Archaka : À l’intérieur de Dieu


28 May 2015

(Extrait de Alexandre Kalda: Le Dieu de Dieu. Flammarion 1989)

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Ainsi, depuis une époque sans mémoire, avançons-nous vers la cessation du Temps — que nous appelons la fin des temps et prenons pour la fin du monde, alors que c’est l’apparition d’un monde entièrement différent qu’il nous faut envisager.

Tout ce que nous faisons va dans ce sens, et tout ce qui précède nous y menait déjà. Étape après étape, le voyage s’accomplit sans faillir, l’odyssée de ce Dieu que nous ne saurions imaginer, dont la larve fut portée par des espèces révolues, dont l’embryon ne cesse de grandir en nous, dont l’être va demain se manifester dans le resplendissement de la Matière mise à nu.

L’un après l’autre, les voiles sont tombés, les robes ont été déchirées, les ombres désépaissies, jusqu’à ce que la pierre et la cendre primitives se muent en la peau et la chair de nos corps. Le chemin ne fait pas de doute jusqu’à ces haletants vaisseaux de l’immatériel que la haine et l’amour cinglent furieusement. Depuis la nuit primordiale, où la Vie n’était pas, bien qu’il y eût quelque chose sur cette Terre, bien qu’il y eût le vomissement des laves dans l’irrespirable absence d’air, depuis cette morne grandeur paralysée jusqu’à notre mouvement qui ne finit jamais, c’est le même voyage qui se poursuit et qui, loin de s’inter­rompre, loin de devoir s’arrêter à nous, tend vers d’invi­sibles destinations.

S’il est forcément certain que tout ce qui fut avant nous a en nous son couronnement et que tout ce que nous fai­sons à présent n’est jamais terminé, c’est que, depuis le début, cela doit aller plus loin, vers plus de grandeur, de lumière, de conscience et aussi, tout simplement, vers plus d’être. Ici même et non pas au-delà — ou alors, l’au-delà est une façon d’être ici qui dépasse celle que nous avons actuellement, car il n’est en fait d’au-delà que de nos sens.

Un trajet gigantesque nous sépare des algues unicellu­laires dont, pourtant, nous descendons. Par elles, il a fallu passer, il y a trois milliards et demi d’années, puis par toute la flore et la faune sous-marines des commence­ments de la vie, afin que nous soyons. Et par les théco­dontes, ancêtres des dinosaures, il y a trois cents millions d’années, et par les premiers mammifères, il y a deux cents millions d’années, il nous a fallu passer. Une fatalité planétaire, que d’aucuns nomment providence, a façonné la dynastie dont nous sommes les derniers rejetons. À rien de ce qui nous précède, nous ne pouvons échapper, qui forme en nous ce que nous avons nommé archéoconscient. Et l’on dirait vraiment que tout est l’exécution d’une volonté formidable qui utilise les matériaux les plus imprévus et en tire un miracle après l’autre.

Jusqu’à celui-ci que chaque jour renouvelle en nous sans que nous y prenions garde et qui consiste simplement à percevoir l’univers. Ce que cela représente dans l’évolu­tion des choses, dans ce mouvement cosmique commencé bien avant la création de la Terre ou de notre Soleil, dès que la Matière s’est mise à fermenter pour déployer ses racines galactiques et sa floraison d’astres, et s’il doit y avoir encore beaucoup d’autres visions terrestres, beau­coup d’autres formes de conscience, et encore plus colos­sales, après notre vision du monde et après la manière que nous avons d’y être conscients de nous-mêmes, nous n’en savons rien, ne sachant pas au juste ce qu’est l’univers.

Il faut une fois de plus le souligner : nous y portons des yeux purement humains qui, au fond, ne nous renseignent que sur les mécanismes de nos perceptions, leurs limites et le pouvoir que nous avons quand même de les accroître. Mais qu’est-il exactement ? Et y a-t-il seulement une façon de le considérer qui soit exacte ? Ou bien toutes le sont-elles ? Et le sens si divers que nous en avons ici vaut-il pour n’importe quel point de l’Espace ? Ou bien, en d’autres coordonnées sidérales, pour d’autres possibles créatures conscientes, revêt-il des traits dont nous ne nous doutons pas ?

Pourquoi l’intelligence se manifesterait-elle toujours de la même façon dans un monde où la diversité est apparem­ment la règle ? Et comment échapperait-elle aux forces matérielles qui modèlent nécessairement les corps en fonc­tion de la densité tellurique et de la gravitation ? Verrions-nous l’univers comme nous le voyons si la Terre était plus lourde ou plus légère, plus petite ou plus grosse ? Ne serions-nous pas sensibles à autre chose ? Serions-nous seu­lement apparus, et sous cet aspect que nous avons ?

Tant de causes ont présidé à notre naissance, se sont enchaînées pour qu’aujourd’hui nous les réfléchissions, que force nous est peut-être de consentir, même scienti­fiquement, à une volonté connaissante qui orchestre la multiplicité cosmique. Mais n’est-ce pas faire encore retour à une idée religieuse du monde et obscurcir à nou­veau ce qui vient de s’éclairer ? Ou bien, au contraire, est-ce atteindre à une saisie plus authentique de l’infini ?

À cette notion, il faut ici revenir. Nous faisons toujours de Dieu un Créateur et un Juge. Mais ce qui est éternel et infini possède tout depuis toujours et à jamais, ne peut donc éprouver nul désir de créer quoi que ce soit, ne peut non plus être amené à juger quoi que ce soit. Pour lui, tout est éternellement. Et ce que nous appelons nos erreurs, ce que nos politiques considèrent comme nos crimes, ce que nos églises tiennent pour nos péchés, cela ne saurait l’émouvoir, l’offenser ni causer sa colère. Cela conduit obligatoirement à la prochaine étape de l’évolution ter­restre, s’il doit y en avoir une, à la révélation d’une plus vaste conscience de nous-mêmes et de l’univers.

Nos offenses autant que nos hauts faits aboutiront demain à un état plus parfait de notre être. Tout y aura contribué. Tout aura concouru à exhumer des ténèbres le visage de la Divinité. Le Bien comme le Mal, le rire comme les larmes, la souffrance comme le plaisir, le men­songe comme la vérité, la haine comme l’amour et la guerre comme la paix, toutes les dualités de la vie coulée dans le fleuve du Temps auront patiemment érodé le sar­cophage où repose, éternel, le secret qui nous meut.

Nécessairement, le sens du Mal s’évanouira, puisque le Temps n’existera plus et que sera perçue la totalité des choses. Ce n’est pas que nos fautes nous seront remises, ce n’est pas que le pardon nous sera consenti, qu’une amnis­tie générale sera accordée. C’est que, la linéarité du Temps ne jouant plus pour notre conscience, un événe­ment cessera d’en susciter un autre : la causalité ne sera plus ce qui réunit les choses, nous ne jugerons plus en termes de Bien et de Mal, nous ne verrons plus que l’unité, ne vivrons plus que l’intégralité. Nous ne serons plus nous-mêmes au sens où nous le sommes aujourd’hui — séparés du reste et opposés à lui —, nous serons fondus dans le Tout, nous serons tout, et, ayant la conscience de Dieu, nous serons Dieu. Comme lui sans début et sans fin, nous serons comme lui sans cause. Et cela même, qui est la signature de l’Éternité, prouvera notre affranchissement de ce Bien et de ce Mal qui n’existaient pas sur la Terre avant qu’une créature ne s’y avisât du passage du Temps.

De cet état de conscience, l’extase des mystiques donne un aperçu sidérant où est d’un seul coup arraché le voile des perceptions habituelles. À quelque pays, quelque siècle, quelque culture qu’ils appartiennent, l’expérience est identique, même si, par la suite, au moment d’être expri­mée, elle se recouvre d’un vocabulaire ethnique parti­culier et semble se référer au canon d’une Église.

L’expérience peut s’emparer d’un laïc autant que d’un religieux, d’un athée autant que d’un croyant, d’un réprouvé autant que d’un homme de bien, d’une victime autant que d’un bourreau, d’un enfant autant que d’un vieillard, car, en vérité, rien ne peut la provoquer. Les macérations, les rites, les systèmes de yoga ne sont d’aucun secours : ils peuvent éclairer la nature extérieure, l’embellir, la sanctifier en termes strictement humains, ils ne sauraient donner l’expérience de Dieu, laquelle se situe dans un plan où ils n’ont pas accès.

D’ailleurs, pour celui qui a vu Dieu, l’impression est toujours la même : il n’y est pour rien — comment la ché­tive force humaine pourrait-elle soulever à elle seule l’insoupçonnable dalle qui nous cache la Réalité de notre être ? Comment effacerions-nous d’un regard l’immensité stellaire ? Comment passerions-nous de la conscience étroite où nous vivons, déchirés par les dualités, à cette conscience sans limites où, soudain, et depuis toujours, et pour toujours, et tout naturellement, nous sommes l’essence de tout ce qui est, a été ou sera ?

Cette conscience dont l’unité manifeste et constitue tout espace et toute durée, comment oserions-nous dire, si nous l’avons touchée et nous y sommes immergés, que c’est grâce à nos efforts ? Nous savons bien, désormais, que la chose est impossible, même s’il nous semble que l’expérience était le fruit d’une inlassable purification.

Et nous sourions de notre ancienne naïveté qui nous insufflait la ferveur au moyen de laquelle nous nous imagi­nions pouvoir déplacer les montagnes sans savoir au juste ce qu’étaient ces montagnes — nous croyions qu’elles appartenaient à notre monde, qu’elles étaient faites d’une même matière, et maintenant que nous sommes passés de l’autre côté, nous savons bien que non, car nous avons vécu ce qu’aucune langue ne peut laisser soupçonner, avons été possédés de ce dont nul ne peut se douter, dépris de nous-mêmes, de notre corps, de nos sentiments, de nos pensées, de notre foi, même — des mille images brisées qui composent notre univers. Nous avons été effacés et, alors, non pas anéantis, mais rendus infinis, éternels, omni­scients d’une omniscience silencieuse et absolue qui, après coup, nous a peut-être donné à comprendre qu’il n’y a rien à savoir.

Du moins n’y a-t-il rien que la pensée puisse savoir, ana­lyser, comprendre et mettre en application. Rien que l’esprit humain puisse ensuite prétendre posséder en propre. À supposer qu’il le veuille, il ne le pourrait pas. Mais il ne le veut pas. Il est comblé par son annulation. Il abdique en faveur d’une autre forme d’intelligence. La seule chose qu’il puisse affirmer dorénavant, c’est que « cela » existe, et incomparablement plus que n’importe quoi au monde. Il insiste pour le dire d’une manière ou d’une autre, et tout, autour de lui, mystérieusement, se fait l’écho de l’oracle qui, en lui, déchiffre la vérité : « Cela est, et il n’y a que cela, je suis cela, tu es cela, je suis toi, tu es moi, depuis toujours et à jamais. Les myriades d’existences qui, à travers l’univers, naissent et meurent à chaque instant ne sont en réalité que cela. Atomes ou galaxies, elles ne sont que l’existence unique que je suis moi-même dans l’Éternité. »

Or, c’est à l’homme qu’est procurée l’expérience : elle fait partie du champ de nos possibilités. Elle nous définit autant que le don de composer de la musique, d’écrire de la poésie, ou de recenser les nébuleuses spirales. Elle ne nous est pas étrangère. Même si elle n’est accordée qu’à certains, elle ne peut être rejetée par les autres sous pré­texte que son contenu est invérifiable : en shlôkas, en sou­rates, en soutras, en versets, ce contenu nous est transmis de par le monde au fil des siècles, comme nous sont communiqués d’autres savoirs en formules scientifiques dont la valeur ne nous apparaît vraiment que si nous les mettons nous-mêmes à l’épreuve.

Ce dont témoigne le voyant, c’est que quelque chose a été à jamais détruit en lui, au cours de l’expérience, qu’il a atteint un point de non-retour, qu’il lui est, à l’avenir, impossible de penser comme il pensait, de croire ce qu’il croyait, quoi que cela ait pu être, si vertigineuse qu’ait pu être sa pensée, si profonde sa foi. Cela même qui le dis­tingue à présent du reste des hommes indique ce que l’humanité — dont il continue de partager les coutumes — a la puissance de réaliser demain.

C’est un homme comme les milliards d’autres hommes qui a vu s’effondrer le mur inexpugnable de la Nuit pour alors devenir la Lumière. C’est un représentant de l’espèce humaine et non un être appartenant à une race différente, que mouvraient d’autres lois, c’est une cellule de la grande masse des hommes qui a vu, qui a vécu, qui a connu et qui, par là, a montré que toutes les autres cellules sans exception peuvent, à son exemple, voir, connaître et vivre ce que cache l’illusion cosmique.

D’ailleurs, il ne revient au monde que pour révéler cette identité, cette ressemblance, cette fraternité. Il ne se réclame pas de cette vision pour s’emparer du pouvoir. Il ne demande pas qu’on l’adore. Même si une poignée de disciples ou des foules entières se prosternent devant lui, il ne peut rechercher les marques de l’adoration. Devant lui, il n’y a que lui-même. À ses pieds, il n’y a que des êtres qui, essentiellement, sont lui et qui, un jour, seront, comme lui, libérés de la conscience humaine pour laquelle l’écoulement temporel est tout, avec son sens de la causa­lité, du Bien, du Mal, de la Mort et de Dieu.

Et lui que l’on voudrait parfois vénérer comme un Dieu, il sait qu’un jour il n’y aura plus de Dieu. Ou qu’il n’y aura plus que Dieu, ce qui revient au même, car cela veut dire qu’il n’y aura plus de différence entre Créateur et création. Et ce jour-là, la Mort aura été vaincue, le Temps dépassé, nul Bien n’aura plus à compenser nul Mal, tout sera au-delà de ce qu’aujourd’hui nous vivons. Les contraires disparaîtront. Il y aura autre chose. Il n’y aura plus qu’une chose.

Lui-même n’est donc, en quelque sorte, qu’un messager du futur. Il ne sait, bien entendu, quelle physionomie arborera vraiment l’avenir de la Terre. Mais du moins peut-il affirmer qu’il existe une autre forme de conscience pour laquelle ce qui fait notre quotidien n’est absolument d’aucun poids. Du moins peut-il enseigner que cette conscience, étant infinie et éternelle, appartient à tous et à chacun depuis toujours et à jamais, qu’aucune forme d’être passée, présente ou à venir ne peut en être retran­chée : en effet, si une seule forme de vie était rejetée de l’éternité, condamnée au nom d’une morale quelconque à vivre en dehors de l’infini, cette éternité cesserait d’exis­ter, cet infini serait annulé, le Dieu au nom duquel le juge­ment aurait été prononcé serait dénaturé.

De sa propre illumination, le voyant peut déduire que tout le monde sera donc fatalement illuminé. D’où son amour pour chacun, sa compassion pour tous. D’où son sourire, et la légèreté de son rire. Nul châtiment n’est à craindre. Nul enfer à redouter. Et regardant ses sem­blables, ceux que l’on dit les pires comme ceux que l’on considère les meilleurs, il ne voit plus que des enfants qui, à leur insu même, s’ébattent dans la lumière.

Pourtant, il est conscient de leurs souffrances, il souffre avec eux, et même, parfois, plus qu’eux. Mais il sait, et sa connaissance est inaliénable. Rien ne peut l’oblitérer ni la lui dérober. Il est lui-même sa connaissance, pour ainsi dire. Il ne la trouve ou ne la retrouve dans aucun livre en particulier. Les livres les plus beaux ne sont que paroles inspirées ou recueillies. Lui est Vie vivante, et tout devient vrai à ses yeux sans recours aux Écritures. Il n’a besoin de rien ni de personne. Il se suffit à lui-même. Il ne désire rien. Il n’a pas de cause, pas d’origine et pas de fin. Lui, l’homme sur la Terre, il est infini et se meut doucement dans l’immense mouvement des astres, fondu dans leur splendeur et la contenant. Il est seul, et l’univers est en lui. Il est un et il est tout. Et il sourit.

Suivant les nations et les siècles, selon l’étape que la pensée humaine a déjà conquise, ce qu’il éprouve se colore d’une manière ou d’une autre, définit son époque en même temps qu’elle ouvre les portes d’un âge nouveau, d’un nou­veau progrès. Le voyant qui vient après le Bouddha et le Christ possède, grâce à eux, le sens de valeurs qui, avant eux, n’existaient pas et peut, dès lors, poursuivre plus loin la découverte de l’âme humaine. C’est toujours la même chose avec laquelle il s’identifie, lors de l’extase suprême, mais la pensée dont il usera ensuite pour la traduire est de plus en plus élaborée.

Pendant des millénaires, s’est ainsi édifiée une structure intérieure qui visait à établir, à vérifier et à consolider les notions d’union avec Dieu ou avec les hommes, ou bien d’illusion cosmique. Hindouisme et taoïsme, christianisme et bouddhisme nous ont ainsi permis d’établir les notions qui nous sont les plus chères. L’erreur serait de croire que le Maître d’une religion, le pionnier d’une expérience, le voyant primordial d’une révélation ne doit jamais être imité, que nul ne peut avoir l’expérience spirituelle à laquelle il atteint. Au contraire, il ne fait que tracer une voie qu’à sa suite doivent prendre ceux qui ont foi en lui et parmi lesquels il s’en trouve qui peuvent se hisser jusqu’à une expérience analogue et réaliser personnellement la transcendance du monde. D’une certaine manière, ce n’est que lorsque son exemple a été suffisamment suivi, assi­milé, lorsqu’il est, pour ainsi dire, tombé dans le domaine public qu’un autre voyant peut indiquer une nouvelle étape dans le développement de la conscience humaine.

C’est ainsi qu’apprivoisant le reflet de visions prodi­gieuses nous avons acquis d’autres yeux pour regarder et le monde et nous-mêmes. D’âge en âge, le travail intérieur de ces hommes nous a de la sorte façonnés, nous a fait vivre d’autres aventures dans le domaine de la pensée, de l’action ou des sentiments, a concouru à notre développe­ment. Car si nous y regardons bien, c’est toujours la vision des voyants qui nous fait évoluer. C’est à elle que nous répondons, à ce qu’elle nous décrit — mais que nous ne savons guère déchiffrer — que nous rêvons fiévreusement de parvenir un jour.

Elle se précise sans cesse davantage, bien qu’elle soit toujours la même. Et notre langage la saisit de mieux en mieux, maintenant qu’au chevet des religions moribondes nous rejetons notre peau ancienne et que, même dans les sciences, nous apprenons patiemment à dépasser la raison.

On dirait même que les religions deviennent d’autant moins nécessaires, aujourd’hui, que la Science devient plus sacrée, se rapproche davantage, dans ses supputa­tions, de ce que contemplent les sages et à quoi la magie des Écritures nous avait hier préparés en nous enseignant à croire en autre chose que ce que peuvent capter nos sens. Simplement, nous placions l’au-delà après la mort quand il est, ici même, une perception nouvelle de la vie.

Confirmant nos anciens pressentiments et enrichissant notre compréhension du monde extérieur, la Science nous permet aujourd’hui d’atteindre à une meilleure lecture de la vision mystique que nous pouvons avoir. Notre stature mentale est telle que l’expérience spirituelle peut revêtir un sens nouveau, nous ouvrir à d’autres concepts. La scis­sion que l’on a fait régner, entre le profane et le sacré, n’a plus lieu d’être. D’année en année, il devient plus évident que nous avançons tous sur une même route. Tous nos efforts confluent. Nos espoirs, nos croyances, nos travaux ne visent qu’un seul but, en dépit de la disparité de leurs moyens et de leurs apparentes divergences.

Toujours, c’est la même question qui nous pousse : qui sommes-nous ? Toujours, c’est la même foi qui nous exalte en ce monde inconnu où tout, à chaque pas, menace de nous détruire. Toujours, c’est, en nous, cette innocence incoercible qui, malgré les cataclysmes qui nous écrasent, nous incite à ne pas tenir rigueur aux pouvoirs, cosmiques ou autres, de nous éprouver sans cesse, à ne pas nous ven­ger de l’Inconnu qui, sans nous demander notre avis, nous met au monde et nous torture.

À chaque pas, nous sommes abattus. À chaque chute, nous nous relevons. Pour retomber encore sous la schlague nous ignorons de qui. Et nous nous redressons, couverts de sang, de larmes et de boue. Nous reprenons notre chemin où tout est embuscade, pillage et mort. Et en nous doutant parfois que rien ne viendra récompenser notre endurance, nous continuons, au lieu de tout détruire.

Les paradis ? Oui, il en est qui ont cru et qui croient encore à des endroits où, pour prix de leurs souffrances, et à condition qu’elles correspondent à la liste publiée par leur église, ils connaîtraient le repos éternel dans des lieux de délices. Mais pourquoi considérerait-on que les soi-disant pécheurs n’ont pas souffert eux aussi et ne méritent pas, en gage de leurs maux, le même droit à la paix ? Et puis, une béatitude éternelle en échange de quelques dizaines d’années douloureuses, le calcul n’est-il pas un peu naïf ? Et enfin, quelle preuve avons-nous que ces para­dis seraient meilleurs que notre Terre ? Auraient-ils été créés par un autre démiurge que ce monde où nous nous débattons ? Ou bien y aurait-il, là aussi, une hiérarchie selon laquelle, en certaines strates de la manifestation, tout serait pure félicité, tandis que, pour nous-mêmes, ce serait la nuit concentrationnaire et l’extermination ? Y aurait-il encore cette féodalité-là, avec, d’une part, selon les religions, des anges ou des dieux ivres de leur beauté, et, d’autre part, ce monde, cette terre paria, cette planète zonarde, ce taudis cosmique où nous crevons sans que, des Versailles de ces êtres supérieurs, nous soit lancé autre chose que des foudres mortelles ?

Peut-être y a-t-il effectivement de tels séjours divins où, indifférent aux choses de la Terre, on se contente de faire partie des élus. Mais en ce cas, vouloir s’y rendre après la mort, vouloir gagner l’un de ces paradis à l’inconscience ravissante relèverait d’une espèce de snobisme religieux. Le sort de notre monde est ailleurs, son but ne peut s’atteindre par des visites à des altesses supraterrestres, mais par une révolution où s’écroulent les donjons où nous sommes tenus captifs, une révolution qui abatte les potentats dont le joug nous asservit depuis tant de millé­naires.

Combien de millénaires, au juste ? Nous ne saurions le dire, n’ayant souvenance que d’avoir été toujours esclaves — ce qui rend bien inutile l’idée qu’il existe des enfers où, après la mort, nous serions déportés : comme s’il pouvait y avoir pire qu’Auschwitz ou Hiroshima ! Et la révolution devient de plus en plus urgente et inévitable, qui est en réalité un nouveau stade de l’évolution où, nous emparant des Bastilles de la pensée traditionnelle, nous délivrerons de nouveaux pouvoirs et un savoir nouveau, une autre façon de nous envisager, de regarder le monde et d’y parti­ciper.

Depuis le début, tout nous assassine et tout nous est espoir. Tout s’avère inutile, et cependant nous continuons. Plus nous devenons forts, plus les coups dont on nous frappe sont effrayants. Plus nous sommes capables de comprendre la vie, plus elle se dérobe et devient incompréhensible. Et cependant, nous ne nous lassons jamais. Recrus de maux, de vilenies, de hontes, nous conservons cette inaliénable innocence grâce à laquelle nous savons aimer encore et toujours rêver.

Et dans la tempête des ans, il y a ces hommes — le Boud­dha, Jésus, Lao-Tsé et les autres — qui apparaissent et qui nous parlent avec douceur et brandissent des lumières pour nous réconforter. Ceux de l’autre Espace. Ceux de l’Éternité. Nous frémissons parfois, rien qu’à les entendre, ou seulement même rien qu’à savoir qu’ils existent.

Mais, bien sûr, nous ne pouvons pas les comprendre, car ils disent que tout est Dieu, même nos souffrances, ou bien que tout, même nos souffrances, est illusion. Et nous savons, au contraire, que la Mort qui arrache l’enfant ou l’amant de nos bras est réelle et n’a rien de divin, que la guerre qui décime notre famille ou notre pays est, elle aussi, réelle et n’a, elle non plus, rien de divin.

Plus ils insistent, plus leur voix devient persuasive, plus leur vision est lumineuse — et plus, au-dehors, autour de nous, le monde semble hideux. Et ce qu’ils voient et qui est vrai, ce qu’ils savent et qui est la vérité des choses, ils ne peuvent nous le communiquer, seulement nous faire savoir que cela existe.

S’ils pouvaient nous communiquer leur illumination, réellement nous la transmettre, nous serions tous illumi­nés. Mais il n’en est rien. Nous sommes distancés, comme pour toujours maintenus dans une position inférieure. Et cependant, aujourd’hui que, dans nos poitrines, s’élève un chant de révolution cosmique, nous commençons de comprendre qu’ils sont des précurseurs, non pas des chefs venus d’ailleurs et dont tout nous séparerait, mais les hérauts de notre propre futur, les symboles de ce qu’à notre tour nous pouvons atteindre et même dépasser, quels que soient leurs noms.

À l’état de conscience où ont atteint les grands messies [1] du monde, nous devons tous accéder un jour. S’ils ne viennent que pour nous dire que nous sommes différents d’eux et que pour faire miroiter devant nous l’éclat de leur béatitude, ils ne méritent que notre mépris. Mais si, au contraire, c’est pour nous promettre qu’à notre tour nous jouirons de cette extase où se déploient leurs jours, que tout sera Lumière, que tout sera Infinitude, que tout sera Éternité, que nous serons libres des fers où nous sommes nés, que nous aurons nous aussi conscience d’être immor­tels, si c’est pour nous ensemencer de notre propre divi­nité, alors, oui, nous pouvons nous incliner devant eux, les écouter nous parler de ce voyage que nous faisons sans savoir et des continents que nous atteindrons.

Les Églises peuvent ériger des règles et des dogmes qui les amoindrissent et nous restreignent pour nous les rendre plus proches, une morale peut naître de leur exemple et de leur enseignement. Mais ce qu’ils ont vu dépasse tout cela. Et c’est pourquoi, à travers les siècles, ils étendent sur nous leur amour et leur pardon, sachant que nous n’avons jamais rien fait ni ne ferons jamais rien de mal, ni contre eux ni contre cette dimension dont témoigne l’égalité de leur cœur devant tous les visages de la Vie.

Situés par-delà le Bien et le Mal, puisqu’ils sont conscients de l’Éternité et qu’à leurs yeux rien n’a de cause, ni le monde ni les événements du monde, ils ne sau­raient imposer une éthique à leurs adeptes, ils ne peuvent que se donner en exemples, être « la Voie, la Vérité, la Vie » des foules, ils ne peuvent qu’affirmer que l’état depuis lequel ils s’adressent à nous est celui qui nous est, à nous-mêmes, réservé.

À quelque cime qu’ils se soient élevés, c’est à celle-là que nous devons nous hisser. Tous, nous devons, un jour ou l’autre, parvenir à ce statut d’âmes libres, cesser de trem­bler devant les possibles conséquences de nos actes, dépas­ser la perception temporelle des choses et, alors, comprendre que nos actes sont accomplis depuis toujours et tissés dans une trame si serrée, participent d’un motif si universel, inspirés, nécessités, étayés par tant de pouvoirs étrangers à notre volonté qu’ils ne sont pas nôtres et que, si nous n’étions pas là, quelque chose les exécuterait quand même, parce qu’ils font partie de l’étoffe du monde. Qu’ils soient bons ou mauvais selon les notions de notre pauvre langage humain pétri d’ignorance, ils consti­tuent ce qui doit être fait à ce moment-là pour l’équilibre du monde, sa croissance et son apothéose.

Effroyable paradoxe qui insulte à nos souffrances, il nous faut pourtant admettre que, si nous enlevons un seul crime de notre Histoire, la grandeur à laquelle nous avons aujourd’hui atteint n’existe plus. La découverte de la rela­tivité, l’œuvre de Monteverdi, les dialogues de Platon auraient été impossibles si, dans quelque recoin obscur de la conscience planétaire, à l’échelle individuelle ou collec­tive, quotidienne ou historique, n’avait été commis tout le mal nécessaire à leur germination.

Le sublime se nourrit du hideux. Le glorieux s’appuie sur l’obscur. Ou plutôt ils sont simultanés. Et même ils ne sont qu’une seule chose qui a, ici, tel aspect et, là, tel autre — annuler ceci au nom de cela, c’est tout anéantir. Mais il nous est encore très difficile de comprendre qu’en suppri­mant le Mal nous supprimerions du même coup le Bien, que ce qui nous est demandé c’est d’aller au-delà des deux, de rejeter Satan et de renoncer à Dieu, afin de voir enfin la Vérité.

C’est cela que nous enseignent les messies du monde — cela, et non la morale que prônent les églises nées à leur suite. Mais cette morale, aussi, a son objet. Elle est indispensable à notre développement ; elle n’est certes pas le but final, mais elle est le moyen — non pas tant, d’ailleurs, d’atteindre à ce but que de croire en son existence. De génération en génération, il nous faut apprendre à discer­ner autre chose que ce qu’appréhendent nos sens. Il nous faut dresser nos instruments, apprivoiser notre pensée, raf­finer ceux-là, rendre celle-ci plus subtile.

Pour arriver à la mécanique quantique, il faut passer par le christianisme, dans cette mesure où, à la différence des confessions orientales, la morale chrétienne, loin de réfuter la Matière, en pressent l’exaltation. Il faut des siècles de patiente incubation obscurantiste pour, soudain, déboucher dans le matérialisme éthéré de Planck. Il faut que la conscience humaine soit longuement frottée, limée, usée par des formules religieuses draconiennes et incompréhensibles pour que, bon gré mal gré, nous fas­sions surface, après bien des siècles, dans des équations où, peut-être, le Christ ne règne pas, mais qui, pourtant, sont plus proches que Rome de ce que son âme a jadis embrassé et au nom de quoi il a prêché l’amour de tous et l’humilité.

Les amateurs de récupération pourraient presque en conclure que la relativité et les quanta font partie du christianisme. Mais ce n’est pas de cela qu’en fait il est question. Il serait plus juste de dire qu’ils sont simplement sur la trajectoire de la vision de Dieu, et que la science profane, souvent tenue pour œuvre du diable, nous conduit à la Divinité aussi sûrement que la révélation sacrée.

L’une comme l’autre et, apparemment, l’une à l’encontre de l’autre nous guident au même embrasement de notre être intérieur où tout se fait silence, immensité, béatitude et connaissance. La radieuse abstraction à laquelle nous arrivons alors est ce que poursuivent aussi bien les savants agnostiques que les mystiques vision­naires. Et de même est-elle ce à quoi aboutirait la quête de n’importe quel habitant d’un autre monde. S’il est, dans l’univers, des êtres capables de penser, de s’inter­roger sur leur présence, leur origine et leur destination, c’est en cette même abstraction qu’ils trouveraient la réponse, c’est en ce Soleil sans forme et sans limites qu’ils s’immergeraient et connaîtraient la Vérité qu’ils partage­raient, comme nous, avec le reste de l’univers.

En effet, si ce en quoi le voyant prend son essor et se dissout et à quoi, revenant, il nous initie est bien éternel et infini, ainsi que tout son être, dorénavant, le sait, cela vaut non seulement pour nous tous, pour tous les hommes, ses semblables, ses frères, mais aussi pour tous les points de l’Espace, quel que soit le nombre d’années-lumière qui nous en séparent.

L’expérience de Dieu est possible partout dans l’uni­vers. Ou elle ne l’est nulle part. Partout dans l’univers, une forme de conscience peut basculer dans le sentiment de l’Infini et de l’Éternité. De quelque façon que le cosmos soit perçu, selon les champs et les forces de l’Espace, il est partout possible de pénétrer en le même Infini, de s’identi­fier à la même Éternité. Derrière chaque point, sans exception, de la manifestation cosmique, un seul Être se dissimule, un Être unique existe, que nous pouvons décou­vrir et qu’à notre instar tout peut dévoiler en un déluge de Lumière.

Libre à nous de l’appeler Dieu. Mais alors, nous sommes, encore une fois, si loin du Dieu adoré dans les temples, si loin des hymnes et des cérémonies par lesquels nous avons tenté, au fil des siècles, de nous rendre propice le Sphinx qui gouverne nos jours, nous sommes si loin des arguties théologiques et des ivresses dévotionnelles, si loin des joutes de notre intelligence affrontant plus grand qu’elle, si loin de la jubilation narcissique de notre cœur s’abandonnant à plus fort que lui, nous sommes si loin de ces enfantillages, ou plutôt de ce nécessaire apprentissage de la foi, nous sommes si complètement devant autre chose, à quoi notre raison ne s’attendait pas, que mieux vaut, sans colère, ni haine, ni violence, nous débarrasser de la vieille façon de nommer l’au-delà de nous-mêmes, cesser de l’appeler Dieu et nous habituer à le devenir, à nous laisser envahir par la douceur puissante qui doit nous transformer et, un jour — demain au bout de la nuit, nous faire entrer en notre propre immensité de Savoir et d’Amour.

Les dieux que, jusqu’à présent, nous avons adorés n’étaient concernés que par la Terre et ne s’occupaient que des affaires humaines. Mais le temps est venu où il nous faut apprendre à concevoir un Être qui a l’univers entier pour unique demeure et pour activité.

Nous pouvions bien parler d’un Maître du Ciel et croire en son omnipotence vis-à-vis de tout ce qui existe sur la Terre comme au Ciel, il n’empêche : nous ne calculions pas en myriades sidérales. Au maximum frères du Soleil et de la Lune par l’un des plus purs d’entre nous, nous ne savions guère que des liens identiques nous rattachaient, par exemple, à la constellation du Cygne ou à la galaxie M 81.

Un seul Dieu régnait sans doute, mais seulement pour la Terre. Le reste de l’univers était rejeté dans l’incroyance. Et après avoir eu les peuplades païennes, nous avions les étoiles hérétiques. Trop loin pour que nous cherchions à les convertir, elles ne méritaient que l’oubli. Dieu n’avait que faire de leur éclat. Il les avait créées par distraction, ou bien pour orner le ciel, au-dessus de nous, et nous faire ainsi sentir sa grandeur.

Mais peu à peu, quelque chose a grandi en notre être, qui dévalue ce géocentrisme et nous donne d’autres yeux, avides de plus vastes perspectives. Et nous nous rendons compte que, si nous devons encore croire en Dieu, il nous faut adapter notre foi à l’univers que nous déchiffrons — non dans l’espoir d’évangéliser un jour d’hypothétiques extra-terrestres, mais afin que notre vie intérieure soit à la mesure de nos conquêtes extérieures.

Ceux qui pensent que nous sommes à l’aube d’une nou­velle religion, qui le souhaitent et y travaillent, peuvent d’ores et déjà être sûrs qu’elle aura pour objet de son culte un Dieu plus infini, en quelque sorte, que toutes les images que nous en avons connues pour le moment.

Ceux qui voudront s’accrocher aux anciennes liturgies et aux anciens credo auront sans doute plus de mal à vivre leur idée de Dieu, qui, cadrant de moins en moins avec la connaissance du monde, se résorbera dans la nouvelle immensité intérieure suggérée par l’exploration de l’immensité extérieure.

Mais en réalité, l’âme devrait apprendre à ne plus dis­tinguer entre l’intérieur et l’extérieur. Dans les siècles à venir, nous devrions apprendre à pénétrer consciemment dans cette dimension sainte où nulle dualité n’existe, où nous cesserons d’être séparés de notre origine et où, même, nous n’aurons plus d’origine car l’ayant alors retrouvée, nous la serons redevenus ; l’ayant réintégrée, nous en serons indissociés. Nous serons un avec ce que, depuis le début, les religions nous ont permis d’évoquer et vers quoi nous n’aurons cessé de marcher sous le rou­lis majestueux des nébuleuses. Nous n’aurons plus besoin de prières ni de sacrifices. Nous n’aurons plus besoin d’adorer. La barrière sera enlevée, qui nous sépare de l’Être pur dont nous sommes les effigies. La frontière sera franchie, que des millénaires de labeur et de souffrance nous auront aidés à atteindre. Nous serons passés de l’autre côté.

Peu à peu, nous passerons de l’autre côté. Peu à peu, nous nous ouvrirons à de nouveaux influx. Peu à peu, nous serons transmués. L’espérance ancienne sera récompensée. De notre mémoire, sera effacée l’horreur qu’il nous aura fallu traverser depuis le commencement des choses. L’aveugle monstruosité de la vie au cours des âges qui nous ont précédés est tombée dans l’oubli lorsque nous sommes apparus. De même la fièvre et la violence où nous sommes aujourd’hui obligés de vivre seront-elles balayées de notre conscience, lorsque, rompant les chaînes du Temps, nous envolant plus haut que l’Espace, dominant les lois ultimes de la Matière, nous pénétrerons physiquement dans l’Éternité et vivrons à l’intérieur de Dieu.

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1 Le terme messie est appliqué par l’Écriture « à des hommes providentiels que Dieu avait spécialement utilisés pour servir ses desseins, rois d’Israël, grands prêtres, voire souverains étrangers qui avaient fait du bien au peuple élu, tel Cyrus, roi des Perses : oint du Seigneur, Meshiah en araméen, Christos en grec », Daniel Rops, La Vie quotidienne en Palestine au temps de Jésus.


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