Todd Hayen
Pouvons-nous être tout ce que nous voulons être ?

La culture libérale moderne considère l’identité comme une question de choix ou de ressenti intérieur. Dans le cas du sexe, cela se traduit par l’affirmation qu’une personne peut revendiquer l’appartenance à l’autre sexe, malgré le codage biologique présent dans chacune des cellules de son corps…

C’est déjà une question assez narcissique, n’est-ce pas ? Si nous voulons être quelque chose, alors, selon cette affirmation, nous pouvons être cette chose, quels que soient le sens que cela revêt pour quiconque d’autre ou ce que cela implique pour nos propres obligations envers la réalité.

La culture libérale « woke » répondrait oui : nous pouvons être tout ce que nous voulons être. Tout ? Selon ceux qui affirment que nous le pouvons, pas tout à fait. Vous ne pouvez pas être un homme « toxique » — ni même vraiment un homme, surtout si vous êtes blanc. Vous ne pouvez pas être raciste, selon leur définition. Vous ne pouvez pas penser que les femmes devraient jouer des rôles traditionnels. Vous ne pouvez pas être un partisan de Trump, un conservateur ou un chrétien. Non, non, non. Selon la « culture libérale woke », vous n’avez pas le droit d’adopter ces identités.

Ils croient cependant que vous pouvez réécrire le corps (entre autres choses). Vous pouvez être une femme même si vous avez un pénis, ou un homme si vous n’en avez pas. Être un « furry », un raton laveur, une licorne. Être tout ce que vous voulez être. Et non seulement vous pouvez « être » cela, mais tout le monde autour de vous doit reconnaître et accepter ce que vous dites être. Et non seulement les autres doivent « reconnaître et accepter » ce que vous dites être, mais ils doivent eux aussi y croire.

Prenons par exemple cette personne transgenre, qui croit être quelque chose qu’elle n’est pas parce qu’elle s’identifie à cette identité. Elle ne peut pas simplement affirmer cette identité et vivre en conséquence ; elle insiste pour que tous ceux qui l’entourent en fassent autant. Elle ira jusqu’à tenter de modifier la réalité physique qui la présente comme appartenant à ce qu’elle considère être le mauvais sexe, en ayant recours à la chirurgie pour en retirer les signes coupables. Bien sûr, elle ne peut pas modifier toutes les cellules de son corps, dont le codage correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance. Et, là encore, nous devons tous, y compris les professionnels de santé qui réalisent la transition physique, croire à sa conviction mentale et émotionnelle.

Pour le répéter, selon le concept libéral de l’identité transgenre, une personne ne veut pas simplement être d’un autre sexe : elle est née dans le mauvais corps. Elle doit donc ajuster la réalité — la biologie sexuelle physique — afin qu’elle corresponde à ce qu’elle affirme nécessiter. Ce qui est bien différent de prétendre qu’elle le désire simplement.

Que dire alors de ce que nous voulons être, par opposition à ce que nous sommes ou à ce que nous devons être ? J’utilise ici la situation des personnes transgenres comme un exemple clair et évident, bien que ce que je dis s’applique à bien d’autres situations, notamment le « présentisme », la « culture de l’annulation », « la destruction du monde par Trump, considéré comme l’homme le plus “maléfique” de la planète », et bien d’autres choses encore, à des degrés divers, bien sûr.

La plupart des personnes dont je parle croient que leur façon de voir le monde n’est pas simplement une « croyance », mais bel et bien un « besoin ». Pour que la réalité leur convienne et leur permette de se sentir bien, elle doit d’abord être d’une certaine manière. Il faut qu’elle soit ainsi, faute de quoi elles ne peuvent l’accepter comme réalité. Si elle ne correspond pas à ce qu’elles ont besoin qu’elle soit, elles choisissent l’une des possibilités suivantes :

  1. Elles tentent de manipuler la matière pour qu’elle se conforme à leurs besoins (médicaments, chirurgie, dans le cas d’une personne transgenre).

  2. Elles tentent de manipuler leur entourage pour que les autres reconnaissent comme réalité ce dont elles ont besoin.

  3. Elles deviennent hystériques, affirmant que le monde s’effondre autour d’elles parce qu’il ne se conforme pas à ce qu’elles ont besoin qu’il soit.

Que devraient-elles faire à la place ? Ce que les êtres humains font depuis le début de leur histoire : croire à la réalité qui se présente à eux ; s’ils ne peuvent pas la changer par des moyens ordinaires, alors l’accepter. Ah, un instant. N’existe-t-il pas une célèbre prière à ce sujet ?

« Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter ce que je ne puis changer, le courage de changer ce que je puis et la sagesse d’en connaître la différence ».

C’est la version abrégée que tout le monde connaît.

Cette prière est généralement attribuée au théologien américain Reinhold Niebuhr. Une de ses étudiantes, Winnifred Wygal, en a consigné une version proche dans son journal en octobre 1932, en lui en attribuant la paternité : la sérénité d’accepter ce qu’il ne peut empêcher et le courage de changer ce qui doit être modifié.

Elle en publia une version plus complète en 1940, en nommant de nouveau Niebuhr. La prière se diffusa ensuite plus largement et les Alcooliques anonymes l’adoptèrent au début des années 1940, après qu’elle eut paru dans un journal new-yorkais. C’est ainsi qu’elle est devenue la formule familière que nous connaissons aujourd’hui.

Niebuhr déclara par la suite qu’il pensait l’avoir écrite lui-même. La version plus longue qui lui est associée est légèrement différente :

« Mon Dieu, donnez-nous la grâce d’accepter avec sérénité les choses qui ne peuvent être changées, le courage de changer celles qui doivent l’être et la sagesse de distinguer les unes des autres ».

L’idée est la même. Accepter ce qui ne peut bouger. Changer ce qui peut l’être. Et savoir faire la différence.

Mais il y a un autre aspect à considérer. Il y a le désir, il y a le besoin et il y a aussi la croyance.

Si une personne croit être Napoléon ou Jésus, est-elle pour autant Napoléon ou Jésus ? Habite-t-elle cette réalité parallèle simplement parce qu’elle croit y vivre ?

Mais en réalité, elle ne l’est pas. Elle n’est ni Napoléon ni Jésus. Nous attribuons cela à une maladie mentale, à une psychose — un état dans lequel une personne croit quelque chose qui ne correspond pas à la réalité, quelle que soit celle-ci.

Si elle n’est pas Jésus, mais croit l’être, elle n’est pas en accord avec le consensus selon lequel Jésus a vécu il y a deux mille ans et selon lequel on ne peut pas être ce que l’on n’est pas.

La culture libérale moderne considère l’identité comme une question de choix ou de ressenti intérieur. Dans le cas du sexe, cela se traduit par l’affirmation qu’une personne peut revendiquer l’appartenance à l’autre sexe, malgré le codage biologique présent dans chacune des cellules de son corps.

Remarquez le glissement. Au départ, il s’agit d’un désir : je veux être de l’autre sexe. Puis vient le besoin : j’ai besoin que mon corps soit modifié pour qu’il corresponde à cette conviction intérieure. Enfin vient la croyance : je suis de l’autre sexe, et c’est le corps qui est défaillant.

Désirer, c’est exprimer un souhait. Avoir besoin, c’est exiger que le monde se réorganise autour de ce souhait. Croire, c’est affirmer quelque chose au sujet de ce qui est.

Les deux premières propositions peuvent faire l’objet d’un débat. La troisième est une affirmation factuelle, et une affirmation factuelle est soit conforme à la réalité, soit elle ne l’est pas. Croire que l’on est Napoléon ne fait pas de soi Napoléon. Croire que l’on appartient à l’autre sexe ne fait pas de soi une personne de cet autre sexe. Le corps ne négocie pas, même lorsqu’il est mutilé dans le but de le faire correspondre à cette conviction.

La réalité n’est pas une construction malléable dictée par l’individu. On ne peut pas être ce que l’on n’est pas, quelle que soit l’intensité de sa conviction ou de son désir de modifier son apparence physique.

Et le monde lui-même, la guerre, Trump, l’histoire, ne peuvent pas être autre chose que ce qu’ils sont, même si un groupe de personnes commence par vouloir qu’ils soient autrement, puis estime qu’ils doivent l’être, avant de finir par croire que c’est la seule manière dont ils peuvent être.

Texte original publié le 26 octobre 2026 : https://off-guardian.org/2026/10/26/can-we-be-anything-we-want-to-be/