« Ce qui demeure, est l’Original, qui est inconditionné, sans attributs et sans identité : cela sur quoi cet état temporaire de la conscience, les trois états et les trois gunas sont apparus puis ont disparu. Cela s’appelle Parabrahman, l’Absolu. »
– Sri Nisargadatta Maharaj
Vous sentez que vous êtes né, mais qu’est-ce que la naissance exactement ? Les trois états — veille, rêve et sommeil profond — sont appelés « naissance ». Les trois états constituent la nouvelle « Je suis ». C’est votre sentiment d’être, que j’appelle aussi conscience. Tant que les trois états se produisent, vous ferez l’expérience de tout ce qui suit.
L’identification au corps est ignorance, car le corps n’est rien d’autre qu’une forme issue de la consommation de l’essence alimentaire dérivée des cinq éléments. Il y a l’apparition des trois états qui prennent la forme d’un homme ou d’une femme. S’identifier au genre du corps et être influencé par cette illusion conduit à l’inconscience et à l’asservissement.
Ce qu’on appelle la naissance s’est produite, et il apparaît une forme et une physicalité fournissant une apparence reconnaissable, et ainsi apparaissent l’amour, le besoin et l’empressement. Ces qualités étaient absentes avant ce qu’on appelle la naissance, qui n’est qu’une phase passagère, car elle est limitée dans le temps et n’a pas d’existence éternelle. Dans cette phase, il y a veille, rêve et sommeil profond. Sans veille ni sommeil, il ne peut y avoir de « sentiment je suis (I am-ness) ». Paramatman, le Soi Suprême, est le principal soutien de cette trinité.
Durant ces états, vous avez des besoins. Mais en l’absence de ces états, quels sont vos besoins ? L’essence alimentaire a créé les trois états, qui ne se sont tous matérialisés qu’après votre naissance apparente. Notre être, sans le sentiment d’exister, est parfait, en ce sens qu’il n’y a aucun besoin d’aucune sorte. Il n’y a aucun besoin tant que nous ne prenons pas conscience de notre existence ; c’est à ce moment-là que nous désirons ardemment tout ce qui se trouve dans ce monde. Lorsque nous ne savons pas que nous existons, connaissons-nous la douleur et le plaisir ? L’état où nous ne savons pas que nous existons s’appelle Brahman, tandis que la connaissance de cet état est Brahma jnana. Vos états de veille, de rêve et de sommeil profond sont des états qui disparaîtront.
Détaché, imperturbable et intouchable
Deux états sont indiqués : le non-manifesté, sans attributs (nirguna), et le manifesté, avec attributs (saguna). Le véritable dévot sait qu’il n’y a aucune différence entre les états avec attributs et les états sans attributs. Lorsque les trois états sont absents, il n’y a aucune expérience du temps, et l’être est si plein qu’il n’y a pas de place pour le sentiment « je suis ». Lorsque le « je suis » apparaît, il devient prédominant.
Par la grâce du Guru, on réalise la vérité et on devient le témoin détaché (turiya) des trois états et des trois gunas. Le disciple possède une connaissance très claire de tout cela. La véritable compréhension consiste à se connaître soi-même comme détaché et imperturbable. Une personne qui possède cette connaissance juste est appelée un jnani, le « réalisé ». Lorsque nous nous connaissons comme séparés de ces états, comment pourrions-nous nous préoccuper des angoisses constantes du monde ? Les réalisés comprennent que ces angoisses sont dues à l’essence de la nourriture (sattva) et n’en sont pas affectés.
Celui qui connaît l’origine des trois états se trouve séparé d’eux et, ce faisant, n’est pas touché par la misère dont souffre l’ignorant. Le Soi sans l’esprit ou le mental est sans forme et sans nom (turiyatita), l’État suprême, et vous pouvez le nommer comme vous le souhaitez. Atma, Celui qui connaît l’origine de tous les états est celui qui connaît la nouvelle « Je suis ». Nous en venons à savoir que « nous sommes » et que notre véritable identité est le connaisseur. Nous sommes le connaisseur de ce qui est connu. Notre identité n’est pas ce qui est connu.
S’établir dans la vérité
La nuit, l’état de veille, avec le sentiment d’être, s’évanouissent dans l’état de non-savoir. Le non-savoir est l’Absolu Suprême, sans attributs (nirguna), ne nécessitant aucun support. Il n’est pas facile de saisir la connaissance que j’expose, mais vous êtes ce Parabrahma. Vous n’avez aucune existence séparée de ce que je vous dis ; vous ne pouvez pas en être différent.
Au petit matin, il n’y a pas de mots jusqu’à ce que l’état de veille commence. Dans le silence vient l’annonce : « Je suis éveillé », accompagnée de l’expérience du réveil. Cet espace silencieux d’amour pur de soi manifeste Brahman. L’état de veille s’exprime sans mots, et peu après, le flot des mots commence.
Seul celui qui possède un faux sentiment d’être et une fausse veille souffre. Celui qui dort est dans l’état nirguna car l’attribut de la veille est absent, tout comme la proclamation « Je suis éveillé », le « Je suis », qui constitue le monde entier. En l’absence de satsang, vous êtes entièrement affecté par les expériences des trois états. Mais la conviction que vous n’êtes pas affecté par ces états ne peut se développer simplement en écoutant. C’est pourquoi vous devez vous établir dans la vérité par la méditation.
Dans l’intervalle entre le sommeil et l’éveil, portez votre attention sur la Conscience Pure. Ce bref intervalle de temps est pur, un moment intemporel immaculé et sacré, malgré toute négativité ou lourdeur que le corps pourrait accumuler. Le dévot déclare : « Je ne suis pas l’état de veille, ni le sommeil, ni même l’état de connaissance. Lorsque ces trois états étaient absents, je n’avais même pas besoin de moi-même ! Je n’avais aucun besoin. Avec l’apparition de ces états, je suis devenu faible. J’ai eu la chance de rencontrer mon Sadguru ».
La Veille
Votre sentiment d’être est votre sensation d’éveil. Lorsque votre « je suis » remplit l’espace, vous savez que vous existez. À l’état de veille, on s’accroche au corps et on s’identifie à lui, ce qui conduit à mener une vie misérable. Lorsque vous vous réveillez le matin, pendant un instant, vous n’avez pas de corps. Mais presque immédiatement, le concept du corps surgit et s’accroche à votre conscience. Avec ce sentiment d’être, des activités se produisent et de la nourriture est nécessaire pour soutenir cet état d’être.
Avant de devenir apparemment un corps, désir et aversion sont inexistants. Peu après le réveil, votre identification problématique commence. Avec l’identification vient un monde de plaisir et de douleur. Votre corps entrave la joie et le bonheur. Le sentiment du « je » est la sensation d’éveil. L’idée « je suis éveillé » entraîne une grande souffrance. La nuit, notre état de veille disparaît — telle est notre expérience quotidienne. L’expérience sans effort de savoir que « je suis éveillé » disparaît la nuit. Elle s’évanouit dans l’état de non-savoir.
Le rêve
Considérez le phénomène consistant à se sentir éveillé pendant le sommeil. Vous faites l’expérience d’observer votre monde onirique avec votre fausse apparence d’éveil pendant que vous dormez. Notre éveil apparent fait partie du monde du rêve. Le rêveur ne crée pas le monde, pas plus qu’il ne le dissout. Le rêve se fond dans le rêveur. Le rêve se dissout lorsque le faux éveil disparaît. Avec le véritable éveil, le monde se dissout dans Brahman.
Lorsque vous dormez confortablement, vous voyez un monde onirique dans lequel vous possédez un corps séparé. Dans les rêves, de nombreuses activités apparemment réelles se produisent jusqu’à ce que l’éveil imaginé soit reconnu comme faux. Au lieu d’être témoin du rêve, vous vous impliquez dans la scène du rêve. Tous les profits et pertes qui se produisent dans le rêve ne sont que matière de rêve.
Le vaste monde, avec toute sa vie, émerge de votre sentiment d’être. Vous accordez votre attention, non pas à celui qui voit, mais au rêve que vous voyez, et ce n’est rien d’autre que votre faux éveil. Si vous approfondissez les faits du rêve, vous en viendrez à connaître l’origine et le fonctionnement de votre conscience. Ainsi, vous n’aurez jamais peur de la naissance ni de la mort.
Le sommeil profond
Lorsque l’esprit se fatigue, le sommeil s’installe et l’on ne perçoit plus son existence. L’absence du sentiment d’être est un état de repos. Lorsque nous ne savons pas que « nous sommes », nous trouvons le repos dans l’état de non-être, et la réalisation du « je suis » se dissout. C’est grâce à la conscience que les activités se produisent, et, par conséquent, le besoin de repos et d’oubli s’en fait sentir. Lorsque la conscience s’oublie elle-même, la paix s’installe. Oublier la conscience signifie oublier l’identité corporelle.
L’état de sommeil profond est semblable à celui de Parabrahman — intrinsèquement heureux, sans besoin de rien rechercher. Dans le sommeil profond, le sentiment d’être est absent. Le matin, lorsque vous vous réveillez, il n’y a pas de monde avant que surgisse l’indication mentale « je suis ». L’apparition de l’éveil, qui est faux, provoque la souffrance.
Tout le monde en fait l’expérience chaque jour. L’identification au corps s’accroît de jour en jour et ne diminue jamais. Avec l’apparition de la conscience apparaissent l’esprit, l’ego et la conscience individuelle — tous ces termes sont des noms différents qui désignent la même Conscience Pure. Tant que l’on s’identifie à la forme du corps, il y aura un semblant d’esclavage dû aux activités du corps. C’est pourquoi beaucoup ont du mal à rester seuls ; le sentiment d’être est misérable et vide.
Extrait de I am not the body