Le sujet, le thème que vous avez tous suggéré, « L’émergence de la conscience du “je” et sa fusion avec l’océan de la Conscience cosmique », était et demeure très vaste, et ne peut être abordé en quelques conférences, en quelques jours.
LA SPIRITUALITÉ — LA SCIENCE DE LA VIE ET DU VIVRE
Ce sujet relève de la physique de la conscience, cette science de la conscience que l’on appelle « Adhyatma » ou spiritualité. C’est une science aussi précise que les mathématiques ou la physique. Il faut donc aborder ce sujet avec beaucoup de prudence et un grand sens des responsabilités.
La spiritualité — la science de la vie et de l’existence — traite de l’unité de la Vie, de la complexité indifférenciée et non individualisée de la Vie, de la totalité homogène de la Vie, dont la substance est une interdépendance organique spontanée de tout ce qui existe. La science de la vie et de l’existence traite également des expressions différenciées et individualisées de cette unité cosmique au niveau biologique et au niveau physique. Elle traite également des expressions personnalisées et particulières de la conscience collective au niveau psychologique. Parallèlement, elle traite de l’énergie cosmique de l’Intelligence, non différenciée, non individualisée et non personnalisée. Il s’agit donc d’un sujet vaste et nous nous efforçons de l’aborder de la manière la plus simple possible, car nous sommes des profanes, des êtres humains ordinaires. Nous vivons en société. Nous avons nos responsabilités, c’est pourquoi nous essayons d’apprendre, tous ensemble.
« JE SUIS LE CORPS » — IDENTIFICATION INSTINCTIVE
Au niveau biologique, nous avons des corps différenciés et individualisés, et la conscience du « je » est attachée au corps. « Je suis le corps ». « Dehosmi – je suis le corps ». L’expression du processus involontaire d’identification se manifeste ainsi : « Je suis le corps ». Cette identification instinctive au niveau animal est partagée par l’espèce humaine avec d’autres espèces non humaines. Nous sommes tous des animaux humains. Nous partageons l’animalité avec les autres animaux au niveau biologique. Nous avons en nous toutes les pulsions incorporées dans nos corps, les structures biologiques, tout comme les autres animaux : la masculinité, la féminité, la faim, la soif, l’instinct de survie. Nous sommes donc des animaux humains partageant l’animalité et l’identification instinctive et involontaire au corps. Je dois nourrir le corps, le vêtir et le protéger. Ici, l’identification est instinctive, elle n’est pas psychologique. Ici, l’« Ahamkara », la conscience de l’ego, la conscience du « je », est un mouvement inoffensif. C’est une identification inoffensive et instinctive. Elle n’est ni volontaire, ni intentionnelle, ni motivée.
Il est très fascinant d’observer le phénomène de la vie et son mouvement selon différentes dimensions. La vie est multidimensionnelle. Nous ne sommes pas des êtres humains unidimensionnels. Nous sommes des expressions multidimensionnelles de cette unité cosmique, de cette complexité cosmique, de la richesse de cette complexité. Au niveau biologique, cette conscience instinctive du « je », ou conscience de l’ego, a été aidée, sur cette terre ancestrale, à s’éduquer, à s’affiner et à se perfectionner grâce aux sciences du yoga et de l’Ayurveda, ainsi qu’à la science de la diététique. Ce sont des sciences anciennes. Les êtres humains qui peuplent cette partie du globe ont toujours été fascinés par le phénomène de la vie. Leur préoccupation première était la qualité de vie et la qualité de la conscience, l’interrelation entre l’individuel et l’universel, le particulier et le collectif. Ainsi, lorsqu’une personne étudie la science du yoga ou de l’Ayurveda, cette conscience instinctive du « je » l’aide à harmoniser les énergies du corps et à les gérer de manière harmonieuse. Pour désigner le mot « harmonie », nous avons un terme sanskrit : « Samvad ». L’harmonisation des énergies est la préoccupation première de la science du yoga et de la science de l’Ayurveda. C’est peut-être ce qui préoccupe aujourd’hui notre science moderne de l’écologie et de la protection de l’environnement. C’est une manière moderne d’aborder cette question ancienne.
Nous avons donc ici le corps individualisé, différencié. Votre corps physique n’est pas mon corps physique. Les besoins sont différents ; on peut parler de « mon corps » et de « votre corps » — la différenciation est relativement complète. Je dis « relativement », car votre science de la physique a fait voler en éclats le mythe de la séparation, même au niveau physique. Il est très intéressant de lire ce dont parlent les physiciens en cette fin de siècle : comment ils affirment que le vide de l’espace dans lequel nous vivons ne peut nous séparer, comment nous sommes tous interreliés, comment ce vide n’est pas un néant, mais qu’il contient et recèle des énergies que les êtres humains n’ont pas encore explorées. Le mythe d’une séparation ou d’une différenciation complète ou totale a été démoli, et peut-être qu’en Inde, nous nous familiariserons avec cette idée au cours de la décennie à venir.
LA CONSCIENCE AU NIVEAU PSYCHOLOGIQUE
Au niveau psychologique, la conscience du « je » individualisée et différenciée — attachée au corps, limitée par le corps — devient plus complexe, car il s’enrichit du contenu des expressions personnalisées et particularisées de la conscience humaine collective.
Je cherche mes mots pour communiquer ce que l’on aimerait partager, et c’est tout un défi d’utiliser la langue anglaise pour parler de l’Adhyatma ou de la spiritualité. C’est une véritable aventure. La langue anglaise n’est pas issue d’une culture spiritualiste. Les langues naissent dans la culture d’un peuple. La langue anglaise est issue d’une culture matérialiste. Le sanskrit est issu d’une culture spirituelle du peuple, de la race, et pourtant on s’efforce de tirer le meilleur parti de ce que la langue met à notre disposition.
Les conditionnements — c’est-à-dire la pensée, la connaissance, la verbalisation — sont un produit collectif. Ce que j’appelle ma pensée est une expression particulière de la pensée humaine collective. C’est une expression particulière, et non une expression individuelle. C’est une expression particulière de la totalité, une expression individualisée de l’unité de la Vie. L’unité et la collectivité sont deux phénomènes différents que nous devons distinguer. Nous sommes le produit d’un conditionnement collectif qui s’est perpétué au fil de siècles innombrables : penser, savoir, ressentir, vouloir, réagir au niveau de la verbalisation, les mécanismes de défense, cultivés dans les systèmes nerveux et chimiques. Nous avons donc été nourris de cela. Nous sommes le produit de la collectivité au niveau psychologique, tout comme nous sommes le produit de l’unité de la Vie au niveau biologique. C’est très amusant d’observer la différence entre les deux.
Ainsi, la conscience du « je », la conscience de l’ego, est désormais devenue plus complexe. Outre le corps individualisé et différencié auquel elle était attachée, elle s’attache désormais simultanément aux conditionnements collectifs. Les manifestations particulières de ces conditionnements s’expriment à travers vos nerfs, votre système chimique, ainsi que par votre héritage biologique et psychologique. Observez cette complexité. Nous devons nous former à l’aide de la science de la psychologie et de la sociologie. Nous devons apprendre à gérer les conditionnements dont nous avons hérité de l’humanité tout entière, du pays où nous sommes nés, de la caste et de la communauté, ainsi que de la communauté religieuse institutionnalisée dans laquelle nous sommes nés. Observez cette complexité fascinante. Nous devons nous familiariser avec ces conditionnements et leur nature.
SE FAMILIARISER AVEC LES CONDITIONNEMENTS
Les tendances, les inclinations, les dispositions avec lesquelles nous naissons sont des indications de notre héritage psychologique. Les préjugés, les préférences, ce que nous aimons et ce que nous n’aimons pas dès la naissance sont des indications des conditionnements collectifs dont nous avons hérité. Nous devons donc nous familiariser avec ces conditionnements. Nous devons nous familiariser avec le courant de pensée, de connaissance et d’expérience qui nous traverse et apprendre à le gérer de manière harmonieuse. La complexité ne devient une complication que lorsque nous ne connaissons pas sa nature et que nous n’apprenons pas à la gérer de manière harmonieuse. Une approche scientifique conduit à une approche harmonieuse, car elle exige une grande exactitude et une grande précision. Il faut utiliser les mots avec précision et exactitude, sans dire une chose tout en en pensant une autre. Si vous utilisez cette énergie de la verbalisation de manière inadéquate, non scientifique, vous risquez d’être mal compris par les autres. Exactitude et précision au niveau verbal, exactitude et précision dans l’utilisation de l’énergie de la pensée — pour penser lorsque la réflexion est nécessaire et pour se détendre dans la non-pensée lorsqu’elle n’est pas nécessaire. Sinon, le système nerveux est surchargé de pressions et de tensions. Il est constamment épuisé. Il s’affaiblit. Il n’a pas la force, la vitalité, la passion nécessaires.
APPRENDRE L’ART DES RELATIONS HARMONIEUSES
Au niveau psychologique, la conscience du « je » est devenue complexe. C’est là que commencent à émerger, dans le mouvement des relations, les piqûres de l’ego, l’orgueil, la vanité, la jalousie, la luxure. Il faut les observer très attentivement. La complexité apparaît parce que, tout comme nous sommes des animaux humains, tout comme nous sommes des animaux rationnels, nous sommes aussi des animaux sociaux. On n’aime pas rester isolé. On aime vivre avec les autres, partager la vie avec eux. La complexité vient de ce que nous n’aimons pas rester isolés. « Dvitiyad vai Bhayam Bhavati ». Dès que l’autre est là, il stimule une certaine peur et on se met sur la défensive. Observez la nature de cette complexité. Il faut vivre en société sans avoir peur de l’autre, sans être jaloux de l’autre, sans vouloir s’approprier ni posséder l’autre.
Posséder au niveau physique — acquérir une maison, construire une maison, en être propriétaire, la posséder — ou pour satisfaire son appétit, il faut se procurer des provisions, les stocker — propriété, possession — tout cela est nécessaire au niveau physique. Mais supposons que la conscience du « je » étende ce sentiment de propriété, de possession et d’acquisition aux êtres humains ; alors, la complexité dégénère en complication. Lorsque vous vous mariez, vous n’acquérez pas un mari ou une femme. Vous ne les possédez pas. Des enfants naissent de vous, mais vous ne les possédez pas. Les relations de propriété, de possession et d’acquisition ont leur place au niveau matériel, mais, lorsqu’elles s’immiscent dans les relations psychologiques, il y a alors une complication, et cette complication conduit à la souffrance et à la misère.
Il faut donc apprendre à être en relation, à éprouver un sentiment de camaraderie sans chercher à posséder, à dominer, à s’approprier. Il faut donc veiller à ce que la conscience du « je » ne dégénère pas en un dictateur dominateur. Il faut y prendre garde. Il existe ainsi une conscience du « je » simple au niveau physique et une conscience du « je » complexe au niveau psychologique. De la propriété et de la possession à la camaraderie. Il faut apprendre à être des compagnons, à partager la vie sans pour autant devenir dépendants l’un de l’autre, sans s’attacher l’un à l’autre. Sinon, vous perdrez votre liberté et vous ferez perdre sa liberté à l’autre. La camaraderie, la relation, le partage de la vie, sans pour autant s’enliser dans l’attachement, la dépendance ou la domination. La dépendance et la domination sont les deux faces d’une même médaille. Ce sont les mêmes qualités et attitudes de l’esprit. Vous essayez de lier l’autre, de l’asservir, que ce soit par la dépendance ou par la domination.
L’ÉNERGIE UNITAIRE DE LA CONSCIENCE
L’émergence du processus involontaire de la conscience du « je », devenu très complexe au niveau psychologique, dans lequel nous vivons aujourd’hui, doit être transcendée. Vivre dans un corps différencié et individualisé, fonctionner à travers la complexité des conditionnements collectifs : tels sont les canaux par lesquels nous pouvons nous exprimer, tout comme nous nous exprimons à travers le corps. La spiritualité nous dit de ne pas assimiler la Totalité de la Vie au physique et au psychologique. Il existe une autre dimension, où l’on fera l’expérience de l’émergence d’une énergie de Conscience, d’une énergie d’Intelligence, « Pragnya » — et non « Buddhi », ni « Medha », ni « Dhruti », ni « Smriti », ces niveaux psychologiques pour lesquels on peut employer les termes « Manas », « Chittam » et « Smriti ». Mais il existe la dimension de « Pragnya », l’énergie non personnelle et indifférenciée de la Conscience, l’énergie de l’Intelligence, si je puis employer ce terme.
Il y a donc les instincts au niveau physique, l’intellect au niveau psychologique et l’Intelligence au niveau transpsychologique, dans la dimension transpsychologique. Elle renferme en elle le souffle de l’unité de la Vie. C’est la Conscience de la Totalité de la Vie. L’unité de la Vie. La « conscience du Je », la conscience de l’ego attachée au corps et aux conditionnements collectifs, disparaît avec l’émergence d’une énergie plus subtile de Conscience, une énergie plus subtile d’Intelligence qui est plus subtile que l’instinct, plus subtile que l’intellect, bien plus subtile que la rationalité ou la raison. On pourrait l’appeler l’énergie de l’amour et de la compassion, car l’amour et la compassion sont le parfum de l’Intelligence. Ils ne peuvent être séparés de « Pragnya », l’expression de Chaitanya, Atma, Paramatma, quel que soit le mot que l’on utilise.
Cette émergence de l’énergie unitaire de l’Intelligence ou de la Conscience requiert, au niveau psychologique, la détente et l’absence d’effort, ainsi que la souplesse et la vivacité d’un corps sain. Au niveau physique, le corps doit être maintenu en bonne santé afin que les nerfs, les muscles et les organes puissent supporter l’impact de l’émergence d’une énergie très subtile qui aura une dynamique différente. Le corps est adapté à l’élan des instincts et des impulsions. Il a été entraîné à s’adapter à l’élan de l’énergie de la pensée. La pensée possède un élan. Les sentiments et les émotions ont une vitesse. Le corps, ainsi que tous ses systèmes, ses organes autonomes, etc., chez l’être humain, ont été adaptés à la vitesse et à l’élan de l’énergie de la pensée, ainsi qu’à l’énergie des instincts et des pulsions biologiques.
PRÉPARER LA STRUCTURE PSYCHOPHYSIQUE
Or, cette structure psychophysique doit être équipée pour résister à l’impact de l’exposition à l’énergie non différenciée, non personnalisée, non individualisée de la Totalité, dont la vitesse et l’élan ne peuvent être mesurés. Comment allez-vous mesurer la vitesse du Silence ? Comment allez-vous mesurer l’élan de l’amour, l’état de pure absence d’ego ? Comment allez-vous mesurer la vitesse de la compassion, qui est l’aboutissement de l’innocence ? Cela ne peut pas être mesuré. La mesure n’est possible qu’après différenciation, particularisation, individuation. Mais la Totalité ne peut être mesurée. Elle ne peut être définie ni décrite, car tous les mots naissent de la dualité.
Vous permettez à la structure physique de se détendre complètement. On y parvient en apprenant les Yama, les Niyama, les Asanas, le Pranayama, le Pratyahara, etc. Vous vous aidez des Pranas — les Pranas sont les vecteurs de l’énergie de l’Intelligence et de la Conscience. Vous vous aidez des Pranas. Il n’y a pas seulement les cinq Pranas dont on parle, mais dix Pranas différents qui agissent dans le corps. Dix sons différents circulent à travers le corps, avec leur lumière, leur chaleur, leur capacité de mouvement, etc. Plus j’observe le corps humain, plus je suis émerveillé par sa complexité. « Yatha Pinde Tatha Brahmande » ; « Yatha Brahmande Tatha Pinde ». Nous sommes un cosmos condensé. Nous sommes des expressions condensées de la Vie cosmique. Vous savez, la sainteté de la Vie, l’intégrité de la Vie, le caractère sacré de la Vie peuvent être vécus dans le corps humain. L’espèce humaine est privilégiée. Ainsi, lorsque nous permettons au mouvement mental de s’interrompre, en comprenant ses propres limites, en tant qu’énergie consciente d’elle-même, alors, dans un état d’existence libre de toute tension et de toute pression, il se transforme en une force, une vitalité semblable à celle de l’acier, capable de supporter l’impact du Silence et du Vide.
L’immobilité possède une vitalité extraordinaire. La non-action n’est ni inertie ni passivité. Ce n’est ni activité ni passivité. Ce n’est ni inertie ni friction du mouvement. Le non-agir, le Silence, est une dimension indescriptible.
Il me semble que, lorsqu’une personne permet à son corps de se détendre et à son esprit de devenir vide, de se débarrasser de tous ses conditionnements, alors, dans la discontinuité du mouvement mental, se trouve le Vide. Ce ne sont pas deux choses différentes. Vous n’avez pas besoin de faire un effort pour vider la conscience. Vous lui permettez d’interrompre son mouvement, et cette discontinuité aboutit au vide ou à un dépouillement.
L’intelligence est l’énergie qui naît du vide du Silence et de la détente. C’est une énergie qui s’exprime sous la forme de la Conscience. La Conscience n’est ni personnelle ni individuelle. Bien qu’elle s’exprime à travers vous, elle ne peut être personnalisée. Elle ne peut être différenciée. C’est une Conscience cosmique. C’est la propriété ou l’attribut de la Totalité, de l’unité, de l’homogénéité. C’est pourquoi nous disons que l’Ego différencié et personnalisé, ou Ahamkara, la conscience du « je », se fond dans l’océan du Silence et émerge sous la forme de l’Intelligence et de la Conscience. C’est la seconde naissance de la conscience du « je ». « So Ham », « So Ham », « Saha Aham ». (Chhandogya Upanishad : chapitre IV — sections 11, 12, 13).
SANTULAN. SAMVADA. SAMATVAM SAMANVAYA
Ainsi, du corps limité et de la collectivité, il y a un saut quantique vers l’homogénéité et l’unité de la Vie cosmique. Il y a peut-être eu quelques individus, rares certes, mais ils ont, sur cette terre, manifesté le jeu de cette Intelligence et de cette Conscience à travers l’expression de leur esprit et de leur corps.
Je me suis demandé si je devais employer le terme de « spiritualité dialectique ». La spiritualité dialectique, à l’instar du matérialisme dialectique, tourmente l’humanité depuis des siècles innombrables. Il y a thèse, antithèse et synthèse lorsque la sadhana est compartimentée. Certains ne pratiquent la sadhana qu’au niveau physique. D’autres ne cultivent que la connaissance au niveau psychologique. La sadhana compartimentée se retourne contre votre être et votre manière de vivre. À moins qu’il ne s’agisse d’une sadhana holistique, il n’y a pas de synthèse des diverses forces à l’œuvre en nous. Ce sera une spiritualité dialectique tant que la sadhana sera compartimentée. Il y aura alors des controverses et des discussions sans fin pour savoir si le Jnana Yoga est supérieur, si le Karma Yoga est supérieur ou si le Bhakti Yoga est supérieur. Il y aura des comparaisons, des évaluations, des sectes, des dogmes, des rigidités, des distorsions, des perversions.
Dans l’émergence de cette énergie unitaire d’Intelligence et de Conscience, il y a une synthèse, ou Samanvaya. Il y a harmonie, ou Samvad. Il y a équanimité, ou Samatvam. « Samatvam Yoga Uchyate ». « Santulen Shuddhi Karanam ». Santulan, ou équilibre, au niveau physique ; Samvad, ou harmonie, au niveau psychologique ; et Samatvam, ou équanimité, au niveau transpsychologique. Ces trois éléments réunis transcendent la spiritualité dialectique. Un mode de vie holistique, une culture holistique peuvent émerger.
Nous en avons le potentiel. Je pense que le monde traverse actuellement une mutation psychique. La quête d’une dimension différente de la conscience n’est pas le luxe ni le privilège de quelques-uns. Elle est devenue une question de vie ou de mort pour l’espèce humaine, car le mouvement mécanique et répétitif de la pensée n’a pas contribué à résoudre les problèmes humains liés aux relations. Il n’a pas contribué à apporter le bonheur, la paix, l’harmonie et la santé dans la vie individuelle ni l’égalité, la fraternité et la liberté dans la vie sociale et collective. Ainsi, alors que cette approche compartimentée de la vie, que ce soit au niveau individuel ou collectif, au niveau social ou au niveau de l’individu isolé, a failli à l’humanité, celle-ci, l’Orient et l’Occident réunis, est désormais en quête d’une nouvelle synthèse, d’un nouveau mode de vie holistique. Seule la spiritualité — la science de la Vie et du Vivre — peut apporter la réponse. Nous devrons travailler sur nous-mêmes, individuellement et collectivement, pour équiper le merveilleux organisme psychophysique dont nous disposons — l’énergie est à notre disposition.
SAMADHI
Le samadhi, ou la fusion complète de l’Aham, la conscience du « je », en « Cela », ou « Tat » ou « Sat » — l’Aham se fondant entièrement dans « Idam » —, n’est pas le privilège ni l’accomplissement réservé à quelques privilégiés, mais le droit inné de tous les êtres humains. C’est l’aboutissement de l’épanouissement humain. La conscience centrée sur l’ego est une prison. Nous ne sommes pas condamnés à vivre dans cette prison. Nous sommes le terrain de la danse entre le limité et l’Illimité. L’Illimité qui élit domicile dans les limites et rayonne à travers ces limites. Le samadhi est l’aboutissement de l’évolution de la conscience humaine, vers lequel il est possible pour vous et moi d’évoluer. C’est la seule dimension qui donnera une nouvelle dynamique aux relations humaines, qui nous permettra d’avoir une société humaine — non fondée sur l’affirmation de soi, l’agressivité, la comparaison, ne menant pas à la violence ni à une psychologie de confrontation, mais conduisant à une psychologie de coopération.
Ainsi, parallèlement à cette quête intérieure, il faut étudier la psychologie au service de la paix, la psychologie au service de la santé, l’économie au service de la paix et de la santé, la politique au service de la paix et de la santé — les dimensions de la paix au niveau collectif et la dimension du Silence au niveau individuel.
Il est possible de faire émerger un nouvel ordre à partir des circonstances chaotiques dans lesquelles nous vivons. Les difficultés peuvent être transformées en opportunités. Ma vie et votre vie sont des opportunités. Elles offrent des occasions de traverser la mutation, de transformer les conditions chaotiques et anarchiques en une dimension holistique et ordonnée. Si l’émergence de la conscience du « je » et la dissolution ou la fusion du « je », de l’ego ou de l’Aham avaient été une question centrée sur une personne et si cela n’avait eu qu’une dimension individuelle, sans dimension cosmique ni dimension mondiale, je n’aurais pas vraiment pris votre temps pour en discuter.
De l’animalité à l’humanité, puis à la divinisation : tel est le pèlerinage que nous avons entrepris et, grâce à votre aide et à votre coopération, j’ai pu partager avec vous ma perception et ma compréhension.
Mount Abu, 27 novembre 1993
Extrait de Ego, Emergence and Merging Back of the « I » Process