R. P. Kaushik : La bonne question


04 Jan 2020

R. P. Kaushik (1926-1981) était un philosophe surtout connu par son livre Towards a New Consciousness, un classique de la renaissance spirituelle américaine des années 60 et 70. À la suite de la mort d’un ami au cours de son adolescence, le Dr Kaushik commença à chercher et essayer de comprendre le sens de la vie. Il est passé par diverses croyances et pratiques spirituelles et a rencontré nombreux maîtres spirituels. Ceux-ci, dit-il, ne l’aidèrent pas, c’était comme un homme illettré qui fait lire des textes sans les expliquer, ou l’enseignant qui prétend croire en Dieu mais qui vit néanmoins entouré de gardes du corps. La philosophie que Kaushik a développé peut être classée comme non dualiste, elle brise les dichotomies telles que la vie versus la mort ou le soi versus le non-soi. Kaushik a finalement réalisé que la vie ne peut être vécue que d’instant en instant, sans croyances ou pratiques prescrites. Son but, comme il l’a dit un jour, était d’élargir sa conscience individuelle pour inclure « l’ensemble de l’univers », plutôt que de servir spécifiquement comme yogi ou gourou. Kaushik est l’auteur de six livres. Intéressé également à soulager la souffrance humaine, il fut médecin jusqu’en 1973, date à laquelle il commença à voyager à travers le monde pour parler de méditation et de spiritualité.

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Traduction Libre

Lorsque nous cherchons quelque chose, nous devons être très sûrs de ce que nous cherchons ; et si nous ne cherchons rien, alors le plus important est de trouver la bonne question. Si vous ne connaissez pas la question, alors ayez la patience d’écouter les autres, quels qu’ils soient – non pas moi, mais n’importe qui. Parce que c’est seulement l’acte d’écouter qui peut nous ouvrir. Nous avons tous beaucoup à dire et aucun d’entre nous n’a le temps d’écouter. Quand vous avez vraiment quelque chose à dire, vous pouvez rester silencieux. Ce n’est que lorsque nous avons vraiment très peu à dire que ces connaissances programmées sortent ; c’est le résultat du conditionnement – social, environnemental et parental. Quand on est plein des idées des autres, nous continuons à bavarder. Il y a tellement de bruit qui sort de cet ordinateur. Cela n’aide personne. La question n’est donc pas de savoir ce que les autres disent ou ce qui est bon pour les autres, la question est de savoir ce que je veux – quel est mon besoin, quelle est ma question, quelle est ma recherche. Tant que nous ne posons pas cette question, il n’y a pas de clarté. Toute autre question est déroutante, car elle sort du conditionnement intellectuel. La seule question d’importance est une question liée à vos problèmes existentiels, et non à des problèmes intellectuels.

La bonne question commence par soi-même – commence par votre pression existentielle, par l’urgence du moment. Je sais que nous avons prévu de parler à ce moment-ci ; j’ai demandé aux personnes de se rassembler, et je parle donc parce que je dois parler en ce moment. C’est tout. Je parlerai s’il y avait trois personnes ou vingt personnes ici, parce que nous avons décidé discuter sérieusement, orientée vers un but. Cette discussion n’est pas une sorte de stimulation ou de commérage, mais quelque chose de sérieux – lié à l’existence, et non à la recherche intellectuelle.

Chaque fois qu’une question surgit dans mon esprit, il est de mon devoir le plus strict de voir si c’est une bonne ou une mauvaise question. Et la bonne question signifie, si vous avez faim, s’il vous plaît demandez, puis-je avoir de la nourriture ici ? Si vous êtes fatigué et que vous n’avez pas d’endroit pour dormir, demandez un lit, un endroit pour dormir. Et s’il y a soif de connaissance, de vérité, qu’il y ait une intensité pour cette vérité ; alors la réponse à cette question viendra – pas nécessairement d’ici, mais de n’importe où. Parce que la vérité n’est le monopole de personne, elle n’est pas dans ma poche pour que je puisse la dispenser aux gens. Votre intensité ouvrira la porte à l’investigation sur la vérité, la perception de la vérité.

La vérité vient d’une intensité, d’un besoin. Cette vérité ne viendra pas tant que je ne réalise pas une simple chose : je ne sais pas. Tout ce que je sais, ce sont des informations informatisées venant de l’extérieur, qui font partie du conditionnement – social, environnemental. Tout ce que je sais est faux ; tout ce que je sais est limité ; tout ce que je sais est conditionné. Quand je vois que tout ce que je dis est conditionné, répétitif et mécanique, alors par reconnaissance de cette ignorance et de cette limitation de mes connaissances, je ne donne plus de conférences ou de discours. Alors je veux écouter si quelqu’un peut me dire quelque chose, juste écouter. Même si on ne peut pas me le dire, cela n’a pas d’importance ; mais je ne parle plus, je ne donne plus de conférences, je ne deviens pas un enseignant. Je ne prétends pas savoir, car je ne sais rien de valable. Tout ce que je connais, ce sont les idées des autres, des idées empruntées, et je ne veux pas les répéter. Alors vient un état d’humilité qui reconnaît ses limites. Et cette humilité ouvre la porte à la vérité qui peut entrer à tout moment.

Mais quand je dis : « Dites-moi Monsieur, et ensuite je jugerai ce qui est juste et ce qui est faux », je prends trop sur moi – comment puis-je juger ce qui est juste et ce qui est faux ? Si vous voulez que je vous fasse une démonstration, je peux vous montrer dix façons selon lesquelles une chose fausse dite de manières différentes peut être impressionnante ; mais c’est toujours faux. Il existe de nombreuses façons et méthodes pour transmettre les choses et en parler, ainsi que des approches logiques, et certaines personnes sont plus astucieuses que d’autres ; elles peuvent brouiller les problèmes immédiatement. À moins que vous ne soyez très clair sur les questions qui sont en jeu, l’esprit peut être détourné et quelque chose comme un tour de magie peut être exécuté. Vous croirez qu’un miracle s’est produit, alors que rien ne s’est réellement produit. Certaines personnes sont si habiles avec les mots qu’elles peuvent jouer avec eux et vous êtes pris dedans. Ne vous fiez donc pas à votre jugement et votre discrimination, et ne pensez pas qu’en écoutant dix personnes différentes, vous serez en mesure de peser ce qui est juste et ce qui est faux. La logique est quelque chose qui a deux faces. Je vais vous poser une question, juste pour donner un exemple. Croyez-vous qu’un gourou est nécessaire ?

M : Eh bien, tout est votre gourou, tout le monde, chaque…

Dr : Je ne sais pas si vous définissez le mot gourou ; mais je demande simplement si un gourou est nécessaire.

M : Eh bien, ce l’est, c’est tout ce que vous apprenez de tout le monde, tout.

Dr : Donc un gourou est nécessaire.

M : Eh bien, il n’est pas nécessaire d’avoir une personne comme gourou.

Dr : Vous pouvez avoir dix personnes comme gourou, cela n’a pas d’importance, mais la question est de savoir s’il est nécessaire d’avoir un gourou – un nombre quelconque de gourous.

M : L’Infini…

Dr : Très bien, l’infini est le gourou. N’est-ce pas ? Si l’infini est le gourou, alors vous n’avez pas à vous asseoir pour me poser des questions, allez demander à l’arbre. L’arbre pourrait vous informer beaucoup mieux ; mais ce que vous dites là n’est pas vrai pour vous. Nous pouvons avoir toutes ces notions comme l’infini est gourou – si l’infini est le gourou alors que faites-vous avec un homme comme moi ? Allez vous asseoir dans les bois, allez au bord de la mer, et la plage vous enseignera, les vagues vous enseigneront. La vérité se trouve partout. Quand une personne dit que l’infini est le gourou, la vie est le gourou, elle n’a besoin d’aucun enseignant, elle n’a pas besoin d’un gourou. Elle n’a besoin de personne.

Donc, la question peut être posée de bien des façons, et si vous voulez que je parle davantage, nous pourrons discourir en zigzag, et en fin de compte, que nous restera-t-il ? L’intellect est si limité ; il ne peut pas résoudre la question. Cette question est une mauvaise question. La question que je vous pose est une mauvaise question. Et parce que c’est une mauvaise question, personne ne peut y répondre correctement. Si j’étais vous, je n’entrerais pas dans une discussion au sujet de cette question. Ce sont les moyens de l’intellect, et cela peut être manipulé. Si je suis assez intelligent pour fatiguer votre intellect en assemblant quelques koans ou puzzles supplémentaires, je finirai par dire la chose la plus absurde et vous l’accepterez. C’est la voie de l’hypnose, la voie de la suggestion, la voie de la propagande et de la publicité. Lorsque nous sommes pris dans un tel monde, comment est-il possible pour moi de découvrir ce qu’est la vérité et qui dit la vérité ? Donc, si j’étais vous, je ne vous demanderai pas si un gourou est nécessaire ou non, je vous demanderais ce que vous entendez par gourou ? Vous pourriez me demander la signification de ce qu’est un gourou et je pourrais vous donner la réponse.

M : Eh bien, vous répondre avec des mots est toujours un jeu intellectuel. J’espère que vous n’interprétez pas mal ce que je fais ici. Pour une raison quelconque, je ne suis pas en paix dans le monde, le seul moment où je suis en paix, c’est quand je suis activement impliqué dans une course, dans l’escalade en montagne ou à naviguer en voilier, par exemple.

Dr : Très bien. Alors ?

M : Maintenant, d’une certaine façon, je me sens mal à l’aise en ce moment, mais en même temps je me sens bien, comme si je poussais pour avoir la paix de l’esprit, pour essayer d’obtenir une sorte de réaction.

Dr : Vous voyez, c’est ce que je dis. C’est encore une fois une mauvaise question. S’il vous plaît, écoutez. Si vous êtes tourmenté, ou si vous êtes agité, et que vous voulez provoquer une réaction de ma part, vous ne l’aurez pas. Vous êtes venu au mauvais endroit. Vous devriez aller ailleurs. Nous n’entrons pas dans une discussion intellectuelle. Et veuillez comprendre que je ne vais pas relever le défi de vous fournir une stimulation.

M : Maintenant, j’espère que je ne fais pas cela.

Dr : J’espère que vous ne le faites pas, mais même si vous le faites, cela ne fonctionnera pas. S’il y a une enquête sérieuse, nous pouvons prêter attention, à la fois vous et moi. Je ne suis pas en compétition avec vous. Je ne fais que signaler une certaine erreur de l’esprit, de l’intellect – pas votre intellect ou le mien, mais l’intellect en général. Je n’essaie pas de prouver que vous êtes moins intelligent que moi. J’essaie simplement de vous montrer la nature de l’intellect, que ce soit votre intellect ou le mien. Mon intellect peut être plus fort que le vôtre, ou votre intellect peut être plus fort que le mien – cela ne fait aucune différence. Mais dans les deux cas, sur le plan intellectuel, vous ne pouvez aider personne, vous ne pouvez rien faire de valable. Et que nous reste-t-il ? Et maintenant, voyez à l’intérieur – êtes-vous toujours agité ? Quel est l’état d’esprit ? Observez et voyez. Vous n’avez pas à me répondre intellectuellement. Juste regardez en vous et voyez ce qui se passe.

(Long silence)

Que ce qui se passe-t-il ?

M : J’écoute simplement.

Dr : Non, écouter et parler, c’est fini. Vous êtes livrés à vous-même maintenant. J’ai arrêté de parler il y a plus de deux ou trois minutes.

M : Eh bien, il y avait très peu d’idées ou de processus de réflexion en cours… c’était juste une prise de conscience claire – écouter les oiseaux, vous observer, et en même temps voir tout le monde autour, être attentive.

Dr : C’est donc le seul état d’esprit où l’investigation est possible, où la perception est possible, l’attention est possible, l’écoute est possible, la découverte est possible. Maintenant vous pouvez tout écouter, tout le monde. Lorsque vous êtes dans cet état d’esprit, alors l’éternité est le gourou, tout est gourou, et alors vous pouvez tout écouter. Avec l’esprit embourbé dans les idées, la mentalisation, l’agitation, les angoisses, il est impossible de prêter attention. Ce qui est important, c’est d’avoir cette énergie pour explorer, pour écouter, pour regarder, pour voir – non pas moi, vous ou lui, mais n’importe qui et n’importe quoi. Ici, l’idéalisation et l’intellectualisation ne sont plus nécessaires, vous êtes sur le chemin de la découverte ; et je ne vous ai donné aucune réponse. La seule réponse est celle qui peut faire retourner l’intellect sur lui-même et rendre le champ de perception clair, et cela vient de l’intensité à regarder votre processus intellectuel, à regarder votre question. Une fois que vous regardez avec cette intensité, le champ commence à s’éclaircir.

La première et principale chose à faire est d’apporter une urgence et une intensité à votre enquête. Cela amène l’attention, cela amène la clarté, et alors vous pouvez écouter tout et n’importe quoi, et alors il y a liberté. Lorsque vous êtes conditionné par des croyances et des idées, votre esprit conditionné est incapable d’enquêter. La première chose à faire est de vider l’esprit. Et qu’est-ce qui remplit cet esprit ? Mauvaises questions, mauvaises notions – ou si vous n’aimez pas le mot « mauvaise », je pourrais dire « fausse », je pourrais dire « empruntée », je pourrais dire « conditionnée ». Ce n’est pas une question de sémantique ou de jeu avec les mots. Quand je suis dans un état d’attention ou de liberté, je peux maintenant regarder les arbres ou les plantes, écouter les oiseaux, m’asseoir au bord de la mer ; maintenant tout va communiquer. Mais avant que les choses puissent communiquer, je dois être ouvert. Il n’y a donc qu’une seule question qui vaille la peine. Quelle est cette conscience et qu’est ce qui me bloque ? Est-ce mes processus intellectuels – continuons alors à poser des milliers de questions à des milliers de yogis éveillés, de saints, de gourous, de mahatmas – mais rien n’en sortira. Et maintenant, si vous avez quelque chose à dire, je suis prêt à écouter.

M : Je sens que nous devrions laisser les autres parler. Il y a peut-être quelqu’un d’autre qui a vraiment une question.

Dr : C’est l’affaire des autres. Oubliez ça, bien que je sois aussi concerné que vous. Vous voyez, tout le monde y prête la même attention. Ils sont dans le même état que vous, donc c’est tout le groupe qui parle. Et si quelqu’un d’autre a une question, il peut la poser. En dehors de ce souci des autres, y a-t-il autre chose ? Ne forcez pas si ça ne vient pas spontanément. Ne posez pas de questions inutilement. S’il n’y a pas d’urgence ou de question, alors permettez au silence d’être.

M : Ce que je cherche, c’est à être rassuré sur le fait que si l’on est sincère, peu importe ce que l’on fait, car on provoque de bonnes réactions si l’on est centré, juste sincère, honnête et aimant.

Dr : Est-ce une question pour le moment ?

M : Je suppose que oui. J’ai chassé de ma propre tête l’idée qu’il y a des limites, et je cherche juste à me rassurer pour voir si, avant de sauter… il n’y a pas de limites.

Dr : Arrêtez de chercher à vous rassurer. Pourquoi voulez-vous être rassuré maintenant que vous êtes dans un état d’attention ? Je ne cherche à être rassuré par les autres que lorsque je suis dans un état d’inattention. Quand j’ai raison, je ne le demande à personne. Si j’ai agi dans ma vie, je ne demande jamais à personne ce que je dois faire ? Parce que je ne connais que deux états : un état de confusion, quand je suis assis tranquillement, et un état de clarté dans lequel j’agis. Quand je suis assis tranquillement dans un état de confusion, il n’est pas question de demander à qui que ce soit ce qu’il faut faire. Et quand je suis dans un état de clarté, je vois clairement et j’agis, il n’est pas question de demander à n’importe qui si j’agis correctement ; parce que je sais que personne ne peut me le dire à ce moment-là.

Allez plus profondément. Allez plus profondément qu’en posant des questions. Voyez ce qu’il y a dans la profondeur. C’est important. Derrière ce silence, derrière cette attention, qu’est-ce qui se cache là ? Vous découvrez quelque chose de nouveau. Pouvez-vous l’approfondir pour en découvrir la nature ? Qu’est-ce qu’il y a au fond ? C’est la seule question. L’assurance, la garantie, c’est la voie de l’intellect, parce que l’intellect est toujours confus, il ne sera jamais certain.

Donc chaque fois que je suis confronté à une mauvaise question, et que je le vois, elle tombe si je suis dans un état d’attention. Il est important que chacun d’entre nous le comprenne, et ne dise pas : « Écoutez, M. n’en sait pas autant que vous. » Parce que chacun d’entre nous navigue sur le même bateau. Aucun d’entre nous n’en sait autant. Nous faisons les mêmes erreurs stupides à chaque fois, sinon nous serions tous des Bouddhas éveillés. Et la reconnaissance du fait de cette erreur de pensée en chacun de nous nous amène à une compréhension, une non-dualité. Sinon, vous vous séparerez du questionneur et vous penserez que vous êtes beaucoup plus sage que lui, que celui-ci ne sait rien et que vous comprenez tout. Et je ne suis pas différent de vous, sauf que j’ai fait la même erreur plusieurs fois, et vu que j’ai fait la même erreur, alors je ne la fais plus. La seule différence est de faire une erreur et de ne pas le voir, ou de faire une erreur et de voir que vous la faites.

Il ne s’agit donc plus d’une thérapie de groupe, d’une discussion de groupe, il n’y a plus d’orateur ni d’auditeur. Et maintenant, peu importe que vous parliez, que je parle, ou que quelqu’un d’autre parle. Ceux qui veulent dire quelque chose peuvent parler. Ou bien nous n’avons pas besoin de parler : aucun d’entre nous n’a besoin de parler, parce que la vraie question en ce moment est d’explorer la nature de ce silence. C’est la seule vraie question. De nombreuses fois, la plupart d’entre nous ont touché ce silence, ont touché cette énergie. Mais l’esprit humain a tellement peur d’y aller profondément. Et cela soulève alors une nouvelle question, une nouvelle explication, une nouvelle expression et nous en sortons, nous n’y restons pas. Pouvez-vous juste explorer ce qui se trouve au fond ? Qu’est-ce que c’est ? Simplement remettre en question et voir avec cette question. Ne soyez pas impatients, en disant « Non, il n’y a rien au fond ». Parce que si vous regardez très rapidement et que vous ne voyez rien, vous pouvez dire que rien ne se trouve au fond. L’intellect joue à des jeux très, très épineux. Encore et toujours, même dans un état de clarté, il crée de la confusion. Cette clarté et l’intellect sont voisins – il y a une ligne de démarcation. Vous passez d’une dimension à l’autre si rapidement que vous devez être très prudent à ce niveau. Tout faux pas vous emporte, c’est un chemin étroit de l’épaisseur d’un cheveu.

Pouvez-vous explorer plus profondément ? Plus profondément que ce qui est ? Car de ce silence, vous arrivez à un point où un côté vous emmène dans une dimension inconnue, et l’autre vous ramène dans le domaine intellectuel. Et essayer d’aider les autres, d’éclairer les autres, sont les façons de revenir de l’intellect.. Partager cette illumination avec les autres est la voie de l’intellect.

Q : L’intellect cherche-t-il une confirmation…

Dr : L’intellect veut s’enfuir parce que l’intellect n’est pas habitué à cet état, l’intellect y est silencieux. Dans cet état, l’intellect devient inefficace. Il ne peut pas affirmer sa suprématie, alors il trouve des moyens pour continuer d’une manière ou d’une autre – c’est l’élan de cet inconscient, de ces désirs refoulés. Ces désirs prennent la forme de la pensée et poussent à vous en sortir. Donc la seule question est, pouvez-vous rester dans ce silence ? Laissez ce silence opérer, et découvrez quelque chose. Voyez si dans la profondeur du silence, il y a autre chose. Voir cela est la seule chose qui reste à faire – ne pas partager vos expériences avec les gens et donner des conférences et des exposés pour les éclairer. Car, bien que le partage existe, il ne peut être réalisé ni intellectuellement ni par la force de la volonté. Cela ne signifie pas que le partage n’a pas lieu, que l’enseignement et l’apprentissage n’ont pas lieu, mais ce n’est pas la voie de l’intellect. Lorsque l’enseignement et l’apprentissage ont lieu comme activité de l’ego, c’est un voyage de l’ego, ce n’est pas enseigner ou apprendre. Le partage vient de l’intensité. S’il y a deux personnes dans un état d’intensité, alors le partage a lieu, l’enseignement et l’apprentissage ont lieu. Mais quand cette intensité fait défaut, comment pouvez-vous créer cette intensité ? Comment pouvez-vous créer cette intensité dans un autre s’il ne la veut pas ? Et il ne suffit pas de dire « je veux », car beaucoup de personnes souffrantes, dans un état conditionné, demandent le contraire de ce qu’elles ont. Demander le contraire n’est pas de l’intensité, c’est un désir dans la direction opposée. C’est une activité de l’ego, qui ne peut apporter aucune aide.

L’intensité est donc quelque chose qui brûle, qui est ressentie, qui rend possible la réponse. Si vous avez une telle intensité de recherche, tôt ou tard vous rencontrerez quelqu’un avec qui vous pourrez partager. Si vous avez cette flamme de compréhension, vous n’aurez pas à aller faire de la publicité dans les journaux ou à publier des prospectus. Les gens qui doivent partager viendront vous rencontrer. Mais alors ce n’est plus un trip de l’ego, cela se produit juste comme résultat de l’harmonie universelle, du développement des deux pôles d’intensité : le négatif et le positif, le nord et le sud, ou le mâle et la femelle, ou le gourou et le disciple, l’homme et la femme, peu importe comment vous voulez l’appeler, peu importe la manière dont ça se manifeste. Mais cette intensité se bâtit ensemble au même moment, au même niveau, sur deux pôles ; alors seulement se produit cette explosion, ce partage, cette initiation ou cette compréhension.

Aucun homme éveillé, gourou, yogi ou saint, par n’importe quelle quantité d’imagination, de force ou de volonté ne peut le faire ; personne ne peut le faire. Vous pouvez provoquer certains états différents ; vous pouvez éveiller la kundalini de quelqu’un ou vous pouvez utiliser le pouvoir de la pensée pour remuer quelqu’un, pour le stimuler. Vous pouvez effrayer quelqu’un en le soumettant à votre pouvoir de pensée, en concentrant votre énergie. Mais vous ne pouvez pas ouvrir quelqu’un. Pour cette ouverture, vous avez besoin d’une intensité des deux pôles – une intensité égale. En d’autres termes, vous pourriez dire que si un gourou digne est nécessaire, alors un disciple digne est également nécessaire.

D : Un digne gourou, un digne disciple deviennent une seule personne.

Dr : Oui, si les deux sont valables, où est le haut ou le bas, où est la différence ? La difficulté ne vient que lorsque l’un est digne et l’autre indigne, alors la difficulté survient.

D : S’ils sont tous deux dignes, c’est juste une pure attraction d’énergie qui les réunit.

Dr : Donc, une fois que vous avez cette intensité, faites attention à cette intensité, allez y de plus en plus profondément, expérimentez de plus en plus ce qui se cache derrière elle. Apportez cette transformation totale dans la psyché, laissez cette énergie s’emparer de votre système nerveux, de votre mental, laissez-la se refléter dans votre corps. Quand vous serez prêt, si vous devez la diffuser, si vous devez la rayonner à quelqu’un d’autre, les personnes qui y sont sensibles y seront attirées. Peu importe où vous vous trouvez, vous n’avez pas à écrire des livres ou à utiliser la télévision et la radio pour faire de la propagande ; ce n’est pas nécessaire. Ça peut arriver tout seul, mais vous n’avez pas à vous en soucier. Ces intensités opèrent universellement, partout, de tous les coins du globe. Le bon type de personnes se réunira, c’est une loi. Alors ne soyez jamais pressé d’éveiller d’autres personnes. Est-ce que ça a été suffisant pour aujourd’hui ?

D : C’est drôle – au moment où cette intensité s’est produite, il y a eu un partage par son biais en posant les questions. Il semble que l’intensité se produise ou le partage se produit lorsque nous comprenons tous au même moment que nous ne savons pas.

Dr : Et au moment où vous dites : « Eh bien, voici un nouvel homme qui ne connaît pas une chose fondamentale, il ne connaît même pas la bonne de la mauvaise question », vous vous séparez et vous vous endormez. Mais au moment où chacun d’entre nous réalise qu’il ne sait pas, on est dedans.

M : Mais il n’y a pas de bonne ou mauvaise question, n’est-ce pas ? Je veux dire, ça arrive simplement – une personne pose une question et c’est la bonne question parce que c’est là qu’elle se trouve.

Dr : Non. Parce que la même question peut être posée de deux manières, la mauvaise et la bonne. Votre besoin peut être urgent, votre besoin peut être vrai ; mais vous pouvez la formuler de telle sorte que vous puissiez recevoir des coups de pied au lieu de baisers, juste par une mauvaise question.

M : Je suppose que les mots que la personne utilise n’ont pas d’importance, tant qu’il y a l’intensité de l’énergie.

Dr : Oui. Cette intensité amènera tôt ou tard la bonne question, mais la bonne question est toujours nécessaire. Parce que l’intensité est le début, la bonne question est la fin. Sans cette intensité, il n’y aura pas d’exploration du tout. Mais une simple enquête peut ne pas suffire ; il faut une réponse, une réponse de quelque part. Si vous ne savez pas, la nature vous donnera la réponse, quelqu’un qui connaît la réponse arrivera. Donc c’est comme ça, une fois que vous avez cette honnêteté qui est une intensité d’énergie alors la bonne question arrive tôt ou tard. En posant de mauvaises questions, en obtenant de mauvaises réponses, cette intensité, cette honnêteté n’est pas satisfaite. Vous êtes obligé d’arriver à la bonne question.

Laissez-moi vous donner un exemple simple lié à la bonne et à la mauvaise question. Supposez que vous arriviez à cet état ou à cette dimension, à cet état de silence ou d’énergie, et parce que l’esprit est conditionné, c’est quelque chose de nouveau pour lui. Immédiatement la question est posée, « Comment puis-je être toujours dans cet état ? » C’est une fausse question. Parce que « je » ne peut pas du tout être dans cet état, c’est un état dépourvu de « je ». Une fois que vous y avez introduit le « je », c’est fini. Voyez l’importance de cette question. Une fausse question détruira cet état immédiatement. Donc vous voyez que ça se déforme. Ça ne reste pas, c’est votre expérience. Et d’une manière ou d’une autre, vous voulez que cette souffrance se termine, que ce conflit prenne fin. Vous pensez que c’est un état qui en vaut la peine, et vous ne voulez pas retourner à votre nature mécanique. Il y a donc urgence, il y a un besoin. Mais au moment où vous posez la fausse question, « Comment le maintenir ? », alors quelqu’un peut venir en disant, « Répétez ce mantra, respirez profondément, ou chantez ou dansez et ce sera réparé. » Rien de tel ne marchera. Cet état est au-delà des méthodes, des techniques ou des systèmes. Rien ne peut le régler. Lorsque quelque chose est arrangé, ce n’est pas cette énergie du silence, mais un état psychologique. Cette énergie ne peut être fixée par aucune technique ou méthode, car elle vient sans techniques ou méthodes. Quand nous parlions ou partagions, nous n’utilisions aucune technique ou méthode. Vous avez posé une question que vous vouliez poser ; je lui ai seulement donné une direction. Une fois que la direction était bonne, l’énergie était là. On n’a pas utilisé de technique pour cela.

M : C’était une technique…

Dr : Oui, c’est le problème. L’esprit ne peut pas fonctionner sans ces sillons qu’il appelle techniques. Quelle était la technique, Monsieur, pouvez-vous me le dire ?

M : Eh bien, la technique qui consiste à essayer de ne pas penser…

Dr : Très bien, Monsieur, maintenant essayez de ne pas penser. Laissez-moi voir si vous pouvez arrêter de penser ? Combien de fois avez-vous essayé de ne pas penser, et avez-vous réussi ?

Une technique signifie quelque chose que l’on peut répéter de façon certaine. Une chose est une technique si elle permet de dire avec une probabilité de quatre-vingt-dix-neuf pour cent qu’un résultat particulier suivra si vous l’appliquez.

M : Vous pouvez utiliser n’importe quelle technique ou n’importe quel rituel pour vous mettre à l’aise, mais c’est la dernière béquille. Il faut que vous éliminiez cette dernière technique, c’est ce que je sens sincèrement. J’essaie.

Dr : La sincérité est un trait très superficiel de l’esprit humain, très superficiel. Qu’est-ce que la sincérité ? Répéter votre aveuglement à l’infini peut être de la sincérité. La sincérité ne peut que renforcer et fortifier votre cécité ; elle ne va pas nécessairement vous éclairer. Vous pouvez être très sincère dans votre aveuglement, dans votre stupidité, dans votre violence, dans n’importe quoi. La sincérité peut vous satisfaire, mais c’est tout ; avec la sincérité vous pouvez être satisfait dans l’état que vous voulez. Et une fois que vous pensez être sincère, vous cessez de remettre en question quoi que ce soit, vous vous bloquez.

D : Docteur, laissez-moi comprendre ce processus qui se passe ici. Cette énergie arrive de façon dispersée, oui ? Tout d’un coup, elle est tournée sur elle-même et il y a une certaine attention, mais cet ego se gonfle à nouveau. Maintenant, il essaie d’atteindre un état d’attention. Dans cette tentative, il a le choix. En essayant de récupérer cette énergie, la spontanéité a disparu.

Dr : Vous ne pouvez pas la récupérer ; c’est important de le comprendre. Vous avez commencé par la compréhension que tout votre processus intellectuel est limité. Vous vous êtes rendu, les mains en l’air, puis l’énergie est arrivée. Maintenant, dans votre propre arrogance, vous pensez que vous pouvez jouer avec cette énergie, que vous pouvez jouer avec l’attention, que vous pouvez jouer avec tout – vous pensez que vous avez des choix. Mais c’est encore l’ego.

D : Donc, en d’autres termes, cet ego vous convainc qu’il pourrait coexister avec cet état.

Dr : Oui ou que vous pouvez contrôler l’univers entier, que vous avez des choix et que vous pouvez faire ce que vous voulez.

Il y a donc maintenant un défi à relever. Vous essayez avec toute votre habileté, toute votre intelligence, toute votre énergie ; vous essayez de prêter attention et d’amener cet état d’attention. Vous allez essayer n’importe quelle méthode, n’importe quelle technique pendant des années, en essayant de réussir même une fois. Mais l’attention ne vient pas par choix, par votre volonté, par votre effort. Par votre volonté ou votre effort, la seule chose qui peut venir est la concentration. Vous pouvez vous concentrer, vous ne pouvez pas créer l’attention.

L : La plupart du temps, je trouve que je ne fais pas attention quand je pense à faire attention. Je fais quelque chose et je pense, « Je dois faire attention, je dois être conscient. » Quand j’y pense, tout le concept d’attention n’est qu’un processus de pensée.

Dr : Donc, c’est ce que je dis – pouvez-vous faire attention volontairement ? Vous ne pouvez que constater qu’il s’agit d’une situation urgente et que vous êtes inattentif, c’est tout. C’est la seule chose. Vous conduisez une voiture sur l’autoroute, et soudain vous vous sentez somnolent. Vous ne dites pas : « Oh, non, non, je devrais me réveiller. »

D : Il suffit de se rendre compte que vous êtes somnolent.

Dr : C’est tout. Mais quand vous avez été dans ces techniques et méthodes, vous vous mettez dans la tête que vous pouvez aller dans n’importe quel état à volonté. Ces méthodes et techniques vous donnent cette illusion. Vous ne comprenez pas que par la volonté ou la technique vous ne pouvez atteindre que certains états psychiques. Si vous dites « je peux être attentive » ou « laissez-moi être attentive », cette pensée, elle-même, vient d’un état d’inattention. Quand vous êtes dans un état d’attention, vous ne dites pas : « Je peux faire ceci ou cela. » Alors vous ne pouvez pas faire deux choses, vous ne pouvez faire que la seule chose que vous êtes en train de faire alors vous êtes attentif. Vous ne pouvez pas dire : « Je peux être attentif si je le veux. » Vous n’avez pas le choix. Vous pouvez essayer, mais essayer est encore une résistance ; vous résistez à un état d’inattention, c’est tout. Et vous continuez à essayer – vous vous asseyez tranquillement, et vous pensez, « Très bien, laissez-moi arrêter mon esprit, pas de pensées, pas de pensées. » Et comment l’esprit joue avec cette illusion. Si vous voyez globalement, cette inattention joue sur elle-même d’une manière très insidieuse et malicieuse. Au début, nous avons commencé par la nature de la conscience. Nous avons commencé à explorer la portée des processus intellectuels, leurs authenticités et leurs validités. Et en prêtant attention à cela et en voyant les limites, le processus intellectuel s’est arrêté. Maintenant, l’esprit dit : « Je veux que ça s’arrête » et redémarre son processus de pensée. L’esprit pense qu’il s’est arrêté parce qu’il voulait s’arrêter – il a voulu tant de fois s’arrêter. Mais cela ne s’arrête pas, alors il va voir les maîtres et les gourous qui lui donnent des mantras. Si vous réussissez à arrêter votre processus de pensée par la force, vous n’avez fait que créer une division dans l’esprit. L’esprit n’est plus sensible, il combat une certaine partie de lui-même. Alors vous ne produisez qu’un état de vide, et non l’attention. Il y a une qualité différente dans la blancheur de la résistance forcée – que vous appelez le silence – qui est produit par le chant, par le mantra ou par une technique quelconque. Il est différent de ce silence qui résulte de la compréhension totale du processus intellectuel.

20 décembre 1973