Ce mythe du Dieu unique à deux sexes se projettera sur le couple pratiquant le tantrisme. II formera unité. L’homme s’exercera à l’arrêt de la pensée pour s’identifier à Shiva qui est au-delà du mental ; la femme, elle, s’entraînera à la visualisation, mais en choisissant des thèmes sacralisés (par exemple la danse cosmique du Shiva androgyne). Par lente réaction, chacun sentira grandir en lui son autre pôle : « anima » pour l’homme « animus » pour la femme. Dans un premier temps, l’homme identifiera par jeu mystique sa compagne à la Shakti, puis il reportera l’identification sur la femme intérieure qui se concrétise en lui et plus spécialement en son mental inconscient, c’est-à-dire les zones dormantes du cerveau. Et l’anima, véritable médium intérieur, se modèlera sur l’universelle Shakti. Même processus pour la femme, en sens inverse et complémentaire.
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Gabriel Monod-Herzen : Le problème sexuel
Quand, comme je l’ai fait, on a vécu pendant une dizaine d’années avec les Hindous, on a l’impression — et les questions religieuses y sont pour quelque chose — que nous sommes tous des obsédés sexuels. Là-bas l’idée ne vient à personne d’établir un lien quelconque entre les rapports sexuels et le péché. Tout le monde sait ce qui se passe chez les animaux, on en parle lorsque c’est nécessaire et non le reste du temps. Je n’en veux pour preuve que le petit monument que l’on rencontre le plus souvent en Inde, le lingam de Shiva, à la vue duquel les Européens concluent tout de suite, que le pouvoir créateur divin qui, pour les Hindous est quelque chose de capital, parce que le pouvoir créateur universel se manifeste comme cela dans l’homme, n’est pas autre chose qu’une sublimation de la création humaine.