Robert Powell : « Je ne m’en vais pas. Où pourrais-je aller ? »


07 Dec 2019

(Traduction libre)

Sri Ramana Maharshi, juste avant sa mort, alors que les fidèles pleuraient son départ imminent, les a rassurés avec l’affirmation ci-dessus. Que signifient ces mots immortels ?


Nous avons l’idée qu’à la mort, nous allons quelque part, nous quittons cette terre, ce monde. Il est nécessaire et, je pense, très fructueux d’enquêter de manière approfondie sur cette situation pour soi-même. Tout d’abord, qu’est-ce qu’il y a vraiment « ici » et est-ce qu’on ira jamais quelque part ? Aussi, qu’est-ce que le « maintenant » et qu’est-ce que l’avenir ? Ces termes ne sont-ils pas toujours une fonction de l’activité corps-esprit-sens ? En état de veille, je peux affirmer que je me trouve « ici » (ou à tel ou tel endroit) dans le présent. J’ai un sens de présence, qui est une fonction directe de ma conscience. En l’absence d’activité corps-esprit-sens, où est « ici » et où est « là-bas » ? Et quand les sens sont dormants, comme dans le sommeil profond, où sont « ici » et « maintenant » ? Il doit être évident que le sens du lieu et du temps sont le résultat direct de l’activité somatique et non des « évidences » absolues.


Maintenant, nous pouvons objecter que mon sentiment d’être ici est confirmé à chaque étape par mes semblables, qui peuvent confirmer que je suis ici avec eux, dans le moment présent. Mais ne sont-ils pas tous aussi le produit de l’activité corps-esprit-sens dans leur détermination de ce qui est « ici et maintenant » ? Y a-t-il ne serait-ce qu’un seul être humain qui possède un sens du lieu et du temps absolus, séparé de l’activité physiologique-mentale, qui puisse servir d’arbitre indépendant ou de point de référence à autrui ? De toute évidence, ce n’est pas le cas. Par conséquent, la seule « connaissance certaine » que les individus ont en la matière est basée sur le “ouï-dire”. Einstein a prouvé que l’emplacement d’un observateur ne pouvait jamais être déterminée dans l’espace et le temps absolus.


Aujourd’hui, nous allons encore plus loin et nous montrons qu’en fin de compte, c’est-à-dire absolument parlant, qu’il n’existe ni espace ni temps – pas même “relativiste” ou espace-temps relatif – et donc qu’aucun être “séparé” ne pouvait exister. Nous devons affirmer avec insistance que la conscience de l’espace-temps repose sur une descente initiale dans la “physicalité”. Cette phase éclot à son tour comme un sentiment d’identité dérivé de l’identification à une certaine forme « présentée » (c’est-à-dire fabriquée) par les sens, et psychologiquement comme une impression laissée dans la conscience collective, une image imprimée sur nos prétendus semblables – amis et famille. Cette image peut avoir un certain statut et donner lieu à divers états émotifs ou engendrer du plaisir. Tout cela est impliqué dans le sentiment d’« être quelqu’un » qui en résulte et qui n’est jamais examiné mais considéré comme une « évidence ». Nous sommes tombé amoureux de notre propre forme, de notre propre image, pour ainsi dire. Pratiquer le
vichara (la voie de l’investigation) sur soi, comme l’a conseillé Sri Ramana Maharshi, libère l’individu de l’asphyxie des relations irréelles. Si nous sommes courageux dans nos efforts, nous arrivons nécessairement à la vérité libératrice de la nature non locale de soi ou du vide de l’ego. Cette découverte fondamentale culmine dans la résolution de toute la toile de Maya et le rétablissement de notre unicité originelle.

Méditer de cette façon, les paroles du Maharshi acquiert un sens nouveau lorsqu’il affirme, en toute certitude, qu’il n’irait nulle part, et qu’au sens le plus profond du terme, qu’il serait toujours avec ses fidèles, en fait avec quiconque qui le reconnaîtrait tel qu’il est réellement, leur véritable Soi, la Conscience antérieure à l’espace et au temps.

Robert Powell