Une brève introduction
Peter Guy Jones est un chercheur indépendant qui explore la relation entre la métaphysique formelle et le mysticisme. Il est titulaire d’une licence en musique de l’Université de Bath et a travaillé pendant de nombreuses années dans l’industrie musicale. Après avoir pris une retraite anticipée, il s’est tourné vers les études sur la conscience et s’est immédiatement orienté vers l’étude de la métaphysique et du schéma métaphysique de l’advaita, ou non-dualité, adopté par les traditions mystiques du monde entier. Ayant constaté que la doctrine non dualiste des mystiques est la seule explication de la réalité et de la conscience qui résiste à l’analyse, et ne voyant aucune raison pour que cela ne soit pas de notoriété publique, il s’efforce depuis deux décennies de simplifier et de communiquer ces questions afin que cela devienne le cas. Peter est l’auteur du livre In Pursuit of the Inconceivable: An Investigation of Metaphysics and Mysticism (Essentia Books, 2026).
Peter Jones soutient que, malgré l’incapacité historique de la métaphysique occidentale — notamment comparée à la science — à éliminer les hypothèses et à parvenir à des points de vue consensuels, la méthode métaphysique permet bel et bien de parvenir à des conclusions. Il développe ce point de vue et identifie les critères essentiels qui permettent d’écarter les théories métaphysiques intenables. Ce qui reste, affirme-t-il, est l’idéalisme non dualiste.
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La tâche des sciences, la finalité de leur méthode, consiste à réduire le nombre d’explications viables de leur objet d’étude. On considère généralement que la philosophie est incapable d’y parvenir, et il est difficile de penser autrement si l’on connaît la situation dans le domaine des études sur la conscience. Ici, les théories de la conscience se multiplient sans frein et presque toutes les possibilités concevables ont leurs défenseurs. C’est comme si la philosophie ne disposait d’aucune méthode pour prendre des décisions. Ma proposition dans cet article est que, si la méthode philosophique est efficace et suffisante pour sa tâche, elle est rarement employée avec rigueur et, dans les études sur la conscience, elle n’est souvent pas employée du tout.
Dans sa taxonomie exhaustive des théories de la conscience, Robert Kuhn [1] recense plus de trois cents propositions distinctes. Dans une interview, il suggère que, considérée comme un témoignage historique de l’ingéniosité de la pensée humaine, cette profusion d’explications pour un seul explanandum (ce qui doit être expliqué) devrait susciter l’émerveillement et être célébrée. C’est peut-être le cas. Toutefois, si nous la considérons comme un aperçu de l’état actuel de la pensée humaine, ce qui semble être le cas, elle révèle une profonde confusion méthodologique. Une méthode philosophique qui permet à un vaste éventail d’explications distinctes et souvent radicalement différentes de la conscience de coexister est manifestement inapte à remplir son objectif.
Lorsqu’il existe de nombreuses théories concurrentes en physique, cela ne constitue pas un problème méthodologique. Cela signifie généralement qu’il faut simplement davantage de données. En métaphysique, les données ne changent jamais et les métaphysiciens, en tant que communauté, disposent de toutes les données dont ils disposeront jamais. Lorsqu’il existe deux théories fondamentales concurrentes ou deux points de vue concurrents sur une question métaphysique, cela signifie donc soit un échec de la méthode, soit un échec dans l’application correcte de la méthode. Nous devons espérer qu’il s’agit de ce dernier cas, car, sinon la philosophie est condamnée.
Les principaux outils de la philosophie sont la logique et la raison, et il faudrait faire preuve d’audace pour affirmer qu’elles sont inaptes à remplir leur fonction. Avant de le faire, nous devons nous demander si le paysage des théories de Kuhn révèle une méthode inadéquate ou, ce qui est assurément plus probable, une mauvaise application d’une méthode adéquate. L’exhaustivité et le niveau de détail de son panorama nous offrent une occasion parfaite d’aborder cette question. L’analyse logique nous permet-elle de réduire à une seule le nombre de théories candidates de la conscience ?
Employons, pour tester la capacité de la logique et de la raison à éliminer l’impossible afin de révéler le possible et, de cette manière, de réduire la liste des suspects à un nombre gérable, la méthode abductive (déduction) employée par Sherlock Holmes et indispensable à la métaphysique.
Éliminer l’impossible
Pour réduire la liste, nous pourrions examiner tour à tour chaque théorie ou catégorie et tenter de la réduire à l’absurde ou à défaut, d’en révéler son insuffisance. La catégorisation minutieuse des théories candidates effectuée par Kuhn rend cette méthode pratique, puisque l’essentiel du travail peut être effectué au niveau des catégories.
L’une des causes de cette profusion de théories n’est pas difficile à identifier : la plupart ne sont pas testables empiriquement. Ce n’est pas un critère d’exclusion pour une théorie de la conscience, mais plutôt, puisque la conscience est empiriquement invisible, une nécessité. Cependant, cela crée un problème catastrophique lorsque l’empirisme est considéré, comme c’est souvent le cas, comme la seule méthode de vérification. Il n’existe alors aucune méthode d’élimination et aucun suspect ne peut jamais être rayé de la liste. Sans un système rigoureux de réfutation et d’élimination, il ne reste qu’une spéculation débridée, sans aucun espoir de jamais séparer le bon grain de l’ivraie. Tel est notre destin si nous ignorons la métaphysique en tant que science de la logique. La plupart des théories figurant sur la liste de Kuhn exigent que nous ne tenions aucun compte de l’analyse logique, car elles ne résistent pas à un processus rigoureux de réfutation. Elles sont cependant invérifiables empiriquement, et cela suffit à assurer leur survie dans un paysage où l’absurdité logique ne constitue pas un désavantage évolutif.
Pourtant, il va de soi qu’une théorie de la conscience n’a aucune possibilité d’éviter la métaphysique. La théorie doit clairement établir si la conscience est fondamentale ou ne l’est pas, et doit donc être une théorie métaphysique. Si elle affirme que la conscience n’est pas fondamentale, elle doit lui substituer autre chose. Affirmer que la conscience émerge de la matière ou de l’esprit est une affirmation sur la nature fondamentale de la réalité, et non un moyen d’éviter la métaphysique. Pour qu’une théorie de la conscience soit plausible, elle doit décrire la nature fondamentale de la réalité et nous permettre de donner au moins un certain sens à la métaphysique. Les questions métaphysiques portent sur la nature fondamentale de la réalité et concernent donc toujours la conscience. Une théorie fondamentale doit, à tout le moins en principe, répondre à ces questions.
Une théorie peut expliquer certains aspects ou mécanismes particuliers de la conscience sans pour autant être fondamentale. Mais une théorie générale de la conscience ne peut éviter de dire ce qu’est ultimement la conscience et comment elle s’articule avec le reste de la réalité. À ce stade, elle entre dans le domaine de la métaphysique.
Si nous acceptons cet argument, alors trouver l’aiguille dans cette botte de foin que constituent les idées sur la conscience devient non seulement possible, mais aussi un processus d’élimination relativement simple. Pour être plausible, une théorie doit être plus qu’une simple spéculation qui résiste aux tests empiriques, car de telles théories sont monnaie courante. Elle doit plutôt être une théorie systématique et fondamentale qui nous aide à donner un sens à la métaphysique et au monde lui-même. Même avec trois cent cinquante possibilités en lice, une telle théorie ne peut rester cachée très longtemps.
Kuhn répartit sa liste en dix catégories :
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Théories matérialistes
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Physicalisme non réducteur
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Théories quantiques
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Théorie de l’information intégrée
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Panpsychismes
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Monismes
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Dualismes
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Idéalismes
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Théories des états anomaux et des états modifiés
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Théories de remise en question (ou contestataires)
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La raison pour laquelle il existe autant de théories est facile à comprendre. En tant que théorie fondamentale, le matérialisme est empiriquement invérifiable et logiquement absurde, et pourtant, il figure en tête de liste. En termes de popularité actuelle, c’est peut-être là sa place légitime, mais sa popularité indique que les faits de la métaphysique, les résultats connus de l’analyse logique, sont largement ignorés. Le matérialisme ne sera jamais une théorie systématique et fondamentale, car il est incapable d’accomplir l’ultime étape réductrice requise par une telle théorie : il ne peut réduire la matière à son origine et doit commencer son « explication de tout » par un paradoxe ou une sorte de miracle divin, un lapin sorti d’un chapeau. Par conséquent, il rend la métaphysique et le monde lui-même incompréhensibles. Il occupe peut-être à juste titre la première place de la liste, mais, en tant que catégorie regroupant le plus grand nombre de théories, il nous offre un moyen facile de la raccourcir considérablement.
Si l’on exclut le matérialisme, la catégorie suivante, par son importance numérique, pourrait être celle de l’idéalisme. Voici ce que dit Kuhn à propos du principal rival du matérialisme.
À la surprise de certains, l’idéalisme, en tant que théorie de la conscience, n’a pas perdu de son importance face aux progrès scientifiques. Au contraire, son pouvoir explicatif semble gagner du terrain, briller davantage, à mesure que la conscience conserve ses mystères et que l’idéalisme attire davantage d’adhérents.
Dans la plupart des cas, l’idéalisme n’est pas une théorie métaphysique développée dotée d’un pouvoir explicatif, mais une position ou une hypothèse philosophiquement stérile. La plupart de ses formes affirment que l’esprit ou la conscience est fondamental, de la même manière dogmatique que le matérialisme affirme que la matière est fondamentale, sans pour autant avoir un pouvoir explicatif supérieur. De telles conjectures sont faciles à formuler, mais n’ont aucune utilité. Ce ne sont pas des théories au sens où un mathématicien ou un physicien emploierait ce terme et elles peuvent être écartées.
La même approche permet d’éliminer la plupart des théories restantes, mais elle nécessiterait une étude approfondie d’un grand nombre d’entre elles. Il existe une autre méthode, plus simple. Elle consiste à établir les spécifications fondamentales minimales d’une théorie fondamentale, la condition minimale à laquelle elle doit satisfaire pour être fonctionnelle et plausible, puis à parcourir le paysage en éliminant les théories qui ne remplissent pas cette condition. Cela nécessite de s’attarder très peu sur les détails de chaque théorie.
Cette approche fonctionne, car même les spécifications les plus élémentaires d’une théorie fondamentale constituent une liste de défis considérables, dont chacun suffit à lui seul à disqualifier la plupart des candidates, et qu’il est toujours facile de voir si une théorie y satisfait. Pour exposer ces spécifications, une certaine discussion de la métaphysique est nécessaire.
Questions métaphysiques
Kuhn dit ceci à propos de sa liste :
Ma tentative, qui place la barre très haut, consiste ici à élaborer un paysage qui soit exhaustif de manière universelle, de sorte que, quelle que soit l’explication ultime de la conscience, elle se trouve quelque part, d’une manière ou d’une autre, intégrée à ce paysage des théories (peut-être à plusieurs endroits) — même si nous n’avons aucun moyen, à l’heure actuelle ou dans un avenir prévisible, de la distinguer de ses consœurs dans ce paysage.
Le pessimisme de Kuhn quant à notre capacité à discerner la théorie correcte dans son paysage est révélateur. Il repose sur l’hypothèse que l’analyse métaphysique, c’est-à-dire l’application de la logique et de la raison, n’est pas une méthode fiable. La question de savoir si elle est fiable dépendra de la manière dont nous l’utilisons, mais, fiable ou non, c’est la seule méthode dont nous disposions. À moins de vouloir devenir mystique et suivre la « flèche intérieure » de l’investigation de la conscience et de la réalité, l’analyse métaphysique est tout ce dont nous disposons comme méthode. Nous devons déterminer quelle est la théorie correcte. Les données de nos sens ne suffisent pas, nous devons donc faire appel à notre raison. Ce n’est qu’en ignorant les résultats de la métaphysique que nous serons condamnés à errer à jamais sans but dans ce paysage. Prenons plutôt la logique et la raison au sérieux.
Par les « résultats » de la métaphysique, j’entends un petit nombre de conclusions générales démontrables qui concernent directement le débat sur la conscience. Il y en a notamment deux qui, à elles seules, permettent d’accomplir l’essentiel du travail.
La première est que toutes les positions, théories, idées, doctrines et tous les dogmes métaphysiques qui affirment, d’une manière ou d’une autre, que la réalité est ceci plutôt que cela sont logiquement indéfendables. Ce sont des positions métaphysiques « positives » qui affirment que la réalité est une chose plutôt qu’une autre : la matière plutôt que l’esprit, la multiplicité plutôt que l’unité, le déterminisme plutôt que le libre arbitre, et ainsi de suite. De telles théories sont positives, extrêmes, sélectives et unilatérales. Elles n’ont pas de sens. Elles ne fonctionnent pas. Elles donnent lieu à des contradictions. En conséquence, comme le note Kant dans une phrase célèbre, toutes les conclusions sélectives (positives) sur le monde en tant que totalité sont logiquement indécidables. Ce résultat est à la racine de tous les problèmes métaphysiques, une pierre d’achoppement qui conduit de nombreux philosophes à abandonner le sujet et à le déclarer insoluble, incompréhensible ou dépourvu de sens. Si nous ignorons ce résultat de l’analyse, comme le font la plupart des théories du paysage de Kuhn, nous ne pouvons pas qualifier notre démarche de rationnelle.
Si, en revanche, nous prenons la métaphysique au sérieux et respectons la logique et la raison, nous pouvons rapidement venir à bout de cette liste. Une théorie plausible de la conscience doit être fondamentale (même si elle affirme que la conscience est émergente), et elle ne doit pas formuler d’affirmations positives et unilatérales sur la véritable nature de la réalité. La plupart des théories échouent manifestement à ce test.
L’échec logique de toutes les théories et positions positives n’est pas un problème, comme on le pense souvent, mais un résultat extrêmement précieux. Il nous permet d’éliminer l’impossible et de révéler le possible. Le seul suspect qu’il ne nous permet pas de rayer de la liste est la doctrine non dualiste de la philosophie pérenne. Kuhn la place dans la catégorie des « Idéalismes », mais elle imprègne également d’autres catégories. Nous ne pouvons pas la rayer de la liste en raison d’un second fait philosophique : une théorie non dualiste est logiquement défendable. Elle est conforme aux règles aristotéliciennes de la dialectique et ne donne lieu à aucune contradiction ; elle est donc techniquement « raisonnable » et ne peut jamais être rayée de la liste.
La défendabilité logique de l’« explication de tout » non dualiste est un fait bien moins connu que le premier, et de nombreux philosophes supposent qu’il n’en est rien. La doctrine non dualiste rejette toutes les positions métaphysiques extrêmes, en parfaite conformité avec les résultats de la métaphysique, mais la plupart des philosophes estiment nécessaire de considérer les paires de positions métaphysiques extrêmes comme des exemples de A/non-A en logique, de sorte qu’il ne puisse exister de troisième possibilité — et ils se sentent donc obligés de rejeter la doctrine non dualiste comme étant « illogique » ou déraisonnable. De cette manière, ils s’enferment dans le dualisme et dans une métaphysique incompréhensible. En supposant que les paires de positions métaphysiques extrêmes et opposées sont des exemples de A/non-A pour la logique, ils transforment ce qui devrait être leur moment de triomphe — la réfutation de toutes les positions métaphysiques extrêmes — en un désastre. Ayant éliminé l’impossible, ils ne voient pas d’autre possibilité. Ils ne voient pas ce qu’ils ont réellement démontré, à savoir qu’un seul suspect est plausible, et supposent avoir éliminé toutes les théories possibles.
Quant à savoir si ce second fait — la cohérence logique d’une théorie non dualiste — est véritablement un fait, l’espace disponible ici ne me permet pas de le démontrer. Mais le point essentiel est simple : la logique ne peut démontrer que les paires apparemment contradictoires à partir desquelles nous construisons les questions métaphysiques — telles que « libre arbitre contre déterminisme » ou « quelque chose contre rien » — sont en réalité des paires contradictoires sous la forme A/non-A, de sorte qu’elles épuiseraient toutes les possibilités. Nous devons établir cela avant d’employer la méthode dialectique pour trancher entre elles, et, en métaphysique, cela ne peut être établi. Cela signifie que la logique ne peut réfuter la solution non dualiste pour la métaphysique et la conscience, et qu’elle doit être considérée comme raisonnable.
Ces deux faits réunis nous permettent d’éliminer presque toutes les théories figurant sur la liste de Kuhn. Le fait qu’une théorie reconnaisse ces deux éléments constitue une condition cruciale, et difficile à remplir, pour une théorie fondamentale ou une théorie de la conscience. Il en existe bien d’autres.
Si l’argument présenté ici est solide, alors l’existence de centaines de théories concurrentes n’est pas la preuve d’une méthode inadéquate, mais celle d’une erreur méthodologique. Une fois que nous avons compris les conditions minimales auxquelles doit satisfaire une théorie fondamentale, la plupart de ces théories candidates peuvent être éliminées sans qu’il soit nécessaire d’en examiner les détails.
Spécifications d’une théorie fondamentale
Il est bien connu que les théories qui décrivent le monde en tant que totalité comme appartenant à une catégorie ou comme étant constitué de catégories, de telle sorte qu’il soit ceci plutôt que cela d’une certaine manière, donnent lieu à des problèmes insolubles. Elles engendrent toutes les questions et tous les problèmes indécidables bien connus de la métaphysique.
La première condition à laquelle doit satisfaire une théorie fondamentale est donc qu’elle n’adhère pas à une position métaphysique positive et unilatérale. La deuxième est que la théorie ne doit donner lieu à aucune contradiction ni absurdité.
Bien qu’une théorie fondamentale doive satisfaire à d’autres conditions exigeantes, ces deux conditions à elles seules nous permettent d’identifier la seule théorie plausible de la conscience. Une seule théorie satisfait aux deux, et c’est la doctrine non dualiste de la philosophie pérenne. Elle affirme que toutes les positions métaphysiques positives sont erronées, expliquant ainsi leur incohérence logique. Kuhn la place dans la catégorie des « Idéalismes » et elle peut parfois être appelée « idéalisme non dualiste ».
En conclusion
Les deux faits sur lesquels cette analyse est fondée ne sont pas également connus en philosophie. Le premier — l’échec de toutes les positions métaphysiques positives — a été explicitement établi par Nagarjuna, Kant et d’autres, et implicitement par tous les philosophes qui n’ont pas été en mesure de trancher la moindre question métaphysique. Le second fait, en revanche — à savoir la solidité logique de la réponse non dualiste à de telles questions — est rarement connu, bien qu’il ne soit pas difficile à établir. Je présente ailleurs une discussion approfondie de cette question [2].
Après avoir identifié le suspect coupable par un processus de reductio ad absurdum (raisonnement par l’absurde), Holmes devrait maintenant se tourner vers d’autres méthodes. L’analyse nous laisse avec une seule théorie à considérer, mais nous n’avons pas encore examiné sa portée explicative, son économie, son intelligibilité, son élégance et sa forme logique. Ici, ces questions supplémentaires sont sans importance. La tâche consistant à réduire la liste est achevée et une seule théorie reste à examiner plus en détail.
Une telle conclusion ne devrait pas être surprenante. L’étude « pratique » de la conscience entreprise au moyen de l’investigation de soi a, depuis des milliers d’années, conduit les chercheurs vers l’unité de tout et vers l’« explication de tout » non duelle, ou advaita (« non deux »). Si l’analyse logique suffisait à réfuter leurs conclusions, il serait surprenant que personne ne l’ait remarqué pendant tout ce temps. Si nous supposons qu’elle est incorrecte, il devient impossible d’expliquer pourquoi elle est irréfutable ; impossible d’expliquer la métaphysique ou le mysticisme ; impossible d’expliquer la réalité et la conscience dans le cadre d’une théorie fondamentale ; et impossible d’expliquer l’incompréhension de la métaphysique qui constitue une caractéristique si marquante de la pensée philosophique occidentale. Si nous supposons que la doctrine non dualiste est correcte, toutes ces choses peuvent alors être facilement expliquées.
C’est là que nous arrivons si nous prenons la métaphysique au sérieux. Sinon, nous devrons vivre avec plus de trois cents théories concurrentes de la conscience — pour toujours.
Texte original publié le 2026-09-25 : https://www.essentiafoundation.org/eliminating-the-impossible-the-metaphysics-of-consciousness/reading/
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1 A Landscape of Consciousness: Toward a Taxonomy of Explanations and Implications, Progress in Biophysics and Molecular Biology, volume 190, août 2024.
2 Peter G. Jones, In Pursuit of the Inconceivable: An Investigation of Metaphysics and Mysticism, Essentia Books, 2026.