
Nous saurons que notre programme de désinformation est complet lorsque tout ce que le public américain croit sera faux.
– ancien directeur de la CIA William Casey
Si vous fréquentez depuis un certain temps les cercles des « réalistes du complot », vous avez sans doute entendu cette célèbre citation de l’ancien directeur de la CIA/coconspirateur non inculpé de l’Iran-Contra/Chevalier de Malte/membre du Cercle, William Casey. Et, contrairement à toutes ces citations devenues célèbres sur Internet prétendant rapporter quelque confession incendiaire d’un conspirateur, celle-ci pourrait bien être vraie !
Du moins, c’est ce qu’affirme Barbara Honegger. Interrogée sur l’origine de la citation par un enquêteur en ligne, l’ancienne collaboratrice de la campagne de Reagan et analyste politique a confirmé qu’elle avait entendu Casey prononcer ces mots lors d’une réunion à la Maison-Blanche en 1981.
J’ai personnellement été la source de cette citation de William Casey. Il l’a prononcée lors d’une réunion début février 1981 dans la Roosevelt Room de l’aile ouest de la Maison-Blanche, à laquelle j’assistais, et j’en ai immédiatement parlé à mon amie proche et marraine politique/correspondante principale à la Maison-Blanche, Sarah McClendon, qui l’a ensuite rendue publique sans en nommer la source.
Voilà donc. Selon un témoin oculaire, l’un des conspirateurs de l’ombre a tout simplement énoncé une vérité évidente : la CIA ne veut pas seulement abrutir le public américain, elle veut délibérément le tromper délibérément au point qu’il se trompe sur littéralement tout ce qu’il croit. Quel aveu incroyable !
… Mais vous êtes-vous déjà arrêté pour réfléchir à ce que cette citation signifie réellement ? Et avez-vous déjà envisagé que ceux qui sont les premiers à lancer cette citation à leurs adversaires idéologiques pourraient en fait être les plus grandes dupes de cette campagne de désinformation ?
Eh bien, moi, pour ma part, j’y ai réfléchi ! Et ce à quoi je suis arrivé va vous surprendre.
Alors, pensez-vous pouvoir supporter la vérité ? Lisez la suite pour le découvrir !
TOUT CE QUE VOUS CROYEZ EST FAUX

Je suis certain de ne pas avoir à prendre beaucoup de risques pour convaincre mes lecteurs habituels que tout ce que croit aujourd’hui le public américain est faux. Mais si vous ne me croyez pas, regardez simplement autour de vous.
Les gens qui dénonçaient Big Pharma il y a vingt ans ne sont-ils pas exactement les mêmes qui se sont mis à chanter de véritables hymnes à Pfizer lorsque les larbins des médias corporatifs leur ont dit de prendre les injections anti-Covid provoquant des caillots ?
Bien sûr que si !
Et les gens qui dénonçaient la censure gouvernementale lorsqu’elle était menée par « Scary Poppins » et dirigée contre les partisans de Trump, ne sont-ils pas les mêmes qui applaudissent aujourd’hui la censure gouvernementale maintenant qu’elle est menée par Trump et dirigée contre les manifestants propalestiniens sur les campus et les animateurs gauchistes de talk-shows ?
Évidemment !
Et les gens qui avaient fait du port du masque une partie essentielle de leur identité durant la « scamdémie (ou plandémie) » n’ont-ils pas tout simplement laissé tomber le masque pour brandir un drapeau ukrainien dès que le récit du Covid a été abandonné ?
Tu peux en être sûr, mon vieux !
Et les gens qui ont voté pour Trump parce qu’il promettait d’assécher le marécage, de publier les dossiers Epstein et de tenir l’Amérique à l’écart des guerres inutiles au Moyen-Orient, ne sont-ils pas exactement les mêmes qui défendent maintenant Trump alors qu’il a rempli le marécage, étouffé les dossiers Epstein et entraîné l’Amérique dans une autre guerre inutile au Moyen-Orient ?
Faut-il seulement poser la question ?
En vérité, il n’est pas difficile de trouver des exemples de Joe Q. Monsieur Tout-le-Monde et Madame Jane Q. Soccer Mom (avec une insistance particulière sur le « Q ») gobant n’importe quelle bouillie intellectuelle servie par les têtes parlantes de la boîte à idiots.
Bien sûr, ce phénomène n’est pas propre aux États-Unis. William Casey a peut-être pris pour cible la désinformation du public américain lors de cette réunion à la Maison-Blanche en 1981, mais seulement parce qu’il allait de soi que l’enfumage du reste du monde faisait déjà partie intégrante de la mission de la CIA. Tout ce que Casey disait réellement, c’est que la campagne de désinformation de l’agence ne serait complète que lorsque le public américain serait aussi trompé que le reste du monde. Et croyez-en mon expérience de Canadien vivant au Japon, ayant vécu en Irlande et visité de nombreux pays d’Europe et d’Asie : les gens du monde entier sont aussi désinformés que les Américains.
Eh bien, sapristi ! Quelqu’un appelle les photographes et prépare la combinaison de vol de George Bush. Il est temps de faire la séance photo « Mission accomplie » !

… Mais attendez une seconde. Vous faites partie du public, n’est-ce pas ? Et vous n’êtes pas, vous, l’une des dupes de la campagne de désinformation de la CIA, l’êtes vous ?
Et moi, je ne fais pas partie du public américain, mais je fais partie du public mondial qui, comme nous l’avons déjà établi, constituait la cible implicite de la campagne de Casey. Et je ne suis pas, moi non plus, une dupe de cette campagne de désinformation de la CIA… le suis-je ?
Ce n’est quand même pas le cas que tout ce que nous croyons soit faux… l’est-il ?
VOUS CROYEZ QUE TOUT EST FAUX

Oui, nous autres, dans le monde de la « réalité conspirationniste », nous nous considérons comme une poignée d’initiés ayant réussi, d’une manière ou d’une autre, à percer à jour la campagne de désinformation de la CIA. Mais vous êtes-vous déjà demandé si la prise de conscience croissante du public concernant les campagnes de désinformation et les coups tordus de la CIA peut elle-même être utilisée pour alimenter davantage ces campagnes ?
Prenez cette étude de cas fascinante qui vient d’apparaître : la montée de la contestation contre les centres de données de l’IA. Les spectateurs de The Corbett Report savent qu’il existe un mouvement croissant contre la construction de ces monstres gourmands en eau, énergivores et facilitateurs de surveillance, et pour de bonnes raisons. Ces centres de données détruisent les environnements locaux, font grimper les tarifs des services publics des habitants déjà en difficulté, enrichissent encore davantage les géants de la tech tout en construisant la grille de surveillance façon Big Brother pour l’État profond, et accélèrent le remplacement des emplois de niveau débutant par des technologies d’IA.
Compte tenu de tous ces faits indéniables, tout le monde peut sûrement sympathiser avec le mouvement d’opposition aux centres de données, n’est-ce pas ? Jeunes ou vieux, cols bleus ou cols blancs, libéraux ou conservateurs, comment les habituelles tactiques de division pourraient-elles fonctionner pour pousser les gens à s’opposer aux manifestants contre les centres de données ?
… Et voilà que nos amis des médias corporatifs arrivent avec leur nouvelle enquête explosive : « Indivisible, financé par Soros, cible les centres de données du Texas à Temple ».
Eh oui, les reporters chevronnés de The Dallas Express ont révélé le scandale du siècle ! Voyez-vous, il s’avère qu’un groupe national ayant autrefois reçu de l’argent de Soros possède un chapitre local à Temple, au Texas, qui a soutenu une unique « manifestation accompagnée d’une pétition » devant l’hôtel de ville de Temple pour protester contre un centre de données local. Donc, vous savez donc ce que cela signifie : toute opposition aux centres de données est entièrement fabriquée ! Cela fait partie de la même armée astroturfée financée par Soros, qui serait responsable de chaque protestation ayant jamais eu lieu en Amérique ! Affaire classée !…
… Ou du moins, c’est l’implication suggérée dans ce reportage, et celle qui se diffuse dans le monde conspirationniste lorsque la « fiable » source « d’information » « alternative » ZeroHedge reprend l’histoire et la relaie. Comme l’a remarqué un commentateur avisé de ZeroHedge :
Zerohedge montre vraiment son vrai visage lorsqu’il présente l’opposition aux centres de données comme une sorte d’idéologie luddite. Remarquez que l’article ne relie pas directement Soros à l’opposition, seulement qu’une organisation opposée qui reçoit son financement est impliquée. Qui, en lisant ces mots, peut réellement soutenir que ces centres vont améliorer nos vies ? Qui a de l’eau en trop et de l’électricité en trop ?
Ou, pour citer un autre commentateur : « Je peux imaginer la séance de remue-méninges chez ZH : quel titre pouvons-nous trouver pour convaincre notre lectorat d’accepter les centres de données ? »
Mais c’est ainsi que les choses fonctionnent dans un monde où les gens prennent conscience du programme de désinformation de la CIA. Une fois que nous avons tous identifié le Méchant, ce Méchant peut ensuite être invoqué pour effrayer les dissidents et les ramener dans le rang, et voilà : problème résolu !
Ainsi, si le peuple est sur le point de lancer un djihad butlérien, il suffit d’envoyer Kevin O’Leary expliquer que toute opposition à la Big Tech est financée par les Chinois. Et si cela ne fonctionne pas — ce qui, évidemment, sera le cas —, il suffit de dire aux gens que Soros finance l’opposition.
Échec et mat, réalistes du complot ! Maintenant, vous devez soutenir les centres de données. Après tout, vous n’êtes pas dans le camp de Soros, n’est-ce pas ?!
Mais attendez, cela devient encore pire ! Oui, les réalistes du complot qui ne lisent pas au-delà d’un titre peuvent être manipulés avec cette manœuvre du « financement par Soros » ou une tromperie similaire. Mais que se passerait-il si vous pouviez amener les penseurs critiques de la communauté conspirationniste à rejeter d’emblée toute information sur un sujet ? Ne serait-ce pas là le tour cognitif ultime ?
Eh bien, devinez quoi…
LE MONDE POST-VÉRITÉ

Arrêtez-moi si vous avez déjà entendu celle-là : nous vivons dans un monde post-vérité.
Bien sûr que vous avez déjà entendu cette expression. Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir en 2017, d’innombrables articles d’opinion, éditoriaux, commentaires et même articles scientifiques se sont penchés sur la nature de notre « ère post-vérité ». Ces lamentations angoissées de propagandistes mondialistes et de valets de l’establishment nous avertissent que Trump entraîne les membres de son culte MAGA vers un précipice épistémologique et que nous entrons dans un monde où « les faits objectifs comptent moins que les sentiments personnels et la loyauté idéologique ».
La vérité, bien sûr, c’est que nous vivons dans cette réalité « post-vérité » depuis très longtemps.
C’était déjà exactement la réalité décrite par Orwell dans Looking Back on the Spanish War (tr fr par ex. dans Pourquoi j’écris ?), sa rétrospective de 1943 sur son expérience auprès des républicains pendant la guerre civile espagnole. Dans ce texte, il ne raconte pas seulement son expérience du combat ; il explique aussi comment la guerre était déformée dans les journaux de son pays.
J’avais depuis longtemps remarqué qu’aucun événement n’est jamais correctement rapporté dans la presse, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, pas même le rapport qu’implique un mensonge ordinaire. J’ai vu rendre compte de grandes batailles là où nul combat n’avait eu lieu, et n’ai entendu que silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. J’ai vu des troupes qui s’étaient battues avec courage dénoncées pour leur lâcheté et leur traîtrise, d’autres qui n’avaient jamais tiré le moindre coup de feu saluées pour être les héros de victoires imaginaires, et j’ai vu des journaux à Londres relayer ces mensonges et des intellectuels zélés ériger des superstructures émotionnelles sur des événements qui n’étaient jamais survenus. J’ai vu, à dire vrai, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé mais de ce qui aurait dû se passer selon les diverses « lignes du parti ».
Que les journaux mentent sur les événements afin de construire un récit conforme à leurs préjugés politiques n’a malheureusement rien de choquant. Mais ce qui choquait Orwell — et ce qui devrait nous choquer nous aussi —, c’est que le public savait non seulement qu’on lui mentait, mais qu’il l’acceptait. En effet, comme il l’avertissait ensuite, le fait que le public s’attende désormais à ce que toute information soit propagande est encore plus dangereux que la propagande elle-même :
Je trouve ce genre de chose effrayant, car cela me donne souvent le sentiment que la notion même de vérité objective est en voie de disparition. […] Je sais qu’il est très en vogue de dire que la majeure partie de l’histoire est de toute façon constituée de mensonges. Je veux bien admettre que l’histoire est pour l’essentiel inexacte et biaisée, mais ce qui est propre à notre temps, c’est l’abandon de l’idée même qu’on puisse écrire une histoire conforme à la vérité.
C’est évidemment cette observation — le fait que le public soit devenu tellement habitué au mensonge qu’il ne croit plus en la vérité elle-même — qui inspira plus tard à Orwell la construction de l’État policier de 1984 et par extension, notre conception du régime totalitaire ultime. La mission de Big Brother n’était accomplie que lorsque Winston croyait réellement que deux et deux faisaient cinq, ou toute autre chose que le Parti lui ordonnait de croire.
Il n’est pas difficile de voir les parallèles avec notre propre époque. En effet, combien de fois avons-nous entendu, dans les milieux de la « réalité conspirationniste », que « tout ce qu’on nous a dit est un mensonge » ? Cette affirmation inclut-elle l’observation elle-même — à savoir que « tout ce qu’on nous a dit est un mensonge » — ou cette observation échappe-t-elle au principe ? Un instant de réflexion révèle en fait que le cynisme corrosif du refrain « tout est mensonge » menace de détruire jusqu’au refrain lui-même.
Ces réflexions ne constituent pas un simple exercice philosophique. Si nous nous coupons de toute idée de vérité, nous devenons une masse fragmentée, apathique et impuissante, totalement incapable de résister aux conspirateurs et à leurs machinations.
LA CIA A-T-ELLE GAGNÉ ?

Rien n’est moins propice à une résistance informée, motivée et organisée qu’un public qui a cessé de croire à la vérité.
En effet, quoi de plus opposé à la recherche, à l’étude et à l’enquête que le haussement d’épaules toxique du cynisme négateur ?
Pourquoi perdre votre temps à étudier la guerre en Iran ? Les armes nucléaires n’existent pas !
Pourquoi perdre votre temps à étudier les armes biologiques ? Les virus n’existent pas !
Pourquoi perdre votre temps à étudier le programme spatial secret ? L’espace n’existe pas (et la Terre est plate, espèce d’idiot globiste !).
Pourquoi perdre votre temps à étudier le 11 septembre ou l’attentat du marathon de Boston ou tout autre épisode de la guerre contre le terrorisme ? Ce n’était que des hologrammes et des acteurs de crise !
Vous voyez, ce n’est pas seulement que tout ce que vous croyez est faux. C’est que, lorsque vous tombez dans la campagne de désinformation de Casey, vous croyez que tout est faux ! Il n’existe aucun événement d’actualité ni aucun bouleversement majeur qui ne puisse être écarté par les slogans des conspirationnistes modernes : « Ça n’existe pas ! » ou « Ça n’est jamais arrivé ! » ou « Tout est faux ! »
Aucune enquête nécessaire. Aucune information acceptée. Aucun effort requis. Juste un geste de la main condescendant pendant que les conspirateurs poursuivent leur agenda.
Et si nous croyons vraiment que « tout ce qu’on nous a dit est un mensonge » — si, autrement dit, nous n’avons aucun socle de vérité sur lequel nous appuyer en dehors de nos propres sentiments et intuitions — alors à quoi bon construire une communauté ? Quel est le but d’agir pour contrer les malfaiteurs ? À quoi sert de trouver des points d’accord avec des personnes partageant les mêmes idées et de bâtir des coalitions pour améliorer nos conditions de vie ?
Après tout, votre voisin, qui ne croit pas à 99,99% des mêmes choses que vous ne croyez pas, croit probablement quand même en quelque chose. Peut-être est-il — horreur ! — un partisan de la Terre ronde ! Ou peut-être — que dis-je ! — pense-t-elle que les virus sont la meilleure explication de la transmission communautaire du rhume que nous avons tous observée des dizaines de fois dans nos vies. Ou peut-être — grand ciel ! — croit-il que les armes nucléaires existent bel et bien et qu’il pourrait être judicieux d’éviter un holocauste nucléaire !
Quiconque a passé du temps à discuter de ces sujets sur des forums en ligne sait bien que les gens aiment se disputer avec leurs voisins mille fois plus qu’ils n’aiment coopérer avec eux pour construire des structures parallèles et réduire le contrôle des conspirateurs.
Compte tenu de ce qui précède, peut-être que la maxime de Casey pourrait être reformulée ainsi : « Nous saurons que la campagne de désinformation de la CIA est complète lorsque les gens du monde entier ne croient plus en rien du tout ».
Si tel était le cas, quelle maxime pourrions-nous formuler pour y faire contrepoids ? Quel critère pourrions-nous établir pour mesurer non pas le succès de la CIA, mais son échec ?
Peut-être ceci : « Nous saurons que la campagne de désinformation de la CIA a échoué lorsqu’une masse critique du public participe activement, avec ses amis et ses voisins, à la vérification des informations, à l’établissement de la vérité et à la collaboration pour améliorer ses conditions d’existence ».
Pour une raison quelconque, je doute que cette formule devienne populaire auprès du public, mais peut-être que l’un de vous, artisans des mots, pourra proposer quelque chose de plus percutant.
Texte original publié le 24 mai 2026 : https://corbettreport.substack.com/p/the-cia-won-everything-you-believe