Sélection de l’équipe de La Fondation
N’avez-vous pas envie de découvrir si l’on peut vivre en ce monde une vie riche, pleine, heureuse et créative, sans cette pulsion destructrice de l’ambition, et sans compétition ? Ne voulez-vous pas savoir comment vivre de façon à ce que votre existence n’écrase personne, ne fasse jamais d’ombre à personne ?
Tout cela, voyez-vous, nous semble un rêve utopique, irréalisable dans les faits. Mais je ne m’occupe pas d’utopie, ce serait absurde. Nous sommes des gens simples, vous et moi, des gens ordinaires : pouvons-nous vivre une existence créative dans ce monde sans être mus par cette ambition qui s’affiche partout, dans le désir de pouvoir, le désir de faire carrière ? Vous trouverez la bonne réponse quand vous aimerez ce que vous faites. Si vous êtes ingénieur « parce qu’il faut gagner sa vie », ou parce que votre père ou votre milieu social l’attendaient de vous, c’est une forme de contrainte et toute contrainte engendre une opposition et un conflit. En revanche, si vous aimez vraiment être ingénieur ou chercheur scientifique, ou si vous avez le goût de planter des arbres, de peindre, ou d’écrire des poèmes, non pour être reconnu mais simplement parce que vous adorez ça, vous verrez que vous n’entrerez jamais en compétition avec personne. Je pense que la clé est là : aimer ce que vous faites.
Extrait du livre de Krishnamurti « Que faites-vous de votre vie ? »
Quel gâchis nous faisons de notre existence !
Ils défilaient en un long cortège, les généraux avec leurs décorations, leurs uniformes rutilants, leurs chapeaux à plumes, leurs médailles de cuivre, leurs épées et leurs éperons ; la noble dame dans son carrosse, en tenue d’apparat, entourée de soldats, puis d’autres uniformes venant à la suite, des chapeaux hauts de forme. Les gens les regardaient, bouche bée. Ils auraient aimé faire partie de ce défilé. Si vous dépouillez ces personnages de leurs uniformes, de leurs plumes et de leurs noms ronflants, ils seront identiques à ceux qui sont là, au bord de la route — des moins-que-rien ébahis. C’est la même chose partout : le nom, la situation, le prestige — c’est tout ce qui compte. L’écrivain, l’artiste, le musicien, le chef d’orchestre, le directeur d’une grosse société — privez-les de leur apparat et de leur petite situation, que reste-t-il alors ? Il y a ces deux choses : le prestige et la fonction. On exploite la fonction pour accéder au prestige. La confusion naît quand on accorde du prestige à la fonction, pourtant les deux se chevauchent continuellement. On regarde de haut le cuisinier et on respecte l’homme en uniforme. Et nous sommes tous embarqués dans ce défilé — irrespect pour l’un et respect pour l’autre.
On se demande, si l’on se dépouillait du prestige, du statut, de l’éclat des titres, du mobilier, des souvenirs défunts, ce qu’il resterait vraiment… Si l’on a des aptitudes, il ne faut pas les minimiser. En revanche, si de telles capacités sont mises à profit pour acquérir une situation, un pouvoir, un statut, alors les dégâts s’annoncent. Les aptitudes sont exploitées pour de l’argent, une situation, un statut. Si l’on est dénué de capacités, on peut, même alors, jouir d’un statut par le canal de l’argent, de la famille, du contexte héréditaire ou social. Tout cela est vulgarité pure. Et nous y participons. Qu’est-ce qui nous rend si vulgaires, si ordinaires, si moches ? La laideur est directement proportionnelle à l’importance du statut. Ces spectateurs bouche bée face à l’interminable défilé — c’est nous. Le spectateur ébahi crée le statut qu’il admire, de même que la reine dans son carrosse doré. Les deux sont également vulgaires.
Pourquoi sommes-nous pris dans ce courant ? Pourquoi prenons-nous part à tout ceci ? Le public est aussi responsable du spectacle que ceux qui se pavanent sur scène. Nous sommes les acteurs et l’auditoire. Quand nous protestons contre l’étalage du statut social, ce n’est pas un signe de désaveu, mais plutôt le signe que nous y attachons de l’importance ; nous aimerions bien être nous-mêmes sur scène — « ou tout au moins mon fils »… Nous lisons tout ceci, peut-être avec un sourire ironique ou amer, en réfléchissant sur la vanité du spectacle, mais nous regardons le défilé. Pourquoi ne pouvons-nous pas, quand nous le regardons, rire pour de bon et rejeter tout ça ? Mais pour ce faire, le rejet doit avoir lieu en nous-mêmes, et pas seulement à l’extérieur.
Voilà pourquoi on quitte le monde pour se faire moine ou sannyasi. Mais là aussi il y a un statut particulier, une situation et une illusion spécifiques. La société crée le sannyasi et le sannyasi incarne la réaction face à la société. Là aussi, il y a vulgarité et étalage. Y aurait-il des moines si le statut de moine n’était pas reconnu ? Ce salut de reconnaissance adressé au moine est-il si différent de celui adressé aux généraux ? Nous sommes tous impliqués dans ce jeu — et pourquoi y jouons-nous ? Est-ce en raison de notre totale indigence intérieure, de notre insuffisance totale, que ni le livre, ni les prêtres, ni les dieux ne pourront jamais combler ? Ni votre ami ni votre femme ne peuvent la combler. Cela veut-il dire que nous avons peur de vivre avec le passé, avec la mort ?
Quel gâchis nous faisons de notre existence ! Que nous soyons dans le défilé ou hors du défilé, nous en faisons toujours partie, tant que persiste ce vide atroce. C’est ce qui nous rend vulgaires, craintifs, et voilà pourquoi nous nous attachons et devenons dépendants. Et tous les conflits liés au défilé persistent, que vous soyez dans ses rangs ou que vous l’admiriez depuis la tribune. Quitter tout cela, c’est être délivré de ce vide. Mais si vous essayez, ou si vous décidez de quitter tout cela, cela vous est impossible, car « tout cela », c’est vous-même. Vous en faites partie, vous ne pouvez donc rien y faire. Ce qui délivre de ce vide, c’est le rejet de cette vulgarité qui n’est autre que vous-même. Ce rejet consiste en une attitude d’inaction totale à l’égard du vide.
Extrait du livre de Krishnamurti « Un esprit calme et silencieux »
Vidéo : Quelle est la bonne manière de gagner sa vie ?
Est-il possible d’être libre de la souffrance ?
Est-il possible de vivre dans ce monde sans problèmes ni conflits ? Pour la plupart d’entre nous, la vie, notre vie quotidienne, est une succession de luttes, de conflits, de souffrances et de diverses formes d’anxiété. Mais est-il possible, dans ce monde fou, de mener une vie dans laquelle aucune forme de problème ni de conflit n’existe ? Il peut sembler plutôt absurde d’envisager une telle chose, de vivre sans le moindre conflit. L’examen de cette question exige une intelligence, une énergie et une application considérables. Ainsi, si nous pouvions réfléchir ensemble, nous pencher sur ce problème : existe-t-il un art de vivre qui permette de mener une vie quotidienne sans toute cette agitation, sans la douleur du changement et sans l’anxiété qui l’accompagne ? Est-il possible de vivre une telle vie ? Poser une telle question peut sembler tout à fait incroyable, car notre vie, du moment où nous naissons jusqu’à notre mort, est une succession de conflits et de luttes, avec l’ambition qui cherche à se réaliser, et la douleur, la peine et le plaisir de l’existence.
L’art de vivre est l’art le plus grand, le plus important des arts
Examinons donc cette question de l’art de vivre dans la vie quotidienne. Nous avons de nombreux arts : la peinture, la fabrication d’une chaussure merveilleuse, l’ingénierie, l’art de la communication — il existe de très nombreux arts. Mais la plupart d’entre nous ne se sont jamais posé cette question de l’art de vivre. L’art de vivre est l’art le plus grand, le plus important des arts. Malgré cela, nous n’avons pas enquêté en profondeur ce qu’est l’art de vivre notre vie quotidienne, qui exige tant de subtilité, de sensibilité et une grande liberté. Sans liberté, vous ne pouvez pas découvrir ce qu’est l’art de vivre. Ce n’est ni une méthode ni un système. Il ne s’agit pas de demander à un autre comment trouver l’art de vivre, mais cela exige une activité intellectuelle considérable et une honnêteté profonde et constante.
Très peu d’entre nous sont honnêtes. La situation empire de plus en plus dans le monde : nous ne sommes pas des gens honnêtes. Nous disons une chose et en faisons une autre, nous parlons de philosophie, de Dieu, de toutes les théories inventées par les anciens Indiens, et nous sommes plutôt doués pour tout ce genre de choses. Mais le mot, la description et l’explication ne sont pas l’acte ou l’action, et c’est pourquoi il y a beaucoup de malhonnêteté. Pour explorer l’art de vivre, il faut une honnêteté fondamentale, inébranlable, immuable, une honnêteté qui ne peut être corrompue, qui ne s’ajuste pas à l’environnement, aux exigences ou aux diverses formes de défis. Il faut une grande intégrité pour le découvrir, car nous sommes confrontés à un problème très complexe. Il n’est pas facile de mener une vie parfaitement ordonnée qui ne gaspille pas d’énergie, une vie sans illusion ni tradition. La tradition, qu’elle soit ancienne ou moderne, ne fait que perpétuer l’ancien schéma, et l’ancien schéma ne peut en aucun cas s’ajuster au nouveau.
Vous mettez donc votre cerveau à contribution, avec votre propre sens d’urgence et d’exigence, pour découvrir s’il existe un mode de vie totalement ordonné. Alors, s’il vous plaît, si vous le voulez bien, soyez sérieux. Vous ne serez peut-être pas sérieux pour le reste de l’année, ou pour le reste de la semaine, mais au moins une fois dans votre vie, soyez sincère, soyez complètement honnête avec vous-même. Alors, nous pourrons ensemble explorer la question de l’art de vivre. Comment allons-nous le découvrir ? L’art consiste à mettre chaque chose à sa place, sans exagérer l’une ou l’autre, sans accorder plus d’importance à son instinct ou à ses pulsions dans une direction et en négligeant l’autre.
Pour explorer l’art de vivre, il faut une honnêteté immuable
S’il vous plaît, voyez à quel point il est important de trouver un mode de vie dans lequel les conflits et les problèmes n’existent pas. Les conflits et les problèmes gaspillent notre énergie, et il faut découvrir pourquoi les problèmes existent. Nous parlons des problèmes des êtres humains. Nous sommes d’abord des êtres humains, puis des scientifiques, des ingénieurs, des hommes d’affaires et tout le reste. Nous sommes d’abord des êtres humains, mais lorsque vous accordez de l’importance à autre chose, vous l’oubliez.
L’art de vivre signifie mener une vie quotidienne avec la précision et l’exactitude extraordinaires de l’ordre. L’ordre ne signifie pas la conformité, le fait de suivre et de s’adapter à un modèle. Cela signifie devenir pleinement conscient, lucide quant à son propre désordre. Intérieurement, nous vivons dans le désordre et la contradiction. Dans l’effort pour changer « ce qui est » en « ce qui devrait être », il y a un intervalle durant lequel le conflit a lieu. Et ce conflit est l’essence même du désordre. Là où il y a division en nous psychologiquement, il doit y avoir conflit et donc désordre. Tant qu’il y a désordre, essayer de trouver l’ordre est encore du désordre.
Je suis confus ; ma vie est en désordre. Je suis fragmenté, brisé intérieurement, et à partir de cette confusion, je crée un modèle, un idéal, un plan, et je dis que je vais vivre selon ce plan. Mais l’origine de ce plan naît de ma confusion. Ce que je dois donc comprendre, c’est pourquoi je suis confus et en désordre. Si je peux comprendre cela, à partir de cette compréhension et de cette perception, l’ordre vient naturellement, sans effort. Autrement dit, si je peux trouver la cause de ma confusion, la confusion n’existe plus, et il y a de l’ordre. Alors, quelle est la cause ? Si je suis malade, je vais chez le médecin. Le médecin me dit que je mange des choses qui perturbent mon organisme, alors il me dit de ne pas le faire. Je change donc : je mange correctement. De la même manière, si nous pouvons trouver la cause, l’effet est modifié. Et s’il y a un changement dans l’effet, il y a un changement dans la cause.
Le désordre peut être totalement éliminé
Ainsi, l’ordre n’est possible que lorsque nous comprenons la nature du désordre. La nature du désordre peut être totalement éliminée. Si je me dispute avec ma femme ou mon mari, je cherche à savoir pourquoi nous nous disputons. Nous disons : « Parlons-en, voyons pourquoi nous nous disputons », et ainsi nous commençons à communiquer l’un avec l’autre et finissons par parvenir à un point où nous sommes tous les deux d’accord. De la même manière, vivre ensemble une vie parfaitement ordonnée — voilà l’art de vivre.
L’art de vivre implique également qu’il ne devrait y avoir aucune peur — la peur de l’insécurité psychologique, la peur de la mort, la peur de ne pas réussir, la peur de perdre ou de gagner — tout le problème de la peur. Est-il possible d’être totalement libre de la peur ? Un esprit effrayé est un esprit engourdi, incapable d’observer. Nous sommes tous effrayés intérieurement, et l’activité intérieure façonne et contrôle l’extérieur. Nous vivons avec la peur depuis l’enfance, mais quelles sont sa nature et sa structure ? Comment la peur surgit-elle ? Quelle en est la cause profonde ? Il existe diverses formes de peur — allons-nous les traiter une par une, ou allons-nous en découvrir la racine, la cause ? Quelle est la racine de la peur ? Qu’est-ce qui provoque toute cette peur ? La peur est extrêmement destructrice. Si l’on vit dans une tension nerveuse, en se sentant petit, effrayé, toutes sortes d’actions névrotiques se produisent, où l’on est irrationnel tout en prétendant être rationnel. Il est donc important de découvrir par soi-même la racine de la peur. Y a-t-il plusieurs racines ou une seule ?
Le passage de « ce qui est » à « ce qui devrait être » est l’une des causes de la peur. Il se peut que je n’y parvienne jamais, et cela m’effraie. J’ai aussi peur de ce qui se passe maintenant, et du passé. Mais qu’est-ce que la peur elle-même ? Comment naît-elle ? Si vous et moi pouvons marcher ensemble, voyager ensemble au cœur de la nature de la peur, et que vous saisissez la vérité de la cause de la peur, alors vous êtes libre. À moins que vous ne souhaitiez vivre dans la peur pour le reste de votre vie, ce qui vous donne au moins l’impression d’avoir quelque chose à quoi vous accrocher.
Que sont le passé, le présent et le futur ? Le passé, c’est tout ce que vous avez accumulé en tant que mémoire, le souvenir des choses révolues. Le présent, c’est le passé qui se modifie en futur. Vous êtes donc les souvenirs — toute l’accumulation du passé. Vous êtes cela, un faisceau de souvenirs. Si vous n’aviez pas de souvenirs, vous n’existeriez pas. Vous êtes donc cela. Le passé s’est accumulé au fil du temps : j’ai vécu une expérience il y a une semaine, et cette expérience a laissé un souvenir. Ce souvenir est né de l’expérience passée. Quand j’utilise le mot « passé », il y a déjà du temps. Le passé, c’est donc le temps. Le passé, est connaissance et expérience, emmagasinées dans le cerveau sous forme de mémoire, et de la mémoire naît la pensée. Le temps et la mémoire constituent donc le passé, et le temps et la pensée sont une seule et même chose, ils ne sont pas séparés.
Ainsi, la peur est à la fois temps et pensée. J’ai fait quelque chose il y a une semaine, ce qui a engendré de la peur. Je me souviens de cette peur et je veux empêcher qu’elle ne se reproduise. Ainsi, l’incident passé a produit la peur, et il est enregistré dans le cerveau sous forme de mémoire. Cet enregistrement est le temps. Et la pensée est aussi le temps, car la pensée naît de la mémoire, de la connaissance ou de l’expérience. Ainsi, la pensée et le temps vont de pair, ils ne sont pas séparés. Et le temps-pensée est-il la racine de la peur ? Ne dites pas : « Comment puis-je arrêter le temps et la pensée ? » Si vous demandez « comment », vous exigez un système, une méthode, et vous la pratiquerez, ce qui implique le temps, et vous retombez dans le même vieux schéma. Mais si vous comprenez, saisissez, avez un insight (perception directe) de la nature de la peur et de sa cause, qui est la pensée et le temps, si vous saisissez vraiment cela, alors retenez-le, ne fuyez pas.
La mort est l’une des peurs fondamentales de la vie
La peur naît de quelque chose qui s’est produit auparavant. La douleur d’hier est enregistrée et le souvenir, qui est cet enregistrement, dit : « J’espère que cela ne se reproduira pas ». Tout ce processus est la peur. Si vous en comprenez le principe, la nature fondamentale de la peur, vous pouvez y faire face, mais si vous fuyez la peur, en essayant de la rationaliser, alors vous serez effrayé pour le reste de votre vie. Ainsi, la racine de la peur est la pensée-temps. Si vous comprenez cela, vous en voyez la beauté et la subtilité.
La mort est l’une des peurs fondamentales de la vie. La mort est une certitude absolue pour tout le monde. Vous ne pouvez pas y échapper. Vous pourriez vivre plus longtemps en ne gaspillant pas votre énergie, en menant une vie simple, saine et rationnelle, mais, quelle que soit la façon dont vous vivez, la mort est inévitable. Seriez-vous prêt à affronter ce fait ? Quel est l’art de vivre pour ne pas avoir peur de la mort ? Pourquoi avons-nous peur de la mort ? Pourquoi y a-t-il ce tourment et cette souffrance liés au fait de quitter sa famille et tout ce que l’on a accumulé ? L’art de vivre ne consiste pas seulement à découvrir comment mener notre vie quotidienne, mais aussi à découvrir le sens de la mort. Qu’est-ce que la mort ? Qu’entendons-nous par « mourir » ? Si nous pouvons comprendre cela, alors la vie et la mort peuvent coexister, non pas la mort à la fin de la vie lorsque l’organisme cessera de fonctionner, mais vivre avec la mort et la vie ensemble. Posez-vous cette question : est-il possible de vivre avec la mort — ce qui est l’art de vivre. Pour le découvrir, vous devez découvrir ce qu’est vivre, ce qui est un art. S’il existe une bonne façon de vivre, peut-être que la mort en fait également partie.
Alors, qu’est-ce que vivre ? Vous devez répondre à cette question par vous-même. Qu’est-ce que votre vie ? Qu’est-ce que votre vie quotidienne ? Votre vie est une longue série de vies quotidiennes, faites de douleur, d’anxiété, d’insécurité, d’incertitude, de dévotion illusoire à quelque entité que vous avez inventée, une vie imaginaire, faite de foi et de croyances. Vous êtes attaché à votre maison, à votre argent, à votre femme ou à votre mari, à vos enfants. Vous êtes attaché. Voilà votre vie : lutte constante, effort, confort, douleur, solitude, chagrin. Et vous avez peur de laisser tout cela. Je suis attaché à mes meubles. Je ne les donnerai pas ; ils sont à moi. J’ai vécu avec eux pendant des années, et ils font partie de moi. Quand je suis attaché à ces meubles, ces meubles, c’est moi. Mais la mort vous dit : « Mon ami, tu ne peux pas les emporter avec vous ». Alors, pouvez-vous vous libérer totalement de cet attachement à ces meubles ? Vous pouvez vivre avec ces meubles, mais vous êtes libre de tout attachement à eux. C’est cela, la mort. Ainsi, vous vivez et mourez en permanence. Voyez-en la beauté ! Voyez la liberté que cela vous donne, l’énergie et la capacité. Là où il y a attachement, il y a peur, anxiété et incertitude. L’incertitude et la peur engendrent la souffrance.
L’art de vivre est de n’avoir ni peur ni souffrance
La souffrance fait partie de la vie. Tout le monde sur terre a souffert, a versé des larmes. Tout au long de l’histoire, l’homme a tué l’homme au nom de la religion, de Dieu et de la nation. L’homme a énormément souffert. Et nous n’avons jamais été capables de résoudre le problème de la souffrance. Là où il y a de la souffrance, il n’y a pas d’amour. Dans la souffrance, il y a l’apitoiement sur soi-même, la peur de la solitude, la séparation, la division, le remords, la culpabilité — tout cela est contenu dans ce mot. N’ayant pas résolu ce problème, nous le supportons, nous versons des larmes et nous accumulons des souvenirs. Y a-t-il une fin à la souffrance, ou devons-nous porter ce fardeau pour toujours et à jamais ? Le découvrir, c’est aussi l’art de vivre. L’art de vivre est de n’avoir ni peur ni souffrance. C’est donc l’un des problèmes de la vie : est-il possible de vivre sans souffrance ?
Qu’est-ce que la souffrance ? Pourquoi souffrons-nous ? Nous n’avons pas examiné la souffrance ni demandé si elle pouvait prendre fin, non pas à la fin de notre vie, mais maintenant, aujourd’hui. Quelle en est la cause ? Est-ce l’apitoiement sur soi-même ? Est-ce l’attachement ? Qu’est-ce que cet attachement ? À qui suis-je attaché ? À mon fils ? Qu’est-ce que mon fils ? J’ai une image de lui, je veux qu’il devienne quelque chose, et je suis désespérément attaché parce qu’il reprendra mon entreprise, qu’il sera plus doué pour gagner plus d’argent. De plus, j’éprouve une certaine affection pour lui. Nous n’appellerons pas cela de l’amour, mais une certaine forme d’affection. Je veux qu’il hérite de mon argent, de mes biens et de ma maison, et quand il mourra, tout disparaîtra. C’est-à-dire que mon image de lui, mon désir qu’il soit ceci ou cela, tout cela prendra fin, et j’en suis bouleversé.
La mort, bien sûr, est la souffrance ultime. Mais si vous vivez avec la mort et la vie ensemble, il n’y a pas de changement. Vous vous incarnez à nouveau chaque jour — pas vous ; une chose nouvelle s’incarne à nouveau chaque jour. En cela, il y a là une grande beauté. C’est la création. Il y a là une immense liberté. La liberté implique l’amour. L’art de vivre et l’art de mourir, ensemble, engendrent un grand amour. L’amour a sa propre intelligence, quelque chose qui se situe en dehors du cerveau.
Krishnamurti à Bombay 1984, discours 3
Vidéo : Une possibilité de changement
Les justes moyens de subsistance dans le monde réel
Qu’est-ce qui, d’après vous, est le moyen juste de gagner sa vie ? Pas le plus pratique, ni le plus profitable, ni le plus agréable ou le plus lucratif, mais le moyen juste ? Mais comment allez-vous faire pour découvrir ce qui est juste ? Le mot « juste » signifie correct, exact. La correction est exclue si vous faites quelque chose par intérêt ou par plaisir. Le problème est très complexe. Tout ce que la pensée a élaboré constitue la réalité. Cette tente est le fruit d’une élaboration de la pensée, c’est la réalité. L’arbre n’a pas été élaboré par la pensée, mais c’est la réalité. Les illusions ont une réalité ? les illusions qu’on se fait, l’imagination, tout cela est le réel. Et l’action issue de ces illusions est névrotique, mais c’est encore la réalité. Donc, lorsqu’on pose la question : « Quels sont les moyens justes de gagner sa vie ? », il faut comprendre ce qu’est la réalité, le réel. Le réel n’est pas la vérité.
Alors. qu’est-ce qu’une action qui soit correcte sur le plan du réel ? Et comment allez-vous découvrir ce qui est correct dans cette réalité ? découvrir par vous-même, et non suivre des directives ? Nous devons donc trouver ce qu’est l’action correcte, exacte, pertinente, autrement dit le moyen juste de gagner sa vie dans l’univers de la réalité ? le réel incluant l’illusion. Ne fuyez pas, ne vous écartez pas ; la croyance est une illusion, et les activités découlant de la croyance sont névrotiques ; le nationalisme et tout le reste sont une autre forme de réalité, mais constituent une illusion. Donc, considérant que tout cela fait partie du réel, quelle est l’action juste dans ce plan-là ?
Qui va vous le dire ? Personne, évidemment. Mais lorsque vous voyez la réalité sans illusion, la perception même de cette réalité est votre intelligence dans laquelle il n’y a pas mélange confus de réalité et d’illusion. Donc lorsqu’il y a observation de la réalité, la réalité de l’arbre, la réalité de la tente, ou la réalité de ce que la pensée a élaboré ? visions et illusions comprises ?, lorsque vous voyez toute cette réalité, la perception même de cette chose-là est votre intelligence, n’est-ce pas ? C’est donc votre intelligence qui vous dit ce que vous allez faire. L’intelligence, c’est percevoir ce qui est et ce qui n’est pas ? percevoir « ce qui est » et voir la réalité de « ce qui est » ?, ce qui suppose une absence totale d’implication personnelle ou de toute demande d’ordre psychologique ? qui ne serait qu’une forme d’illusion de plus. Voir tout cela, c’est ça l’intelligence ; et cette intelligence agira où que vous soyez. Elle vous dira donc quoi faire. Alors qu’est-ce que la vérité ? Quel est le lien entre la réalité et la vérité ? Le lien est cette intelligence. L’intelligence qui voit la totalité du réel, et ne le fait pas s’immiscer du côté de la vérité. Et alors la vérité opère sur le réel par l’intermédiaire de l’intelligence.
Extrait du livre de Krishnamurti « La vérité et l’événement »
Vidéo : Une autre façon de vivre
Chacun dit qu’il faut faire son chemin dans la vie, chacun va à ses affaires, au nom de l’économie, de la religion ou de la patrie. Vous voulez être connus, votre voisin aussi, comme le voisin de votre voisin et ainsi de suite — comme chacun sur terre, du plus bas jusqu’au plus haut. Donc nous bâtissons forcément une société fondée sur l’ambition, l’envie et l’avidité, une société dans laquelle chaque homme est l’ennemi d’un autre. Et l’on vous « éduque » à vous conformer à cette société en voie de décomposition, à bien vous insérer dans ce cercle vicieux.
Mais que pouvons-nous faire ? Pour moi, nous devons nous conformer à cette société ou être détruits. Y a-t-il une autre issue ?
Pour l’instant vous êtes prétendument éduqués pour cadrer avec cette société : on développe en vous les compétences qui vous permettront de gagner votre vie au sein de ce système. Vos parents, vos éducateurs, vos gouvernants, tous ont le souci de vous voir efficaces et financièrement à l’abri, n’est-ce pas ?
Vous allez devenir un « bon citoyen », c’est-à-dire un ambitieux respectable, un acheteur compulsif, parfaitement à l’aise dans cette férocité socialement correcte que l’on appelle la compétition. Ainsi, vous serez en sécurité, et eux aussi. Voilà de quoi est fait un « bon citoyen ». Mais est-ce bon ? Ou est-ce quelque chose de vraiment mauvais ?
L’amour implique, n’est-ce pas, de laisser ceux que l’on aime entièrement libres de croître en plénitude, d’être quelque chose de plus élevé que de simples machines sociales. L’amour ne contraint jamais, ni ouvertement ni par la pression insidieuse du devoir et des responsabilités.
Extrait du livre de Krishnamurti « Que faites-vous de votre vie ? »
Extraits originaux : https://kfoundation.org/what-will-you-do-with-your-life/