À propos de l’éveil. Entretien avec Suzanne Segal


02 Apr 2021

Traduction libre

Suzanne Segal (1955-1997) a parlé du corps-esprit comme d’un « système de circuits » qui a été créé pour que l’Immensité puisse faire l’expérience de son extase d’une manière qu’elle ne pourrait pas faire sans lui.

Suzanne exsudait cette extase avec la joie et l’émerveillement d’un enfant, plein d’exclamations telles que « C’est tellement génial ! ». Le « système de circuits » appelé Suzanne Segal brillait avec l’amour et la beauté de l’Immensité que nous sommes tous. Comme elle ne pouvait voir les autres que comme Cela, et rien d’autre, cette Immensité était souvent mise au premier plan dans la conscience de ceux qui avaient la chance d’être en sa présence. Nous sommes deux de ces rares chanceux qui ont pu être avec Suzanne pendant les six mois de sa vie où elle était une expression si puissante de cette Immensité. Elle était comme une comète flamboyante qui a brillé si fort pendant cette courte période de temps, puis elle est partie. Cette interview a été réalisée en 1996 et Suzanne a quitté son corps le 1er avril 1997, jour du poisson d’avril. Il était important pour elle que les messages que sa puissante expérience de vie était censée transmettre soient connus. Elle a raconté son histoire dans son livre, Collision With The Infinite, et nous sommes heureux de partager son message ici. Suzanne se qualifiait de « descriptrice », plutôt que d’enseignante, et considérait les autres comme ses « copains ». Nous appelant ses « copains dans l’Immensité », elle a souligné que nous sommes tous ensemble dans cela en tant que « co-descripteurs » de l’incroyable miracle de la vie et de son éveil en cours. Suzanne n’a proposé aucun enseignement, aucune pratique, seulement des descriptions de sa remarquable vision de la Vérité de ce qui est.

La vie de Suzanne est un exemple de la façon dont un éveil peut se produire spontanément, sans même que l’on comprenne ce qui s’est passé pendant une dizaine d’années. Elle nous disait souvent qu’elle voulait que son expérience transmette au monde occidental un message important, à savoir que l’esprit peut avoir une réaction extrêmement forte à ce qu’il ne peut pas comprendre. Et que ces réactions, comme la peur, ne signifient pas un seul instant que nous ne sommes pas l’Immensité. Elle voulait que sa vie transmette le message que tout est ici, dans cette Immensité, que rien n’est exclu et que tout est comme il est. Nous nous souviendrons toujours avec tendresse des promenades sur la plage que nous faisions avec Suzanne, et des réunions de groupe hebdomadaires où elle partageait son expérience. Lynn Marie a partagé plusieurs paragraphes de cette introduction lors de sa commémoration, qui a eu lieu à Stinson Beach, au nord de San Francisco, où ses cendres ont été remises dans l’océan qu’elle aimait tant.

Lynn Marie Lumiere et John Lumiere-Wins

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Conversation avec Suzanne Segal

JLW : Suzanne, nous aimerions commencer par te demander comment tu te vois ; qui es-tu ?

SUZANNE : Je vais vous donner une réponse directe. Il n’y a qu’une seule réponse que je puisse te donner. Je suis l’Infini – sans point de référence personnel – la substance de tout ; je suis l’Immensité qui est tout et chacun. Et je dois ajouter ici que jamais, à aucun moment, la conscience de cette substance infinie qui est tout ne quitte le premier plan de la conscience, qu’il s’agisse d’états de conscience de veille, de rêve ou de sommeil dans le système de circuits. Il n’y a pas d’endroit où elle pourrait aller. Où pourrait-elle aller ? C’est une expérience constante, de chaque instant.

JLW : C’est une réponse puissante… Comment cette expérience s’est-elle produite pour vous ?

SUZANNE : Il y a quatorze ans, alors que j’étais enceinte de quatre mois de ma fille, je me trouvais à un arrêt de bus à Paris, en France. En un instant, tout ce que j’avais toujours considéré comme mon moi personnel a complètement disparu. C’est parti, tout simplement. Alors que j’attendais que le bus s’approche, quelque chose dans la conscience se relâchait en quelque sorte. Et quand c’est arrivé – je suis sûr que cela n’avait rien à voir avec l’arrivée du bus – ce point de référence d’un « je », d’une personne sur laquelle tout portait et autour de laquelle tout ce qui se passait dans la vie était structuré, avait disparu. C’était comme si un interrupteur avait été éteint. Et il ne devait plus jamais se rallumer. La première réponse de l’esprit à cette expérience totalement insaisissable a été la terreur absolue, mais cette terreur n’a jamais changé l’expérience même un seul instant. En d’autres termes, cette terreur n’a jamais fait revenir le point de référence. Il n’y avait pas de moi personnel, mais rien ne s’est arrêté ; les fonctions ont continué à fonctionner comme avant. En fait, mieux qu’avant. Parler était toujours parler et marcher était toujours marcher. Je suis même allé à l’université et j’ai obtenu un doctorat. J’ai vécu cette peur pendant dix ans. Pendant cette période, j’ai consulté de nombreux psychothérapeutes parce qu’il me semblait que c’était quelque chose dont je devais être guéri. Chacun de ces thérapeutes a considéré que c’était un problème. Et ils avaient tous un diagnostic pour cela. Ils n’arrivaient pas à comprendre comment il était possible qu’un si immense fonctionnement se produise, mais ils considéraient que le fait qu’il ait tant de peur était le signe d’un problème. Après dix ans, il y avait la claire conscience que ce n’était pas quelque chose qui allait disparaître. Il était temps de commencer à chercher d’autres descriptions possibles de ce que c’était. Il était temps de l’étudier avec des personnes qui en savaient peut-être plus que les psychothérapeutes occidentaux. J’ai commencé à lire des livres spirituels et je suis tombé sur une description de quelque chose qui correspondait exactement à ce que j’avais vécu. Il s’agissait d’une interview de Jean Klein, un enseignant de l’Advaita, qui disait qu’il n’y avait pas de moi personnel, qu’il n’existait pas. Il disait qu’il n’y avait rien de mal à cela, que c’était l’état naturel de l’être humain. J’ai également trouvé un enseignant du zen en Californie du Nord qui m’a dit que je voyais avec les yeux des anciens ; son assurance que la réaction de peur n’était qu’une saison et que le printemps viendrait a été très utile. En discutant avec lui, il est devenu très clair que tout est là, aussi. J’ai vu que la présence de la peur ne signifiait qu’une seule chose – elle signifiait que la peur était présente. Et c’était tout. Peu de temps après avoir réalisé cela, j’ai fait l’expérience, en conduisant, de conduire à travers moi-même pour me rendre à un endroit où j’étais déjà, parce qu’en fait j’étais partout. Je n’allais nulle part, car j’étais déjà partout. Je suis passé de l’absence de soi, de « moi », à la constatation que cette expérience d’absence de soi était en fait la substance de tout. C’est à ce moment-là que le printemps a commencé avec sa qualité de joie. Ce que je peux décrire de ce qui est vécu actuellement, c’est le fait de résider dans l’Infini au sein duquel réside l’Infini. Il n’y a pas de point final dans tout cela. Nous parlons de l’Immensité. Elle est très vaste. Elle continue à se montrer et à se montrer.

JLW : Au départ, vous pensiez que quelque chose n’allait pas et maintenant vous avez découvert que ce que vous vivez pourrait être appelé l’illumination ou l’éveil. Est-ce ainsi que vous le voyez maintenant ?

SUZANNE : J’ai eu tendance à ne pas appeler cela l’illumination et à l’appeler seulement « l’état humain naturel », parce que c’est ce que nous sommes tous. La chose la plus évidente dans cette vision de l’Immensité est que c’est ce que tout le monde est. Et donc l’appeler quelque chose comme « l’illumination » ou « l’éveil » c’est chouette, peut-être. L’infini devient quelque chose qui est au premier plan dans la conscience, donc je suppose que vous pourriez l’appeler un « réveil » à Cela. Mais ce n’est pas comme si vous deveniez quelque chose d’autre une fois que vous voyez Cela. C’est ce que vous êtes. C’est toujours ce que vous avez été. Donc, c’est la vision de ce que vous avez toujours été.

JLW : Pourriez-vous dire alors que l’éveil est un passage de la non-perception de ce que nous avons toujours été à la reconnaissance de Cela ?

SUZANNE : OK, mais cette reconnaissance ne change pas qui vous êtes vraiment, jamais. Vous avez toujours été Cela. Et oui, il y a une façon pour que l’Immensité elle-même puisse se percevoir si directement, sans qu’il n’y ait de brouillard ou d’ombre ou que l’on prenne autre chose pour ce que vous êtes. Je suppose que vous pourriez appeler cela un éveil, mais ce qui semble le plus important à transmettre, c’est que c’est ce que tout le monde est à tout moment, que la conscience directe de cela soit là ou pas.

JLW : Avez-vous dessuggestions ou des recommandations pour d’autres personnes qui éprouvent le désir de cette reconnaissance ? Que peut-on faire pour vivre cette expérience ?

SUZANNE : Ces questions sur le « faire » sont celles que j’ai le plus voulu aborder, particulièrement dans cette culture occidentale qui est si fortement basée sur le faire pour accomplir quelque chose. Du point de vue de l’Immensité, faire quelque chose est légèrement absurde. Tout d’abord, qui ferait l’action ? Et deuxièmement, Ce qui fait a toujours fait et continuera spontanément à faire. La seule réponse que l’Immensité a été capable d’apporter à cette question serait de voir les choses telles qu’elles sont.

JLW : Pouvez-vous préciser ce que cela signifie ?

SUZANNE : Voir les choses pour ce qu’elles sont signifie seulement cela. L’Immensité que nous sommes tous est comme un océan qui existe en relation avec tout – en tant qu’observation Infinie de tout étant ce qui est – Elle-même incluse. Elle voit les pensées comme pensées, les sentiments comme sentiments et les sensations comme sensations. Il n’y a jamais de désir ou de demande que quelque chose soit autre chose que ce qu’il est. L’Immensité sait que tout est là tel qu’il est, donc le désir que quelque chose disparaisse ou soit différent ne se produit pas. Permettez-moi d’être très précise quant à ce dont nous parlions. Quelques minutes avant le début de l’enregistrement, nous avons parlé de l’édifice du « je » qui se fait passer pour ce que vous êtes, pour votre point de référence. Du point de vue de l’Infini, de l’Immensité, cet édifice est vu pour ce qu’il est – une construction, une idée. Et une idée ne peut être que ce qu’elle est ; elle ne peut être qu’une idée. Lorsqu’une idée est perçue pour ce qu’elle est, elle se vide d’une certaine manière de ce qui semblait la remplir – un déterminant définissant ce que vous êtes. Et lorsque la perception est vidée et percue comme ce qu’elle est – un simple concept, une construction, une idée – elle cesse d’agir comme une sorte d’écran contraignant de cette Infinie Présence que vous êtes réellement. Cette vision des choses pour ce qu’elles sont se produit tout le temps. C’est une autre chose qui ne commence pas seulement à un moment donné.

JLW : Cependant, il y a un changement d’identité, ou un abandon de cet édifice du « je »… Quelque chose s’est passé pour vous.

SUZANNE : Quelque chose se passe. Il semble que la plupart de ces événements se produisent dans l’esprit. Dans la culture occidentale, qui m’est la plus familière, l’esprit est entraîné à adopter une construction personnelle comme point de référence. Il croit simplement qu’il y a un faiseur personnel. On lui fait croire qu’il faut « faire quelque chose de soi-même ». L’esprit occidental croit que vous devez être d’une certaine manière et que vous devez déterminer comment votre vie va se dérouler pour qu’elle soit réussie, pour qu’elle se déroule comme vous le souhaitez. Tout ce que vous entendez dans la culture, dans la psychologie occidentale en particulier, est basé sur l’hypothèse qu’il existe un acteur personnel qui doit être le meilleur possible. Il y a donc tout ce travail qui est fait sur lui. C’est comme le travail sur l’esprit que l’on demande de faire à l’intérieur de l’esprit. L’esprit doit se regarder et essayer de voir comment il doit être changé, comment les meubles doivent être déplacés dans sa propre maison.

JLW : Et au lieu d’essayer de changer l’esprit, votre recommandation est de simplement remarquer, « Oh, c’est l’esprit ». Quelque chose comme ça ?

SUZANNE : C’est ce que le mental dit, « Oh, c’est le mental ». La vue par les yeux de l’Immensité est difficile à décrire lorsqu’elle est portée sur quoi que ce soit parce que ce n’est pas perçue par le mental. Et ce n’est pas perçue par l’appareil perceptif du système des circuits. La vue de l’Immensité, les yeux de l’Immensité, existent dans l’Immensité elle-même. Elle a son propre organe sensoriel qui l’imprègne et existe en tout point, qui voit toujours les choses pour ce qu’elles sont et se voit elle-même pour ce qu’elle est. Et pourtant, il semble que ce qui s’est passé lorsque je me tenais à cet arrêt de bus a inclus l’esprit, et le système de circuits qui sont devenus une partie participante de cet organe sensoriel de l’Immensité. C’est comme si l’esprit et le système de circuits se rejoignaient dans la sphère de l’Immensité. Une autre façon de décrire cela est que la façon dont l’esprit et le système de circuits sont toujours imprégnés avec l’organe sensoriel de l’Immensité qui est venu à l’avant et a pris le dessus comme position perceptive principale, une position d’origine qui n’a pas de lieu.

JLW : Suzanne, vous semble-t-il que davantage d’êtres humains s’éveillent à cette Immensité en ce moment dans le monde occidental ?

SUZANNE : Oui. C’est formidable ! Il semble qu’un grand nombre de personnes s’ouvrent maintenant à cela. Il faut cependant se rappeler que nous parlons ici de la région de la baie de San Francisco, qui semble avoir une plus grande concentration de gens qui ont cet intérêt. L’Immensité est porteuse d’un désir très fort et non personnel de se connaître elle-même. Il semble que ce soit le véritable objectif de la vie humaine, pour que les circuits humains participent à l’organe sensoriel de l’Immensité. Et cela semble se produire. Il y a des gens qui sont venus me parler et qui ont dit que leur vie s’était jointe à l’organe sensoriel de l’Immensité d’une manière consciente.

LML : Ilsemble qu’il y ait plus d’intérêt pour cela. Je sais que dans les années 70, lorsque j’ai commencé à étudier la psychologie transpersonnelle et la méditation, l’illumination était quelque chose qui n’était même pas envisagé. Maintenant, les gens la recherchent et en font l’expérience.

SUZANNE : Oui, c’est vraiment merveilleux. Je ne peux pas exprimer à quel point c’est totalement, extatiquement, joyeux pour l’Immensité de se déplacer en Elle-même comme ça, quand la conscience d’Elle-même est portée par les circuits humains. C’est tout simplement incroyable !

LML : Vous voulez dire qu’il y a une joie dans le fait de se déplacer sans entrave, consciemment ?

SUZANNE : Eh bien, Elle est toujours en mouvement sans obstruction. La joie est lorsque cela est exprimé et reçu au premier plan de l’Immensité. C’est vraiment étonnant. Et parfois, les gens me disent : « Je ne veux pas abandonner le personnel parce que je me sens vraiment attaché au personnel. Il semble vraiment que c’est là que je ressens le plus de sentiments, de profondeur et que je tombe amoureux, etc. Comment pourrais-je y renoncer ? » Les personnes qui sont très impliquées dans l’étude avec Hamid Almaass sont très attachées à l’approfondissement et au développement du personnel. Ce sont eux qui m’ont dit le plus directement : « Je ne veux pas abandonner le personnel. Je ne sais pas de quoi vous parlez. Pourquoi voudrais-je y renoncer ? » Ce que je leur dis, est que ça n’a jamais été là pour commencer. Et tout ce qui ressemble à une joie personnelle n’est rien en comparaison de la joie que l’on ressent lorsque les yeux de l’Immensité sont la seule chose que l’on voit tout le temps. Ces yeux existent dans l’Infini, en tout point de celui-ci. Il existe une joie qui n’est pas personnelle – il faudrait presque trouver un autre mot pour la désigner car elle transcende la catégorie de la joie personnelle – elle est si constante et si extrême. Elle est dans tout, tout ; il n’est pas nécessaire que certaines choses révèlent cette joie, c’est tout.

JLW : C’est juste le plaisir inné d’être.

LML : Et en dehors de cette conscience, il y a la souffrance. L’identification avec le personnel implique toujours la souffrance, même avec ce que les gens appellent le bonheur.

SUZANNE : Lidentification et le fait de prendre quelque chose pour autre chose que ce qu’il est – le voir comme quelque chose qui n’est pas l’Immensité, ou comme quelque chose qui n’est pas bon, ou pas désirable. Il n’y a qu’une seule façon de mettre fin à la souffrance, et c’est de voir chaque chose pour ce qu’elle est, car alors nous ne demandons pas que quelque chose soit différent pour faire cesser la souffrance.

JLW : Donc, voir une chose pour ce qu’elle est implique de voir avec les yeux de l’Immensité.

SUZANNE : C’est exact.

JLW : Ainsi, le moyen de mettre fin à la souffrance est de…

SUZANNE : … voir avec les yeux de l’Immensité.

JLW : Les gens vont lire cela et, dans leur désir profond, ils vont essayer de l’appliquer et se demander….

SUZANNE : « Comment vais-je le faire ? »

JLW : Oui, comment passe-t-on d’une vision personnelle à une vision à travers les yeux de l’Immensité ?

SUZANNE : Votre question est contraire à la façon dont l’Immensité existe réellement, c’est-à-dire qu’elle perçoit toujours les choses pour ce qu’elles sont à partir de son intérieur. L’implication que l’on devrait comprendre quoi faire pour voir avec les yeux de l’Immensité implique que cela ne se produit pas constamment et que l’on doit faire quelque chose pour s’y connecter. J’ai toujours hésité à dire « faites ceci ou cela ». Je dis seulement « voir avec les yeux de l’Immensité », ce qui se produit déjà, parce que cela laisse l’esprit déconcerté sur ce qu’il faut faire.

JLW : Lorsque l’esprit est déconcerté, il est arrêté, et il y a une ouverture.

SUZANNE : Je ne cherche pas nécessairement à ce que l’esprit soit arrêté. Je suppose que le but serait que l’esprit reconnaisse qu’il ne sait pas. L’esprit doit voir que, pour lui, il n’y a rien à faire. Ce n’est pas lui qui agit et il n’a pas à trouver la position correcte. C’est comme si ce qui se passe tout le temps et qui a toujours été l’acteur, se montrait enfin à lui-même pour ce qu’il est.

LML : Donc, le fait de se montrer à soi-même arrive juste comme ça ?

SUZANNE : Cela arrive tout simplement et cela arrive toujours. Il y a cette vague constante de l’Immensité qui se perçoit elle-même, qui est toujours en cours et le mental peut dire : « Comment vais-je faire cela ? Comment vais-je le percevoir ? Comment vais-je percevoir cette vague de perception qui se perçoit toujours elle-même ? Comment vais-je me connecter avec elle ? Que puis-je faire pour voir avec ces yeux qui voient tout le temps ? ».

LML : Toutes ces questions ne sont que des pensées dans l’esprit.

SUZANNE : Exactement ! Donc là, vous venez de le voir pour ce qu’il est – juste des pensées. En voyant les choses telles qu’elles sont, l’Immensité fait exactement ce que le mental essaie de savoir faire.

LML : L’esprit n’a pas vu cela ? Quelque chose au-delà de l’esprit l’a vu ?

SUZANNE : Ouais ! L’esprit ne l’a pas vu. Alors, comment essayer d’expliquer cela dans une pratique, n’est-ce pas ? Si je proposait une pratique, elle serait de connivence avec cette même construction qui se fait passer pour l’acteur.

LML : Voulez-vous dire que les pratiques spirituelles peuvent perpétuer la construction d’un acteur ?

SUZANNE : Les pratiques spirituelles impliquent que quelque chose doit être fait pour devenir l’Immensité ou pour voir que l’Immensité a toujours été l’acteur. C’est en partie ce que je pense que cette vie de Suzanne a été arrangée pour transmettre – que c’est toujours ce qu’est chacun de nous, rien ne change. C’est toujours ce que le faiseur a été. Elle se voit tout le temps, à chaque instant.

JLW : J’ai une réaction à ce que vous dites. Pour moi, et pour beaucoup d’autres, la vie a été parfois si difficile. Il y a beaucoup de souffrance dans ce monde. Alors, je me dis : «  Oui, l’Immensité s’amuse beaucoup à se percevoir comme l’Immensité, mais qu’en est-il du tumulte de la souffrance qui se produit dans l’esprit et que l’esprit identifie comme étant moi ? ». Je regarde le monde et je vois que tant de souffrances sont le résultat de l’ignorance, de la peur et de l’avidité que cette confusion perpétue.

SUZANNE : La vérité de cette vie est intéressée à montrer à tout le monde que les choses sont ce qu’elles sont et c’est le soulagement de la souffrance. Il n’est pas nécessaire de faire en sorte que quelque chose semble différent dans le monde pour que la souffrance soit soulagée. C’est ce qu’est chacun de nous, le fait de voir chaque chose pour ce qu’elle est, qui fait qu’il est impossible que quoi que ce soit soit vu comme une souffrance. C’est simplement et complètement ce que c’est ; cela se passe tout le temps, John.

JLW : C’estcomme si je comprenais et que je ne comprenais pas. … peut-être que c’est juste l’esprit qui réagit face à quelque chose qu’il ne peut pas comprendre.

SUZANNE : Comme vous m’avez entendu le dire à plusieurs reprises, l’esprit a une réaction très forte à ce qu’il ne peut pas saisir, et qui est fondamentalement structuré dans un mystère qui est si complètement déroutant.

JLW : Oui, l’esprit existe dans l’Immensité, alors comment l’esprit pourrait-il la comprendre ? Cela, je le comprends. Il y a cette compréhension. Tout ce que je peux faire, c’est m’abandonner et voir qu’ici, je ne sais en fait rien.

SUZANNE : Cette culture n’est vraiment pas favorable à ne rien savoir. Elle veut que tout le monde en sache le plus possible. Le plus grand accomplissement dans cette culture est de savoir, « Je sais ceci, je sais cela. » Vous êtes testé sur tout cela aussi ! Je voudrais commenter ce que vous avez dit sur le fait de savoir et de ne pas savoir simultanément. Vous savez que vous ne savez pas et vous savez que l’Immensité s’expérimente. Ces deux expériences se déroulent simultanément, en voyant la construction du « je », le point de référence personnel, et en voyant que c’est vide de ce qu’il était censé être plein. En fait, la simultanéité est, de beaucoup, l’expérience de l’Immensité qui se perçoit elle-même, car c’est ce qui se produit toujours.

JLW : Il y a l’apparition des apparences, qui apparaissent réellement, et il y a aussi la reconnaissance qu’il n’y a rien de réel. La vacuité que je suis est ce qui les constitue.

SUZANNE : Exactement. C’est ça ! C’est une description de la situation. On en vient à savoir que cette dualité apparente n’existe pas, mais qu’il y a aussi la simultanéité de l’apparition de diverses choses qui sont toutes faites de la même substance. Cela n’implique pas la dualité ; tout est là aussi.

JLW : Suzanne, nous aimerions aborder l’une des principales craintes que les gens ont à propos de l’éveil à l’Immensité qu’ils sont, à savoir qu’ils ne seront pas capables de bien fonctionner dans le monde.

SUZANNE : Oh, je sais. C’est la crainte principale. C’est la principale crainte que j’ai eue pendant dix ans. « Comment vais-je faire quelque chose si personne n’est là pour le faire ? » « S’il n’y a personne ici pour le faire, comment les choses vont-elles s’accomplir ? » Puis il est devenu tellement clair que ce qui avait toujours agit avait toujours pris soin de tout. Donc, rien n’a vraiment changé [rires]. Il y a l’apparence de « Oh, c’est la prochaine chose à faire, et la suivante à faire », et ce n’est pas comme si quelqu’un devait être mis à contribution pour accomplir une action ou une décision. Il n’y a jamais rien qui ressemble à une évaluation du pour et du contre, ou à la détermination de la meilleure façon de procéder, car tout cela provient de ce qui essaie d’imaginer ou de construire comment les choses devraient être. Le véritable acteur est si inimaginable, si complètement mystérieux. Tout ce qui a été calculé comme la prochaine chose à se produire est calculé dans ce mystère. S’il fallait attendre que l’esprit trouve la prochaine chose à faire, alors, eh bien, je ne pense pas que nous aurions ce qui se produit naturellement comme la planète et ses saisons. Si tout attendait l’esprit, pensez-vous que nous aurions tous ces arbres, ce ciel, ces planètes, ces étoiles et ces corps humains ? Ce serait vraiment dommage si tout devait attendre que l’esprit l’imagine pour être là. Ainsi, le faire et l’accomplissement continuent comme avant, et en fait, ils s’accomplissent encore plus pleinement, et se font encore plus pleinement. Il n’y a jamais d’écran ou de question sur la façon dont les choses vont se produire ; elles se produisent simplement.

JLW : De la perspective d’une absence de « moi » personnel, comment vivez-vous la relation avec les autres ?

SUZANNE : Larelation avec les autres, bien sûr, nous devons en parler, n’est-ce pas ? Tout ce qui surgit, surgit dans un but complètement non-personnel. Donc, la relation n’est plus quelque chose que nous pouvons appeler « personnel ». Je n’ai jamais fait l’expérience d’être en relation avec quelqu’un d’autre, et ce à quoi je suis toujours en relation, c’est l’Immensité de ce que chacun est. Il est tout simplement évident pour moi que tout le monde est cette Immensité. Elle est en relation avec Elle-même. Maintenant, il y a différents types de relations avec différentes personnes. Je dois simplement dire que c’est calculé dans le mystère pour être tout ce qui est nécessaire pour servir ce désir non-personnel de l’Immensité de se connaître.

JLW : Est-il vrai que les relations servent toujours ce désir non personnel de l’Immensité de se connaître elle-même ?

SUZANNE : Oui. Tout comme il est vrai qu’il n’y a jamais eu d’acteur personnel, cela a toujours été vrai.

JLW : Eh bien, cette question d’un faiseur personnel mène à la question suivante… Les pratiques spirituelles aident-elles à reconnaître cet état naturel de chaque être humain ?

SUZANNE : Je n’en ai pas encore trouvé ! Il y a des gens qui ont été assez contrariés par le fait que je dise que je ne vois pas de techniques ou de pratiques à faire. Ils pensent que je dis que c’est égal si quelqu’un sort et tue cinquante personnes ou s’il s’assied et médite. Ce n’est pas du tout ce que je dis. Je connais Ce que chacun est, et l’Immensité est totalement digne de confiance dans ce qu’elle fait. Je ne sais pas comment cela m’est arrivé ; j’étais à un arrêt de bus. Oui, j’ai pratiqué la méditation transcendantale pendant huit ans, depuis l’âge de dix-sept ans. Mais j’ai également pratiqué, lorsque j’étais enfant, la pratique consistant à m’asseoir et à dire mon nom jusqu’à ce que je voie que ce nom ne se réfère à personne et que le moi personnel disparaisse. Je faisais cela quand j’avais cinq, six ou sept ans. Je ne sais pas si ces pratiques ont fait quelque chose ou pas. Je ne sais pas s’il existe une technique pour y parvenir. L’implication est qu’une technique est nécessaire pour obtenir quelque chose qui ne serait pas obtenu si vous ne faisiez pas cette technique. Ce n’est pas ainsi que je vois les choses. Je considère que cela se produit toujours, que personne ne change lorsque ce qui est, est vu comme étant ce qu’il est. Je pense aussi que la méditation est une bonne chose, mais qui pourrait arrêter l’esprit ? Et arrêter l’esprit n’est pas nécessaire, car l’Immensité n’utilise pas l’esprit pour se percevoir. De plus, le « je » qui serait amené à essayer de faire cesser l’esprit n’existe pas vraiment. S’il est évident de méditer, alors c’est ce que vous allez faire. S’il est évident de ne pas le faire, alors il est évident de ne pas le faire. Encore une fois, je vois à quel point l’Immensité est digne de confiance, et elle se montre dans cette évidence tout le temps. Vous n’avez pas besoin de raisons pour vivre selon ce qui est évident. C’est simplement ce que vous faites. Vous méditez, vous ne méditez pas. Si vous faites votre travail de développement personnel, vous le faites. Bien sûr, ce serait bien de le voir pour ce qu’il est.

LML : Il semble que le désir non personnel de l’Immensité de se connaître elle-même rendrait simplement évident pour chaque personne de faire certaines choses qui, d’une certaine manière, font partie du déploiement – et cela pourrait être n’importe quoi.

SUZANNE : C’est vrai. Ça peut être n’importe quoi, et ça peut être différent pour différentes personnes.

LML : En Occident, beaucoup de gens font une psychothérapie lorsqu’ils souffrent. Je m’intéresse à votre travail de thérapeute dans cette perspective éveillée.

SUZANNE : En fait, j’ai créé quelques groupes de psychothérapeutes pour essayer de transmettre la vision de l’Immensité, et cette liberté est ce que recherche toute personne qui vient me voir. La psychothérapie a traditionnellement formé des vues très rigides sur la façon dont les gens sont censés être lorsqu’ils sont en bonne santé. Les gens ont été pathologisés parce que certaines choses se produisent, et la petitesse de la gamme acceptable est si peu utile que beaucoup de gens finissent par se sentir plus mal dans leur peau après avoir entrepris une thérapie qu’avant de la commencer. La thérapie au sens traditionnel est structurée autour de l’idée d’un « je » qui doit être présenté de la meilleure façon possible. Je fais donc beaucoup de recherches avec les gens sur ce qu’ils pensent être, sur la façon dont ils ont acquis ces idées sur eux-mêmes, sur les idées qui finissent par se faire passer pour la Vérité de la façon la plus convaincante, sur la reconnaissance de la peur pour ce qu’elle est, et sur la façon de mettre fin à toute cette campagne qui consiste à faire vivre les gens par des idées et à leur faire croire que ces idées sont ce qu’ils sont. Ce qui se produit naturellement, c’est d’aider les gens à voir ces idées qui ont constitué leur identité pour ce qu’elles sont – des idées.

JLW : Y a-t-il d’autres questions qui vous sont fréquemment posées et qui devraient être incluses ici ?

SUZANNE : Eh bien, il y a une chose que les gens hésitent à demander, je pense. Ils veulent demander, mais ils ne le font pas. Elle était contenue, peut-être dans votre question sur les relations. Il y a beaucoup d’idées sur ce à quoi les relations ressemblent ou sont supposées ressembler une fois que l’Immensité est constamment vue pour ce qu’elle est en tout. Rien ne se passe selon les idées sur la façon dont les choses sont supposées se dérouler. Il existe de nombreux systèmes et traditions spirituels qui disent qu’il faut vivre comme ceci, qu’il faut manger comme cela, qu’il faut s’habiller comme cela, qu’il faut être célibataire, qu’il faut faire ceci et cela. Ils disent que si vous voyez avec les yeux de l’Immensité, voilà à quoi ressemblera votre vie. Je pense que l’une des choses les plus importantes que ma vie a été placée ici pour transmettre à l’Occident, c’est qu’elle ne ressemble pas à une certaine façon, que tout est là, aussi. La plupart des traditions spirituelles disent : « Si la peur est là, alors ce n’est pas l’Immensité. » La présence de la peur n’a jamais, pendant une minute, ramené un point de référence personnel. Elle n’a jamais, pendant une minute, obstrué la vue de l’Immensité pour elle-même.

LML : Quelle déclaration cela fait !

SUZANNE : Il semble que ce soit ce que cette vie est censée transmettre. Que tout est là aussi, et que c’est ce que c’est. Cela signifie que chercher que la vie soit d’une certaine façon vient complètement de l’esprit et de ses idées sur la façon dont les choses sont censées être. Les dix années de peur que j’ai traversées ont en fait été la période la plus importante pour ce que cette vie essaie de transmettre aux Occidentaux.

LML : Parce que la peur ne changeait rien au fait qu’il n’y avait pas de point de référence personnel.

SUZANNE : C’estexact. À partir de cet arrêt de bus, il était clair qu’il n’y avait jamais eu de point de référence personnel – absolument aucun point de référence personnel à aucun moment.

LML : Pourriez-vous dire que vous croyiez à la peur, et que vous ne la voyiez pas pour ce qu’elle était ?

SUZANNE : Oui, d’accord, et c’était l’entraînement à voir la sphère de l’esprit et comment les choses sont prises pour autre chose dans l’esprit. Ça n’a toujours pas créé de point de référence. Quand je dis, tout est là, aussi, je veux dire que tout est là, aussi. L’esprit est là à faire ses interprétations, à avoir peur de ce que quelque chose signifie, et à essayer de comprendre ce que tout cela représente.

LML : Donc, vous dites que tout cela était là, mais qu’il n’y avait toujours pas de « moi », pas de point de référence.

SUZANNE : Aucun point de référence. Et il y a tant d’années de cela. Qui sait ce qui se serait passé s’il y avait eu plus d’années sans que quelqu’un dise : « Oui, je sais ce qu’est cette expérience ». Une grande partie de ce changement de saison est venu du fait que le mental a réalisé qu’il ne pouvait pas saisir ce qui se passait, c’était trop mystérieux.

LML : L’esprit est allé jusqu’au bout de sa route, là où il n’avait nulle part où aller.

SUZANNE : Oui. Et l’esprit n’a pas pu rassembler de preuves que la peur était justifiée. Le fonctionnement se passait très bien, tout se passait, tout se déroulait, une chose se produisait, puis la suivante, puis la suivante. L’esprit n’avait pas à prendre de décisions sur la façon dont les choses allaient se dérouler.

LML : Donc, le mental n’était pas nécessaire pour ce pour quoi il pensait auparavant être nécessaire. On a vu qu’il n’était pas l’acteur central.

SUZANNE : Oui. Je pense que c’est la chose la plus importante que cette vie transmet. Il n’y a jamais eu d’acteur personnel. Ce n’est pas en voyant qu’il n’y a pas d’acteur personnel que commence l’absence d’acteur personnel. Cela touche à quelque chose que je veux vraiment transmettre. C’est le genre de chose que vous voulez mentionner, que voir que tout est fait par un acteur non personnel n’est pas la même chose que rien n’est fait. L’évidence se manifestera toujours. En fin de compte, il est vraiment inévitable de vivre selon l’évidence, car elle se manifeste toujours.

JLW : Je pense que nous avons completé ; cela a été merveilleux.

SUZANNE : Cétait bien.

JLW : C’était sympa d’être avec toi.

SUZANNE : C’est une autre des choses que cette vie doit transmettre : c’est amusant ! Ce n’est pas toujours sérieux et ça n’a pas à être d’une certaine façon. Ce n’est pas ainsi. Je le dis et le répète : tout est là aussi. Cela a toujours été le cas. Vous ne pouvez pas le dire parce que quelque chose surgit, cela signifie que l’Immensité n’est pas vaste, ou qu’elle n’est pas faite d’Immensité.