Tout le monde parle de l’IA qui deviendrait consciente, mais personne ne définit jamais ce qu’est la conscience.
Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de six modèles différents de la conscience. Les quatre premiers sont entièrement basés sur le naturalisme et partent du principe que nous sommes des ordinateurs faits de chair qui interagissent avec le monde.
Le panpsychisme est la conception selon laquelle une forme de conscience existe partout dans la nature. Selon cette perspective, même les plus petites parties de l’univers, comme les particules, possèdent des propriétés mentales très simples, et pas seulement les êtres humains ou les animaux. Tout comme la masse, la forme, le magnétisme et la conductivité électrique, tous les objets sont dotés d’un peu de conscience. Selon cette théorie, même si je n’ai jamais eu de conversation avec eux, ma tasse à café et ma boucle de ceinture sont toutes deux conscientes dans une certaine mesure. Un neuroscientifique sur dix pense que cette idée pourrait aider à expliquer la conscience. Les neuf autres pensent que ce neuroscientifique est tout simplement ridicule [1].
L’émergentisme affirme que la conscience n’est pas quelque chose de fondamental dans la nature, mais qu’elle apparaît lorsqu’un système physique devient suffisamment complexe. À mesure que le cerveau — ou un ordinateur — acquiert des connexions plus organisées et une plus grande puissance de traitement, on suppose que la conscience subjective émerge, de la même manière que l’humidité apparaît lorsque de nombreuses molécules d’eau se réunissent. En bref, si un système devient suffisamment complexe de la bonne manière, la conscience finira par apparaître.
La théorie de l’information intégrée (IIT) est un modèle d’émergence fondé sur les mathématiques qui affirme que la conscience est identique à l’information intégrée mesurable (Φ). Michael Egnor et moi-même avons récemment publié un article critiquant l’IIT.
Les preuves neuroscientifiques — telles que l’absence de localisation cérébrale précise de l’intellect et de la volonté, et les observations issues de cas de cerveau scindé et d’expériences de mort imminente — remettent en question l’hypothèse de l’IIT selon laquelle la conscience serait entièrement expliquée par les processus cérébraux. Il existe des cas où une valeur d’IIT très importante aboutit à un système qui n’est manifestement pas conscient. (Pour plus de détails, lisez notre article. Nous montrons que l’IIT est complètement imprégnée d’absurdités.) Ceux qui croient que l’intelligence artificielle générale naîtra de l’émergentisme le font sur la base d’une foi aveugle dépourvue de preuves. Il n’y a aucune preuve que l’émergentisme engendre la conscience. George Gilder appelle cela « l’extase des nerds ».
La théorie de la simulation : La théorie de la simulation (sims) de la conscience suggère que notre réalité — et notre expérience consciente — pourraient être le produit d’une sorte de système computationnel avancé, comparable à une simulation très sophistiquée provenant d’un simulateur supérieur. Dans cette optique, le cerveau fonctionnerait davantage comme une interface au sein de la simulation plutôt que comme la véritable source de la conscience. Les partisans de cette théorie pensent qu’elle pourrait aider à expliquer les caractéristiques déroutantes de la perception et de l’univers. Mais cela ne fait que repousser le problème. Qui a donné la conscience et la créativité à celui ou celle qui est responsable de nous simuler ? Et qui a simulé notre simulateur ? Une régression infinie (Des tortues jusqu’en bas). Des enquêtes suggèrent que les neuroscientifiques qui soutiennent la théorie de la simulation pourraient avoir été fortement influencés par des films tels que The Matrix, The Truman Show et les premiers films des Muppets. Nous souhaitons un prompt rétablissement à ceux qui soutiennent la théorie des sims de la conscience.
La conscience quantique est l’idée selon laquelle la mécanique quantique pourrait jouer un rôle dans la création de l’expérience consciente. Une version célèbre, proposée par Roger Penrose et Stuart Hameroff, suggère que de minuscules structures dans les cellules cérébrales appelées microtubules pourraient soutenir les effets quantiques qui contribuent à la conscience. Les partisans de cette théorie pensent que cela pourrait aider à expliquer des phénomènes tels que l’unité de la conscience et la raison pour laquelle l’esprit semble difficile à modéliser avec des calculs ordinaires.
Dans The Emperor’s New Mind (tr fr L’esprit, l’ordinateur et les lois de la physique), Roger Penrose soutient que l’intelligence artificielle ne peut pas atteindre une véritable créativité, car les ordinateurs se contentent d’exécuter des algorithmes. Selon lui, la créativité et la compréhension humaines impliquent des processus non algorithmiques. Cela l’a amené à se demander : où, dans le monde physique, de tels processus non calculables pourraient-ils se produire ? Penrose a proposé que l’effondrement de la fonction d’onde en mécanique quantique pourrait fournir l’élément non algorithmique nécessaire. Il a suggéré ce mécanisme comme base physique possible de la conscience.
Le livre de Penrose a été publié en 1989. Depuis lors, le développement de cette théorie n’a pas suscité beaucoup d’intérêt. En fait, beaucoup restent sceptiques, car l’environnement chaud et bruyant du cerveau semble susceptible de perturber les états quantiques délicats.
L’idéalisme est la conception selon laquelle la conscience est la partie la plus fondamentale de la réalité. Au lieu de considérer que l’esprit provient du cerveau, les idéalistes soutiennent que le monde physique existe à l’intérieur ou grâce à la conscience. Le cerveau serait donc davantage une interface ou une représentation à l’intérieur de la conscience plutôt que sa source. L’idéalisme suggère que les esprits individuels sont des expressions de Dieu.
Le dualisme esprit-cerveau est la conception selon laquelle l’esprit et le cerveau sont des choses fondamentalement différentes. Le cerveau est physique et composé de matière, tandis que l’esprit (y compris les pensées et la conscience) est non physique et ne peut être entièrement expliqué par l’activité cérébrale seule. Selon les dualistes, l’esprit et le cerveau interagissent étroitement, mais l’un ne peut être réduit à l’autre. Le débat est ancien, remontant à avant Descartes. Lorsqu’il a abordé le problème, Descartes a essentiellement appelé l’esprit « âme ».
Avec Angus Menuge et Brian Krouse, j’ai coédité le livre Minding the Brain, qui examine la question de l’esprit et du cerveau sous l’angle de plusieurs disciplines, notamment les neurosciences, la neurochirurgie, la psychologie, la philosophie, l’informatique, le génie informatique et les sciences cognitives. Le livre montre qu’à l’époque moderne, de plus en plus de preuves scientifiques démontrent que l’esprit n’est pas la même chose que le cerveau. Nous ne sommes pas des ordinateurs faits de chair.
Sur ce même sujet, je recommande vivement le livre The Immortal Mind de Michael Egnor et Denyse O’Leary.
Voilà donc six modèles différents de la conscience. Il en existe peut-être d’autres, mais ce sont les six que je connais. Notez que les deux derniers — l’idéalisme et le dualisme — sont les seuls modèles qui font appel à des perspectives non matérialistes. Les autres reposent sur des hypothèses naturalistes, notamment la prémisse souvent implicite selon laquelle la conscience doit finalement avoir une explication matérielle. D’un point de vue strictement naturaliste, nous serions des machines biologiques en chair et en os interagissant avec un monde purement physique.
Nous sommes plus que cela. Nous éprouvons de l’amour, de l’envie, de la sérénité, de la frustration, de l’embarras, de la culpabilité, de l’admiration, du ressentiment, de la surprise, de la solitude, de l’émerveillement, de l’irritation, de la confiance, du chagrin, de l’anticipation, de la joie, de la peur, du contentement, de la honte, de la compassion, de la colère, de l’espoir, de la jalousie, du soulagement, du désespoir, de la fierté, du dégoût, de l’amusement, de la gratitude, de la tristesse et du bonheur.
Nous sommes des créatures qui transcendent le matérialisme.
Nous sommes « formés d’une manière merveilleuse » [2].
Robert J. Marks, Ph.D., est chercheur principal et directeur du Bradley Center for Natural & Artificial Intelligence, ainsi que professeur émérite d’ingénierie électrique et informatique à l’université Baylor. Marks est membre de l’Institute of Electrical and Electronic Engineers (IEEE) et de l’Optica (anciennement Optical Society of America). Il a été rédacteur en chef de la revue IEEE Transactions on Neural Networks et est actuellement rédacteur en chef de BIO-Complexity. Marks est l’auteur des livres Non-Computable You : What You Do That Artificial Intelligence Never Will Never Do et The Case For Killer Robots. Il est coauteur des livres For a Greater Purpose : The Life and Legacy of Walter Bradley, Neural Smithing: Supervised Learning in Feedforward Artificial Neural Networks et Introduction to Evolutionary Informatics. Pour plus d’informations, consultez la biographie détaillée du Dr Marks.
Texte original publié le 2 mars 2026 : https://mindmatters.ai/2026/03/six-theories-of-consciousness/
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1 J’ai inventé ces statistiques pour soutenir ma position.
2 Psaume 139