoi on évite d’intervenir ce jour-là. La Lune met 27 jours 13 heures et 18 minutes pour aller d’un périgée au suivant. C’est la révolution lunaire anomalistique.

La Lune, messagère du Cosmos

La Lune n’est pas seulement considérée comme un simple satellite de la Terre – ce qui était le cas pour les configurations précédentes – mais elle est aussi vue comme un transmetteur d’influences plus lointaines. Tout se passe comme si la Lune concentrait et transmettait sur la Terre des influences émises par le fond étoilé.

Vues depuis la Terre, les planètes, et notamment la Lune, circulent dans une bande relativement étroite de la voûte céleste. Cette bande, la ceinture zodiacale, est centrée sur l’écliptique (trajectoire du Soleil dans sa course annuelle). Cette bande de circulation a pu être repérée et découpée selon des critères qui varient avec les civilisations.

SIGNES ET CONSTELLATIONS

Ici, nous utiliserons deux systèmes de repérage habituellement utilisés en Occident.

Les Constellations sont des ensembles d’étoiles que l’œil humain a interprété comme formant telle ou telle figure évocatrice (la Grande Ourse, la Balance, Cassiopée…) et que la mémoire visuelle suffit à restituer.

L’écliptique (trajectoire annuelle du Soleil sur le fond étoilé) coupe l’équateur céleste (projection de l’équateur terrestre sur le même fond étoilé) en deux points diamétralement opposés. Ces deux points se décalent régulièrement par rapport au fond. L’un d’eux est appelé POINT VERNAL ( ). L’instant où le Soleil y passe définit pour nous le début du printemps. Ce même point vernal est le point de départ du découpage en 12 Signes zodiacaux de même valeur angulaire. Les 30 premiers degrés de l’écliptique que le Soleil va parcourir à partir du point vernal constituent le signe du Bélier, et ceci quelle que soit la Constellation qui s’y trouve.

Signes et Constellations doivent donc être compris comme des cercles se décalant. Ils ne se superposent que tous les 26000 ans.

Les Constellations sont visibles, elles ont des dimensions très variables. Deux Constellations successives peuvent être très éloignées, comme par exemple Sagittaire et Capricorne ou se chevaucher comme Verseau et Poissons. Les « frontières » entre Constellations sont donc floues et non définissables.

Les Signes, par contre, sont invisibles, régulièrement répartis, et leurs séparations sont parfaitement définies.

Le fait que les Signes et Constellations portent les mêmes noms remonte à l’époque où les deux systèmes se superposaient approximativement. Mais il convient de ne pas confondre ces deux réalités totalement différentes: actuellement, lorsque la Lune se trouve devant la Constellation (visible) de la Balance, elle est devant le Signe (invisible) du Scorpion.

Influence de la Lune devant une Constellation

Lorsque, par exemple, la Lune est visible un soir au milieu de la Constellation des Gémeaux, on considère qu’elle exerce une influence spécifique à cette Constellation. C’est à Rudolf Steiner que l’on doit la synthèse des lois concernant la Lune devant les Constellations. En voici l’essentiel:

Si l’on intervient sur les plantes alors que la Lune est dans une Constellation de Terre (Taureau, Vierge, Capricorne), on favorise l’activité et le développement des racines et des écorces. Lorsque la Lune est devant une Constellation d’Eau (Cancer, Scorpion, Poissons), ce sont les feuilles et les tiges qui vont être sollicitées. Lorsque la Lune est devant une Constellation d’Air (Gémeaux, Balance et Verseau), c’est la fleur qui est valorisée, ainsi que tous les processus colorants et gustatifs qui y sont associés. Enfin, si la Lune se trouve devant une Constellation de Feu (Bélier, Lion, Sagittaire), ce sont les fruits et les graines qui deviendront la priorité des mécanismes de développement de la plante,

On voit donc que les Constellations ont une action très physique ou anatomique. De nombreuses expérimentations, réalisées notamment dans le cadre de la culture biodydynamique, ont prouvé la réalité de telles influences (que des interventions inopinées ou maladroites peuvent, par ailleurs, facilement entraver).

La Lune devant les Signes

C’est à la tradition hermétique occidentale que nous empruntons les informations relatives aux signes. Dans la cosmologie alchimique, on rapporte qu’une substance parfaite préexistait. Des centres de manifestation s’y sont individualisés et se sont confrontés les uns aux autres. La chaleur naquit de ces frottements. Progressivement, une matière chaotique apparut, base de notre monde actuel, au sein de laquelle quatre qualités fondamentales, opposables deux à deux, apparurent: le Chaud et le Froid, le Sec et l’Humide.

Ces quatre qualités prennent des manifestations tant physiologiques que pathologiques.

Le Froid ralentit l’évolution de la plante, freine les échanges liquidiens et limite les transformations métaboliques. Il aide à mieux résister contre la Chaleur.

Le Chaud favorise et accélère le métabolisme en général, il facilite les échanges de liquide. La production des cultures est augmentée. Toutefois, lorsqu’on intervient en ajoutant la qualité chaude, les risques d’assèchement existent s’il y a déjà sécheresse extérieure ou intérieure; les risques de maladies parasitaires ou virales deviennent importants s’il y a déjà excès d’humidité intérieure ou extérieure. Le Chaud aide à compenser l’excès de Froid extérieur.

Le Sec limite la proportion d’eau dans les tissus, concentre la sève, aide à résister contre l’humidité extérieure. En excès, il provoque une maturation trop rapide et un flétrissement.

L’Humide gouverne l’eau des plantes, dont la proportion dépasse parfois 99% de la masse d’un végétal. C’est grâce à la qualité humide que sont répartis les principes actifs et nutritifs dans toute la plante. Un excès d’humidité engendre des risques de décomposition et de pourriture.

Or ces qualités ne peuvent être isolées. De leurs combinaisons sont nés les quatre éléments:

L’exaltation et la concentration du Chaud par le Sec donne le FEU. Le Feu est donc sec et chaud.

La dilatation et la volatilisation de l’Humide par le Chaud donne l’AIR. L’Air est donc chaud et humide.

La condensation de l’Humide par le Froid donne l’EAU. L’Eau est donc froide et humide.

La concentration du Froid par le Sec donne la TERRE. La Terre est donc froide et sèche.

Il n’est donc pas possible d’appliquer simplement une qualité isolée. Si l’on veut favoriser le Sec, il faudra choisir Sec et Froid (soit signe de Terre), ou Sec et Chaud (c’est-à-dire signe de Feu). Par exemple, si l’on veut avoir une action spécifiquement sèche, il faudra alterner les interventions lorsque la Lune est en signe de Terre et en signe de Feu; les alternances chaude et froide se compenseront et la nature sèche des interventions persistera.

L’art calendaire

La Lune peut donc influencer les plantes de multiples façons. Intervenir à bon escient, en tenant compte du maximum de paramètres, est un art. Un certain nombre de calendriers sont spécialisés dans le calcul des dates, s’appuyant sur plusieurs configurations différentes. Le lecteur rebuté par la complexité peut alors s’en remettre aux prévisions de l’auteur du calendrier.

L’expérience montre que l’idéal ne se présente que rarement.

Par exemple, le 8 avril 1990, après 13h44 (c’est-à-dire 11h44 en temps universel), la Lune est descendante, croissante et éloignante, en signe d’Air (Balance) et en constellation de Terre (Vierge). On peut favoriser des racines, (constellation de Terre) mais, avant la pleine Lune, la montée à graine est favorisée. Le signe d’Air apporte une influence chaude et humide. On hésitera donc à planter des pommes de terre qui risquent de développer les parties aériennes, du fait qu’on est en Lune croissante; de plus, le Chaud et l’Humide pourraient favoriser le développement des doryphores, etc. Il faut souvent choisir la moins mauvaise solution, parmi celles qui sont possibles. En général, on a intérêt à hiérarchiser les choix en privilégiant le premier groupe des configurations lunaires pures: Lune croissante-décroissante/montante-descendante, proximité de Pleine Lune ou Nouvelle Lune; puis on affine en faisant intervenir le deuxième groupe (Constellations et Signes) selon les parties de la plante à valoriser et les qualités recherchées.

Rappelons que pour obtenir des effets visibles, il convient, pour une plante donnée, d’intervenir (en semant, binant, sarclant, taillant, arrosant, éclaircissant,…) chaque fois que les influences lunaires sont identiques. Par exemple, si l’on veut augmenter la quantité de feuilles d’une salade, on n’interviendra que lorsque la Lune se trouve en Constellation d’Eau et, de préférence, seulement lorsqu’elle décroît. Si l’on veut réchauffer une plante, par exemple un pied de tomates qui végète à cause du froid climatique, notre intervention n’aura lieu que lorsque la Lune est en Signe d’Air ou de Feu.

Dans un premier temps, ce sont les effets cumulés du premier groupe qui seront les plus faciles à observer. Mais avec le temps, un jardin se comporte comme un organisme de plus en plus sensible aux influences du deuxième groupe. Il faudra alors un moins grand nombre d’impulsions pour obtenir un même effet.

*****

Ces quelques éléments de base de l’influence lunaire devraient ainsi constituer un outil suffisant pour la réflexion et l’expérimentation.

BIBLIOGRAPHIE

LE JARDIN POTAGER BIOLOGIQUE, C. Aubert, Ed. Courrier du Livre

LA LUNE ET SES INFLUENCES, G. de Chambertrand, Ed. La Maison Rustique

FONDEMENTS SPIRITUELS DE LA MÉTHODE BIODYNAMIQUE, R. Steiner, Ed. Anthroposophiques Romandes

HUANG DI NEI JING SU WEN, trad. de A. Husson

INTRODUCTION A LA MÉDECINE HERMÉTIQUE, E. Marié, Ed. Paracelse