Iain McGilchrist : Pourquoi le débat sur les différences entre les sexes et les hémisphères cérébraux n’est pas simple

On me demande parfois si l’on peut dire que l’hémisphère gauche est en quelque sorte « masculin » et l’hémisphère droit « féminin ». Je comprends pourquoi cette question est posée, mais il ne peut naturellement y avoir d’équation aussi simple ; et, comme je l’ai souligné au début de The Master and his Emissary, les preuves pourraient plutôt être interprétées dans le sens inverse. Au-delà de ce que je viens d’évoquer, il faut prendre en compte un certain nombre d’autres faits qui devraient inciter à la prudence…

Iain McGilchrist & Ruth Kastner : Physique quantique, taoïsme et hémisphères

Les travaux d’Iain McGilchrist présentent la thèse selon laquelle les deux hémisphères du cerveau ont des modes d’interaction avec le monde radicalement différents, et que leurs perceptions et fonctions respectives doivent être correctement intégrées pour permettre une avancée viable. Cette intégration adéquate nécessite de redonner à l’hémisphère droit sa place légitime de « maître ». J’évoque un parallèle avec cette idée dans les « mondes » dichotomiques de la physique quantique et de la physique classique. De plus, j’aborde la pertinence de la philosophie du processus de Whitehead, ainsi que les concepts taoïstes du Yin et du Yang, en accordant une attention particulière à l’importance et à la primauté du Yin sous-jacent au niveau quantique en tant que « Maître ».

Iain McGilchrist : La paresse de la mentalité de l’hémisphère gauche

Il y a pourtant quelque chose d’étrange que l’on pourrait remarquer dans les travaux de McGilchrist. Imaginons que demain, tout ce qu’il affirme au sujet de la spécialisation des hémisphères se révèle complètement faux. Il est intéressant de noter que tout le reste de son argumentation, si on l’accepte, resterait vrai. En d’autres termes, en ce qui concerne son argumentation, ses affirmations sont, à tout le moins, « métaphoriquement » vraies dans les deux cas. S’il existe des façons de penser ou d’appréhender le monde qui peuvent nous aveugler, et si une vision étroite doit être subordonnée à une vision d’ensemble, alors son idée fonctionne dans les deux cas comme une analogie.

Iain McGilchrist : L'Arbre de vie et l'Arbre de la connaissance du bien et du mal,

Cette intuition, formulée dans le langage symbolique du mythe, a trouvé dans les travaux de David Bohm et d’Iain McGilchrist une articulation contemporaine rigoureuse et convergente. Bohm a démontré, du point de vue de la physique et de la philosophie, que la fragmentation n’est pas une caractéristique de la réalité, mais une opération de la pensée qui ne se reconnaît pas comme telle. McGilchrist a montré, du point de vue des neurosciences et de la phénoménologie, que le cerveau humain abrite deux modes d’attention qualitativement distincts, et que l’hypertrophie culturelle du mode analytique-catégorisant au détriment du mode holistique-relationnel produit un appauvrissement systématique de l’expérience.