Le temps étalé ou le destin-volonté par Jean Markale

Dieu a souvent été proposé comme un Créateur perpétuel. Si l’on s’en tient à cette proposition, il faut admettre qu’un seul geste de Dieu — ou une seule parole suffit pour créer tout l’enchaînement des faits qui consti­tue le Monde, un peu comme le coup d’épingle dans le papier plié dont parlait Cocteau. Mais cette création per­pétuelle se fait à travers la créature, laquelle doit néces­sairement contribuer à la création sous peine d’être néan­tisée. Le système de pensée des Druides, pour ce que nous en savons, semble avoir eu cette prodigieuse intuition : c’est par la créature que Dieu — quel que soit son aspect —, créateur en perpétuel devenir, se crée lui-même : autrement, il n’existerait pas, ou il équivaudrait, selon le raisonnement hégélien, au pur néant. De là la confiance totale de la pensée druidique en la volonté hu­maine, la confiance totale des Celtes chrétiens dans le Libre-Arbitre absolu.