La perception (ce que nous captons du monde qui nous entoure) peut être divisée, mais la conception (les idées) ne l’est pas. Et personne n’a deux esprits.
En avril, Popular Mechanics a publié un article faisant référence à The Immortal Mind : (2025), un livre écrit par le neurochirurgien Michael Egnor et moi-même. Le livre a été qualifié de « nuisible ». Plus précisément,
Il est préjudiciable de se présenter en disant : « Je suis neurochirurgien, et voici comment fonctionne la science », puis de sélectionner arbitrairement ces exemples déformés qui peuvent donner aux gens l’impression que quelque chose est vrai, alors que ce n’est pas le cas.
— Le neurologue Steven Novella, cité dans Hanna Webster, « This Neurosurgeon Studies the Brain Close to Death. He Believes the Soul Transcends the Body (Ce neurochirurgien étudie le cerveau à l’approche de la mort. Il croit que l’âme transcende le corps) », Popular Mechanics, 30 avril 2026
En réalité, la science est largement de notre côté sur cette question, nous avons donc pensé prendre un peu de temps pour l’expliquer. Nous avons choisi un format de dialogue, dans lequel je pose les questions :
Des opinions divisées sur les cerveaux divisés

Roger Sperry
Nous avons commencé par l’un des sujets abordés dans l’article : les personnes qui ont subi une division du cerveau en dernier recours pour traiter une épilepsie réfractaire.
Extrait de Popular Mechanics :
Egnor ouvre son livre en évoquant les patients au « cerveau divisé », chez qui une importante voie de substance blanche reliant les deux hémisphères, appelé corps calleux, a été sectionné afin de mettre fin à une activité épileptique invalidante. « Studies the Brain »
Diviser le cerveau humain en deux peut sembler radical, mais cela a permis d’empêcher des crises d’épilepsie autrement incurables de se propager à l’ensemble du cerveau. Roger Sperry (1913–1994) a reçu le prix Nobel pour avoir découvert les subtils handicaps dont souffraient les patients au cerveau divisé. Il a établi que les hémisphères droit et gauche remplissaient des fonctions différentes. Cependant, en règle général, les patients mènent une vie normale par la suite.
O’Leary : D’accord, vous avez déjà dû diviser le cerveau d’un homme…
Egnor : Dans l’interview accordée à Popular Mechanics, nous avons discuté de la conclusion générale de Roger Sperry — qui est celle de toutes les personnes ayant travaillé avec des patients au cerveau divisé — selon laquelle ces patients ne présentent pratiquement aucun signe de division dans leur vie quotidienne. C’est un fait, on le constate tout le temps.
Perception vs conception
Egnor : Ce qui est fascinant, c’est la dichotomie entre la division assez radicale des capacités de perception — la capacité de percevoir ou de remarquer des choses — et l’absence presque totale de division de la capacité conceptuelle — la capacité de réfléchir à des concepts, des idées.
Ce qui est étonnant, et qui, je crois, a été remarqué pour la première fois par Justine Sergent, puis approfondi par Alice Kronin-Golom au MIT et Yair Pinto aux Pays-Bas, c’est que, malgré la division radicale de la perception, il n’existe pratiquement aucune division conceptuelle — même lorsque, à toutes fins pratiques, aucune partie de leur cerveau n’a accès à l’ensemble des informations dont le concept dépend.
Autrement dit, les personnes peuvent toujours former des concepts entre les hémisphères, même si elles ne peuvent pas transférer de perceptions entre les hémisphères.
O’Leary : Il est donc clair que l’esprit n’est pas simplement ce que fait le cerveau, comme on l’affirme souvent.
D’accord, qu’en est-il de l’affirmation surprenante faite dans l’article selon laquelle ces personnes auraient deux esprits ? « Bien que ces patients continuent à se reconnaître comme une seule entité après l’opération, ils ont bel et bien deux esprits, affirment d’autres neuroscientifiques ». Honnêtement, je ne comprends pas de quoi ces gens parlent.
Bien que ces patients continuent à se reconnaître comme une seule entité après l’opération, ils ont bel et bien deux esprits, affirment d’autres neuroscientifiques. Lorsque les scientifiques présentent une image à l’œil gauche — traitée par l’hémisphère droit —, les patients ne peuvent pas expliquer pourquoi ils ont appuyé sur le bouton correspondant à une image associée à celle-ci, car l’hémisphère droit n’a pas de capacités linguistiques. Ils justifient plutôt le lien entre cette image et celle que l’autre œil a vue. « Studies the Brain »
Egnor : Ce ne sont que des balivernes. Un certain nombre de scientifiques ont tenté d’avancer cette thèse, mais, honnêtement, aucune personne qui réfléchit sérieusement à la question ne peut la soutenir.
Tout d’abord, ils ne définissent pas ce qu’ils entendent par « esprits ». Imaginons que je sois en train de taper au clavier. Je ne suis pas très doué pour ça, je fais beaucoup de fautes. Je veux taper un A avec le petit doigt de ma main gauche, mais j’appuie à la place sur la touche S. Ça m’arrive assez souvent, en fait, alors je reviens en arrière et je corrige.
Une partie de moi voulait taper un A. Mais une autre partie de moi a tapé un S. Est-ce que cela signifie que j’ai deux esprits ? Non. Cela signifie simplement que j’ai commis une erreur.
Combien d’esprits un cerveau peut-il gérer ?
O’Leary : Eh bien, que pensez-vous de ceci ? Un troisième esprit a reconnu l’erreur !
Egnor : Eh bien, oui, c’est vrai, sauf qu’il n’y a pas de troisième esprit, ce qui signifie que…
O’Leary : Attendez une minute, comment le savons-nous ?
Egnor : Exactement. Et on peut pousser le raisonnement encore plus loin et dire qu’un quatrième esprit reconnaît que le troisième esprit reconnaît qu’une erreur a été commise. On aboutit alors à une infinité d’esprits.
O’Leary : Bien sûr. Peut-être qu’à chaque fois que vous faites une erreur, un autre esprit se scinde… Tout comme l’univers d’Everett.
Egnor : Il existe un livre formidable de Maxwell Bennett et P. M. S. Hacker intitulé The Philosophical Basis of Neuroscience (2003), dans lequel ils abordent ce genre de sujet de manière très détaillée. Ils y consacrent un chapitre relativement court à la chirurgie du cerveau divisé. Et ils soulignent que le fonctionnement humain normal implique l’intégration d’une multitude de perceptions et de conceptions différentes.
Et même dans la vie de tous les jours, nous ne sommes pas parfaitement intégrés. Nous commettons des erreurs. Nous avons des lapsus freudiens, nous tapons la mauvaise lettre… Vous voyez, l’intégration est un projet en cours chez tout être humain.
O’Leary : Donc, pour résumer, la pensée conceptuelle — les idées — n’est pas divisée par la division du cerveau.
À suivre : Les personnes au cerveau divisé disposent-elles de méthodes de communication discrètes et méconnues ?
Texte original publié le 20 mai 2026 : https://mindmatters.ai/2026/05/the-astonishing-fact-that-split-brain-patients-reveal/